Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

            "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Des unions continentales

au service

d'une gouvernance mondiale

 

par Pierre Hillard

 

 

 

 

 

 

 

Futur drapeau de la North american Union ?

 

      Il ne faut pas croire que les tentatives d’unification politique ne concernent que l’Union européenne. En fait, c’est un processus général qui se répand à grande vitesse partout dans le monde. Dans le cas européen, Bruxelles veut coûte que coûte relancer le projet de Constitution afin de créer un bloc régional politique, économique et militaire. Ainsi, le rapport des députés, l’Anglais Andrew Duff et de l’Autrichien Johannes Voggenhuber, adopté par le parlement européen, le 19 janvier 2006, appelle à la mise en place de cette Constitution pour 2009. Le but de cette manœuvre est d’insérer un pôle unifié européen en liaison avec d’autres entités géo-économiques naissantes. La réussite du Conseil européen des 21-23 juin 2007 pour surmonter les non franco-hollandais entre dans cette politique. Même si officiellement, il ne s’agit pas d’une constitution mais d’un Traité modificatif nécessitant la ratification de 27 Etats ce qui n’est pas encore gagné, tous les éléments sont conservés pour aboutir à une forme d’Etat européen ou plus exactement d’Empire. Comme l’a souligné avec satisfaction, le 10 juillet 2007, le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso : « Parfois j’aime comparer l’Union européenne en tant que création, à l’organisation d’un Empire. Nous avons la dimension de l’Empire, mais il y a une grande différence. Les Empires ont été habituellement bâtis par la force avec un diktat imposant du centre, sa volonté aux autres. Maintenant ce que nous avons est le premier « Empire non-impérial ». Nous avons 27 pays pleinement décidés à fonctionner ensemble et mettre en commun leur souveraineté. Je crois que c’est une grande construction dont nous devrions être fiers. Au moins, nous à la Commission, nous en sommes fiers ». Sachant qu’environ 80% des directives adoptées par l’Assemblée nationale ne sont que l’application des oukases bruxelloises, il faut croire qu’il y a chez José-Manuel Barroso soit de l’inconscience soit du cynisme.

      Cependant, la mise en forme du pilier impérial européen ne s’arrête pas là. C’est le cas de la Communauté nord-américaine, appelée à devenir une Union nord-américaine (North american Union, NAU), lancée en mars 2005 par les chefs d’Etat américain, canadien et mexicain sous l’égide du très influent institut ou think tank, le CFR (Council on Foreign Relations). Pour les organisateurs du concept, il s’agit « d’établir d’ici 2010 une communauté économique et sécuritaire en Amérique du Nord, dont les limites seraient définies par un tarif douanier commun et un périmètre de sécurité externe ». Pour leurs auteurs, cette Union nord-américaine serait le pendant de l’Union européenne (l’UE). Puisqu’il s’agit de réussir l’unification du continent nord-américain à l’instar de l’exemple européen, la logique veut que l’unité monétaire soit modifiée. Au même titre que l’euro est la monnaie unique de l’UE, les organisateurs de ce projet nord-américain appellent à la création d’une nouvelle monnaie. C’est Robert A. Pastor, vice-président du groupe de travail élaborant les structures de l’Union nord-américaine au sein du CFR, qui suggère le remplacement du dollar américain, du dollar canadien et du peso mexicain par une nouvelle unité monétaire : « l’Amero ». Comme il l’explique dans son ouvrage Toward North american community paru en août 2001, il s’agit de créer une nouvelle alternative monétaire (l’améro ou avec un autre nom) en raison de la mise en forme d’une entité politique qui se verrait flanquée d’une banque centrale nord-américaine (sorte de super Fed). Afin de concrétiser cette ambition, une crise brutale (économique, financière, militaire, …) pourrait s’avérer fort utile pour créer une panique dans la population afin de la rendre plus docile à ce type de changement. En tout cas, ces bouleversements annoncés pour l’édification de l’Union nord-américaine sont anciens. En effet, dans un ouvrage politique prophétique paru en 1912, le colonel House, conseiller du Président Wilson, annonçait dans un ouvrage intitulé « Philip Dru : administrator » l’ambition d’unifier le continent nord-américain dans le cadre d’une « nouvelle république » aux relents totalitaires.

 

     Afin de consolider et de gérer les deux piliers de l’atlantisme, il s’agit de créer en parallèle une Assemblée transatlantique réunissant les parlementaires de l’Union européenne et, pour le moment, les membres du Congrès des Etats-Unis. Les résolutions du 13 janvier et du 9 juin 2005 du parlement de Strasbourg appelant à la création de cette Assemblée ont reçu l’appui décisif de la Commission européenne qui, dans un rapport du 18 mai 2005, appelle à la création de ce type d’assemblée. La rapidité du montage en cours entre l’Union européenne et l’Union Nord-américaine (North american Union) va de pair avec la création, le 8 décembre 2004, de la Communauté sud-américaine des nations (CSN). Ce projet implique douze pays : Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay, Venezuela, Colombie, Pérou, Equateur, Bolivie, Chili, Surinam et Guyana. Suite à la « Déclaration de Cuzco » appelant au lancement de cette communauté sud-américaine, il a été décidé de créer toute une série de paramètres en s’appuyant sur le modèle de l’Union européenne : un parlement supranational, une citoyenneté et un passeport communs et une monnaie unique dont le nom n’a pas été encore défini en 2007. Même si un certain nombre d’années s’avèrera nécessaire pour aboutir à la réussite complète du projet, ces mesures s’élaborent déjà en liaison directe avec l’Union européenne qui, le 27 avril 2006, a adopté un rapport lançant la création d’une Assemblée transatlantique euro-latino-américaine (EUROLAT). Intitulé « Un partenariat renforcé entre l’Union européenne et l’Amérique du Sud », l’objectif déclaré est que cette Assemblée transatlantique « devienne l’organe parlementaire du partenariat stratégique » entre ces deux pôles en voie d’unification politique.

      Pareille à une réaction en chaîne, une nouvelle proclamation d’unité continentale vient d’être lancée : « l’union asiatique ». Depuis 2000, il existe un organisme chargé de favoriser les liens entre les pays asiatiques : l’ICAPP (International Conference for Asian Political Parties). Constitué de 90 partis politiques issus de 36 pays asiatiques, l’ICAPP a proclamé la « Déclaration de Séoul », en septembre 2006, promouvant tous les éléments afin de favoriser la création d’une communauté régionale asiatique. Un des éléments révélateurs des liens intercontinentaux mis en place pour permettre l’émergence de ces grands pôles est la participation des fondations Konrad Adenauer et Hans Seidel à la 4è Conférence ayant proclamé cette « union asiatique ». Rappelons que ces fondations sont au service de partis politiques allemands comme la CDU d’Angela Merkel et la CSU du ministre-président de Bavière, Edmund Stoiber.

      Face à cette déferlante d’unifications régionales continentales en marche, il ne faut pas espérer que ces nouvelles entités seront des forteresses capables de résister au mondialisme. En effet, un pôle régional européen unifié, loin d’être un barrage de protection face à la concurrence d’autres unités géo-économiques continentales, s’intégrera dans un système de pensée global visant l’unification complète de ces blocs en une sorte de « région-monde ». L’objectif poursuivi en réalité est celui du « glocal » (contraction de « local » et de « global »). Il s’agit, en effet, de reproduire à une échelle réduite (le local) les paramètres constituant l’humanité complète, c’est-à-dire le mélange de tous les peuples et de toutes les cultures en une pâte homogénéisée (le global). Il sera alors possible de passer à l’étape finale : la fusion de tous ces blocs géo-économiques constitués d’un même peuple indifférencié à l’esprit formaté dans un moule unique dans le cadre d’une gouvernance mondiale.

      En 1997, Guy Sorman favorable à ce type d’évolution affichait sa profession de foi dans le titre de son ouvrage : « Le monde est ma tribu ». Pour y arriver, des étapes constituées de guerres, de crises financières violentes, de contrôles croissants des médias et d’un système éducatif digne de « Machiavel pédagogue » s’imposeront sans détours. Humainement, rien ne peut arrêter le processus.n