Pour
une nouvelle diplomatie
par Pierre Maillard
Ambassadeur de France
Co-Président du Forum
pour la France
Ancien conseiller
diplomatique
du général de Gaulle
Le Général de Gaulle avait
imprimé à la politique de la France, sur le plan international, des
orientations nouvelles et décisives, donnant ainsi à la voix de notre
pays dans le monde, et à la défense de ses intérêts, un écho
considérablement accru par rapport au passé.
Il n’est pas sans objet
d’en tirer des enseignements pour ce qui (pourrait ou) devrait,
aujourd’hui encore, être notre politique dans un contexte mondial certes
notablement modifié, en particulier du fait de la mondialisation, mais
aussi de l’entrée en lice de nouvelles grandes puissances, et sans
oublier pour autant le poids que représentait alors l’autorité propre et
le passé du Général.
Les principes
Avant d’examiner les
détails de ce qui pourrait impliquer, à l’égard de tel ou tel pays,
l’action diplomatique de la France, il convient de définir les principes
qui devraient l’inspirer, principes essentiels et trop souvent oubliés.
Le premier de ceux-ci,
c’est évidemment le concept d’indépendance. Certes il faut en déterminer
exactement les concours. Le monde étant ce qu’il est devenu, on ne peut
nier, ni rejeter une dose notable d’interdépendance qui justifie non
seulement des coopérations, mais le cas échéant telle ou telle alliance
en bonne et due forme. Malgré tout, celle-ci ne saurait exclure une
volonté fondamentale d’autonomie, concept qui n’est pas seulement de
nature politique, mais de portée morale et, on doit l’ajouter, doté
d’une signification littéralement existentielle. A moins de considérer,
comme le font les adeptes du mondialisme à la mode, que les nations sont
un reliquat du passé appelées à disparaître à bref délai dans une sorte
de « village planétaire ».
Le deuxième principe,
c’est la prise en compte prioritaire et systématique des intérêts
du pays. Ceux-ci naturellement
doivent être conçus de la façon la plus large ; ils peuvent être de
nature purement économique, ou purement culturels, mais leur prise en
compte s’oppose à une diplomatie de pure et simple « influence »,
malheureusement parfois revendiquée par certains de nos dirigeants
actuels. En matière d’intérêts, notre diplomatie doit s’appuyer en outre
sur le constat qu’il n’y a pas nécessairement, et même dans le monde
d’aujourd’hui, des intérêts partagés et donc communs, mais qu’il
continue à en exister de spécifiques, donc nationaux, que ceux-ci soient
permanents ou momentanés. Cette référence amène à se garder de notions
aujourd’hui complaisamment entretenues et qui ne sont pas complètement
innocentes, telles que l’« Occident », les « Occidentaux », a fortiori
la communauté internationale. Et on évoquera à ce propos le mot du
Général de Gaulle qui, lors d’un Conseil des ministres, en entendant un
de ses membres parler de « nos amis américains », lui répondit : « Non,
Monsieur le Ministre, un grand pays n’a pas d’amis, il n’a que des
intérêts ».
Troisième
principe, le rejet de toute préoccupation spécifiquement idéologique, et
a fortiori de nature religieuse. L’idéologie ne saurait fonder une
politique étrangère, ni même telle action particulière engagée à l’égard
de tel ou tel pays en fonction ou en raison du régime qui est le sien.
Cette mise en garde ne saurait évidemment dégénérer en cynisme ou dans
la négation de toute « valeur », celles de la démocratie notamment, mais
il convient qu’elle n’engendre pas un droit d’ingérence, fût-elle
qualifiée d’humanitaire. D’autant que les idéologies sont aussi
passagères que les circonstances, et qu’elles servent souvent à voiler
des intérêts autrement plus pressants.
Quatrième principe,
l’exacte appréciation des possibilités de l’Etat considéré par rapport à
celui ou ceux auxquels est supposée s’appliquer une entreprise
quelconque, de rapprochement ou d’éloignement. La notion de pragmatisme
doit être ici confrontée à celle de vision prospective, à nouveau
évoquée par le Général de Gaulle quand il répétait à ses interlocuteurs
que la France, qualifiée par certains d’« arrogante », « ne se trouvait
néanmoins plus du tout à l’époque de Louis XIV ou de Napoléon ».
Cinquième principe,
l’exacte prise en compte des menaces susceptibles d’affecter l’Etat
concerné. Elle est évidemment la mission de toute diplomatie comme elle
l’est des autorités de défense. La perception de celle-ci est cependant
aujourd’hui moins facile qu’à l’époque où elles étaient avant tout de
nature militaire et largement limitées à l’espace européen. Elles sont
aujourd’hui singulièrement plus différenciées, se situant souvent sur le
plan économique mais aussi liées à des problèmes sociaux, notamment au
sein du Tiers Monde. Ce qu’il importe en tout cas de récuser, c’est le
caractère réputé global de ces menaces comme si elles devaient toujours
appeler la contribution d’un groupe d’Etats, créant de ce fait une
nouvelle solidarité automatique, voire contraignante. La liberté du
monde et même sa sécurité en seraient gravement affectées.
Sixième principe, la visée
mondiale. Elle n’est pas le fait de tous les peuples, mais elle fait
authentiquement partie de l’histoire et du destin de la France, qui n’a
jamais, et cela bien avant la Révolution, eu l’exclusif souci du « pré
carré ». La perspective mondiale est particulièrement importante sur le
plan culturel à une époque de confrontation, voire pour certains, de
choc de civilisations. Elle implique la défense urgente de la langue
française non seulement en tant que véhicule de communication mais en
tant que manifestation de formes de
pensée séculaires,
empreintes d’un idéal humaniste.
Première conclusion :
L’ensemble de ces prescriptions et notamment la volonté d’indépendance
ne doivent pas s’accompagner pour les acteurs de notre diplomatie de la
crainte d’isolement, trop volontiers invoquée dans certains milieux pour
éviter toute dissidence. Les résultats du sursaut jadis provoqué par le
Général de Gaulle de même que la position pour une fois courageuse
adoptée par la France lors de la crise irakienne en ont montré la
vanité. Ces prises de position ont au contraire assuré à la France
l’appui de nombreux peuples et donné à sa diplomatie un souffle nouveau.
Applications
Les considérations qui
précèdent devraient trouver leur application s’agissant des problèmes
particuliers auxquels est confrontée la diplomatie de la France.
La
relation transatlantique constitue le premier de ces problèmes, dominant
aussi sensiblement tous les autres.
L’Histoire, et l’intensité
des liens économiques – liens encore largement accrus par la
mondialisation – qui se sont noués entre les Etats-Unis et la France
comme d’ailleurs avec beaucoup d’autres pays européens, ont créé
incontestablement entre eux et nous une dose de solidarité réelle. Le
fait est cependant que nos traditions politiques ou culturelles propres
de même que nos intérêts spécifiques divergent dans d’assez nombreux
cas. Et surtout, c’est la politique des Etats-Unis eux-mêmes qui
découvre des perspectives inquiétantes. La nouvelle tentation
d’unilatéralisme tranche fortement sur l’isolationnisme de jadis,
accompagnée au surplus d’une connotation militariste et d’un esprit de
croisade qui créent aujourd’hui pour l’équilibre du monde un danger
incontestable. Cette orientation est également attentatoire à la
souveraineté de nombreux peuples et elle l’est à celle de la France dans
certains domaines et dans certains cas. L’affirmation de nos
orientations et de nos droits est donc à cet égard non seulement
légitime mais nécessaire. Elle pose aussi le problème de nos engagements
passés. L’Alliance atlantique, conclue dans les année cinquante dans la
perspective unique de la menace soviétique, impliquerait dans ces
conditions au moins une refonte sérieuse. A fortiori en est-il de même
de l’OTAN, devenue une sorte de gendarmerie internationale au service
largement de la diplomatie américaine, au surplus sans limitation
géographique ! S’en retirer, sans naturellement exclure telle ou telle
coopération ponctuelle, représenterait donc pour la France une exigence.
Il est temps que les forces armées de la France se tiennent à la
disposition du gouvernement au lieu d’offrir une participation mineure
et subordonnée à telle ou telle croisade, ou face à des menaces dont
nous ne sommes pas toujours la cible directe.
Dans le même esprit, on
s’étonnera des hésitations de la France à user dans certains cas de son
droit de veto au sein du Conseil de Sécurité, curieusement jugé par
certains « indécent ». A quoi bon s’être tant battu pour l’obtenir à
l’issue du dernier grand conflit ! Il témoignerait précisément, encore
une fois dans les cas et les circonstances jugées utiles à nos intérêts,
du souci de la France de sauvegarder sa liberté et son rôle
international.
Le second défi auquel est
confrontée aujourd’hui notre diplomatie, c’est évidemment l’Europe. La
mondialisation, son élargissement, enfin les résultats « contrastés »
auxquels a donné lieu le projet de Constitution en 2005, imposent
incontestablement une nouvelle donne.
Nonobstant certaines
prises de position excessivement « souverainistes », il paraît difficile
, voire aujourd’hui contre indiqué, de contester le principe même d’une
construction européenne, au surplus parfaitement acceptée jadis par le
Général de Gaulle. Encore faut-il trancher d’abord la question de savoir
ce que l’on veut : ou bien une Europe dotée d’une réelle capacité
d’action, en somme une « Europe-puissance », ou bien seulement une
« aire de civilisation ». En outre, il faut qu’elle soit conforme aux
intérêts de ses membres, qui sont évidemment d’autant plus divers à
mesure que l’Europe s’élargit. Il faut enfin confronter cette nouvelle
communauté au nouveau contexte créé par la mondialisation.
Or, et surtout depuis le
Traité de Maastricht, accepté d’ailleurs par la France à une très courte
majorité, force est de constater que la construction européenne
s’effectue sur des bases qui n’ont plus rien à voir avec les projets
initiaux, ni même non plus avec le Traité de Rome. Celui-ci, en dépit de
diverses arrière-pensées, se fondait en effet sur la collaboration
active, mais en même temps la persistance, des nations composantes sans
aucunement viser la création d’un Super-Etat les faisant disparaître.
Une dose d’intégration de leurs économies était certes préconisée,
inégalement d’ailleurs selon les secteurs, mais nullement prévue sur le
plan politique, ni juridique. En outre, un « tarif extérieur commun »
entre ses membres et le monde extérieur fut non seulement envisagé,
mais mis en place (parallèlement à la libération des échanges
intérieurs) et complété par la notion de préférence communautaire,
faisant ressortir une volonté de codéveloppement, mais aussi de
protection minimale face au monde extérieur ainsi que de sauvegarde des
capacités de production de l’Europe (en même temps que de nos valeurs
sociales).
Malheureusement, c’est le
contraire de ces dispositions qui s’effectue aujourd’hui. L’idée
d’indépendance propre a sombré, remplacée par celle de « Communauté
euro-atlantique ». La mondialisation a balayé non seulement la
préférence communautaire, mais toute protection relative d’une Europe
désormais couchée, par l’intermédiaire de l’OMC, dans le lit de
l’ultralibéralisme . Le dogme de l’intégration tend à abolir toute
diversité, y compris celle du Droit, le Droit européen prévalant peu à
peu sur tout Droit national sous l’égide de la Cour de Justice (en
attendant que le Code civil disparaisse !). Enfin, tout contrôle
démocratique réel est exclu des décisions des autorités dirigeantes, en
particulier de celles de la Commission devenue elle-même une sorte
d’instance oligarchique suprême, échappant, même souvent dans la
pratique, à la sanction réelle du Conseil des Ministres.
Si
l’idée de l’Europe, à l’époque de la mondialisation et des grands
ensembles, demeure une idée sage, et même si l’on veut éviter sa
« dégénérescence », il importe donc à notre diplomatie d’en modifier les
fondements. Elle doit se construire à nouveau sur la base de la
souveraineté des Etats qui n’interdit d’ailleurs nullement quelques
délégations de compétences. L’idée de coopération doit se substituer à
celle d’intégration systématique, coopérations strictement organisées et
pouvant même prendre la forme de réseaux, tout en permettant
l’élaboration de grands projets communs, actuellement bien nécessaire.
L’Europe doit en outre se doter d’une protection adéquate, hautement
nécessaire si l’on veut éviter la désindustrialisation en cours, avec
son corollaire de chômage. Elle doit enfin impérativement prévoir des
dispositifs de contrôle démocratique au bénéfice premier des Parlements
nationaux ou d’une instance spécifique qui serait créée à cette fin, si
ce n’est le Parlement européen, autrement composé et désigné.
Concernant les autres
institutions, il est clair que l’ omnipotence de la Commission devrait
être réduite par le renforcement des droits et pouvoirs du Conseil des
Ministres, statuant lui-même à la majorité qualifiée, compensée
elle-même par un certain droit de veto pour les questions jugées
essentielles (compromis de Luxembourg).
Il ne s’agit évidemment là
que d’une esquisse dont les détails méritent un examen plus approfondi,
mais qui dessinent une évolution, non vers une communauté de type
fédéral, mais de type confédéral.
La difficulté de cette
« refondation » n’est certes pas mince. Pour la réaliser, la diplomatie
française pourrait s’appuyer à bon droit sur les aspirations réelles des
peuples d’Europe qu’a fait apparaître le référendum et qui sont loin de
correspondre toujours aux décisions de leurs gouvernements. Elle doit en
outre faire valoir la dégénérescence à craindre de l’Europe (elle est
déjà en cours) si rien n’est fait pour en modifier les modes et
principes de fonctionnement.
Un dernier mot s’impose au
sujet de l’euro. Son avenir ne peut être assuré, et certains le mettent
sérieusement en doute. Il a d’autre part présenté certains avantages,
même si sa vocation était plus politique qu’économique. La question de
sa gestion doit être cependant impérativement mise à l’ordre du jour
pour qu’il cesse d’être seulement un outil contre l’inflation, mais
aussi un outil de croissance.
Dans un domaine connexe à
l’Europe, on ne critiquera pas notre diplomatie lorsqu’elle s’efforce à
bon droit de maintenir avec l’Allemagne le lien étroit créé et voulu par
le Général de Gaulle, qui en faisait le socle de toute construction
européenne. Cette tâche n’est évidemment pas facilitée par la nette
divergence des deux pays (elle existait déjà de son temps !) touchant
les principes de cette construction. L’association des deux pays, fondée
sur les intérêts réellement communs, n’en reste pas moins nécessaire,
pourvu que soit sauvegardé entre eux un équilibre fondamental.
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Dans le reste du monde,
bien d’autres défis se posent à notre diplomatie. On ne peut ici que les
exposer brièvement.
Il y a d’abord évidemment
le Proche-Orient. Cette région est actuellement entièrement dominée par
la politique des Etats-Unis , elle-même étroitement liée à Israël. Nos
moyens n’y sont plus ceux qui existaient encore après la dernière guerre
et au temps du Général. Les problèmes y sont cependant étonnamment les
mêmes, seulement encore aggravés par l’intervention américaine en Irak.
Les intérêts des puissances européennes et de la France en particulier y
restent particulièrement grands, à la fois politiques et économiques. On
oublie également trop que la menace islamique, que l’on décrit comme
universelle, prend sa source principale dans un nouveau sursaut de
nationalisme pan-arabe, nourri de revendications sociales, et dont le
héros fut jadis Nasser. Toutes ces données rendent plus nécessaire que
jamais une autonomie qui ne subsiste guère que s’agissant du Liban. Le
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à assurer leur sécurité doit
être, dans cette région encore plus qu’ailleurs, notre doctrine, et il
concerne avant tout les Palestiniens, devenus un peuple martyr. Il
concerne aussi l’Iran, grande nation très ancienne, puissance montante,
dont il faut comprendre aussi le besoin de sécurité et les réflexes
« nationalistes » (après beaucoup d’épreuves), considération qui vaut
aussi pour les autres pays arabes de cette région. Une distanciation par
rapport à la politique américaine paraît donc également, dans cette
région, hautement souhaitable.
Une menace particulière,
cette fois pour tous les pays européens, est constituée aujourd’hui par
la Chine. Elle ne l’est pas encore sur le plan militaire, mais elle
l’est gravement sur le plan économique. Du grand marché post-colonial
qu’elle était, la Chine est déjà convertie en véritable rivale, dont les
compétences commerciales se doublent d’une compétence technique acquise
rapidement, y compris dans les secteurs de la plus haute technologie.
Cette ascension, combinée à un taux de monnaie exagérément bas et des
salaires de misère exige à bref délai des mesures de sauvegarde, bien
supérieures à celles fournies par l’OMC, quitte à y sacrifier
momentanément quelques avantages d’exportation à court terme. Là aussi,
une fermeté de la France ne serait pas mal venue.
Une diplomatie
d’indépendance s’impose également en ce qui concerné la Russie qui
retrouve progressivement sa puissance d’antan et recherche de nouveaux
liens avec l’Europe. Ces liens, historiques au demeurant, correspondent
aux intérêts de l’Europe et de la France en particulier, ce qui fut
toujours la pensée du Général de Gaulle. Voudrait-on qu’elle se
retourne vers l’Asie ? La France ne peut partager à cet égard l’espèce
de « nostalgie de guerre froide » qui inspire certains milieux
américains, et qui inspire aussi l’appui des Etats-Unis à la
dissociation des Etats périphériques de la Russie.
Enfin,
il y a l’Afrique. La France y garde de considérables intérêts auxquels
s’ajoutent les liens de la francophonie. Elle y est pourtant sur la
défensive, face à de nouveaux appétits, qu’il s’agisse d’appétits
économiques ou politiques. Le maintien d’une forte présence de la France
s’y impose, et d’une façon qui ne tienne pas trop ni des préoccupations
idéologiques de certains milieux (la « démocratie », les « droits de
l’homme », etc…) ni de la prétendue repentance post-coloniale. Dans
l’état de bouleversement des structures politiques de cette région, le
maintien d’une certaine présence s’avère à coup sûr recommandable,
pourvu qu’elle soit motivée par nos intérêts réels et non ceux des
puissances rivales. L’Afrique, c’est aussi peut-être plus encore sa
bordure méditerranéenne. A cet égard, l’Algérie (de même que le Maroc)
devrait rester au premier plan de nos soucis. S’agissant de l’Algérie,
les souvenirs du passé pèsent encore sur nos liens. Ceux-ci n’en
demeureront pas moins vivants, soutenus par le phénomène d’immigration,
l’usage, maintenu, de la langue française, et d’autres affinités, mais
il est en même temps essentiel qu’un important appui de la France au
développement économique de l’Algérie s’y ajoute, sans pour autant
mettre en question l’autonomie acquise par ce pays.
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La conclusion générale de
ce survol, nécessairement incomplet quoique s’inspirant largement des
principes initialement posés, sera la revendication par la France de la
nécessaire multipolarité du monde. Elle était déjà à la base de la
condamnation par le Général de Gaulle de la politique des blocs.
Aujourd’hui, elle est justifiée plus que jamais par la tendance actuelle
à l’unilatéralisme d’une certaine grande puissance confrontée d’ores et
déjà à la naissance de nouvelles puissances, la Chine en premier, et à
de nouvelles situations potentiellement conflictuelles.
Il y a un proverbe
chinois, rapporté par le Général de La Maisonneuve, qui dit qu’« il faut
nécessairement un troisième pied au tabouret pour que l’on puisse
s’asseoir dessus ». Agir pour préserver la paix dans le monde, comme
c’est la vocation de la France d’y contribuer, implique une nécessité du
même ordre. On ne peut risquer que, du fait de la rivalité grandissante
entre la Chine et les Etats-Unis, le monde se coupe à nouveau en deux
camps inexorablement appelés à se faire un jour la guerre. Il faut
trouver un troisième pied au tabouret mondial. Ainsi, le proverbe
chinois justifie quelque peu l’existence, entre les Etats-Unis et la
Chine, d’une puissance médiatrice qui devrait être l’Europe si celle-ci
sait se rendre politiquement et stratégiquement crédible, et, en tout
cas, il propose une orientation majeure de la politique préconisée de la
France.
Ce souci de la
multipolarité ne doit cependant pas empêcher notre pays d’affirmer haut
et fort les valeurs universelles qu’il a toujours cultivées et dont il a
fait son message au monde, à savoir l’humanisme, la liberté, l’équité
sociale. Son rôle mondial et sa capacité d’action, par delà la défense
de ses intérêts propres, restent intimement liés à ce message de
civilisation.
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