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La
plupart des observateurs s'étonnent de la singularité de
la crise boursière qui n'en finit pas de sévir depuis
cet été, dans une conjoncture mondiale dont " les
fondamentaux ", comme ils disent, ne seraient pourtant
pas si mauvais, et, en tous cas, pas de nature à
engen-drer un cataclysme d'une telle ampleur. Cet
étonnement ne serait-il pas plutôt une feinte pour
masquer l'évidence qui les aveugle : il s'agit de la
première grande crise du temps de la mon-naie unique
scripturale et fiduciaire. L'euro cette monnaie-panacée
qui devait assurer la pros-périté de l'Europe, aux dires
de ses thuriféraires, n'a pas empêché la crise de surgir
et de dé-jouer toutes les prévisions optimistes des
experts. Les souverainistes avaient prévu depuis
longtemps qu'au lieu de nous mettre à l'abri de telles
secousses, la monnaie unique nous y conduirait car elle
a privé les gouvernements des Etats qui l'ont adoptée
des leviers d'ajustement habituels, notamment
monétaires, dont ils ont pourtant besoin pour faire face
à cette crise.
Car cette crise était prévisible. On enseigne, en effet,
dans les cours d'économie d'entreprise, que les ventes
de tout nouveau produit obéissent à une loi caractérisée
par une montée en puissance plus ou moins rapide - c'est
la phase d'investissement - suivie d'une chute jusqu'à
un plateau qui représente la phase de renouvellement ou
d'entretien. L'apparition d'une série de nouveaux
produits dans le domaine des technologies nouvelles a
dopé la croissance durant quelques années. Mais, après
ce boum, la chute était inéluctable, et d'autant plus
rapide que la croissance l'avait été. De plus, la perte
de confiance des investis-seurs dans la sincérité des
bilans des grandes entreprises du fait des scandales
financiers - et, notamment des faillites d'Enron et de
Worldcom - a aggravé la crise et transformé en déroute
la politique dynamique, fondée sur un recours massif au
crédit.
Certains peuvent douter de la pertinence de cette
analyse et de la nature exacte de la cause de la crise
contemporaine. Il suffit d'observer que la crise sévit
en même temps aux USA et en Europe, bien que les
politiques économiques suivies dans les pays concernés
soient très différentes d'un pays à l'autre, pour se
convaincre qu'elle est vérifiée dans les faits.
Que nous réserve l'avenir ? Faut-il croire, comme
semblent le penser nos dirigeants, qu'après "la purge de
la bulle financière" l'endettement de l'économie va se
résorber sponta-nément et les fondamentaux s'améliorer,
permettant de revenir rapidement à un taux de
crois-sance significatif ? Faut-il présumer au contraire
que les défaillances vont se propager de bi-lan en
bilan, d'entreprise en entreprise, comme on peut
l'observer au Japon ?
Les économies européennes étant coincées dans le carcan
de l'euro et de la politique Maastrichienne, on peut
craindre que la crise soit pire que prévu. En effet,
Maurice Allais a montré que si le taux réel de la
monnaie (c'est-à-dire le taux du marché diminué du taux
d'inflation) est supérieur au taux de croissance,
l'économie entre en déflation. Avec un taux d'inflation
de 1,8% et un taux de croissance qui atteindra, au
mieux, 1,4% en 2002, il faudrait, pour que la croissance
soit au rendez-vous, que le taux d'intérêt réel soit en
dessous de 3%, c'est-à-dire que la BCE ramène son taux
directeur à une valeur comprise entre 0,5 et 0,8%. On
est loin du compte et le taux de croissance pourrait
bien chuter, en 2003, aux alentours de 0,5%, voire,
peut-être même être négatif !
Peut-on espérer que la reprise en France et, plus
généralement en Europe, puisse être stimulée par un de
ces "moteurs" auxquels on attribue généralement le
pouvoir de tirer la croissance internationale ? Ce n'est
pas le cas de l'Allemagne qui est devenue "l'homme
ma-lade" de la Communauté européenne. Ce n'est pas celui
du Japon dont l'économie est prati-quement exsangue.
Faut-il, alors, compter sur les USA ? Ce serait
illusoire, le solde de notre commerce extérieur avec ce
pays étant, dans le meilleur des cas, inférieur à 0,5%
du PIB. On ne voit donc pas par quel canal une
croissance éventuelle pourrait se diffuser chez nous. Et
ce d'autant plus qu'il faut s'attendre à un redoublement
de l'agressivité commerciale américaine - comme on l'a
vu à l'occasion de la taxation des importations de
produits sidérurgiques - et à une dérive de la valeur du
dollar pour doper les exportations.
Les
économies européennes sont donc dans le mur de l'euro.
Pour assurer leur survie menacée par la baisse de
l'activité et par une compétition internationale qui va
encore se dur-cir, les entreprises européennes ne
disposent plus que des licenciements pour alléger leurs
charges et délocaliser leurs productions dans les pays à
très bas salaires. Sauf à sortir du car-can de la
monnaie unique, il est à craindre que les conséquences
de cette crise soient doulou-reuses. Et si elle devait
perdurer, les conséquences sur l'emploi et la précarité
seraient telles que des conflits sociaux de grande
ampleur ne manqueraient pas de se déclencher.
Alors, empêtrée dans ses propres contradictions, face à
la rigidité du carcan qu'elle a créé, et constatant
soudain qu'une des issues de cette crise pourrait bien
être de permettre aux Etats de la zone euro de relancer
leurs économies par une politique monétaire et fiscale
indé-pendante, la commission de Bruxelles, s'est résolue
à repousser aux calendes grecques le res-pect du pacte
de stabilité qui impose une limitation du déficit public
à, au maximum, 3% du produit Intérieur Brut (PIB). En
passant outre aux rodomontades de quelques
"commissaires" intégristes, et en se rangeant à l'avis
des souverainistes qui depuis bien longtemps vouent ce
pacte aux gémonies, elle en reconnaît l'absurdité, après
avoir clamé partout, haut et fort, qu'il est nécessaire
pour assurer la prospérité de l'économie européenne !
Le
système fédéraliste basé sur le dogme creux de la
monnaie unique se lézarde. Les technocrates de Bruxelles
en viendront-ils bientôt à prôner le rétablissement des
monnaies nationales redonnant aux Etats leur
souveraineté monétaire ? C'est fort douteux. Ils
préfère-ront nier l'évidence et prendre pour excuse la
réticence et le retard des Nations européennes à
promouvoir une économie ultra-libérale imposée par la
puissance américaine.
Dans ces conditions, le Chancelier Schröder, menacé des
remontrances de la Commis-sion, a déjà retourné sa veste
et trahi des promesses électorales pourtant toutes
récentes : il vient d'annoncer un sévère tour de vis
fiscal. Demain, malgré la volonté affichée par le
gou-vernement Raffarin de diminuer la pression fiscale,
il lui faudra recourir aux même recettes, quitte à
"passer la patate chaude" aux Régions à l'occasion des
prochaines lois de décentrali-sation. Alors, les
Français, accablés d'impôts nouveaux, ceux qui ont perdu
leur emploi, les chefs d'entreprises qui ont été acculés
à la faillite sous le gouvernement Juppé qui tenait
abso-lument à ce que ce critère soit respecté, coûte que
coûte, pour que l'on puisse avoir ce fameux euro
apprécieront…
La crise va-t-elle se dénouer dans la rue ?
n
Pierre
Aunac est l'auteur de l'ouvrage Une économie au service
de l'Homme, publié aux éditions L'Harmattan.
Bernard Chalumeau est l'auteur de " Rétablir la France !
", publié aux éditions La Pensée Universelle.
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