Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Feu vert

pour les Grandes guerres 

 

par Pierre-Marie Gallois

                            

 

                   Depuis la possession partagée des armements nucléaires, les « Grandes guerres » opposant les combattants par millions et les armes lourdes par centaines de milliers relèvent, fort heureusement, de l’Histoire.

                   Cependant, les impérialismes demeurent et les industries d’armement leurs fournissent les moyens matériels du combat, mais un combat figé bien avant de monter aux extrêmes de la violence de crainte de basculer dans l’horreur nucléaire.

                   Mais, cette arme de terreur contenue est également celle qui confère une certaine indépendance à la nation qui la détient. Elle libère des servitudes d’une alliance militaire et de la subordination aux puissances se disant capables d’assurer leur sécurité comme celle de leurs alliés. Au fur et à mesure qu’a augmenté le nombre des nations détenant ce pouvoir d’intimidation,  a diminué l’étendue de la capacité d’hégémonie des puissants. Aussi ceux-ci commencent-ils à se rebeller. C’est le cas des Etats-Unis pour le monde et de l’Allemagne pour le continent européen. Ils se rebellent contre la paix par l’atome car celle-ci leur interdit de mener d’ambitieuses politiques dans certaines zones du monde qu’ils auraient pu subjuguer par la guerre…

                   Déjà, en 2007, un groupe de personnalités politiques américaines avait milité pour un monde sans l’atome militarisé. C’étaient Henry Kissinger, George Schulz, William Perry et Sam Nun. Logique était leur démarche : comptant quelque 300 millions d’habitants disposant, et de loin, de la plus

puissante des industries d’armements classiques, entourés de voisins peu belliqueux, les Etats-Unis seraient en mesure à la fois d’assurer leur sécurité et de combattre victorieusement, à distance de leur territoire, contre des nations dont ils n’auraient pas à redouter qu’elles recourent à l’atome. Au cours de leurs négociations, durant les années 80, Ronald Reagan et Mikhail Gorbatchev avaient traité du renoncement mondial –et d’abord du leur  – à l’atome militarisé. C’est que la Russie, comme les Etats-Unis étaient formidablement armés et disposaient à l’époque d’une population relativement nombreuse. Moscou oubliait que l’atome avait conduit le général De Gaulle à faire sortir la France de l’OTAN. Si, a contrario, Washington fustigeait le pouvoir destructeur des alliances illustré par la politique d’indépendance du général De Gaulle.

                   Mais, pour les quatre experts en stratégie cités plus haut, dans un monde sans l’atome militarisé, les Etats-Unis seraient libres de mener une politique d’extension de la démocratie sans rencontrer l’obstacle des autocraties  nucléairement armées.

                   Mais voici, deux ans plus tard, que d’importantes personnalités allemandes entonnent le même lied. Helmut Schmidt, Richard von Weizsäcker, Egon Bahr, Hans-Dietrich Genscher réclament un monde sans atome militarisé. Pour l’Allemagne la démarche est d’autant plus pertinente qu’en raison du bellicisme allemand et de la barbarie dont ce peuple s’est rendu coupable, les Alliés vainqueurs lui ont fermé l’accès à l’atome. Si la démarche des Quatre précités était suivie, l’Allemagne se trouverait quant aux rapports de force, sur le même plan que les puissances ex-nucléaires et un des témoignages de ses défaites n’existerait plus. H. Dietrich Genscher, ministre des Affaires étrangères du chancelier Kohl, en agençant la dislocation de la Yougoslavie, avait déjà contribué à effacer une construction politique sanctionnant la victoire des Alliés.

                      La même mission est, ainsi, poursuivie. Genscher sait parfaitement que si la Yougoslavie n’avait eu que l’embryon d’une panoplie atomique, elle eût été respectée et la mise à feu et à sang des Balkans n’eût pas été possible. Reste, aujourd’hui, la France. En dépit de ses faiblesses, grâce à l’atome militarisé qu’elle possède encore, elle est stratégiquement, intimidante et l’intérêt de l’Allemagne, et du rôle qu’elle entend jouer en Europe. Un monde sans atome, une France sans atome, redonnerait à l’Allemagne, à son industrie lourde et au bellicisme naturel de sa population, la supériorité qu’elle recherche à tout prix…

A son tour, dans un rapport de forces classiques elle redeviendrait intimidante et la France devrait en passer pas ses volontés. Il est significatif que parmi les mesures de désarmement proposées par les Quatre,  figure la destruction des armes nucléaires à court rayon d’action. Elles ont pour avantage d’interdire les fortes concentrations de forces classiques par trop vulnérables au feu nucléaire à courte portée, forme de guerre classique que les Allemands ont pratiquée au cours des deux guerres mondiales qu’ils avaient déclenchées.

                   Ainsi, les deux puissances possédant chacune une forte industrie lourde et ayant un recours à la guerre pour atteindre les objectifs de leur politique extérieure respective, se rejoignent dans la même opposition au présent statu quo nucléaire. Serait-ce pour ouvrir la voie aux « Grandes guerres » du passé ?

                   Les Quatre politiques allemands ont donc signé un manifeste qui se veut aguicheur : … « Aucun problème global ne peut être résolu par l’emploi de la force militaire », écrirent-ils, eux dont le pays qui, durant près d’un siècle et demi n’a résolu ses « problèmes » que par la guerre. Pourquoi ne pas continuer ? n