Tristes
constats
par Pierre-Marie
Gallois
Général de brigade aérienne (CR)
1 - Le 4 janvier dernier le Monde publiait un
article intitulé « Galileo, une réponse au 29 mai dans lequel le
ministre des Affaires étrangères estimait que « …Ce projet, emblématique
pour l’Europe et pour son autonomie dans le domaine spatial, répond à
ceux qui ont douté de la capacité de l’Union européenne à déterminer son
avenir ». « Ceux qui ont douté » douteraient encore s’ils
savaient quelle a été la gestion du « projet Galileo ».
-C’est d’abord que le lancement, le 28 décembre 2005,
du premier satellite de Galileo a eu lieu plus d’un quart de
siècle après que les Etats-Unis eurent placé sur leurs orbites
respectives les satellites de leur global positioning system ou
GPS. « Si gouverner c’est prévoir » a écrit encore le ministre, l’Europe
est bien mal gouvernée, des « prévisions » venant bien longtemps après
les réalisations étrangères.
-Quant à « l’autonomie » que conférait Galileo
aux pays européens, elle est pour le moins discutable puisque les
politiques de l’Union, intéressés au projet, ont accepté que Galileo
n’ait pas d’application militaire, les forces armées de l’Union
dépendant uniquement du GPS américain. Parler d’autonomie c’est, en
l’occurrence, désinformer.
-Enfin, le ministre ne
dit pas que pour placer ce premier satellite
-
d’une constellation de 30
-
il a fallu avoir recours à un lanceur
russe, sans doute dans le cadre de l’ « autonomie » vantée
officiellement.
2 - Une demi heure avant la fin de l’année 2005,
police et gendarmerie de Nice avaient été alertées : « des jeunes gens »
s’en étaient pris au matériel de la SNCF et bousculé les voyageurs.
Aussi, faut-il décidé que les « forces de l’ordre » prendraient place
dans le Nice-Lyon qui devait prendre le départ six heures plus tard. Le
début du voyage s’étant déroulé sans incident, les représentants de
l’ordre quittèrent le train à Saint Raphaël. Peu après, quelques
dizaines de « jeunes gens » ont agressé les voyageurs, les insultants,
leur volant portefeuilles et téléphones portables, bagages à main, et
aussi terrorisant les femmes. Avant l’entrée en gare de Marseille la
bande s’enfuit, trois « jeunes » seulement étant « interpellés ». Quant
aux victimes de ces exactions, en majorité, elles ont préféré ne pas
porter plaine de crainte d’avoir à subir de nouveaux sévices une fois
relâchés leurs bourreaux, la mansuétude officielle, lorsqu’il s’agit de
ces « jeunes », s’exerçant à leur profit et au dépens des victimes. Après les nuits d’émeute de novembre, en somme du
banal quant à l’insécurité française. Elle grandit avec l’ampleur de
l’ « invasion ». Et celle-ci n’est pas près de se tarir. Mais ce qui est encore – pour peu de temps – moins
banal c’est que ce grave « phénomène de société » ne fut porté à la
connaissance du public que trois jours plus tard. Et sans doute parce
que la presse locale les témoignages affluant n’avait pu suivre la
consigne du silence. C’est que pour la droite comme pour la gauche,
l’affaire était particulièrement gênante. A droite, la reprise en main
policière en prenait un coup. Et, à gauche, étant donné l’origine des
«jeunes », mieux valait se taire. « Vous êtes ici, chez vous » déclarait
François Mitterrand qui n’avait pas redouté que cet appel généreux et –
démagogique – aboutirait à l’importation, en France, de la violence
africaine. Mais une fois l’événement porté sur la place publique
autant l’exploiter. Spéculant sur la très courte mémoire politique des
Français, M. J.
Lang s’y employa en sachant que l’électeur moyen ne saurait faire de
rapprochement entre les incidents du Nice-Lyon et la politique de son
parti, les régularisations des clandestins et les accords de Schengen
par exemple. A droite l’on eut recours aux mots pour guérir les maux :
apaisements, compréhension, vive repentir, assortis, il est vrai, de
crédits supplémentaires notamment pour mettre sur pied une police
ferroviaire. Bientôt, en France, toutes les activités collectives
nationales exigeront leur police spécialisée : enseignements, transports
en commun, spectacles etc… Si ça rapporte, électoralement, c’est coûteux
l’immigration.
3 - Après avoir désigné Bonaparte à la vindicte
publique et renié sa plus éclatante victoire terrestre, la Vème
République devait renouer avec Trafalgar par de nouveaux malheurs
maritimes. Peu après qu’eut été proclamée la nécessité de
pratiquer un actif « patriotisme économique », voici que la Norvège (4,5
millions d’habitants et un PNB qui n’est que le huitième du nôtre) vole
au secours de la France en déclin maritime accentué. Hier, déjà,
c’étaient les Norvégiens qui avaient repris le « France »,
baptisé le Norway et que les Français s’étaient révélés
incapables de maintenir en service. Aujourd’hui, ce sont les
Chantiers de l’Atlantique – où furent construits les plus beaux
paquebots – qui passent sous le contrôle de la firme norvégienne Aker
Yard. Et dans des conditions fort avantageuses pour le repreneur puisque
celui-ci est financièrement aidé par la France à la « débarrasser » du
fardeau que sont, pour elle, ces prestigieux Chantiers. Au cours des
vingt dernières années, la construction navale française a été amputée
de la plupart de ses centres de production, dans le cadre,
naturellement, de la lutte « prioritaire » pour l’emploi. A Saint
Nazaire, ont est réduit à souhaiter que les Norvégiens réussissent là où
la France, une fois de plus, a échoué. Grande est la concurrence, à
commencer par celle de la zone Asie-Pacifique, particulièrement celle de
la Corée du Sud. D’ailleurs, lorsque EADS (ex Aérospatiale
française et DASA allemand) eut besoin d’un cargo spécialement
aménagé pour transporter des éléments d’Airbus de Hambourg à Bordeaux,
ce n’est pas aux Chantiers de l’Atlantique que s’adressa la
société germano-française mais à ceux de la péninsule coréenne. Toujours
dans le cadre de la bataille pour l’emploi… mais en Corée.
L’odyssée du Clemenceau est une autre
illustration de notre déclin maritime. Il eût été, pour le moins,
convenable que ce bâtiment qui porta, si longtemps, et sur tous les
océans, les couleurs de la France, fut « désamianté » et démonté en
France par des mains françaises. Spéculer sur le laxisme social prêté
aux entreprises indiennes, aux personnel chichement payé, est en
l’occurrence, un calcul sordide. Soumettre le Clemenceau aux
refus successifs de plusieurs entreprises étrangères et en dernier
ressort, au gouvernement indien, sans être assuré de son consentement,
est fort humiliant et résulte d’une bien malencontreuse politique
d’improvisation. Certes, c’est aujourd’hui une épave, mais ses services,
le nom qu’il porte ne permettent pas d’en faire l’objet d’une « bonne
affaire ».
4 - Comme toutes les formations politiques en campagne
électorale – la présidentielle de 2007 – le parti socialiste a tout
naturellement
utilisé le 10ème anniversaire de la disparition de François
Mitterrand pour se donner le héros historique récent qui lui manquait.
Le duel des tombes a ainsi succédé à l’antagonisme De Gaulle-Mitterrand
des années 60. Avec l’aide des principaux médias, l’image de ce
dernier a été construite de toutes pièces. Ni la personne n’a été
dépeinte telle qu’elle avait été, ni son comportement proche de la
vérité. Il était d’autant plus efficace d’exploiter la crédulité
populaire que les Français – comme bien d’autres peuples d’ailleurs –
aiment le fabuleux et que les contes de fées les enchantent. Aussi permanent que le « coup d’Etat », le mensonge
d’Etat a été escamoté. Et bien sûr, la francisque, l’attentat
« arrangé » de l’Observatoire, l’ « affaire des fuites ». Mais, surtout,
est ignoré l’échec économique : déficit budgétaire passant de 1 % du PIB
en 1980 à 4,5 % en 1995 ; la dette des administrations publiques
s’élevant de 25 % au début du règne, à 54 % à sa fin ; le chômage durant
la même période, porté de 2 millions à 3 millions ; les dévaluations
successives du franc (4 en 5 ans) ; les écoutes téléphoniques et….
madame Cresson à Matignon. Mieux valait, également, ne pas évoquer les
bien malencontreuses interventions à l’extérieur : engagement de la
France dans la zone des Grands Lacs, Paris prenait parti dans le conflit
séculaire qui oppose Tutsis et Hutus ; bombardement de l’Irak après
avoir exploité la mégalomanie de son dirigeant et offert de reconstruire
la centrale nucléaire de Tamouz détruite par les avions de l’Etat
d’Israël ; agression de la Serbie et création d’un second Etat musulman
dans les Balkans…
Peccadilles que tout cela, direz-vous. Effectivement,
peu de chose comparé à Maastricht et à la fin de la souveraineté
nationale, le territoire français devenant, progressivement, une
division administrative d’une très problématique Europe politique. Le
funeste traité avait été précédé d’une bien étrange déclaration de M. R.
Dumas parlant aux Assemblées au nom du président de la République : « La
France est déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale…
nous avons pris, pour Maastricht, le parti d’une mutation fondamentale
vers une entité supranationale » (27 novembre 1991). Le traité sera
signé le 7 février 1992 et ratifié le 20 septembre 1992 après
référendum, les Français souscrivant à un texte incompréhensible pour la
majorité d’entre eux. La déclaration du 27 novembre était par
anticipation un acte de forfaiture, le président de la République
engageant la population à violer la Constitution dont il est censé être
le gardien. Quant à son ministre des Affaires étrangères il fut porté à
la présidence du Conseil Constitutionnel afin d’y veiller au respect
d’Institutions dont il s’était soucié comme d’une guigne. A l’évidence,
dans une démocratie, la déclaration du 27 novembre n’aurait pu être
faite qu’après référendum, le pays s’étant exprimé sur un texte aisément
compréhensible. Mais, en réalité, ce fut un tour de passe-passe. Et de
taille puisqu’il mettait fin à la France millénaire.
Ayant beaucoup demandé à la vie, le président défunt
a su en obtenir encore davantage. Mais, au moment où il atteignait le
sommet, il apprit qu’il devait compter, incessamment, avec la mort. La
cruauté du sort explique peut-être, pour une part tout au moins, ses
démarches consacrant le déclin puis la fin des Institutions et de la
Nation telle qu’elle a été façonnée par les siècles. A ses successeurs
de passer de la Politique à l’Administration locale, celle-ci étant
gérée dans les limites tracées par le carcan supranational futur.
C’était, naturellement, détruire l’œuvre de redressement tentée par le
général De Gaulle, et ainsi finalement, l’emporter sur lui.
5 – En Amérique du sud, les élections, les unes après les autres, en
modifient la couleur politique. L’ancêtre Fidel Castro est maintenant
accompagné par des gouvernements de gauche, en Argentine, en Bolivie, au
Brésil, au Chili et au Venezuela où Hugo Chavez détient l’atout du
pétrole. Spécifiques ces régimes politiques n’en manifestent pas moins
une même hostilité à l’encontre des Etats-Unis, champions du libéralisme
économique. Subissant les effets de la production chinoise, celle-ci
s’emparant peu à peu du marché des produits techniquement de plus en
plus avancés, la super puissance perd pied dans son « proche étranger ». Le continent sud-américain troque la tutelle
économique des Etats-Unis contre celle de la zone Asie-Pacifique. Avide
de matières premières la Chine offre aux pays en voie de développement
des débouchés que les Etats-Unis tenaient pour acquis. La pétro-politique du président Bush, dictée par la
nécessité, a engagé son pays dans des conflits qui lui aliènent une
large fraction des populations du Tiers-monde, y compris, maintenant au
Nouveau monde, mettant à mal la doctrine de Monroe (1823). Avant tout, préoccupés par l’élection présidentielle
de 2007, Mme
S. Royal et M. J. Lang, paradant au Chili ont-ils réfléchi aux risques
qu’ils prenaient en venant ainsi provoquer l’oncle Sam ?
6 - Voici, maintenant, que le chancelier autrichien,
M. Wolfgang Schüssel, propose que l’Union européenne lève elle-même,
directement, un impôt européen pour alimenter son budget. Ainsi, serait
mis un terme aux longs débats qui précédèrent l’adoption – si laborieuse
– du budget européen pour la période 2007 – 2013. Et amenuisées
davantage encore les attributions des gouvernements des pays membres qui
ne seraient plus maîtres des prélèvements obligatoires imposés à leurs
ressortissants respectifs. Déjà fort coûteuse, la « construction
européenne » le deviendrait davantage encore, l’Union fixant le montant
de l’impôt qu’elle prélèverait directement. Bons débuts pour la nouvelle
année européenne.
7 - L’Iran a les moyens de violer les clauses du
traité de non prolifération (nucléaire) que Téhéran a signé. Les
applications non militaires de l’atome, autorisées par le traité,
réunissent les moyens scientifiques et techniques de l’étape initiale du
chemin conduisant à l’atome militarisé. Désigné à la vindicte publique à
la fois pour ses déclarations intempestives et pour son entêtement à
obtenir une totale liberté d’action pour son pays, Mahmoud Ahmedinejad
est soutenu par la majorité des Iraniens. Et non sans raisons :
-Depuis trois quarts de siècle, plus que
mouvementées ont été les relations entre l’Iran et les
« industrialisés » en l’occurrence, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis
et l’URSS. La pétro-politique, en effet, a des exigences dont ne
s’accommodent pas toujours les pays producteurs voulant exploiter,
nationalement, leurs richesses énergétiques. D’où, dès le milieu des
années 30, du siècle précédent, les différends opposant Londres à
Téhéran. En 1940, la Seconde Guerre mondiale conduisit les Britanniques
et les Soviétiques à occuper militairement l’Iran. Dix ans plus tard,
nationalisant son pétrole, Téhéran s’attira les foudres de compagnies
occidentales exploitantes. Londres menaça même d’arraisonner les
bâtiments qui transporteraient du pétrole iranien. Le premier ministre
Mossadegh, trop nationaliste, est chassé, Washington ayant agencé son
élimination. Mais le nationalisme prêté au Châh entraîna aussi sa chute,
« l’étranger » et Khomeiny accueilli en France, fomentant des troubles
et incitant la population à la révolte. En avril 1979 la république
était proclamée. Mais l’année suivante, débutait la guerre Irak-Iran,
Bagdad étant soutenu et armé par les « occidentaux » dont la France…
Plus d’un million d’Iraniens en furent les victimes. Ce ne sont pas les seuls griefs que l’Iran peut
avancer. En effet, voici les forces américaines, ou celles de l’OTAN, ce
qui revient au même, encerclant l’Iran, à l’ouest sur la frontière de
ce pays avec l’Irak et, à l’est en Afghanistan. Avec ses richesses
énergétiques, sa populations (65 millions) sa prestigieuse histoire,
l’Iran pourrait revendiquer le même droit à l’invulnérabilité que celui
que se sont donné les puissants voisins, devenus des Etats militairement
nucléaires : Russie, Chine, Pakistan, Inde, Corée du Nord. Extrémiste, Mahmoud Adhmadinejad n’en est pas moins
avisé. Il entend bien tirer parti de ses atouts.
-Engagés en Irak et en Afghanistan dans
des guerres devenues impopulaires outre-Atlantique, les Etats-Unis
peuvent difficilement ouvrir un troisième front. Celui-ci serait fort
peu apprécié par les Chiites irakiens sur lesquels Washington fonde ses
espoirs de paix en Irak.
-Les marchés de haute technicité iraniens
sont convoités par les « industrialisés » et ceux-ci rechignent devant
l’irrémédiable tout en s’efforçant d’être « politiquement corrects »
vis-à-vis des Etats-Unis.
-Grande puissance gazière et pétrolière,
l’Iran détient une des clés du coût des énergies fossiles. Certes, il
lui faut vendre son gaz et son pétrole, mais la Chine, l’Inde, le
Pakistan avides d’énergies peuvent compenser l’arrêt des ventes à
l’ouest (à condition que l’Iran règle la question de l’acheminement par
voie terrestre et maritime).
-Les pays producteurs de pétrole voient
avec une certaine satisfaction le déroulement de la crise iranienne qui
pousse à la hausse le coût du baril et du mètre cube de gaz naturel.
« Pourvu que ça dure » comme aurait dit madame Laetita Bonaparte.
-Tout en faisant mine de condamner le non respect
éventuel des clauses du traité de non prolifération, la Chine, la
Russie, l’Inde s’élèvent contre le rôle de pandore de l’humanité que
s’efforcent de tenir les Etats-Unis si bien que Téhéran a de discrets
alliés.
-Enfin l’affaire Eurodif au cours des années 80 a
montré aux dépens de la France, que l’Iran avait des moyens
d’intimidation puissants en organisant des prises d’otages et de bien
meurtriers attentats. Et outre-Altantique, on ne l’a pas oublié.
-En revanche, l’Etat d’Israël, là où il se trouve sur
la carte, entouré d’hostilité, entend demeurer la seule puissance
atomique de la région. Détenant l’arme du dernier recours il neutralise
les masses. A condition que ces représailles échappent à la destruction
préventive. Et que cela se sache afin que s’impose la sagesse. Mais au
prix par l’Etat d’Israël – que ses faibles dimensions rendent
particulièrement vulnérable – de l’entretien d’une force rendue
invulnérable par l’enfouissement profond, et mieux encore, par le
mouvement permanent dans les eaux méditerranéennes. On conçoit qu’Israël
se dresse fermement contre une si coûteuse altération du statu quo. n |