Cercle Jeune France

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Bruxelles craque

et donne raison aux souverainistes

 

par Bernard Chalumeau

Secrétaire général de l'Alliance pour la souveraineté de la France

et Pierre Aunac

Economiste et chef d'entreprise

           

 

 

La plupart des observateurs s'étonnent de la singularité de la crise boursière qui n'en finit pas de sévir depuis cet été, dans une conjoncture mondiale dont " les fondamentaux ", comme ils disent, ne seraient pourtant pas si mauvais, et, en tous cas, pas de nature à engen-drer un cataclysme d'une telle ampleur. Cet étonnement ne serait-il pas plutôt une feinte pour masquer l'évidence qui les aveugle : il s'agit de la première grande crise du temps de la mon-naie unique scripturale et fiduciaire. L'euro cette monnaie-panacée qui devait assurer la pros-périté de l'Europe, aux dires de ses thuriféraires, n'a pas empêché la crise de surgir et de dé-jouer toutes les prévisions optimistes des experts. Les souverainistes avaient prévu depuis longtemps qu'au lieu de nous mettre à l'abri de telles secousses, la monnaie unique nous y conduirait car elle a privé les gouvernements des Etats qui l'ont adoptée des leviers d'ajustement habituels, notamment monétaires, dont ils ont pourtant besoin pour faire face à cette crise.
Car cette crise était prévisible. On enseigne, en effet, dans les cours d'économie d'entreprise, que les ventes de tout nouveau produit obéissent à une loi caractérisée par une montée en puissance plus ou moins rapide - c'est la phase d'investissement - suivie d'une chute jusqu'à un plateau qui représente la phase de renouvellement ou d'entretien. L'apparition d'une série de nouveaux produits dans le domaine des technologies nouvelles a dopé la croissance durant quelques années. Mais, après ce boum, la chute était inéluctable, et d'autant plus rapide que la croissance l'avait été. De plus, la perte de confiance des investis-seurs dans la sincérité des bilans des grandes entreprises du fait des scandales financiers - et, notamment des faillites d'Enron et de Worldcom - a aggravé la crise et transformé en déroute la politique dynamique, fondée sur un recours massif au crédit.
Certains peuvent douter de la pertinence de cette analyse et de la nature exacte de la cause de la crise contemporaine. Il suffit d'observer que la crise sévit en même temps aux USA et en Europe, bien que les politiques économiques suivies dans les pays concernés soient très différentes d'un pays à l'autre, pour se convaincre qu'elle est vérifiée dans les faits.
Que nous réserve l'avenir ? Faut-il croire, comme semblent le penser nos dirigeants, qu'après "la purge de la bulle financière" l'endettement de l'économie va se résorber sponta-nément et les fondamentaux s'améliorer, permettant de revenir rapidement à un taux de crois-sance significatif ? Faut-il présumer au contraire que les défaillances vont se propager de bi-lan en bilan, d'entreprise en entreprise, comme on peut l'observer au Japon ?
Les économies européennes étant coincées dans le carcan de l'euro et de la politique Maastrichienne, on peut craindre que la crise soit pire que prévu. En effet, Maurice Allais a montré que si le taux réel de la monnaie (c'est-à-dire le taux du marché diminué du taux d'inflation) est supérieur au taux de croissance, l'économie entre en déflation. Avec un taux d'inflation de 1,8% et un taux de croissance qui atteindra, au mieux, 1,4% en 2002, il faudrait, pour que la croissance soit au rendez-vous, que le taux d'intérêt réel soit en dessous de 3%, c'est-à-dire que la BCE ramène son taux directeur à une valeur comprise entre 0,5 et 0,8%. On est loin du compte et le taux de croissance pourrait bien chuter, en 2003, aux alentours de 0,5%, voire, peut-être même être négatif !
Peut-on espérer que la reprise en France et, plus généralement en Europe, puisse être stimulée par un de ces "moteurs" auxquels on attribue généralement le pouvoir de tirer la croissance internationale ? Ce n'est pas le cas de l'Allemagne qui est devenue "l'homme ma-lade" de la Communauté européenne. Ce n'est pas celui du Japon dont l'économie est prati-quement exsangue. Faut-il, alors, compter sur les USA ? Ce serait illusoire, le solde de notre commerce extérieur avec ce pays étant, dans le meilleur des cas, inférieur à 0,5% du PIB. On ne voit donc pas par quel canal une croissance éventuelle pourrait se diffuser chez nous. Et ce d'autant plus qu'il faut s'attendre à un redoublement de l'agressivité commerciale américaine - comme on l'a vu à l'occasion de la taxation des importations de produits sidérurgiques - et à une dérive de la valeur du dollar pour doper les exportations.

Les économies européennes sont donc dans le mur de l'euro. Pour assurer leur survie menacée par la baisse de l'activité et par une compétition internationale qui va encore se dur-cir, les entreprises européennes ne disposent plus que des licenciements pour alléger leurs charges et délocaliser leurs productions dans les pays à très bas salaires. Sauf à sortir du car-can de la monnaie unique, il est à craindre que les conséquences de cette crise soient doulou-reuses. Et si elle devait perdurer, les conséquences sur l'emploi et la précarité seraient telles que des conflits sociaux de grande ampleur ne manqueraient pas de se déclencher.

Alors, empêtrée dans ses propres contradictions, face à la rigidité du carcan qu'elle a créé, et constatant soudain qu'une des issues de cette crise pourrait bien être de permettre aux Etats de la zone euro de relancer leurs économies par une politique monétaire et fiscale indé-pendante, la commission de Bruxelles, s'est résolue à repousser aux calendes grecques le res-pect du pacte de stabilité qui impose une limitation du déficit public à, au maximum, 3% du produit Intérieur Brut (PIB). En passant outre aux rodomontades de quelques "commissaires" intégristes, et en se rangeant à l'avis des souverainistes qui depuis bien longtemps vouent ce pacte aux gémonies, elle en reconnaît l'absurdité, après avoir clamé partout, haut et fort, qu'il est nécessaire pour assurer la prospérité de l'économie européenne !

Le système fédéraliste basé sur le dogme creux de la monnaie unique se lézarde. Les technocrates de Bruxelles en viendront-ils bientôt à prôner le rétablissement des monnaies nationales redonnant aux Etats leur souveraineté monétaire ? C'est fort douteux. Ils préfère-ront nier l'évidence et prendre pour excuse la réticence et le retard des Nations européennes à promouvoir une économie ultra-libérale imposée par la puissance américaine.
Dans ces conditions, le Chancelier Schröder, menacé des remontrances de la Commis-sion, a déjà retourné sa veste et trahi des promesses électorales pourtant toutes récentes : il vient d'annoncer un sévère tour de vis fiscal. Demain, malgré la volonté affichée par le gou-vernement Raffarin de diminuer la pression fiscale, il lui faudra recourir aux même recettes, quitte à "passer la patate chaude" aux Régions à l'occasion des prochaines lois de décentrali-sation. Alors, les Français, accablés d'impôts nouveaux, ceux qui ont perdu leur emploi, les chefs d'entreprises qui ont été acculés à la faillite sous le gouvernement Juppé qui tenait abso-lument à ce que ce critère soit respecté, coûte que coûte, pour que l'on puisse avoir ce fameux euro apprécieront…
La crise va-t-elle se dénouer dans la rue ?
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Pierre Aunac est l'auteur de l'ouvrage Une économie au service de l'Homme, publié aux éditions L'Harmattan.
Bernard Chalumeau est l'auteur de " Rétablir la France ! ", publié aux éditions La Pensée Universelle.