D'autres
Institutions
pour la nouvelle économie
par Pierre-Marie Gallois
Formulant ses prévisions pour l’année 2008, le Fonds Monétaire
International estime que les économies des pays dits émergents, en
expansion, compenseront, au moins partiellement, les médiocres
performances des Etats « anciennement industrialisés ». D’après le FMI,
la Chine, l’Inde et la Russie contribuent à elles trois à la moitié de
l’expansion globale. Hier, moteurs de la croissance mondiale, les
Etats-Unis n’y figureront plus qu’en proportion de leur taux de
croissance, soit moins de 2 %... et la zone euro pour 2,1 %, voire
moins.
Au début du siècle dernier, le géo politologue
britannique Halford J. Mackinder avait situé le « pivot » du monde au
nord-est de la masse terrestre euro-asiatique. A l’époque en effet,
cette région du monde était militairement difficilement accessible. Elle
accordait aux puissances de la Terre d’alors : Allemagne, Russie, bien
des avantages face à celles des océans : Grande-Bretagne et Etats-Unis.
Mackinder résumait ses craintes par l’aphorisme suivant : … « Qui tient
la terre centrale, domine l’île mondiale, (l’Eurasie) qui domine l’île
mondiale domine le monde ». L’aviation, l’engin balistique, la bombe
atomique ont périmé cette définition, inspirée par la stratégie
militaire d’avant Hiroshima.
Mais, voici que l’économie, substituée à la
stratégie, situe à nouveau une sorte de « pivot » du monde au centre de
gravité de ces trois puissances de la zone euro asiatique, Chine, Inde,
Russie. En l’occurrence, le « pivot » économique est élargi vers le Sud
de la zone Asie-Pacifique par le poids de l’Inde en s’étendant bien
au-delà du « donjon » stratégique évoqué par Mackinder.
Cette nouvelle primauté géo économique est le fait
des deux peuples milliardaires en vies humaines, à leur formidable
potentiel de production, d’une part, et des ressources énergétiques –
pour encore un demi siècle – et des matières premières que recèlent les
17 millions de kilomètres carrés de l’immense Russie, d’autre part. D’un
côté, près de la moitié de la population mondiale et, de l’autre, les
apports de l’espace national le plus étendu au monde.
Avant-hier la richesse du sol en surface (par exemple
celle de la France agricole), hier le charbon et le fer qui
contribuaient à la puissance de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne,
accordaient la primauté à des nations de faible étendue, à la population
numériquement mesurée. Aujourd’hui, à nouveau, comme au temps des
premiers empires eurasiatiques, ce sont les grands nombres – espace,
habitat – qui l’emportent.
Non seulement le travail des populations de la « zone
pivot » améliore leur sort, mais elles ont une telle capacité de
transformation de la matière en biens d’équipement et de consommation
que leurs gouvernements prospectent le reste du monde pour s’y procurer
les ressources, qui, à l’intérieur, font défaut à un potentiel de
transformation aussi exigeant.
Et, ce faisant, ils soutiennent les économies
locales, si bien que le FMI constate à la fois, avec satisfaction, la
croissance – inattendue – des pays émergents, riches en matières
premières, et avec inquiétude le déclin économique des « anciennement
industrialisés ». Ainsi alimentée, la gigantesque machine à produire d’Asie-Pacifique,
aux bas salaires, mine les économies occidentales des pays à hauts
salaires, qui ne peuvent soutenir une telle concurrence.
Pour les mois prochains, si les experts du FMI
créditent la Chine d’une croissance comprise entre 10 et 11 %, l’Inde
dépassant 8 % et la Russie 6.5 %, ces moteurs de la nouvelle économie
mondiale décident donc de l’activité de nombreux pays, hier péniblement
émergents, qui afficheraient demain des taux de croissance élevés.
C’est, par exemple, le cas de l’Angola (14,3 %), du Soudan (12,1 %), du
Ghana et du Congo (6 %), tandis qu’en Asie le Pakistan et le Bangladesh
avec 6,2 % témoignent d’une bonne santé économique. Mais les énergies
fossiles du bassin de la Caspienne permettent des taux de croissance
encore meilleurs en Azerbaïdjan (25,6 %), Turkménistan (9 %), Kazakhstan
(8,3 %).
Il est prévu une semblable euphorie en Europe de
l’est. Libérée du poids de l’économie planifiée à la soviétique, et
aussi la manne communautaire aidant, elle développe ses économies
nationales. Bien que s’appauvrissant les « anciennement industrialisés »
d’Europe contribuent à l’essor de leurs voisins. C’est ainsi que les
pays baltes auraient une croissance moyenne proche de 10 %, la
République tchèque et la Slovaquie plus de 6 %, la Biélorussie 7 %. En
contrepartie la prochaine année serait celle de l’anémie des économies
des puissances hier majeures. Outre-Atlantique, les Etats-Unis en
seraient à 1,9 % moins même que la zone euro (2 %) dans laquelle
l’Italie (1,3 %) et la France (1,9 %), l’Allemagne avec 2 %, font piètre
figure. En revanche, hors de la zone euro, et le pétrole de la mer du
nord aidant, la Grande-Bretagne atteindrait encore une croissance de 2,3
% soit, en gros, la moitié de la croissance moyenne mondiale. Ainsi, les
« anciennement industrialisés » (Japon compris avec 2,7 %) plongent,
tandis qu’émergent les émergents, essentiellement grâce aux activités
nouvelles de la Chine et de l’Inde, d’une part, de la rente pétrolière,
d’autre part.
C’est donc la conjonction du travail faiblement
rémunéré, d’une part, et de la production et de la vente des
hydrocarbures d’autre part, qui façonnent la nouvelle économie mondiale.
En nous limitant à évoquer des ordres de grandeur, disons que sur les
quelque 53.000 milliards de dollars que gèrent les institutionnels de la
planète, le sixième environ est constitué par les réserves de change de
certains pays (de l’ordre de 5500 milliards de dollars) et par les
« ressources disponibles pour l’investissement » (3000 à 4000 milliards,
selon les diverses appréciations).
Ces « ressources disponibles » sont les fameux
Sovereign Wealth Funds (S.W.F.) selon la désignation anglo-saxone,
fonds dits « souverains » parce qu’ils sont détenus par certains Etats
auxquels l’investissement, plus particulièrement à l’étranger, devrait
fournir les ressources que l’épuisement des hydrocarbures est en train
de tarir. (En valeur, 70 % de ces fonds ont pour origines le pétrole et
l’augmentation de son coût, la production à salaires faiblement
rémunérés de la Chine lui ajoutant sa part).
Ces « fonds souverains » sont, à la fois, appréciés
et redoutés. Appréciés par les entreprises étrangères qui en bénéficient
en tentant de survivre à la concurrence de la production à bon compte
des nations milliardaires en vies humaines. Ces entreprises sont, en
général, celles des « anciennement industrialisés » à la main d’œuvre
coûteuse, mais à haute productivité. En échange de leurs matières
premières, bien des pays en voie de développement, notamment en Afrique,
en profitent également.
Mais ces fonds sont aussi redoutés dans la mesure où
les gouvernements des pays dits développés constatent que d’importantes
entreprises passent ainsi sous un contrôle financier étranger. Et que la
production de ces entreprises enrichit l’investisseur au détriment du
pays où le travail est ainsi financé.
Les sommes considérables des « fonds souverains »
sont d’autant plus agressifs à l’extérieur que l’Etat qui les détient,
la majorité à l’économie fondée sur les hydrocarbures, ne déploie que
d’autres activités industrielles et commerciales plus limitées. Dans ce
cas, localement, le phénomène de saturation est vite atteint et c’est à
l’extérieur qu’il faut aller chercher fortune.
Dans une étude précédente intitulée « Puissance
financière et pouvoir économique des masses » les diverses
participations des « fonds souverains » dans les entreprises des
« développés » avaient été énumérées, sans prétendre à l’exhaustivité,
le processus étant en cours. C’est ainsi, par exemple, que le
rayonnement financier de l’Emirat de Dubaï ne cesse de s’étendre et que,
tout récemment, il a décidé d’investir dans la puissante banque HSBC et
aussi dans un établissement bancaire indien.
Le
siège de la Banque mondiale à Washington
Tous ces gouvernements se sont donné une
« cagnotte » destinée, fort légitimement, à créer des activités
rémunératrices remplaçant la rente pétrolière. C’est aussi bien
l’obsession de la Norvège et de la Russie que des producteurs
d’hydrocarbures du Moyen-Orient et, en ce qui concerne la Chine,
l’objectif est d’investir là où se trouvent les matières premières
nécessaires à faire tourner sa « gigantesque machine à produire ».
Ainsi, l’argent disponible en abondance
bouleverse-t-il les économies nationales. Voici, par exemple, les
Emirats arabes unis, le Koweït et Singapour, dont la population totale
n’atteint pas 7 millions, vivant sur moins de 100 000 kilomètres carrés,
mais détenant près de 1200 milliards de dollars de fonds disponibles,
soit près de la moitié de la valeur des sociétés cotées à la bourse de
Paris.
Investissant partout et dans toutes les activités
rémunératrices, ces fonds d’Etats, – y compris de petits Etats –
suscitent des réactions défensives, souvent vaines d’ailleurs d’autant
que le domaine des sociétés présentant un intérêt stratégique national
s’amenuise de jour en jour, l’économie de marché triomphante exerçant
ses ravages aux dépens du pouvoir des Etats.
Essayant de minimiser le péril, au moins
partiellement, les pays développés, cibles de ces fonds d’Etat,
cherchent en échange, à s’ouvrir les marchés de leurs détenteurs. Mais,
Chine mise à part, ceux-ci ne représentent que des marchés restreints.
Sur les démocraties à l’occidentale, la Chine a
l’avantage de pouvoir pratiquer une politique autoritaire de « réel
patriotisme économique » et de placer ainsi ses fonds souverains, et ses
réserves de change, au service de la nation. Les bons du trésor
américain sont, maintenant, délaissés pour faire place à
l’investissement dans les activités les plus rémunératrices des pays
développés. Ceux-ci ne s’en plaignent pas, à commencer par la France
dont le Secrétaire d’Etat au commerce extérieur déclarant à l’Assemblée
Nationale (le 23 octobre 2007) : « Il ne faut pas nier qu’ils (ces
fonds) peuvent jouer un rôle utile dans le financement de l’économie
mondiale… ». En particulier celle des pays en difficultés
socio-économiques et spéculant sur la mise à l’encan de leur patrimoine
industriel et commercial.
Aux Etats-Unis la prépondérance des fonds d’Etat
heurte maintenant la conception traditionnelle qu’ils ont eu des vertus
de la libre entreprise et de la mondialisation des échanges. Les voici
qui constatent les effets néfastes du libre échange ; ils en seraient
moins les bénéficiaires que les victimes, le commerce mondial
s’engageant dans une voie tout autre que celle de l’intérêt des
Etats-Unis. Outre-Atlantique c’est là une révolution, bouleversant de
fond en comble deux siècles de certitudes.
Quelle que soit leur origine en 2006 les
investissements étrangers directs (IED) ont atteint des chiffres très
élevés, les pays développés recevant la part du lion avec près de 900
milliards de dollars, les peuples en voie de développement s’adjugeant
450 milliards de dollars, soit au total quelque 1350 milliards. Ces
imposantes liquidités proviennent de diverses sources : activités
bénéficiaires des entreprises, notamment celles d’Asie-Pacifique, rente
pétrolière, l’ensemble permettant des prises de participations, des
acquisitions, des fusions, en vue de susciter des activités
rémunératrices de complément ou de substitution à celles du pétrole en
voie d’assèchement. Ces « réaménagements », visant d’abord la
rentabilité, se traduisent souvent par des restructurations dont le
personnel fait les frais, les pays hôtes s’accommodant mal du surcroît
de non emploi qui en résulte.
Accélérées et amplifiées par la mondialisation des
échanges, les migrations – en l’occurrence celles des travailleurs –
provoquent de nouveaux flux financiers, ceux-là plus modestes que ceux
précédemment évoqués ; les pays émergents à forte population, tels la
Chine, l’Inde, les Philippines, les Etats d’Afrique du nord reçoivent
d’importantes sommes de leurs citoyens respectifs ayant trouvé du
travail dans les Etats faiblement peuplés et, cependant, en expansion.
Annuellement, une vingtaine de milliards de dollars sortent d’Arabie
Séoudite, du Koweït, d’Oman, du Liban, de Malaisie et sont destinés aux
familles des travailleurs émigrés des pays cités antérieurement.
Mais bien modeste est cette conséquence de la
mondialisation des échanges comparée aux effets de la soumission du
politique au pouvoir financier des entreprises. Le nivellement des
cloisonnements nationaux originels passe les rênes du pouvoir des Etats
aux entreprises. Outre-Atlantique la quête d’énergie - condition du
développement et de la consommation – a porté – indirectement – au
pouvoir les représentants des groupes pétroliers ; d’eux dépendent la
paix ou la guerre. En Russie, Gazprom, à la fois, sert et
infléchit le pouvoir politique. Le gouvernement français a du tenir
compte des « combinaisons » d’Elf et il a su obtenir le soutien des
médias en bradant la société nationale Aérospatiale au secteur
privé.
Devenues des puissances financières internationales,
ces societés ont prises sur les gouvernements, de plus en plus
affaiblis, du moins dans le « monde atlantique ». La spéculation a créé
une sorte d’économie virtuelle fondée sur une masse monétaire 30 ou 35
fois plus importante que les sommes représentant la réalité des échanges
de biens et de services. Mais lorsque une telle économie chancelle, les
entreprises licencient et les Etats, plongés dans le désarroi,
s’endettent pour conjurer les turbulences sociales, si bien que l’argent
décide du politique.
Les turbulences ? Alan Greenspan , ancien directeur
de la Federal Reserve, la FED les annonce, dans un livre récent
« l’Age des Turbulences ».
Et lorsque les Etats-Unis entrent en turbulence c’est
que le monde s’y trouve. Il est vrai que jamais durant leur courte
histoire, les Etats-Unis ne se sont heurtés à de telles difficultés :
les voici engagés dans deux conflits à l’issue malheureuse, déjà à
l’origine d’une troisième guerre, celle-là asymétrique, contre le
terrorisme et l’animosité de millions de musulmans, un énorme
endettement, une industrie et même une économie menacées par l’avènement
de deux candidats à la superpuissance, enfin une opinion publique
divisée et une crise économique interne laissant redouter la récession…
Selon le FMI, pour la première fois, la Chine et l’Inde sont les plus
forts contributeurs à la croissance mondiale, évaluée en parité de
pouvoir d’achat. Depuis 2004, l’activité économique des Etats-Unis – et
de l’Europe dans leur sillage – est ralentie et, depuis 2000, le revenu
moyen des citoyens était atteint par les charges extérieures et les
chocs pétroliers successifs.
L’OCDE estime qu’au cours du dernier trimestre de
2007 la croissance, outre-atlantique, sera voisine de 1,5 %, entraînant
une faible création d’emplois, de nombreux licenciements, la baisse de
la valeur de l’immobilier, le dollar bon marché sauvant les
exportations… Déjà, au cours du moins d’août 2007, l’argent étranger
s’est détourné des Etats-Unis. Les investisseurs vendront pour quelque
40 milliards de dollars de titres américains, les grands
institutionnels, Japon et Chine, diminuant respectivement de 4 % et de
2,2 % leurs bons du trésor des Etats-Unis. La crise de l’immobilier,
sans doute passagère, n’en a pas moins été le révélateur d’un grave
malaise socio-économique. Plus de la moitié des 2,5 millions
d’emprunteurs se trouveraient en détresse, d’autant que les prêts
hypothécaires seront réévalués (de 500 à 700 milliards).
C’est que d’autres pays que les Etats-Unis affichent
maintenant des taux de croissance beaucoup plus élevés et invitent ainsi
à l’investissement chez eux. Jusqu’à ces derniers mois le déficit créé
aux Etats-Unis par des importations dépassant leurs exportations était
compensé par l’investissement, en actions, biens immobiliers et
participations aux activités industrielles et commerciales, de sommes
considérables en quête de placements fortement rémunérés. La crise
interne immobilière, mais surtout l’environnement général fortement
dégradé au détriment des Etats-Unis ont ébranlé l’ensemble des systèmes
économiques américains.
Comment la crise intérieure, somme
toute relativement bénigne, a-t-elle pu, si rapidement, secouer la
première puissance économique du monde ? Rappelons qu’à la fin de la
Seconde Guerre mondiale Washington avait accumulé plus de 30.000 tonnes
d’or, large couverture à sa monnaie. Mise sur pied en 1913, la
Federal Reserve rassemblant les plus grandes banques
internationales, de la Rockefeller Chase Manhattan à
Rothschild et Lazard
de Paris en passant par
Warburg d’Amsterdam et Israel Mose Seif de Rome. La FED
peut battre monnaie, en l’occurrence, imprimer des billets, créer des
dollars et les « prêter » au gouvernement des Etats-Unis contre paiement
des intérêts de ce « prêt ». (1) En somme, il s’agissait d’une sorte de
grande banque privée, aux multiples actionnaires eux-mêmes banquiers des
autres grands pays industrialisés de l’époque et détenant aussi des
réserves en dollars et en or . C’était encore trop de contraintes pour
le pays de la libre entreprise. Aussi, en 1971 le président Richard
Nixon renonça-t-il à la convertibilité du dollar en or, supprimant la
garantie –déjà à demi théorique – du billet vert et permettant à la
FED d’imprimer la monnaie nécessaire au fonctionnement de l’économie
des Etats-Unis, selon les besoins de leur gouvernement. Aussi n’est-il
pas surprenant que, d’après Horizons et Débats « … pendant que
la masse mondiale des biens quadruplait au cours des 30 dernières
années, la masse monétaire a été multipliée par quarante ». Ainsi que
nous le verrons en conclusion de cette étude c’est toute l’architecture
financière et économique mondiale créée avant même la fin de la Seconde
Guerre mondiale qui est en cause. Elle n’est plus à la mesure des
événements tels qu’ils ont été agencés au cours du dernier demi-siècle.
La zone euro est gravement affectée par la crise
économique des Etats-Unis. Victime de la production de la zone
Asie-Pacifique, de la sous évaluation de la monnaie chinoise, de
l’inadaptation de sa monnaie unique aux diverses économies nationales,
la zone euro doit s’accommoder de l’indexation des monnaies asiatiques
sur le dollar en baisse et de l’euro en hausse si bien qu’en souffrent
ses exportations.
Traduits par la médiocrité des taux de croissance
les PIB des industrialisés confirment le ralentissement général des
économies nationales. Berlin ramènerait à 2 %, au lieu de 2,4 %, le taux
de croissance pour 2008. Londres réviserait ses prévisions de 3,1 % à
2,3 % et Madrid perdait un point à 2,7 % au lieu de 3,7 %. Quant à la
France, on l’a vu, de 2,2 % elle passerait à 1,9 %, voire moins encore.
La gestion des affaires de la France sur le versant
sombre de la Vème République (à partir de 1970) n’a pas répondu à
l’attente de la population. Alors qu’entre 1959 et 1975 l’augmentation
annuelle du pouvoir d’achat était en moyenne, de l’ordre de 5,7 %, elle
a été divisée par trois ultérieurement, tombant à moins de 2,1 % l’an
(et même à 1,9 % entre 2003 et 2006). Rappelons qu’en 1962 elle avait
dépassé 10 %.
L’INSEE rapporte aussi que le nombre des salariés
réduits au SMIC est passé de 8,6 % en 1991 à 15,1 % en 2006… « on n’est
pas loin du chiffre de 37,8 % de salariés percevant moins de 1.3 SMIC »…
précise Claire Guélaud (dans le Monde daté du 23 octobre 2007).
Dans le même temps « les hauts revenus avaient très fortement augmenté
entre 1998 et 2005 ». « La France a énormément bénéficié de la
mondialisation prétend M. Pascal Lamy (2). Pas tous les Français en
tout cas, si les hauts salaires y ont gagné. L’OCDE par la voie de J.P.
Cotis justifie comme suit l’inégalité des évolutions salariales : …
l’offre du travail non qualifié s’est considérablement élargie avec la
mondialisation, la pression sur les bas salaires en est d’autant plus
forte. Et, à l’inverse le marché mondialisé offre des possibilités
accrues pour les personnes hautement qualifiées. (Le Figaro
Economique du 2 novembre 2006).
Aux maléfices d’un monde en désarroi, et dans lequel
elle est insérée étroitement, la France a ajouté les conditions internes
de son appauvrissement : la construction européenne et l’affaiblissement
de son gouvernement, la monnaie unique, les 35 heures, la
désindustrialisation et les délocalisations encouragées, des
Institutions fondées sur la pratique permanente de la démagogie, le
racolage des suffrages étant devenu le principal objectif du pouvoir
politique.
Mais, ainsi qu’il en avait été fait mention, en ce
qui concerne l’économie et la finance mondiales, l’organisation mise sur
pied en 1944 étale, maintenant ses carences.
La fin des hostilités approchant, et la Seconde
Guerre mondiale aboutissant à un monde très différent de celui qui avait
existé cinq ans plus tôt, il s’agissait, pour les futurs vainqueurs, de
se préparer à relever les ruines du conflit et à gérer, dans l’intérêt
général, un monde bipolaire, les tenants de l’économie de marché
s’opposant à ceux de l’économie planifiée : les démocraties face aux
autocraties, bien que les deux camps n’en avaient formé qu’un pour
lutter contre « l’Axe » et pour en triompher.
C’est ainsi que les réunions de Bretton Woods mirent
sur pied la Banque mondiale, avec mission de redresser l’économie
mondiale, à commencer par celle de l’Europe dévastée par la guerre. Lui
fut adjoint le Fonds Monétaire International destiné à contrôler
l’émancipation financière des Etats assistés. Trois ans plus tard le
GATT (General agreement on tariffs and trade) devant gérer les échanges,
les accélérer et les généraliser, les plaçant au service de la
croissance. Plus tard, l’organisation mondiale du commerce (OMC)
succédera, avec la même mission, au GATT.
Cette organisation générale de l’état
socio-économique de la planète était celle des réels et tout-puissants
vainqueurs : les Etats-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne, ou encore,
approximativement, le sixième seulement de la population mondiale à la
moitié du 20ème siècle. Soixante ans plus tard force est de
constater la multiplication des pôles de puissance, la Chine et l’Inde
bousculant la hiérarchie des peuples pour s’installer aux premières
places, l’épuisement des ressources naturelles, les gouvernements en
prenant conscience, le recours généralisé à l’énergie nucléaire, les
derniers soubresauts financiers des hydrocarbures, un instrument nouveau
de coercition avec le terrorisme et les guerres asymétriques qui en
résultent etc…
Les nouveaux pauvres de demain doivent-ils continuer
à aider financièrement les nouveaux riches d’aujourd’hui ? Hier, fondé
sur le faible PIB par habitant de la Chine, la Banque mondiale avait le
devoir de l’aider dans ses efforts de développement. Pékin reçut ainsi
des dizaines de milliards de dollars sous forme de prêts mais,
maintenant, par le travail de sa population, la Chine ne dispose-t-elle
pas de milliers de milliards de dollars de réserve de change ? Et ne
rayonne-t-elle pas, partout dans le monde, et particulièrement en
Afrique et en Amérique latine qu’à son tour elle aide par ses crédits et
ses achats de matières premières ? L’Inde se trouve aussi dans une
situation analogue, passant de pays assisté à pays assistant…
L’alimentation mondiale, indirectement, est la source
de difficultés inconnues au lendemain des hostilités, avec la querelle
des subventions aux producteurs agricoles et l’ouverture des pays riches
à la production des pays pauvres, ou en développement, dont les produits
de la terre sont la principale ressource.
Le système de Bretton Woods a fait son temps. Il est
paradoxal que les principaux contributeurs à la « cagnotte » de la
Banque Mondiale et du FMI, soient des puissances aux économies
maintenant chancelantes (Etats-Unis, Japon, Union européenne) et que les
bénéficiaires de la manne internationale soient justement les Etats dont
la production massive et à bon compte (Chine, Inde, Brésil, Mexique,
Corée du Sud..) anémie les donateurs.n
(1) Horizons et Débats. 19
septembre 2007. page 8
(2) Le Nouvel Observateur.
29 mars 2007. p. 16
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