Un
nouveau verrou fédéraliste
L'Académie de police
européenne
par Pierre
Hillard
Le
lancement de la Convention, le 28 février 2002 par Valéry
Giscard d'Estaing, est destiné à donner corps au projet
européen. Cet Etat européen fédéral des régions
à base ethnique prendra forme d'autant plus facilement que les
articles 21 et 22 de la Charte des droits fondamentaux soulignent nettement
le refus de toute discrimination, en particulier, des langues régionales
et groupes ethniques. Mais l'européisation s'étend à
tous les domaines. En effet, le cadre national étant déclaré
obsolète, désormais tout doit passer sous le label européiste.
Or, un domaine connaît une mutation particulièrement rapide,
c'est la police. En effet, la logique veut que tout passe au cran supérieur.
Les Allemands, dotés d'un esprit systématique, n'oublient
pas qu'il faut établir une police adaptée au nouvel Etat
européen. Après l'instauration de la BCE à l'image
de la Bundesbank, après la mise en forme des textes européens
comme les Chartes des langues régionales, de l'autonomie locale
et régionale d'inspiration germanique, une nouvelle structure doit
prendre forme pour la police. Comme le raconte avec beaucoup de franchise
le site internet du ministère de l'Intérieur allemand, c'est
à l'initiative déterminante de l'Allemagne que le Conseil
de l'Europe a adopté lors d'une session les 15 et 16 octobre 1999
à Tampere la conclusion n°47 qui stipule ceci : " Une
académie européenne de police en faveur de la formation
d'individus de haut rang au sein des autorités pénales doit
être mis en place. Ceci doit être considéré
comme un réseau réunissant les centres de formation nationaux
déjà existants. Elle (l'académie de police) devra
aussi être ouverte aux représentants des pays soucieux d'adhérer
". Ainsi, c'est sous l'abréviation de CEPOL (College European
Police) qu'un premier centre a vu le jour à Essen. C'est le secrétaire
d'Etat au ministère de l'Intérieur de la République
fédérale d'Allemagne, Fritz Rudolf Körper, qui a ouvert
le bal devant les représentants de onze pays de l'Union, dont la
France. Les propos tenus par le représentant d'outre-Rhin sont
de la plus pure langue de bois. Cette police européenne doit promouvoir
une meilleure compréhension entre les hommes des différents
Etats de l'UE afin de prévenir les crises et de permettre la défense
des droits de l'homme. En tout cas, derrière ces formules creuses
propres à agiter le peuple avant de s'en servir, selon l'heureuse
formule de Talleyrand, les objectifs du CEPOL s'articulent autour de trois
axes : préparation des participants aux diverses missions de commandement
dans des domaines d'intervention au sein d'équipes de police multinationales,
transmission de connaissances politiques et juridiques et développement
des capacités de commandement, de communication et de négociation.
Actuellement, les premiers pas du CEPOL se concentrent dans la mise en
forme de forces d'intervention dans la gestion de crises civiles. Le tout
se traduit par une première mouture comptant 3600 policiers pour
des missions communes, chiffre qui doit atteindre les 5000 personnes à
la fin de l'année 2003. L'Allemagne, après avoir lancé
le mouvement, doit étendre ces mesures à différents
pays comme la France, l'Espagne ou le Danemark qui, à leur tour,
assureront des cours au sein de modules désignés sous le
terme anglais de Leading Colleges. Comme on peut le constater, le caractère
national des Etats participants se diluent encore plus dans le magma européen.
Tout se fait au nom de l'Europe et pour l'Europe. La France perd encore
plus de son identité. Il est vrai que certains représentants
d'outre-Rhin ne se gênent pas pour le dire. Ainsi, le professeur
d'université en charge des relations franco-allemandes au sein
du gouvernement Schröder n'a pas hésité à affirmer
- sans s'attirer les foudres du gouvernement français - qu'il fallait
" défaire un peu la France pour faire l'Europe ". Natürlich.
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