L'Europe,
une nouvelle Atlantide?
Les civilisations ne
sont mortelles
que si elles
acceptent de l’être
par Komnen Becirovic
C’est
un fait que les deux idéologies, communiste et fasciste, qui ont meurtri
le XX-ième siècle, ont principalement échoué parce qu’elles n’ont pas
tenu compte de réalités historiques et civilisationnelles, l’une
rejetant l’histoire de l’humanité telle qu’elle s’est déroulée, dans la
préhistoire, selon la formule de Marx, l’autre échafaudant une tour de
Babel reposant sur l’exaltation de la race et de la force.
Malheureusement on ne semble pas avoir tiré la leçon nécessaire de ce
double débâcle, puisque à peine l’idéologie communiste, celle qui a duré
le plus, enterrée, voici qu’une nouvelle idéologie, celle des droits de
l’homme et de la démocratie, s’est mise à émerger avec ses composante
telles que l’humanitarisme, le mondialisme, l’européisme,
l’interventionnisme, primant sur les critères d’histoire et de
civilisation sinon tout simplement sur le bon sens, pour aboutir à de
tels désastres que sont la Bosnie, le Kosovo, la Tchétchénie,
l’Afghanistan et l’Irak, en attendant d’autres.
C’est de cette même
logique aberrante que relève la construction d’une Europe supranationale
et, donc, la question d’intégration de la Turquie en son sein. Nos
inconditionnels de l’admission de la Turquie dans l’Europe, ne semblent
point être préoccupés par le fait que, pendant plus d’un demi-millénaire la
Turquie a farouchement combattue l’Europe en même temps que la Russie ;
qu’elle a maintenu des peuples entiers, comme les Serbes, les Grecs, les
Bulgares, les Roumains, les Arméniens, les Georgiens, dans l’esclavage
le plus abject en détruisant la majeure partie de leur civilisation ;
et qu’elle a jeté la semence funeste de l’apostasie parmi les peuples
balkaniques et caucasiens, se trouvant ainsi à l’origine de féroces
antagonismes séculaires qui se prolongent jusqu’à nos jours.
Car que sont les guerres
de Bosnie, de Kosovo et de Tchétchénie sinon des séquelles du
colonialisme et du féodalisme turcs ? L’Europe continue ainsi de pâtir
de la longue présence ottomane sur son sol par delà du retrait de la
Turquie du continent à la suite de la Première guerre balkanique en
1912. La Turquie a été notamment la cause indirecte, par les biais de
ses anciens féaux bosniaques et albanais, de la guerre qu’une Europe
dévoyée avec les Etats-Unis d’Amérique, a fait à l’une de ses nations
les plus glorieuses, la Serbie, finissant de détruire au nom de la
civilisation la part de l’héritage chrétien au Kosovo que même la
barbarie turque y avait épargnée, mais pas la barbarie de nos
humanistes. Rappelez-vous leur exultation, celle de Bernard-Henri Lévy :
« Merci aux avions de l’Otan ! », ou celle de Bernard Kouchner :
« L’Europe est née au Kosovo ! », au lendemain de l’apocalypse de l’Otan
sur la Serbie, alors que les Albanais faisaient crouler les temples du
Christ au Kosovo et en chasser ses fidèles.
C’est avec la guerre de
l’Otan contre la Serbie dans laquelle la Turquie a participé en tant que
membre de l’Alliance, qu’elle a opéré son retour spectaculaire, et du
coup celui de l’islam dans les Balkans, qui se traduit, entre autre, par
le projet de restaurer rien de moins que seize mille monuments pour la
plupart des mosquées, témoignant de sa présence d’autrefois dans la
Péninsule. On l’a vue à l’œuvre lors de la reconstruction du Vieux pont
de Mostar, détruit en 1993 par les Croates - une entreprise dans
laquelle elle s’est investie politiquement, médiatiquement,
financièrement allant jusqu’à envoyer sur place une main d’œuvre des
mahométans fervents priant chaque jour tournés vers la Mecque – tout
cela on a pu voir tambour battant à la télévision turque. Naturellement
la Turquie contribue à l’action de l’édification des cent cinquante
mosquées au Kosovo, financées principalement par l’Arabie Saoudite, qui
doivent remplacer le même nombre d’églises détruites à l’ombre de
l’occupation par l’Otan et de l’administration par l’Onu de la province.
En même temps, elle développe dans les Balkans une action
médiaticio-politique constante ce dont prouve d’entières forêts
d’antennes paraboliques en Bosnie islamique et en Albanie tournées vers
Ankara et vers Istanbul qui abreuvent des flots de propagande les
anciens fidèles sujets balkaniques du sultan.
Voyons à présent, en ne
prenant qu’un seul exemple, celui du Nord de Chypre, dans quel état la
Turquie maintient les monuments chrétiens sur ce territoire qu’elle a
usurpé par la force. Les faits sont des plus accablants : des 525
églises, monastères, chapelles y ayant existés lors de l’invasion du
Nord de l’île par les Turcs en 1974, il ne subsiste actuellement que des
ruines quand ces édifices n’avaient pas été transformés en mosquées, en
restaurants, en hôtels, en casernes pour les 35 000 soldats turcs
stationnés en permanence sur l’île, voire en étables et même en
latrines, alors que les cimetières sont complètement profanés et
vandalisés. En fait, le triste sort du Nord de Chypre a préfiguré celui
du Kosovo à quelques décennies de distance. Et bien que l’Eglise grecque
n’aie cessé de clamer ce scandale, nos faiseurs d’opinion et nos
politiciens immergés dans leur discours idéologique, feignent de
l’ignorer et continuent de louer la Turquie ottomane et de se gargariser
de la tolérance, de la modernité, de l’avancée géante de la Turquie
actuelle sur le chemin des droits de l’homme et de la démocratie en
prônant son adhésion intempestive dans l’Union européenne. Il paraît
qu’un chef d’Etat, dont je tais le nom par respect du pays qu’il dirige,
aie déclaré que nous sommes tous enfants de Byzance tant il est familier
de l’histoire de Byzance et de la Turquie.
Quand je disais toute à
l’heure que la Turquie a combattu l’Europe et la Russie durant un
demi-millénaire, on pourrait m’objecter que les nations européennes
n’ont cessé pendant ce temps de se déchirer entre elles, comme le
prouvent la Guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre, les
guerres napoléoniennes ou les deux guerres mondiales déclenchées par
l’Allemagne contre la plupart des autres nations européennes, pour n’en
prendre que ces trois exemples parmi mille autres. Certes, mais ces
événements, si malheureux soient-ils, se trouvent en quelque sorte
réparés, rachetés sinon abolis par les apports les plus divers et les
plus enrichissants de ces nations à la civilisation commune, pansant
ainsi ces blessures et opérant une réconciliation entre les peuples
divisés du continent. En plein déchaînement du nazisme en Allemagne et
du fascisme en Italie, on ne pouvait ne pas lire Goethe et Dante ni
n’écouter Mozart, Beethoven ou Monteverdi ailleurs en Europe, pas plus
que boycotter Shakespeare, Pascal ou Dostoïevski en Allemagne et en
Italie.
Or, du côté du Bosphore,
nous n’avons absolument rien d’analogue, aucune contribution, dans
quelque domaine qu’il soit, au progrès ou à ennoblissement du genre
humain. Bien au contraire, ce fut la propagation de la foi islamique par
le feu et le fer, par la charia, la corvée et le tribut de sang, par
l’esclavage sexuel, la décapitation et le supplice du pal, comme autant
de formes de l’inhumanité et de l’oppression les plus noires. Et je
parle en connaissance de cause, en tant que Balkanique dont les
générations des ancêtres ont vécu un véritable calvaire sous ce règne
barbare. Par exemple, en une seule nuit, vers l’an 1670, douze hommes
les plus en vue de ma tribu de Trébyéchani furent abattus à la hache
alors qu’ils dormaient, en violation de la parole donnée par le pacha
local qui les avait reçus au dîner, et leurs dépouilles jetées le
lendemain dans la rivière voisine. Un siècle plus tard, en 1789, toute
la tribu aurait été exterminée ou réduite l’esclavage, si elle n’avait
pas émigré dans cette forteresse naturelle qu’est la région de ma
Moratcha natale à partir de laquelle s’organisa une résistance farouche
à l’oppresseur. Encore que mon aïeul Yézdimir, surnommé Becir, pris dans
une embuscade, fut décapité par les musulmans de la ville d’Onogochte
qui hissèrent, en trophée, sa tête avec quelques autres sur les remparts
de cette ville.
J’en parle parce que,
loin d’être une exception, ce genre d’horreurs avec bien d’autres, fut
le lot quotidien de la plupart des chrétiens balkaniques sous
l’occupation turque. La sinistre Tour des crânes, Tchélé koula,
près de Nich en Serbie, décrite par Lamartine, en est un emblème
effrayant : près de mille têtes de Serbes décapités, y furent emmurées
en 1809. Les guerres de Bosnie et du Kosovo, dont nos maîtres à penser
ont donné une interprétation aussi inepte que perverse conduisant
l’Occident au crime contre les Serbes, ne sont évidemment que des fruits
maudits attardés de cette domination cruelle.
Voltaire ne manquait pas
de fustiger l’état désastreux de choses dans ce qu’on appelait alors la
Turquie d’Europe et, devant l’incurie voire devant la complicité des
puissances européennes avec le Grand Turc, il comptait sur la Russie,
surtout à partir de l’accession de Catherine II, sa disciple, au trône
russe, de libérer les nations européennes, notamment les peuples
balkaniques de même que caucasiens, ployant sous le joug turc. Et c’eût
été chose faite à l’époque, compte tenu de deux guerres victorieuses
libérant l’Ukraine, la Crimée, la Moldavie, la Roumanie, la Georgie,
menées par la Russie contre la Turquie, celle de 1768-1773 et de
1789-1792. L’ensemble des peuples opprimés aurait déjà à l’époque
recouvré leur liberté et du coup les massacres des Serbes, des Grecs,
des Bulgares et des Arméniens, ainsi que des Chaldéens, qui ont
ensanglanté tout le XIX-ième et le début du XX-ième siècles, ne se
seraient jamais passés, pas plus que l’agression de l’Otan contre la
Serbie, puisque la question d’Orient et donc celle de la Turquie eût
été définitivement réglé, s’il n’y avait pas l’opposition systématique
de l’Europe, passée experte à cultiver ses propres fléaux, en premier
lieu l’opposition de la Grande-Bretagne à la Russie. Et lorsque, en mars
1878, les armées du tsar, ayant libéré la Bulgarie, se trouvèrent dans
les faubourgs de Constantinople, c’est Bismarck qui prit l’initiative du
sauvetage du moribond de Bosphore en organisant le congrès de Berlin qui
lésa la Russie de ses efforts libérateurs. Pensez aussi que l’Autriche,
qui ambitionnait de succéder à la Turquie dans les Balkans, lorsque,
dans un suprême effort commun, la Serbie, le Monténégro, la Grèce et la
Bulgarie, boutèrent enfin l’occupant turc de la Péninsule en 1912,
commença à mobiliser contre la Serbie et fit tout son possible pour
créer un Etat qui n’a jamais existé, l’Albanie. Qui plus est, cet Etat
prétend aujourd’hui sur tous les territoires des Balkans, qu’ils soient
serbes, grecs ou macédoniens, où les Albanais s’étaient répandus sous le
règne ottoman en tant que ses suppôts.
Pour résumer, l’entrée
de la Turquie dans l’Europe constituerait pour celle-ci une menace
mortelle due essentiellement à des facteurs suivants : l’antagonisme
multiséculaire entre la Turquie et l’Europe qui compromettrait déjà
l’édifice commun dans ses fondations ; la difficile cohabitation sinon
l’antinomie de deux cultures, de deux religions, de deux mentalités que
l’on voit déjà provoquer des troubles graves dans nombre des pays
européens, les musulmans les plus affranchis s’écartant difficilement de
préceptes du Coran ; la dynamique de l’islam qui fait que l’Europe se
couvre des mosquées remplies par des foules, pendant que nos sanctuaires
chrétiens demeurent désespérément vides ; enfin, la démographie,
puisque la Turquie avec ses 70 millions d’ habitants en y ajoutant
quelque 50 millions des turcophones, changerait vite la structure de la
population de notre continent d’autant que la natalité y est, dans la
plupart des pays, en constante baisse ou en stagnation.
Ces facteurs extérieurs,
conjugués aux facteurs intérieurs dont le plus préoccupant est celui de
la déchristianisation de l’Europe, verraient assez rapidement notre
civilisation submergée sinon engloutie par l’islam. Pour éviter à
l’Europe ce sort d’une nouvelle Atlantide, il faut tout simplement faire
coexister les deux religions, les deux civilisations, au lieu de tenter
de fondre les unes dans les autres, de même qu’il faut faire cohabiter
l’Europe et la Turquie dans une association étroite, sans aller jusqu’ à
l’intégration étatique, politique et économique de l’une dans l’autre.
A plus forte raison qu’un tel méga Etat aux composantes si disparates,
serait ingouvernable, comme l’est déjà l’Union avec ses 25 membres
actuels.
Cependant, et c’est le plus important, il
faut oeuvrer à la renaissance de l’idée chrétienne, au développement
d’une conscience du christianisme, en tant que foi, certes, mais surtout
en tant que civilisation dans ses accomplissements les plus hauts,
notamment dans le domaine de la spiritualité, de la philosophie, de la
littérature, de l’architecture, de l’art, de la musique, qu’exprime
admirablement le mot de Chateaubriand : génie du christianisme.
Car, s’il est vrai que les civilisations sont mortelles, elles ne le
sont, parfois, que si elles acceptent de l’être. Ou bien si elles ne
travaillent pas à leur propre perte, comme l’a fait l’Europe dans son
aberration idéologique précisément en Bosnie et au Kosovo, ainsi qu’en
ouvrant largement la porte pour accueillir en son sein un pays qui aura
été son cauchemar durant de longs siècles, la Turquie.n
Allocution
prononcée à la Convention nationale du Rassemblement pour l’Indépendance
et la Souveraineté de la France – RIF - , le 13 mai 2006 à l’ASIEM à
Paris.
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