Peut-il
encore y avoir
une Europe de la
défense?
par Pierre Pascallon
Professeur Agrégé de
Faculté
Président du Club
« Participation et Progrès »
On
sait que Nicolas Sarkozy -
sous sa présidence française de l'Union Européenne (UE), au second
semestre 2008 - entend faire progresser « l'Europe de la Défense » et
« l'Europe de l'Armement ».
Dans le cadre de la relance de « l'Europe de la Défense », Paris
considère comme essentiel de faire avancer trois chantiers de la
« Politique Européenne de Sécurité et de Défense » (PESD.) :
1- la
mise à jour de la stratégie européenne de sécurité adoptée en décembre
2003 ;
2- le
renforcement des capacités militaires disponibles en Europe et
l'accroissement des capacités européennes de planification et de
conduite des opérations militaires et civiles de la P.E.S.D. ;
3- la
révision des modalités de financement des opérations militaires de l'UE.
Pour
ce qui regarde « l'Europe de l'Armement », il s'agit de renforcer
« l'Agence Européenne de Défense » (AED) en lui donnant plus de moyens
et de latitude pour coordonner les acquisitions en matière de défense et
mettre fin au morcellement de l'industrie européenne d'armement,… tout
ceci impliquant que l'AED dispose d'un budget pluriannuel.
On
nous avait laissé à penser - suite aux nombreuses rencontres et échanges
depuis bientôt un an sur ces dossiers
- que les
partenaires européens de la France étaient d'accord sur ces avancées, et
plus particulièrement sur l'accroissement des capacités de planification
et de gestion de crise de l'UE. Ce dernier point est capital. La
P.E.S.D. est en effet essentiellement, pour ne pas dire exclusivement,
aujourd'hui encore une politique de gestion de crises en dehors du
territoire de ses États membres, tandis que la défense collective de
l'UE reste l'apanage de l'OTAN.
Pour
ces interventions extérieures, l'Union Européenne a pu - grâce et à
travers les « Accords de Berlin + » liant l'UE et l'OTAN - compenser
jusqu'ici son déficit structurel en matière de planification et de
capacités militaires. Mais, ce faisant, l'UE s'est inscrite dans un
rapport de dépendance par rapport à l'OTAN.
La
question clef est donc bien celle aujourd'hui -pour que l'UE
parvienne à « s'autonomiser » davantage de l'OTAN, pour que l'UE
améliore en particulier l'efficacité de ses capacités de réponse rapide
avec des unités projetables de petite taille (les « groupements
tactiques 1500 »)- de la montée en puissance de l'embryon de « quartier
général européen », de « centre d'opération » dont dispose l'UE à
Bruxelles, depuis janvier 2007.
Or,
force est de constater que ces « avancées » espérées par la France pour
« l'Europe de la Défense » et « l'Europe de l'Armement » n'ont pas été
retenues à l'occasion du sommet des 27 Ministres de la Défense de l'UE à
Deauville, les 1 et 2 octobre derniers ; et qu'en particulier - suite
aux réticences britanniques, sinon allemandes, à voir se conforter une
défense européenne qui serait ainsi devenue plus indépendante vis à vis
du « SHAPE » otanien (aujourd'hui « A.C.O. » : « Allied Command
Operation ») -, le projet phare d'accroissement des capacités de
planification et de commandement permettant à l'UE d'être moins
dépendante de l'OTAN est passé aux « oubliettes ».
Le
Conseil des Ministres Européens de la Défense, prévu à Bruxelles le 10
novembre, ne pourra ainsi acter que des progrès limités - même s'ils ne
sont pas insignifiants - touchant les problèmes de formation des
militaires (« ERASMUS » militaire), des accords sur des projets
capacitaires d'armement (flottes d'hélicoptères, ...).
On
voit mal dès maintenant, dans ces conditions, comment Nicolas
Sarkozy, qui a conditionné
l'éventuel retour de la France dans le commandement militaire intégré de
l'OTAN à des progrès substantiels dans l'Europe de la Défense, pourrait
donner suite à son intention lors du sommet du 60ème
anniversaire de l'Alliance Atlantique à Strasbourg-Kehl, en avril 2009.
D'autant plus qu'à cette date - le Traité de Lisbonne, rejeté par
l'Irlande, ne pouvant entrer en vigueur (s'il rentre au final en
vigueur) avant le 1er janvier 2010 -, le Chef de l'Etat
français ne pourra donc pas également se prévaloir des promesses
contenues dans ce traité en matière d'Europe de la Défense (possibilité
de créer des « groupes pionniers »,....).n