Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

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La France doit-elle

réintégrer l'Otan?

 

par Pierre Pascallon

Professeur agrégé de faculté

Président du Club "Participation et Progrès"

 

 

 

                    

        

                                                                                                                                                       Nicolas Sarkozy au sommet de l'Otan

                                                                                                                                                              à Bucarest en 2008

                                                                                                                                                                                                                                    

On se souvient que, dès son retour au Pouvoir, en 1958, le Général de Gaulle avait demandé à ce que soit institué dans l'Alliance Atlantique un « directoire à trois nations » ou « comité exécutif du monde libre ». Eisenhower ayant répondu négativement à cette requête de l'homme du 18 juin, ce dernier devait prendre une série de décisions bien connues et notamment et surtout - décision historique de 1966 - le retrait de notre appareil défensif des commandements militaires intégrés de l’OTAN.                                 

                                                                                                                                                                                          

C'est cette parenthèse historique ouverte en 1966 par le Général de Gaulle qu'entend refermer, aujourd'hui, le nouveau Chef de l'État. Nicolas Sarkozy a mis en chantier, en effet, on le sait - cela vient d'être confirmé par le nouveau Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale de 2008 -, le retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'OTAN. « L'officialisation » devrait en être faite à l'occasion du Sommet du 60ème  Anniversaire de l'Alliance à Strasbourg-Kehl, en avril 2009.

On entend présenter ici, d'abord, les arguments qui justifient, aux yeux du Président de la République, ce retour définitif au « bercail » ; on reprend, ensuite, les critiques que soulève, pour certains, cette réintégration.

● Les justifications avancées par la réintégration de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN ? Deux « preuves » liées sont mises en avant.

1-  Cette réintégration facilitera, comme on le souhaite, la progression de l'Europe de la Défense. Dans le cadre de sa présidence de l'Union Européenne (U.E), Nicolas Sarkozy a fait de la relance de la « Politique Européenne de Sécurité et de Défense » (PESD) l'une de ses priorités. Nos partenaires européens - estime la France - ne vont consentir à ces nouvelles mesures pour renforcer l’Europe de la Défense et de l'armement que s'ils ont le sentiment que ces avancées européennes ne vont pas se faire au détriment de l'OTAN. Paris insiste donc sur le fait qu'il n'y a pas de concurrence entre défense de l'Union Européenne et Défense atlantique, mais complémentarité entre les deux ; plus, la France croit indispensable, pour prouver sa bonne foi, d'annoncer que les avancées en matière de défense européenne iront de pair avec le retour complet de notre pays dans les structures militaires intégrées de l'OTAN.

2-  Cette réintégration est d'autant plus facile qu'elle est, de fait, quasiment acquise : nous n'avons cessé, en effet, surtout depuis le début des années 90, de nous rapprocher de l'OTAN et nous sommes désormais omniprésents dans la structure « otanienne », et son « officialisation » ne peut nous être que bénéfique : nous aurons, « de l'intérieur », une plus grande capacité d'influence, sans pour autant - ajoute-t-on - aliéner notre autonomie. Le retour se fera en effet - insiste-t-on - avec une triple exigence : l'indépendance de nos forces nucléaires ; la préservation de notre autonomie d'appréciation et de décision quant à notre participation à telle ou telle opération ; l'absence de mise à disposition de troupes françaises sous commandement OTAN en temps de paix.

 ● On se doute que ce plaidoyer pour la réintégration officielle de notre pays dans les structures militaires intégrées de l'OTAN ne font pas l'unanimité.

1-  Et d'abord cette réintégration facilitera-t-elle bien - comme on le souhaite - la progression de l'Europe de la Défense ? La critique, ici, va consister à soutenir que l'on ne peut pas - si l'on entend donner quelque efficacité à cette politique - maintenir la conditionnalité de départ, mise en avant initialement par le Président de la République, à savoir qu'on ne réintégrera l'OTAN qu'au vu, et au vu seulement, des avancées observées dans l'Europe de la Défense. Et d'ailleurs de noter que, dès maintenant, à l'ouverture de la présidence française de l'Union Européenne, la décision du Chef de l'État français de réintégrer l'OTAN paraît acquise et la conditionnalité ne tient donc plus. Aussi bien si, au final, les avancées en matière d’Europe de la Défense ne sont pas à la hauteur de nos espérances, ce retour dans l'OTAN ressemblera fort alors à un marché de dupes. Plus avant, les adversaires du retour de notre pays dans l'OTAN estiment que les progrès à attendre dans l’Europe de la Défense sont fonction des concessions que sont prêts à faire les différents acteurs concernés par ce dossier, indépendamment du fait que la France réintègre ou pas officiellement l'OTAN. L’Angleterre, en particulier, est-elle bien prête à voir l’UE « s’autonomiser » davantage de l’OTAN, en acceptant le renforcement des capacités de planification et de commandement d’une Défense européenne devenant ainsi plus autonome ?

                  

                    Forces françaises en Afghanistan

2-  Cette réintégration « officielle » ne pourra-t-elle être que bénéfique ?

-       Au lieu d'avoir plus d'écoute et plus de pouvoir sur toutes les décisions et les stratégies de l'OTAN, sur la « rénovation » de l'OTAN, on avance ici qu'il y a tout lieu de penser que, une fois « à l'intérieur », on sera plus« normalement » conduit à s'aligner sur les volontés de la puissance prépondérante de l'Alliance : les États-Unis ; et ceci sur tous les dossiers lourds : la défense antimissiles, l'Iran,... Et, de façon plus large, le souhait des Américains pour une OTAN toujours plus « globalisée », avec un élargissement et un développement tous azimuts concurrençant ainsi, de plus en plus, l'ONU.

-       Par ailleurs, quand bien même - à vérifier - il n'y aurait pas de perte de notre autonomie et de notre liberté, il y aura - et c'est grave - perte de notre position singulière et spécifique dans l'OTAN qui valait à la France un capital de sympathie extraordinaire dans le tiers-monde et ailleurs. Oui, ce virage atlantiste mettra fin à l'originalité de la voix de la France dans le monde.

 C’est pourquoi, sur ce dernier argument, on est, pour notre part, très réticent à la réintégration de notre pays dans l’OTAN.   n