Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Des blocs continentaux en faveur d'une gouvernance mondiale

par Pierre Hillard

 

 

 

 

           

 

 

L’histoire de l’humanité est ponctuée d’événements décisifs. Ainsi, la fin de l’Antiquité en 476 avec la disparition de la Rome impériale ou encore l’avènement de la Renaissance ont constitué des tournants majeurs pour le genre humain. Le début du XXIè siècle n’échappe pas à la règle. Le 11 septembre 2001 a lancé un compte à rebours qui, avec la crise financière partie des Etats-Unis en août 2007, doit aboutir à l’émergence d’un monde nouveau au sein duquel les Etats sont appelés à disparaître dans le cadre d’une gouvernance mondiale.

            L’année 2008 a été fertile dans la mise en forme de grands blocs continentaux appelés à se substituer aux Etats. Ainsi, tous les dirigeants politiques Sud-américains ont lancé le 23 mai 2008 « l’Union des nations d’Amérique du Sud » (sigle espagnol : UNASUR). L’objectif déclaré est de créer une entité territoriale Sud-américaine gérée par un seul et même parlement, une monnaie et un passeport unique pour tous les habitants de ces contrées. Déjà un groupe d’avant-garde[1] lors d’une réunion à Caracas, le 26 novembre 2008, a décidé de mettre sur pied un « Fonds de stabilisation et de réserve » appelé à le protéger des effets de la crise financière. Il s’en est suivi la création d’une unité de compte, le SUCRE (Système Unitaire de Compensation Régionale), qui n’est pas encore à proprement parler une monnaie classique chapeautée par un institut chargé d’émettre des billets de banque. En fait, les créateurs de ce prototype cherchent à poser les jalons en faveur de l’émergence d’une unité monétaire propre au continent Sud-américain. Cette unité de compte (le SUCRE) fait indirectement référence à Antonio José de Sucre (1795-1830) qui fut lieutenant au service de Simon Bolivar, chantre de l’indépendance des colonies espagnoles face à Madrid.

            Le 6 décembre 2008, les présidents des Etats d’Amérique centrale se sont accordés pour créer une monnaie unique et un passeport centraméricain. A l’issue du 33è sommet à San Pedro Sula au Honduras, ces chefs d’Etat estiment que l’accord sur la monnaie unique constitue un « plan de mesures urgentes » pour « amortir l’impact régional de la crise financière internationale ». La déclaration centraméricaine forte de 41 points stipule en particulier « la création d’un fonds commun de crédit, économique et financier, pour le développement de la région dans le contexte des négociations Amérique centrale-Union européenne ». Tous ces travaux et engagements doivent être poursuivis et développés sous l’impulsion du secrétariat général du « Système d’intégration de l’Amérique centrale » (le SICA).

            Pareils à une traînée de poudre, les Etats du Golfe ont décidé de lancer officiellement la création d’une union monétaire[2], le 30 décembre 2008, lors du sommet annuel à Mascate (Oman). Dans leur communiqué final, les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (GCC) annoncent avoir « adopté l’accord sur l’union monétaire (…) ainsi que le statut du Conseil monétaire » et soulignent la nécessité pour les pays membres « d’entériner rapidement l’accord pour mettre en place le Conseil ». Officiellement, cette monnaie unique doit entrer en vigueur pour 2010 même si des doutes persistent à ce sujet en raison de désaccords entre les membres du GCC.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommet de l'Unasur, Union des nations sud-américaines, le 23 mai 2009 à Brasilia

 

Peu importe l’échéance, ces ambitions correspondent à l’évolution générale en cours sur toute la planète. Même les Etats africains s’y mettent. En effet, lors du sommet d’Accra du 1er au 3 juillet 2007 au Ghana, les différents chefs d’Etat ont déclaré : « Nous sommes convenus d’accélérer l’intégration économique et politique du continent africain, à travers, notamment la formation d’un gouvernement d’union pour l’Afrique, l’objectif ultime de l’Union africaine étant la création des Etats-Unis d’Afrique ».

Dans cette affaire, l’Union européenne est à la pointe de l’évolution. Le Traité de Lisbonne accordant la primauté totale du droit européen sur le droit national ainsi que la personnalité juridique constitue la dernière ligne droite afin d’établir un pôle unifié politique et économique complet. Le phénomène est en cours aussi en Amérique du Nord puisque l’affaiblissement de l’économie américaine avec ses conséquences sociales entraînant des risques de loi martiale et, tôt ou tard, l’effondrement du dollar doivent permettre l’émergence d’une Union nord-américaine régentée par une monnaie unique au Canada, aux Etats-Unis et au Mexique, l’ensemble étant encadrée par une « Banque centrale Nord-américaine » (une super Fed en quelque sorte). Cette nouvelle entité monétaire doit normalement s’appeler amero[3]. Cependant, des doutes subsistent quant au nom final attribué à cette union monétaire. En tout cas, l’émergence de ce pôle Nord-américain unifié est de permettre par la suite la création d’une « Union atlantique », l’Angleterre « faisant le pont entre l’Europe et l’Amérique » pour reprendre l’expression de Richard de Coudenhove-Kalergi, le fondateur de la Paneurope, lors de son discours de 1950. L’objectif officiel est de réussir, en théorie pour 2015, la création d’un bloc atlantique unifié politique, économique et militaire[4]. Il est même probable qu’une union monétaire atlantique naîtra de ce mariage Union européenne/ Union Nord-américaine.

Même si nous assistons à la création de grands blocs politico-économiques dotés de monnaies continentales, la finalité de l’ensemble est de refondre complètement le système financier et bancaire de la planète. L’objectif final est de réussir à créer une gouvernance et une monnaie mondiale. Le prix nobel en économie, Joseph E. Stiglitz, dans un article de Newswek (décembre 2008) intitulé « Les marchés ne peuvent pas se diriger eux-mêmes » n’hésite pas à écrire « (…) Nous avons besoin d’une réforme complète du système monétaire. Il y a plus de 75 ans, John Maynard Keynes, le plus grand économiste de sa génération, écrivait qu’un système monétaire global était nécessaire pour assurer la prospérité et la stabilité financière. Depuis lors, le besoin s’en ressent encore plus. L’espoir de Keynes était qu’un Fonds monétaire international permettrait de créer une nouvelle monnaie de réserve planétaire[5] détenus par l’ensemble des pays au lieu de la Livre Sterling (la monnaie de réserve de l’époque). Aujourd’hui, une telle monnaie pourrait être utilisée pour remplacer le dollar de facto comme monnaie de réserve (…) ».                                                         Drapeau de l'Unasur

 

Comme l’avaient annoncé Aldous Huxley et George Orwell dans des romans d’anticipation, en fait des programmes politiques avant l’heure, l’Etat mondial prend forme sous nos yeux. La crise financière, économique et politique est l’excellent moyen pour affoler les populations et obtenir d’elles les réformes nécessaires afin d’atteindre cet idéal ancien : un Etat mondial. Le diplomate Charles-Maurice de Talleyrand fin connaisseur de l’âme humaine ne disait-il pas qu’il faut « agiter le peuple avant de s’en servir ».

Les hommes politiques censés défendre la souveraineté française ne s’agitent pas vraiment pour s’opposer au tsunami mondialiste. De toute façon, il n’y a rien à attendre d’eux car ils ne sont pas à la hauteur des événements. C’est au fond du gouffre que la France peut espérer voir apparaître un vrai chef. Espérons qu’il restera encore des Français pour répondre à son appel. n

 


 

[1] Le Honduras, le Nicaragua, le Venezuela, la Dominique, Cuba et la Bolivie.

[2] En fait, ce projet était en préparation depuis plusieurs années. Voir notre ouvrage « La décomposition des nations européennes », aux Editions François-Xavier de Guibert, p. 128.

[3] Robert Pastor, Toward a North American Union, Institute for International Economics, Washington DC, août 2001, p. 111. Le titre du chapitre s’intitule : Macroeconomic policy coordination and the amero. A l’origine, c’est un économiste canadien Herbert Grubel à l’Institut Simon Fraser de Vancouver qui a lancé l’idée en 1999 d’une monnaie et d’une banque Nord-américaine.

[4] Cette « Union atlantique » prend forme en particulier par la création de diplômes « transatlantiques » appelés « Atlantis » : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:C:2008:329:0015:01:FR:HTML

[5] Lors des Accords de Bretton Woods en 1944, Keynes souhaitait instaurer une monnaie mondiale appelée le « Bancor ».

 

Pierre Hillard a publié en 2007 La marche irrésistible du nouvel ordre mondial aux éditions François-Xavier de Guibert.