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Les
Princes
qui nous
gouvernent
" et les
médias
qui les
relayent
n'ont
pas
ménagé
leur
peine
pour
nous
convaincre
des
bienfaits,
non pas
tant de
l'Euro
car cela
fait
déjà
trois
ans que
ledit
Euro est
devenue
la
monnaie
unique
d'Euroland
mais de
l'abolition
des
monnaies
nationales
à
compter
du1er
janvier
2002.
Tout est
bon pour
nous "
convertir
" à
défaut
de nous
convaincre
: du
viol des
consciences
des
enfants
en
bas-âge
dont il
faut
faire
des
consommateurs
avant
d'en
faire
des
citoyens-
toujours
l'avoir
avant
l'être -
et à qui
on
demandait
de
dessiner
un Euro
comme le
Petit
prince
de
Saint-Exupéry
demandait
qu'on
lui
dessinât
un
mouton -
la
poésie
en moins
-, à la
manipulation
de
vieillards
à qui on
fait
dire
qu'ils
sont
heureux
de "
passer "
à l'Euro
même
s'ils
doivent
y "
passer "
comme on
passe de
vie à
trépas.
Pensez
donc !
Quelle
joie au
crépuscule
d'une
vie de
retrouver
les
plaisirs
de la
règle de
trois
avec un
coefficient
de
conversion
ô
combien
stimulant
:
6,55957
! Quelle
indécence
! Mais
il n'y a
cependant
rien
d'étonnant
à cela :
l'argent
est
devenu
la
mesure
de toute
chose.
Il est
vrai que
nos
élites
mondialisées
€uro-euphoriques
n'ont
guère de
souci à
se
faire.
Confortablement
installées
dans la
vie, il
y a bien
longtemps
qu'elles
ont
perdu
l'habitude
de faire
leurs
courses,
d'ouvrir
leur
porte-monnaie,
de faire
l'appoint
ou de
vérifier
que le
compte y
est
quand on
leur
rend la
monnaie
de leur
pièce ou
de leur
billet.
Ces gens
là
n'achètent
pas la
nourriture
qu'ils
consomment.
Ils
préfèrent
déjeuner
et dîner
dans des
restaurants
que " la
France
moisie "
fréquente
peu, où
il est
plus
expédient
de
régler
l'addition
avec une
carte de
crédit
sinon de
signer
un bon,
c'est-à-dire,
pour
parler
vite, de
tirer un
chèque
sur la
collectivité
publique
- ou la
société
privée -
qui les
salarie.
Pour le
reste,
on a
quelque
mal à
mesurer
l'avantage
de
l'introduction
de
l'Euro
comme
monnaie
unique
qui se
joue des
frontières
internes,
puisque
les
banques
continuent
de
facturer
une
commission
sur les
chèques
libellés
en Euros
et tirés
en
France
mais au
bénéfice
de
ressortissants
des
autres
Etats d'Euroland.
Bref,
pour
paraphraser
André
Frossard
qui
disait -
me
semble-t-il
- que
les
optimistes
n'ont
pas
pitié
des
hommes,
on est
tenté de
dire de
nos
eurolâtres
€urophiles
qu'ils
n'ont
pas
pitié
des
petites
gens ni
des
commerçants
détaillants.
N'aimeraient-ils
que les
touristes
? A les
écouter,
on
croirait
entendre
Jacques
Delors
naguère
: "
Désormais,
les
Européens
pourront
voyager
sans
aucune
entrave
à
travers
les
quinze
pays de
la
Communauté
; finis
les
problèmes
de
change.
Sans
l'Euro
les
voyages
seraient
plus
difficiles
". Et
sans
doute
les
touristes
plus
rares.
Sans
commentaire.
Ils sont
aussi
fâchés
avec la
vérité.
Une
vérité
qu'il
faut
rétablir
pour
détromper
ceux
qui,
abusés,
croiraient
que le
fameux "
passage
à l'Euro
" est
commandé
par le
respect
de
l'engagement
pris, en
1992,
avec le
traité
de
Maëstricht.
Rien
dans le
traité
ne fait
de la
disparition
des
monnaies
nationales
la
conséquence
nécessaire
de
l'introduction
d'une
monnaie
unique,
tout au
plus en
est-ce
une
conséquence
souhaitable.
Ce
qu'imposent
les
stipulations
du
traité a
déjà été
réalisé
:
l'adoption
d'une
monnaie
unique -
dénommée
Ecu par
le
traité
et
rebaptisée
Euro en
violation
du
traité
lors du
Conseil
européen
de
Madrid
de
décembre
1995 -
avec la
fixation
"
définitive
" des
parités.
Cela
devait
se faire
entre le
1er
janvier
1997 et
le 1er
janvier
1999 :
cela a
été fait
le 1er
janvier
1999.
Alors
pourquoi
tant
d'acharnement
à
vouloir
supprimer
les
monnaies
nationales
et
compliquer
la vie
des
peuples
?
Pourquoi
cette
volonté
de
provoquer
de
surcroît
ce qui
sera un
véritable
traumatisme
? Car il
en va de
la
monnaie
comme
des
autres
emblèmes
nationaux
: le
drapeau
(il ne
doit
plus
paraître
seul
mais
toujours
avec "
l'autre
"),
l'hymne
(il
aurait
des
accents
"
fascisants
"), et
même la
langue
qui,
bien
évidemment,
est plus
qu'un
emblème.
Remarquons
à ce
propos
le même
acharnement
de nos "
grands
entrepreneurs
" à
substituer
au
Français
l'anglo-américain,
cet "
espéranto
du
commerce,
de la
technologie
et du
tourisme
", comme
le nomme
Georges
Steiner.
Quelques
esprits
avisés
en
arrivent
d'ailleurs
à
considérer
que
l'entreprise
de
déracinement
systématique
à
laquelle
nous
assistons
est un
cas
d'école
qui
devrait
intéresser
les
anthropologues.
Il n'est
que de
songer à
ces
billets
qui
représentent
des
lieux de
nulle
part
(des
façades
qui font
illusion,
des
ponts
qui
n'existent
pas, des
porches
qui
s'ouvrent
sur le
néant,…)
pour
s'en
faire
une
petite
idée.
Car la
perte
des
repères
et le
sentiment
de
dépossession
vont de
pair.
Plus que
jamais,
il faut
relire
les
belles
pages de
Simone
Weil sur
l'enracinement
: " le
besoin
le plus
important
et le
plus
méconnu
de l'âme
humaine.
Un
besoin
qui,
aujourd'hui,
n'est
plus
satisfait
car nos
"
constructeurs
" de
l'Europe
n'ont
pas
réussi à
faire
naître -
l'eussent-ils
vraiment
cherché
- un
sentiment
d'appartenance
européenne
permettant
cet
enracinement
si
nécessaire.
Le
professeur
Paul
Sabourin,
peu
suspect
d'Europhobie,
l'admet
volontiers,
qui
n'ose
envisager
ce
sentiment
que "
chez
quelques
élites
et une
partie
de la
jeunesse
qui
voyage
"… En
somme
une
minorité,
pour ne
pas dire
une
minorité
de
privilégiés…
Les
sceptiques
et les
résignés,
comme
toujours,
diront
qu'il
faut
faire
contre
mauvaise
fortune
- c'est
bien le
cas avec
cette
devise !
- bon
cœur et
qu'il
faut
vivre
avec son
temps.
Il se
pourrait
bien
aussi
qu'ils
périssent
avec
lui. Les
consommateurs-voyageurs
d'Euroland
qui ne
pensent
qu'argent
et
divertissement
ne
feront
pas
taire
les
citoyens
de la
République
qui
connaissent
le prix
de la
liberté.
Un prix
qui ne
s'affiche
ni en
Francs
ni en
Euros et
qui se
paie en
dernière
extrémité,
avec du
sang et
des
larmes.
Une
monnaie
unique
n'a
jamais
garanti
la paix
ni
prémuni
contre
la
guerre.
Le
Rouble
n'a pas
empêché
l'implosion
de
l'U.R.S.S.,
le
Dinar,
l'explosion
de la
Yougoslavie,
ni le
Dollar,
la plus
meurtrière
des
guerres
que
livrèrent
les
Etats-Unis
d'Amérique
: celle
qu'ils
se
livrèrent
à
eux-mêmes
de 1861
à 1865.
Notre
foi
reste
intacte.
Pour
l'entretenir,
il n'est
que de
garder
en
mémoire
la
conclusion
de la
conférence
d'Ernest
Renan
sur la
Nation :
" le
moyen
d'avoir
raison
dans
l'avenir
est à
certaines
heures,
de
savoir
se
résigner
- ça
devient
alors
une
vertu -
à être
démodé
".
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