Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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L'Assemblée des Régions d'Europe (ARE)

 

par Pierre Hillard

 

 

 

           

 

 

Parmi les nombreux instituts européens en charge de promouvoir une Europe fédérale des régions à base ethnique, l'ARE joue un rôle essentiel. A l'origine, cet institut a dû sa création à l'initiative des Français, des Portugais et des Espagnols. L'objectif affiché était de devenir le porte-parole politique des régions. Dans cette affaire, l'Allemagne n'intervenait pas vraiment, car elle considérait que cette nouvelle création n'était pas d'un grand intérêt en raison de l'hétérogénéité de ses participants. En effet, les régions présentes à l'ARE bénéficiaient de pouvoirs bien en deçà des Länder. Cependant, les choses évoluèrent bien vite, car les régions allemandes se rendirent compte que ce nouvel institut pouvait devenir un moyen de pression via la création d'unités territoriales capables d'agir en tant que groupes frontaliers (par exemple : l'Alsace et le Pays de Bade). D'une certaine manière, l'Allemagne a pris dans cette affaire le train en marche, mais force est de constater que ses dirigeants ne sont pas restés au stade du wagon-lit. D'ailleurs, c'était avec une reconnaissance complète (et presque naïve) que le Président de l'époque, Carlo Bernini, affirmait les éléments suivants : " Permettez-moi, dans cette perspective, de rappeler avec satisfaction, avec gratitude et en en soulignant l'importance politique, l'adhésion des Länder allemands (...). Nous pouvons compter sur leur adhésion et je peux vous dire que depuis le début de cette adhésion, de cette collaboration, nous avons apprécié toute la force de leur expérience, la force de leur proposition fédérale et la contribution décisive qu'ils donnent à notre Association ".
Ces propos sont révélateurs d'une main mise germanique sur cet institut. Il vrai aussi que les statuts qui l'animent ont été rédigés par Heinz Eyrich et adoptés à Mannheim le 5 février 1992 lors d'un congrès tenu à Stuttgart où son représentant a affirmé sans ambages l'objectif réel de ses promoteurs : " Notre but est un Conseil des régions comme deuxième véritable Chambre dans la législation européenne ". Ce travail se fait d'autant plus facilement que la Commission A, en charge des Affaires Institutionnelles, est constamment dirigée par des personnes venant d'outre-Rhin. Pour la période 2002-2004, le Président de cette Commission n'est autre que Willi Stächele, ancien représentant pour le Land du Bade-Wurtenberg des intérêts de la Fédération des réfugiés (Bund der Vertriebenen, BdV, c'est-à-dire les Sudètes, les Silésiens, les Poméraniens, ...) dont l'objectif déclaré est d'aboutir à une Mitteleuropa régionalisée comme l'a précisé un de ses dirigeants, Franz Heubl. Le phénomène est si patent que l'ARE a édité en 1999 et à une échelle bien plus grande, une carte de l'Europe des régions (Tabula regionum Europae, 1999) où de la pointe finistère jusqu'à l'Oural, le continent européen est parcellisé en diverses entités régionales. Il est bon aussi de signaler que la Turquie et les Etats du Caucase font partie intégrante de ce projet régional. Les Etats ont disparu au profit d'un simple sigle qui indique l'existence, comme une croix sur un champ de bataille, des restes d'un cadavre : l'Etat-nation. De nombreux projets fleurissent pour accélérer cette régionalisation, en particulier le projet Centurio. Lancé en 1994, ce programme de formation et d'échanges d'expériences a pour objectif selon la terminologie officielle de " participer au rapprochement entre les régions d'Europe de l'Ouest et celles d'Europe centrale et orientale ". Comme il l'est spécifié, ce programme doit permettre l'approfondissement des connaissances en matière de démocratie régionale, tout en permettant l'acquisition des connaissances du fonctionnement des différentes administrations régionales occidentales. Le phénomène prend de plus en plus de l'importance puisque la République tchèque, depuis le 1er janvier 2001, accorde à ses treize nouvelles régions une autonomie complète (enseignement, affaires sociales, santé, culture ...) ainsi que le pouvoir de signer des accords de coopération interrégionale pour le plus grand bénéfice des Länder voisins comme la Bavière ou la Saxe. Ces dernières pourront prendre ainsi sous leurs ailes leurs " petites soeurs slaves ". Lors d'un congrès de l'ARE tenu le 10 juillet 2001, un de ses dirigeants, Philipp Johnson, a finalement résumé la politique véritable de l'ARE dans les termes suivants : " Il y a lieu d'accorder aux élus au niveau régional une PLACE EXCEPTIONNELLE " (en capitale dans le texte). Cet idéal condamne à mort l'Etat-nation.

L'Euro, cette monnaie d'Empire, est entrée en vigueur le 1er janvier 2002. Désormais, le Franc, créé en 1360 par le roi Jean II le Bon, expirera le 17 février 2002. Tout un symbole, toute une histoire prend fin. Les Français, qui ont perdu tout sens national et dont l'idéal de vie se résume à un compte en banque, renient le fondement de leur identité. Pauvres inconscients, ils sont à mille lieux d'imaginer qu'ils participent à la naissance d'un Empire germano-européen en collaboration avec le monde anglo-saxon. La Banque centrale européenne (la BCE) dont l'adresse à Francfort résume à elle seule l'obsession impériale de nos voisins d'outre-Rhin - la rue de l'Empereur - est devenue la marâtre vigilante des bas de laine français et des onze Etats qui ont adopté cette monnaie. L'Euro va devenir cette unité d'échange entre des régions à base ethnique (en voie de devenir) constituant le futur Etat fédéral européen. Helmut Kohl, docteur en histoire, ne s'y est pas trompé quand il ajoute benoîtement : " Sous l'empereur Auguste, il n'y avait qu'une seule monnaie en circulation dans la zone qui constitue aujourd'hui l'Europe occidentale. Et à présent, environ deux mille ans plus tard, nous y voilà revenus ! Vous comprendrez que c'est, pour moi, quelque chose de fantastique ... ".

Les associations régionalistes européennes s'organisent en un réseau dont les ramifications sont parfois peu connues. Aussi, peut-on réellement s'étonner d'y découvrir de nouveaux organismes qui minent un peu plus l'autorité de l'Etat ? C'est le cas en particulier du Parti Démocratique des Peuples d'Europe - Alliance Libre Européenne (PDPE-ALE). Situé à Bruxelles, cet institut soutient une vingtaine de mouvements autonomistes en Europe. Dans le cas français, nous trouvons les Bretons, les Flamands, les Alsaciens, les Occitans, les Basques, les Catalans et les Corses. Le PDPE-ALE est, selon sa propre définition, un parti politique européen rassemblant des partis de nature nationale, régionale et autonomiste de l'Union européenne. C'est en 1994, et conformément aux dispositions de l'article 138 A du Traité de l'Union, que cet institut s'est officiellement constitué. Ses objectifs sont particulièrement marqués. En effet, il s'agit, tout en favorisant la promotion des peuples sans Etat et de leurs caractéristiques ethniques et linguistiques, de réorienter une Europe " trop marquée par une conception nettement économiste qui a tendance à ériger la libéralisation, la concurrence et le centralisme en principes absolus ". Cette affirmation se double de la volonté d'abolir l'énergie nucléaire et de favoriser le développement des sources d'énergie alternatives. On ne s'étonnera pas d'apprendre que le PDPE-ALE travaille main dans la main, au Parlement européen, avec le parti des Verts.


Parmi les membres du PDPE-ALE, nous pouvons évoquer l'existence de ce mouvement corse, l'UPC Scelta Nova. Alors que ce parti politique combat farouchement l'Etat français, il est dûment déclaré à la CCPF Paris (Commission des comptes de campagnes et des financements des partis politiques) ce qui lui permet de bénéficier, comme le prévoit la loi de financement, une rétribution en fonction de ses scores réalisés lors des élections législatives. L'UPC est un mouvement issu de l'autonomisme historique, fondé par les frères Simeoni en juillet 1977. Les terribles rivalités entre différents mouvements corses conduisent à des scissions, mais aussi à d'autres rapprochements. Ainsi, Scelta Nova, issu d'une scission de militants dénonçant les dérives de la clandestinité, s'associe à l'UPC en janvier 2000. Les statuts qui animent ce parti sont parfaitement conformes à l'entreprise de démolition menée par Bruxelles grâce à l'existence de documents ethnicistes et régionalistes voulus par l'Allemagne. L'article 1-2 en est, en quelque sorte, le prototype : " L'UPC Scelta Nova propose pour le peuple corse un statut d'autonomie qui l'inscrive durablement dans une Europe des peuples et des régions solidaires. Comme d'autres nations historiques de l'Union européenne non constituées en Etats d'origine avec lesquelles nous mettons notre combat en synergie, la Corse doit disposer d'un cadre institutionnel spécifique et évolutif reconnaissant son fait national, historique, culturel et linguistique. La langue corse doit jouir d'un statut de pleine officialité. L'Etat français devra accepter toutes les conséquences constitutionnelles et politiques de ces revendications qui forment l'essence de notre combat ".
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