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Allons, enfants de la patrie?
par Raphaël Dargent
Certains se souviennent
peut-être de l’incident qui s’est produit il y a cinq ans au stade de
France lors de la rencontre France-Algérie : la Marseillaise avait été
copieusement sifflée par une partie du public. Le président de la
République avait alors justement réagi en quittant la tribune officielle
afin de manifester son indignation. Mais force est de constater
aujourd’hui qu’il n’y a pas que dans les stades de football que le
respect dû à l’hymne national fait défaut. Le 18 juin dernier, au mont
Valérien, dans ce haut lieu de la commémoration patriotique, les
attitudes des uns et des autres au moment où retentissaient les
premières mesures de la Marseillaise étaient toutes loin d’être
irréprochables. Ici, certains restaient assis, ostensiblement
indifférents ; là, d’autres, les mains dans les poches, continuaient
leur conversation. Nul doute que dans une époque, la nôtre, qui ne
respecte plus grand-chose, on puisse tolérer ce genre d’attitudes
blâmables. Il n’empêche : on ne peut pas galvauder tous les principes, y
compris républicains, et piétiner toutes les valeurs, y compris
nationales. Il faut en la matière revenir à une règle commune et
davantage digne.
Car dans bon nombre de
pays, on respecte ce symbole fort qu’est l’hymne national. C’est le cas
aux Etats-Unis, où les écoliers se lèvent devant la bannière étoilée et
récitent, main sur le cœur, le pledge of allegeance. Certains
esprits superficiels ou « modernes » trouvent un tel comportement
passéiste, comme l’expression d’un chauvinisme désuet, voire d’un
nationalisme déplacé, alors que l’heure, répètent-ils à l’envi, est plus
que jamais au cosmopolitisme. Ceux-là ne comprennent décidément rien. Le
patriotisme n’est pas et n’a jamais été l’opposé du cosmopolitisme. Les
deux sentiments ne s’excluent pas l’un l’autre. Au contraire : on n’aime
pas le reste du monde lorsqu’on ne s’aime pas soi-même.
C’est pourquoi, en ces
temps de repentance et d’autodénigrement, ce ne serait aucunement une
décision absurde ou « réactionnaire » mais au contraire nécessaire et
tout à fait « moderne » de faire apprendre aux plus jeunes la
Marseillaise dans nos écoles, et à tous, adultes comme enfants,
concomitamment au respect de l’hymne, celui du drapeau tricolore et de
l’histoire nationale.
La question est d’autant
plus cruciale que dans un pays, la France, qui est soumis à une forte
immigration, et se métisse – qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore –
cet apprentissage constituerait pour les étrangers un signe fort
d’intégration et pour tous la manifestation d’une cohésion et d’une
fierté nationale retrouvées. Honorer le drapeau et respecter l’hymne,
c’est là en effet le meilleur moyen de répondre à tous ceux qui croient
que la vague grossissante de l’immigration appelle toujours moins de
France (en réalité, à mesure qu’elle grossit, elle en requiert
davantage) et ignorent la phrase forte de Renan : « L’existence d’une
nation est un plébiscite de tous les jours. ».
D’ailleurs, les évènements
des derniers mois démontrent assez qu’il est grand temps de renforcer le
sentiment patriotique, cet amour de la France qui devrait aller de soi
mais, las, n’y va pas toujours.n
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