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Parmi
les nombreux instituts européens en charge de promouvoir une
Europe fédérale des régions à base ethnique, l'ARE joue un rôle
essentiel. A l'origine, cet institut a dû sa création à
l'initiative des Français, des Portugais et des Espagnols.
L'objectif affiché était de devenir le porte-parole politique
des régions. Dans cette affaire, l'Allemagne n'intervenait pas
vraiment, car elle considérait que cette nouvelle création
n'était pas d'un grand intérêt en raison de l'hétérogénéité de
ses participants. En effet, les régions présentes à l'ARE
bénéficiaient de pouvoirs bien en deçà des Länder. Cependant,
les choses évoluèrent bien vite, car les régions allemandes se
rendirent compte que ce nouvel institut pouvait devenir un moyen
de pression via la création d'unités territoriales capables
d'agir en tant que groupes frontaliers (par exemple : l'Alsace
et le Pays de Bade). D'une certaine manière, l'Allemagne a pris
dans cette affaire le train en marche, mais force est de
constater que ses dirigeants ne sont pas restés au stade du
wagon-lit. D'ailleurs, c'était avec une reconnaissance complète
(et presque naïve) que le Président de l'époque, Carlo Bernini,
affirmait les éléments suivants : " Permettez-moi, dans cette
perspective, de rappeler avec satisfaction, avec gratitude et en
en soulignant l'importance politique, l'adhésion des Länder
allemands (...). Nous pouvons compter sur leur adhésion et je
peux vous dire que depuis le début de cette adhésion, de cette
collaboration, nous avons apprécié toute la force de leur
expérience, la force de leur proposition fédérale et la
contribution décisive qu'ils donnent à notre Association ".
Ces propos sont révélateurs d'une main mise germanique sur cet
institut. Il vrai aussi que les statuts qui l'animent ont été
rédigés par Heinz Eyrich et adoptés à Mannheim le 5 février 1992
lors d'un congrès tenu à Stuttgart où son représentant a affirmé
sans ambages l'objectif réel de ses promoteurs : " Notre but est
un Conseil des régions comme deuxième véritable Chambre dans la
législation européenne ". Ce travail se fait d'autant plus
facilement que la Commission A, en charge des Affaires
Institutionnelles, est constamment dirigée par des personnes
venant d'outre-Rhin. Pour la période 2002-2004, le Président de
cette Commission n'est autre que Willi Stächele, ancien
représentant pour le Land du Bade-Wurtenberg des intérêts de la
Fédération des réfugiés (Bund der Vertriebenen, BdV,
c'est-à-dire les Sudètes, les Silésiens, les Poméraniens, ...)
dont l'objectif déclaré est d'aboutir à une Mitteleuropa
régionalisée comme l'a précisé un de ses dirigeants, Franz Heubl.
Le phénomène est si patent que l'ARE a édité en 1999 et à une
échelle bien plus grande, une carte de l'Europe des régions
(Tabula regionum Europae, 1999) où de la pointe finistère
jusqu'à l'Oural, le continent européen est parcellisé en
diverses entités régionales. Il est bon aussi de signaler que la
Turquie et les Etats du Caucase font partie intégrante de ce
projet régional. Les Etats ont disparu au profit d'un simple
sigle qui indique l'existence, comme une croix sur un champ de
bataille, des restes d'un cadavre : l'Etat-nation. De nombreux
projets fleurissent pour accélérer cette régionalisation, en
particulier le projet Centurio. Lancé en 1994, ce programme de
formation et d'échanges d'expériences a pour objectif selon la
terminologie officielle de " participer au rapprochement entre
les régions d'Europe de l'Ouest et celles d'Europe centrale et
orientale ". Comme il l'est spécifié, ce programme doit
permettre l'approfondissement des connaissances en matière de
démocratie régionale, tout en permettant l'acquisition des
connaissances du fonctionnement des différentes administrations
régionales occidentales. Le phénomène prend de plus en plus de
l'importance puisque la République tchèque, depuis le 1er
janvier 2001, accorde à ses treize nouvelles régions une
autonomie complète (enseignement, affaires sociales, santé,
culture ...) ainsi que le pouvoir de signer des accords de
coopération interrégionale pour le plus grand bénéfice des
Länder voisins comme la Bavière ou la Saxe. Ces dernières
pourront prendre ainsi sous leurs ailes leurs " petites soeurs
slaves ". Lors d'un congrès de l'ARE tenu le 10 juillet 2001, un
de ses dirigeants, Philipp Johnson, a finalement résumé la
politique véritable de l'ARE dans les termes suivants : " Il y a
lieu d'accorder aux élus au niveau régional une PLACE
EXCEPTIONNELLE " (en capitale dans le texte). Cet idéal condamne
à mort l'Etat-nation.
L'Euro, cette monnaie d'Empire, est entrée en vigueur le 1er
janvier 2002. Désormais, le Franc, créé en 1360 par le roi Jean
II le Bon, expirera le 17 février 2002. Tout un symbole, toute
une histoire prend fin. Les Français, qui ont perdu tout sens
national et dont l'idéal de vie se résume à un compte en banque,
renient le fondement de leur identité. Pauvres inconscients, ils
sont à mille lieux d'imaginer qu'ils participent à la naissance
d'un Empire germano-européen en collaboration avec le monde
anglo-saxon. La Banque centrale européenne (la BCE) dont
l'adresse à Francfort résume à elle seule l'obsession impériale
de nos voisins d'outre-Rhin - la rue de l'Empereur - est devenue
la marâtre vigilante des bas de laine français et des onze Etats
qui ont adopté cette monnaie. L'Euro va devenir cette unité
d'échange entre des régions à base ethnique (en voie de devenir)
constituant le futur Etat fédéral européen. Helmut Kohl, docteur
en histoire, ne s'y est pas trompé quand il ajoute benoîtement :
" Sous l'empereur Auguste, il n'y avait qu'une seule monnaie en
circulation dans la zone qui constitue aujourd'hui l'Europe
occidentale. Et à présent, environ deux mille ans plus tard,
nous y voilà revenus ! Vous comprendrez que c'est, pour moi,
quelque chose de fantastique ... ".
Les associations régionalistes européennes s'organisent en un
réseau dont les ramifications sont parfois peu connues. Aussi,
peut-on réellement s'étonner d'y découvrir de nouveaux
organismes qui minent un peu plus l'autorité de l'Etat ? C'est
le cas en particulier du Parti Démocratique des Peuples d'Europe
- Alliance Libre Européenne (PDPE-ALE). Situé à Bruxelles, cet
institut soutient une vingtaine de mouvements autonomistes en
Europe. Dans le cas français, nous trouvons les Bretons, les
Flamands, les Alsaciens, les Occitans, les Basques, les Catalans
et les Corses. Le PDPE-ALE est, selon sa propre définition, un
parti politique européen rassemblant des partis de nature
nationale, régionale et autonomiste de l'Union européenne. C'est
en 1994, et conformément aux dispositions de l'article 138 A du
Traité de l'Union, que cet institut s'est officiellement
constitué. Ses objectifs sont particulièrement marqués. En
effet, il s'agit, tout en favorisant la promotion des peuples
sans Etat et de leurs caractéristiques ethniques et
linguistiques, de réorienter une Europe " trop marquée par une
conception nettement économiste qui a tendance à ériger la
libéralisation, la concurrence et le centralisme en principes
absolus ". Cette affirmation se double de la volonté d'abolir
l'énergie nucléaire et de favoriser le développement des sources
d'énergie alternatives. On ne s'étonnera pas d'apprendre que le
PDPE-ALE travaille main dans la main, au Parlement européen,
avec le parti des Verts.
Parmi les membres du PDPE-ALE, nous pouvons évoquer l'existence
de ce mouvement corse, l'UPC Scelta Nova. Alors que ce parti
politique combat farouchement l'Etat français, il est dûment
déclaré à la CCPF Paris (Commission des comptes de campagnes et
des financements des partis politiques) ce qui lui permet de
bénéficier, comme le prévoit la loi de financement, une
rétribution en fonction de ses scores réalisés lors des
élections législatives. L'UPC est un mouvement issu de
l'autonomisme historique, fondé par les frères Simeoni en
juillet 1977. Les terribles rivalités entre différents
mouvements corses conduisent à des scissions, mais aussi à
d'autres rapprochements. Ainsi, Scelta Nova, issu d'une scission
de militants dénonçant les dérives de la clandestinité,
s'associe à l'UPC en janvier 2000. Les statuts qui animent ce
parti sont parfaitement conformes à l'entreprise de démolition
menée par Bruxelles grâce à l'existence de documents ethnicistes
et régionalistes voulus par l'Allemagne. L'article 1-2 en est,
en quelque sorte, le prototype : " L'UPC Scelta Nova propose
pour le peuple corse un statut d'autonomie qui l'inscrive
durablement dans une Europe des peuples et des régions
solidaires. Comme d'autres nations historiques de l'Union
européenne non constituées en Etats d'origine avec lesquelles
nous mettons notre combat en synergie, la Corse doit disposer
d'un cadre institutionnel spécifique et évolutif reconnaissant
son fait national, historique, culturel et linguistique. La
langue corse doit jouir d'un statut de pleine officialité. L'Etat
français devra accepter toutes les conséquences
constitutionnelles et politiques de ces revendications qui
forment l'essence de notre combat ".
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