Cercle Jeune France

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Crise de régime

ou défaut des hommes?
 

par Raphaël Dargent

 

 

 A l’occasion de la crise des banlieues, de celle du CPE, nombre d’hommes politiques, de droite comme de gauche, ont profité du flottement et de l’autisme qui régnaient au plus haut sommet de l’Etat pour mettre en cause les institutions de la Ve République, stigmatisant une nouvelle fois leur dérive « monarchique ». Aujourd’hui, l’affaire Clearstream, qui est peut-être bien un scandale d’Etat, donne lieu à un véritable défoulement en la matière, chacun y allant de son sombre jugement sur une « Ve République moribonde » ou « à bout de souffle ». De François Bayrou à Arnaud de Montebourg, en passant par Jack Lang et Jean-Marie Le Pen, et dans nombre de colonnes de la presse écrite, on évoque une « crise de régime », comme si chaque crise que devait traverser notre pays était aussitôt l’occasion de jeter les institutions gaulliennes par-dessus bord. Au lendemain du 29 mai 2005, le socialiste Pierre Moscovici, espérant faire de ce qu’il considérait comme une défaite (le Non français au référendum) une victoire, évoquait déjà une « crise de régime ».

En ligne de mire de la classe politique : la fonction présidentielle. Le procès est ancien et remonte en vérité à l’effondrement de la IVe République. François Mitterrand fut, du temps qu’il était député, un talentueux procureur dans ce procès des institutions gaulliennes (on se souvient du fameux « coup d’Etat permanent »), avant de s’en accommoder parfaitement quelques années plus tard lorsqu’il fut rendu à l’Elysée. Aujourd’hui donc, presque tous nos candidats à la magistrature suprême proposent un affaiblissement de la fonction présidentielle, les uns réclamant un régime parlementaire (qu’ils appellent parfois primo-ministériel) et donc une réduction des prérogatives présidentielles, les autres souhaitant un régime à l’américaine sans craindre d’exposer le Président à tous les soubresauts de l’opinion publique française.

On peut bien sûr considérer que les institutions de la Ve république, qui donnent beaucoup de pouvoir  à un seul homme, le Président de la République, comportent toujours le risque de transformer certaines décisions en « fait du prince ». Nul ne contestera non plus que conséquemment l’enjeu de l’élection présidentielle est tel pour les hommes et les partis politiques qu’elle nuit au gouvernement de la France, les candidats probables, possibles, ou potentiels évitant les réformes de peur d’être impopulaires, instrumentalisant les moindres oppositions, ou se permettant tous les coups bas pour éliminer de la course leurs concurrents. Pourtant, au-delà de ces considérations,  il est une autre réalité que personne ne veut voir : ce qui est en cause aujourd’hui, ce n’est peut-être pas tant les institutions – qui ont fait leurs preuves depuis bientôt cinquante ans – que les hommes qui prétendent présider aux destinées françaises. De Gaulle, lui- même, ne se faisait pas d’illusions sur ce point. « Ce que l’infirmité des chefs a, en soi, d’irrémédiable, écrivait-il, ne saurait être compensé par la valeur des institutions. » L’infirmité des chefs, nous y sommes peut-être bien. Et la question qu’il s’agit de poser aujourd’hui, est sans doute celle de la valeur, et donc de la légitimité, de nos gouvernants.

Il faut voir les choses en face. Notre pays ne sortira pas de la crise par un changement de République ou par une énième révision de ses institutions, celles-ci ayant été révisées pas moins de dix-neuf fois depuis le 4 octobre 1958. Notre pays sortira de la crise par un profond renouvellement des hommes. n