L'Iran
aura la bombe
par Pierre Pascallon
Rien n'interdit à un Etat
déclarant développer un programme nucléaire civil de se doter
d'installations d'enrichissement ou de retraitement d'uranium qui
peuvent, le moment venu et dans un délai finalement bref, déboucher sur
un programme militaire. C'est bien ce qu'à fait l'Iran : sous couvert en
effet de programme civil, ce pays s'est lancé dans une véritable course
à l'arme atomique que « l'Occident » a découvert au début des années
2000, plus précisément en Août 2002 lorsqu'un groupe d'opposants
iraniens en exil dénonce l'existence d'une installation d'enrichissement
d'uranium à NATANZ et d'une centrale nucléaire à ARAK. Depuis, l'Iran
n'a cessé de faire preuve de sa détermination dans sa marche forcée vers
la bombe atomique, et la plupart des observateurs s'accordent désormais
pour assurer que l'Iran va pouvoir produire sa première bombe atomique
en 2010.
Alors, à l'heure qui
l'est, la nucléarisation de l'Iran est-elle irrépressible ? On peut le
penser. Observons en effet que la seule politique qui pourrait empêcher
l'Iran d'avoir la bombe atomique est à ce jour irréaliste sinon
impossible. Il s’agirait, comme le réclament de longtemps les pays
arabes de la région ( et l'Egypte en particulier depuis 1974) de créer
au Proche-Orient une zone exempte d'armes nucléaires, une zone
dénucléarisée. Cela voudrait dire – pour y parvenir – qu'il faudrait
maintenant convaincre simultanément Israël de renoncer à l'arme
nucléaire qu'il possède depuis 1967, semble-t-il, et l'Iran de renoncer
à ses efforts pour se procurer l'arme atomique qu'il est quasiment, on
l'a dit, en passe d'avoir. Voeu tardif et pieux, on en est persuadé ;
« solution » irréaliste et impossible.
Mais, s'il en va bien
ainsi dans cette direction, l'Iran aura bien au final la bombe atomique
parce que les autres politiques ne sont pas de nature à empêcher, en
dernier ressort, ce pays de l'obtenir. Les autres politiques ? On pense
d'abord à la politique de négociations. Depuis Août 2003, les Européens,
les Etats-Unis négocient avec l'Iran sur le nucléaire. Il en faudrait
long pour rappeler les différentes péripéties de ces négociations. On
sait qu'après 15 mois de blocage, on a eu à Genève le 1er Octobre 2009
une relance du dialogue entre l'Iran et les 5 membres du Conseil de
Sécurité de l'ONU (Etats-Unis, Russie, G.B., France, Chine) et
l'Allemagne. Un accord paraissait se dessiner impliquant que Téhéran
envoie 70 % environ de son uranium enrichi pour le transformer (Russie,
France) en combustible destiné à un réacteur de recherche dans la
capitale de l'Iran. Mais, l'Iran vient finalement de refuser cette offre
de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) présentée par
les occidentaux. Et le Président iranien vient d'annoncer la perspective
de la construction de 10 nouveaux sites d'enrichissement d'uranium !
On s'oriente donc tout
droit vers la politique de sanctions, des sanctions alourdies. Mais
peut-on véritablement isoler internationalement plus que par le passé
l'Iran, même si la Russie et la Chine – alliés traditionnels de l'Iran –
paraissent se rallier à cette position ? On peut douter de l'efficacité
de cette politique, l'Iran étant en position de force en raison
notamment de son poids sur le marché pétrolier et Téhéran paraissant
pouvoir trouver des appuis du côté de l'Amérique Latine.
Reste donc la politique
d'intervention militaire. On sait que la tentation israélienne –
régulièrement évoquée depuis 2005 – de frapper « aériennement »les
installations nucléaires iraniennes se précise en cette fin 2009. Mais
on voit bien les difficultés de ces frappes ciblées sur quelque 20 sites
iraniens disséminés et souvent enterrés. Rien à voir avec les opérations
israéliennes précédentes en Irak et en Syrie. Même réussis, ces raids
israéliens ne permettraient au mieux que de retarder (3 ans ?) le
programme nucléaire iranien. Et par ailleurs, une campagne aérienne
plus lourde, comme celle menée au Kosovo en 1999 (avec l'appui des
américains et des français ?) visant à faire plier le régime iranien ne
paraît pas pouvoir être envisagée.
Kennedy avait en vain
empêché Israël d'acquérir l'arme nucléaire. On voit mal en cette fin
2009 ce qui pourrait empêcher désormais l'Iran d'accéder au même statut.
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