Vers
une dictature
aux Etats-Unis?
par Pierre Hillard
La Federalist Society investit la Cour Suprême des Etats-Unis
Les
institutions d’un pays ne restent jamais immuables. Elles évoluent en
fonction d’intérêts et de pressions politiques multiples.
Le cas des Etats-Unis est très intéressant à étudier. En effet, ce pays est régi
par une constitution datant de 1787. Marquée du sceau « We, the people
of the United States » (Nous le peuple des Etats-Unis), cette
constitution confirme le caractère fédéral du pays octroyant de larges
prérogatives aux états fédérés. Modifié par 27 amendements, ce texte
fondateur connaît depuis quelques années une refonte risquant de
remettre en cause sa substance même.
En effet, suite aux
attentats du 11 septembre 2001, de nouveaux textes fortement
contraignants se sont imposés. C’est le cas du Patriot Act du 26
octobre 2001 permettant une surveillance généralisée de la population
américaine par tous les moyens au nom des menaces représentées par le
terrorisme. Ces mesures qui pouvaient se justifier sur une période
limitée et dans un cadre bien défini ont été prorogées sine die
par le « Patriot Act improvement and reauthorisation Act » du 9 mars
2006. Ce texte autorise un état d’urgence permanent permettant à
l’exécutif américain de s’arroger des pouvoirs considérables dans la
surveillance des citoyens. L’application de ces mesures s’exerce en
relation avec le « Department of Homeland Security » (Département de la
sécurité intérieure) qui intègre l’ensemble des agences et ministères d’Etat
permettant de recenser des informations sur les activités personnelles
des Américains.
Cette évolution
s’accompagne d’une profonde mutation juridique au sein de l’appareil
américain. Ainsi, l’association conservatrice d’avocats et de magistrats
fondée en 1982, la « Federalist Society », œuvre en faveur du
renforcement de « l’exécutif unitaire ». Cette théorie repose sur l’idée
que l’exécutif ne doit pas être entravé en particulier durant des
périodes troubles. Le terrorisme et ses conséquences permettent de
développer largement l’idéal d’un exécutif omnipotent. Ce dernier a
trouvé son porte-voix en la personne de John Yoo. Ce néo-conservateur,
issu du think tank l’American Enterprise Institute, et professeur
à l’université de Berkeley, est l’auteur d’un ouvrage prônant la théorie
de l’exécutif unitaire (« unitary executive theory ») intitulé « Les
pouvoirs de guerre et de paix : la constitution et les affaires
étrangères après le 11 septembre ». Cet ouvrage insiste sur la
nécessité d’accorder au président des Etats-Unis la possibilité de
déclencher les hostilités sans déclaration de guerre ou l’autorisation
du Congrès et de pouvoir violer les lois internationales comme de
pouvoir suspendre les traités. Pour l’auteur, l’exécutif se confond avec
la personne du président et non l’administration. Ces affirmations sont
particulièrement défendues par John G. Roberts, président de la Cour
suprême des Etats-Unis, acquis à la cause de la « Federalist Society ».
Cette panoplie renforçant
les pouvoirs présidentiels commence à prendre tournure. En effet, le
président Bush a signé, en octobre 2006, le « John Warner National
Defense Authorization Act for Fiscal Year 2007 » (NDAA 07) autorisant
les autorités militaires à assumer le contrôle de la politique générale
au niveau fédéral et des Etats fédérés. Ceci est particulièrement défini
dans le paragraphe 1076 permettant l’emploi des forces armées lors
d’importants cas d’urgences publics (terrorisme, conspiration interne,
...). Quelques mois plus tard, le président des Etats-Unis a signé, en
mai 2007, le « National Security and Homeland Security Presidential
Directive » (National Security Presidential Directive 51 et
Homeland Security Presidential Directive 20). Ce document en liaison
avec le paragraphe 1076 autorise l’instauration de la loi martiale en
cas de situation d’urgence (crise économique grave, terrorisme,
fonctions gouvernementales déstabilisées, …) en s’appuyant sur le « Patriot
Act » de mars 2006 prorogé sine die. Tout cet arsenal réduit à
néant les contre-pouvoirs empêchant l’instauration d’un pouvoir central
omnipotent. En effet, dans l’histoire américaine, l’appareil militaire
est bridé par « l’Insurrection Act » de 1807 qui limite le pouvoir
présidentiel en permettant aux autorités des Etats fédérés d’agir en cas
d’insurrection. Cette mesure est renforcée par le « Posse Comitatus Act »
de juin 1878 interdisant à la puissance militaire d’agir pour faire
respecter la loi dans le cadre de l’autorité fédérale en particulier
dans les domaines de la police, de la justice et des poursuites
judiciaires. Désormais, ces protections sont caduques. Ces directives
qui ont été signées mais qui sont encore suspendues n’attendent que
l’arrivée d’un événement grave pour entrer en application.
Cette montée en puissance
de l’exécutif unitaire ne concerne pas uniquement les Etats-Unis. En
fait, on observe une évolution dans le même sens dans tous les pays
européens. Il est vrai que l’ambition de créer un bloc unifié
euro-atlantique exige une même partition pour tout le monde. Ceci
explique que le président Nicolas Sarkozy a reçu à l’Elysée, le 16
juillet 2007, le président de la Cour suprême des Etats-Unis acquis à la
théorie de l’exécutif unitaire, John G. Roberts. Gageons que le
représentant américain a su trouver les mots pour encourager le
président Sarkozy à s’engager dans la voie favorable au Nouvel Ordre
Mondial. n
Pierre Hillard vient de
publier en novembre 2007 « La marche irrésistible du Nouvel Ordre
Mondial » aux éditions
François-Xavier de Guibert.
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