Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Quelle Europe demain?

 

par Henri, comte de Paris, Duc de France

           

 

 

 

 

 

 

 

"Un ami m'a fait parvenir une carte géographique semblable à celle que les élèves des lycées de notre temps étudiaient avec plaisir. Cette carte représentait l'Europe tel un patch-work multicolore.
Je pensais qu'il s'agissait d'une reproduction des divisions datant du 10e siècle, la France étant réduite à son expression d'antan, comprise entre la Loire et le Rhin, encore que l'Alsace, la Lorraine et la Bretagne fussent d'une autre couleur.
En lisant plus attentivement je me suis rendu compte que cette carte était récente. Elle a été éditée par des Allemands et les bureaux de Bruxelles. Elle peut se calquer sur les frontières du Saint Empire Romain germanique du 10e siècle ou encore sur celles prévues par Bismarck et même par le 3e Reich.
Un vieux proverbe, bien connu des Français dit qu'il faut diviser pour régner.
Alors en regardant cette nouvelle donne géographique de l'Europe, on est en droit de se poser des questions. Qui veut dominer et sur quelle Europe? Qui a intérêt à morceler la vieille Europe? Et dans le même temps quel est notre véritable projet pour l'Europe de demain ?
Quelques rappels historiques ne sont pas inutiles.
En 1783 fut signé à Versailles le traité donnant vie aux Etats-Unis d'Amérique. Le Roi Louis XVI et de nombreux membres de la noblesse furent les artisans de cette naissance.
Peu de temps plus tard Benjamin Franklin, esprit brillant, grand ami de Robespierre, de Danton et de Mirabeau distille les idées nouvelles pesées et pensées aux sources des loges de Philadelphie.
Ainsi la liberté tout comme la démocratie se construiront, mutilant la France, clef de voûte de l'Europe, la laissant exsangue - je ne saurais trop vous recommander la lecture ou la relecture d'un livre publié aux éditions Perrin : Le coût de la révolution Française par René Sédillot. Cet énarque dont on ne peut remettre en cause ses convictions républicaines, constate néanmoins que la France continue de payer le coût économique et social de la révolution - Notre "ami" Benjamin Franklin déclanchait ainsi le tonnerre et l'éclair sur la vieille Europe.
Pour parachever la déstabilisation de ce continent qui semblait lui faire de l'ombre économiquement plus que politiquement les Etats-Unis d'Amérique se devaient de faire disparaître un autre géant, future grande puissance, la Sainte Russie. En obligeant le Tsar à se doter d'une banque centrale puis en le contraignant de s'engager dans la guerre du Japon suivie de près par la première guerre mondiale, les U.S.A ont précipité la Russie vers l'abîme et la famille impériale vers le martyre.
L'Europe pourtant continue de se construire et de se structurer. Ne pouvant s'opposer frontalement à ces avancées modernes ou tentée par des moyens plus subtils de miner sa puissance. Ainsi lorsque le plan Marshall est mis en oeuvre au lendemain de la libération, on s'attaque, pour ce qui concerne la France, à son agriculture sous le prétexte de la moderniser. On arase les plaines, on supprime les haies et les chemins creux et parfois même les ruisseaux… Puis on glisse dans le texte cette "vision" dite moderne un paragraphe concernant l'obligation pour notre pays comme pour d'autres d'ailleurs de consommer de la "culture" américaine et de renoncer à la sienne propre.
Pourtant l'Europe poursuit contre vents et marées et nous nous battons pour conserver ce que l'on appelle l'exception Française, nous luttons pour que la francophonie ne se réduise pas à une peau de chagrin.
Il existe une très ancienne méthode pour casser un bloc de marbre sans pour autant l'émietter. Sans effort. On pratique une petite brèche dans le bloc, on y introduit un coin en bois puis on mouille le bois. Ce dernier gonfle et sépare le bloc selon la faille qui avait été étudiée.
Pour notre Europe, la petite brèche fut le Kosovo. Or depuis le 7 octobre 1571 c'est-à-dire depuis la victoire de Lépante contre les Turcs, nous avons, nous européens, repoussé l'Islam au sud des Dardanelles.
C'est pourquoi les Américains ont réintroduit cette épine dans notre flanc et en plus ils veulent y enfoncer le coin de bois représenté par la Turquie. Cela risque de faire exploser l'Europe d'ici à vingt-cinq ans.
La Turquie, puissance islamique n'aura jamais un régime démocratique tel que nous pouvons le pratiquer car pour tout musulman la religion et la politique sont étroitement imbriquées.
Regardez l'Algérie 40 ans après son indépendance…
Par ailleurs tout bon musulman se doit de "posséder" quatre femmes. Le taux de croissance de la population est donc exponentiel tandis que nos démocraties monogames s'essoufflent sur ce rapport…
Mathématiquement, dans 25 ans, c'est pour ainsi dire demain, la Turquie en Europe sera le pays le plus peuplé. Elle détiendra les leviers de commande politique, puisqu'elle sera considérée comme une démocratie et elle commandera à la plus forte armée. Et vous mesdames dans vingt-cinq ans vous devrez porter le voile dans la rue.
C'est pourquoi je pense qu'il serait nécessaire d'envisager d'ores et déjà, de préparer des accords préférentiels, à durée limitée mais reconductibles, avec les Turcs de même qu'avec les pays d'Afrique du nord, sans chercher à les intégrer dans notre continent.
Alors qu'elle Europe désirons-nous construire ?
L'Europe doit devenir une réalité mais pas à n'importe quel prix ni n'importe comment.
Jusqu'à présent, pour beaucoup, l'Europe est un terrain de jeu économique dans lequel on nous annonce que demain il n'y aura pas de chômage et que chacun sera heureux, oui, demain on rase gratis...
Cet angélisme économique, social et politiquement correct ne se heurte-t-il pas déjà à la réalité ?
Arrêtons de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes et essayons de construire l'Europe celle des êtres humains que nous sommes, forgés par notre culture plus que millénaire.
Certes le monde actuel doit faire face à un risque global, vache folle, dioxine, sida, OGM, AZF, 11 septembre, sang contaminé, nucléaire, Atocha… Comment réorganiser notre société ? Peut-on avoir en même temps le beurre et l'argent du beurre et le sourire de la crémière ? Nos sociétés sont devenues des manufactures du risque et nous sommes déjà entrés dans une société post-industrielle au-delà de laquelle il faudra établir de nouveaux rapports, de nouveaux contrats sociaux, entre la science et la société, entre les médias et la société, et une place libre pour une justice éprise d'éthique.
La globalité du risque ajouté au terrorisme n'ont-ils pas mis fin au néolibéralisme ? Si l'on conçoit la nécessité du retour à un Etat fort, il faut en contrepartie des contrepouvoirs également forts, pour éviter toute dictature fut-elle celle du prolétariat, celle des petits juges ou celle du parti unique.
Jean Jaurès avait écrit : "La vérité est que partout où il y a des patries, c'est-à-dire des groupes historiques ayant conscience de leur continuité et de leur unité, toute atteinte à la liberté et à l'intégrité de ces patries est un attentat contre la civilisation, une rechute en barbarie".
Quelqu'un me disait récemment : "nous sommes dans un retour à la barbarie mais cette fois dépourvu de l'antique innocence."
L'Europe des commissions bruxelloises, l'Europe bureaucratique oublie totalement l'Europe de l'humain. Les agriculteurs, les marins-pêcheurs, les routiers, les commerçants, les artistes et artisans, les ouvriers ont besoin de respirer la liberté, celle de travailler et de gagner pour eux et pour leurs familles, et nous les consommateurs nous avons besoin d'eux.
Où se trouve donc cette Liberté actuellement ?
Nous sommes dans le règne du permis-défendu. Un jour on exigera que l'homme porte la barbe comme le prophète… et on boira plus de vin !
Non ce n'est pas cela dont les Français, les Italiens ou les Portugais ont besoin mais de pouvoir décider de leur vie présente, de leur mode de vie et de leur avenir.
Le jour où je lirai que le référendum d'initiative populaire est inscrit dans la Constitution, alors je serai rassuré sur le degré de liberté accordé à notre démocratie.
Sinon nous vivrons dans le royaume de la manipulation et ce qui me paraît plus grave, cela se fait tellement en douceur que l'on ne s'en rend même pas compte. Car à notre époque les gens ne perçoivent pas le monde de la réalité, ils vivent dans un monde virtuel avec de l'argent électronique, et le monde virtuel ne peut exprimer en rien le monde réel. Lorsque l'on sait que ce monde virtuel est manipulé comme un théâtre d'ombres chinoises, alors nous devons craindre que le totalitarisme de l'ordre mondial ne s'infiltre partout.
C'est ainsi que la France risque de subir l'Histoire pour ne pas vouloir la faire."
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