La
politique culturelle allemande en ce début de XXIe siècle
par Pierre
Hillard
La
politique culturelle allemande est un sujet à ne pas négliger.
En effet, Le rapport du gouvernement fédéral au sujet de
la politique extérieure culturelle éclaire la politique
générale de notre voisin d'outre-Rhin. Il indique les ambitions
et les objectifs poursuivis par Berlin (entre autres les possibilités
de collectes de renseignements) en vue d'asseoir le rayonnement culturel
germanique en Europe et dans le monde. Comme le souligne le rapport :
" La politique extérieure culturelle
(sigle : AKP) du gouvernement fédéral est depuis longtemps
fixée. Sa force réside dans une construction maillée
globale institutionnelle et personnelle : services culturels des ambassades,
Instituts Goethe, écoles allemandes à l'étranger,
bureaux des services académiques allemands à l'étranger
(DAAD), envois de lecteurs d'universités, sociétés
culturelles allemandes et autres institutions culturelles allemandes forment
un maillage intégré couvrant toutes les régions du
monde permettant une large politique culturelle ".
Afin d'avoir une vue d'ensemble de ce réseau, nous présentons
la liste des instituts et organismes qui autorisent cette politique :
219 ambassades, consulats généraux, consulats et représentations
permanentes ; 128 instituts Goethe (incluant les succursales) ; 117 écoles
allemandes à l'étranger (189,1 millions d'euros dépensés
par le ministère des Affaires étrangères en 2002)
; 19 bureaux du DAAD (organisme chargé des échanges universitaires)
; 463 lecteurs d'universités en provenance du DAAD ; 152 "
sociétés culturelles " promues par l'Allemagne ; 71
spécialistes et conseillers pour le système éducatif
à l'étranger ; 10 instituts allemands (scientifiques, historiques
et sciences humaines) et 9 sections et bureaux archéologiques allemands.
Comme le rapporte ce texte : " La globalisation conduit à
un affaiblissement mondial des structures politiques et économiques
existantes fondant l'Etat-nation. De ce fait, il en résulte la
nécessité nouvelle d'affirmation véritable du fait
culturel que cela soit par la langue, l'ethnie, les convictions religieuses
ou l'héritage culturel. Cette affirmation ne se déroule
pas toujours sans conflits et peut conduire dans les mauvais moments au
fondamentalisme, à la violence et à la confrontation. Mais
ces tendances peuvent être combattues par un dialogue culturel actif
(...). Le point central du travail " civilisationnel " allemand
à l'étranger est traditionnellement l'Europe. Nos représentants
travaillent en faveur de l'Allemagne et promeuvent ainsi la sympathie
à l'égard de notre pays. Ils ont la tâche de modifier
l'image de ceux qui ont de l'Allemagne une vision imprégnée
du passé. Nous poursuivons encore plus cet objectif en particulier
à l'égard des pays candidats à l'Union européenne
(...) (ndlr : les pays d'Europe centrale qui adhèrent à
l'UE le 1er mai 2004) ".
Ces propos ont le mérite de souligner que l'Europe centrale reste
pour l'Allemagne une zone prioritaire. Il est possible de mesurer cette
politique dans les dépenses du DAAD. En effet, de 1997 à
2002, les dépenses en faveur des bourses d'études ont crû
de 35,1% à l'échelle mondiale. Cependant, des variations
à l'échelle régionale soulignent que des secteurs
connaissent des priorités. La zone Asie/Australie a vu ces dépenses
augmenter de 65,2% ; la zone Afrique du Nord/Proche-Orient de 71,5%, mais
la zone d'Europe centrale et de l'Est a vu sa part bondir à 110,6%.
Ainsi, l'envoi de professeurs allemands dans les pays d'Europe centrale
et de la CEI (Communauté des Etats indépendants) concerne
180 000 élèves et 370 écoles. Ces efforts seront
payants à l'avenir car cette politique menée à long
terme formera des étudiants dans des universités allemandes
qui seront " réinjectés " dans leurs pays d'origine.
Ces derniers garderont des liens en tous genres et seront autant de courroie
de transmission économique et politique entre leurs pays et l'Allemagne.
Mais il faudrait ajouter à cela des programmes annexes comme celui
qui consiste à favoriser des lieux d'études allemands à
l'étranger (10 millions d'euros dépensés entre 2001
et 2003, comme par exemple l'université allemande du Caire ouverte
en octobre 2003) ou encore une coopération accrue avec l'étranger
en faveur des cadres supérieurs (22,4 millions d'euros pour 2002).
Toute cette politique allemande, en particulier en Europe, sera d'autant
plus vive en raison de la promotion politique des régions, les
Etats européens ayant de moins en moins leur mot à dire.
L'Allemagne bénéficiant de son unité culturelle,
à la différence de la France qui ne tient que par le politique,
ne connaîtra pas ce type de problème. Cependant, toute politique
culturelle allemande ne peut perdurer à la condition d'une démographie
excédentaire permettant la vitalité du modèle germanique.
Or, l'effondrement des naissances outre-Rhin met à bas les plus
beaux projets, en particulier celui de " l'Europe-puissance ".
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