Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

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Allons, enfants de la patrie?
 

par Raphaël Dargent

 

 

Certains se souviennent peut-être de l’incident qui s’est produit il y a cinq ans au stade de France lors de la rencontre France-Algérie : la Marseillaise avait été copieusement sifflée par une partie du public. Le président de la République avait alors justement réagi en quittant la tribune officielle afin de manifester son indignation. Mais force est de constater aujourd’hui qu’il n’y a pas que dans les stades de football que le respect dû à l’hymne national fait défaut. Le 18 juin dernier, au mont Valérien, dans ce haut lieu de la commémoration patriotique, les attitudes des uns et des autres au moment où retentissaient les premières mesures de la Marseillaise étaient toutes loin d’être irréprochables. Ici, certains restaient assis, ostensiblement indifférents ; là, d’autres, les mains dans les poches, continuaient leur conversation. Nul doute que dans une époque, la nôtre, qui ne respecte plus grand-chose, on puisse tolérer ce genre d’attitudes blâmables. Il n’empêche : on ne peut pas galvauder tous les principes, y compris républicains, et piétiner toutes les valeurs, y compris nationales. Il faut en la matière revenir à une règle commune et davantage digne.

Car dans bon nombre de pays, on respecte ce symbole fort qu’est l’hymne national. C’est le cas aux Etats-Unis, où les écoliers se lèvent devant la bannière étoilée et récitent, main sur le cœur, le pledge of allegeance. Certains esprits superficiels ou « modernes » trouvent un tel comportement passéiste, comme l’expression d’un chauvinisme désuet, voire d’un nationalisme déplacé, alors que l’heure, répètent-ils à l’envi, est plus que jamais au cosmopolitisme. Ceux-là ne comprennent décidément rien. Le patriotisme n’est pas et n’a jamais été l’opposé du cosmopolitisme. Les deux sentiments ne s’excluent pas l’un l’autre. Au contraire : on n’aime pas le reste du monde lorsqu’on ne s’aime pas soi-même.

C’est pourquoi, en ces temps de repentance et d’autodénigrement, ce ne serait aucunement une décision absurde ou « réactionnaire » mais au contraire nécessaire et tout à fait « moderne » de faire apprendre aux plus jeunes la Marseillaise dans nos écoles, et à tous, adultes comme enfants, concomitamment au respect de l’hymne, celui du drapeau tricolore et de l’histoire nationale.

La question est d’autant plus cruciale que dans un pays, la France, qui est soumis à une forte immigration, et se métisse – qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore – cet apprentissage constituerait pour les étrangers un signe fort d’intégration et pour tous la manifestation d’une cohésion et d’une fierté nationale retrouvées. Honorer le drapeau et respecter l’hymne, c’est là en effet le meilleur moyen de répondre à tous ceux qui croient que la vague grossissante de l’immigration appelle toujours moins de France (en réalité, à mesure qu’elle grossit, elle en requiert davantage) et ignorent la phrase forte de Renan : « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. ».

D’ailleurs, les évènements des derniers mois démontrent assez qu’il est grand temps de renforcer le sentiment patriotique, cet amour de la France qui devrait aller de soi mais, las, n’y va pas toujours.n