Europe:
le plan final
par Pierre
Hillard
Désormais,
le masque est tombé. Il n'y a plus de doutes. Les projets de remaniement
complet en faveur d'une Europe des régions élaborés
au lendemain de la chute du mur de Berlin - même si beaucoup d'éléments
existaient auparavant - prennent leurs contours définitifs et annoncent
une véritable révolution géopolitique. Comme le présente
la carte ci-jointe, le continent européen est à présent
éclaté en une multitude de régions (pour beaucoup
artificielles). Un petit rappel sur l'origine de ce document est nécessaire.
Celui-ci a été conçu au sein de l'ARE (l'Assemblée
des Régions d'Europe), institut qui a vu le jour en 1985 à
Strasbourg à l'initiative des Français, des Espagnols et
des Portugais. Mais mal organisée, l'ARE fut reprise et réaménagée
en 1987 par les Allemands, ou plus exactement par l'équipe gouvernementale
du Land du Bade-Wurtenberg. D'une certaine manière, les autorités
politiques allemandes, qui ne s'étaient pas vraiment intéressées
à cet organisme à ses débuts, prirent le train en
marche. Mais force est de constater qu'elles ne restèrent pas au
stade du wagon-lit. Sous l'égide de Heinz Eyrich, les statuts de
l'ARE furent fixés à Mannheim en 1992. L'essentiel de cette
refonte fut de donner le maximum de compétences à la commission
I - sous direction germanique - en charge de promouvoir le fédéralisme
et le régionalisme. Au sein de cette commission, des groupes de
travail en charge de la protection des minorités et animés
par des représentants basques, catalans ou frioul-vénitiens
accélèrent la promotion du régionalisme identitaire.
C'est donc du sein de cet institut en liaison avec tous les autres instituts
européens (Comité des régions, Conseil des communes
et des régions d'Europe, ...) qu'émane cette carte qui fixe
le but final à atteindre. Qu'annonce-t-elle donc ?
D'abord, elle souligne d'une façon claire que tout a été
préparé d'avance. Toutes les discussions officielles sur
les thèmes de l'élargissement de l'Union européenne
à l'Est et de la primauté donnée aux régions
ne servent qu'à préparer les opinions publiques sur des
sujets qui ont été agencés, ordonnés et réglés
depuis belle lurette. Ensuite, elle annonce la fin définitive de
l'Etat-nation. L'octroi d'une autonomie politique aux régions dépendant
directement des autorités supranationales de Bruxelles met fin
à l'existence étatique des Etats. Comme nous le présentions
dans le Balkans-Infos n°72, la mise en forme d'un code civil européen
se substituant aux codes nationaux, s'explique puisqu'elle épouse
cette Europe fédérale des régions. Enfin, les récents
débats sur l'intégration ou non de la Turquie dans l'Union
européenne (UE) sont en réalité vains, car il suffit
de regarder la carte, la Turquie est déjà intégrée
à l'UE (comme les Etats du Caucase) et éclatée en
quelque 70 régions. Sachant que l'ethno-régionalisme permet
l'épanouissement des groupes ethniques dans un cadre politique,
les Kurdes de Turquie vont pouvoir s'en donner à cur joie
pour se détacher d'Ankara. Ils pourront alors profiter du passage
sur leurs territoires des oléoducs venant de la Mer Caspienne.
Sans doute, leurs coreligionnaires vivant en Syrie, en Irak et en Iran,
dans des zones riches en pétrole, manifesteront leurs souhaits
de rejoindre leurs frères de sang. Bien des troubles sont à
prévoir dans cette zone car tout cela suppose la remise en cause
des frontières ou du moins la prise en compte des revendications
de ces populations. L'UE risque d'avoir en permanence un chancre - sans
compter les flux migratoires - à la frontière où
naissent, dans cette vaste région montagneuse (véritable
château d'eau), l'Euphrate et le Tigre. Comment réagiront
alors les Américains qui souhaitent également contrôler
cette zone ?
Il faut se rappeler que les projets d'extension de l'OTAN ou de l'UE à
l'Est sont anciens. Quelques mois après la chute du Pacte de Varsovie,
le Secrétaire d'Etat James Baker, en juin 1991 à Berlin,
déclarait : " Notre objectif est une communauté transatlantique
allant de Vancouver à Vladivostok ". Ces propos furent à
nouveau confirmés après les événements du
11 septembre par Elisabeth Jones, chargée des relations eurasiatiques
dans l'administration de Bush Junior, qui confirmait que l'OTAN avait
pour objectif de s'étendre en Europe de l'Est, au Caucase et en
Asie centrale jusqu'aux frontières de la Chine.
A nouveau, et d'une manière encore plus précise, un représentant
républicain, en charge des problèmes de sécurité
et proche de la Maison Blanche, a remis au gouvernement allemand en octobre
2002 une véritable feuille de route pour l'extension à l'Est
de l'UE et de l'OTAN (Cependant, la crise irakienne au sein de l'Alliance
atlantique pourrait bien modifier le fonctionnement et l'existence de
cette organisme). Selon le Financial Times Deutschland du 24 octobre 2002
(propos qui n'ont pas été démentis par la suite),
l'objectif " d'une Europe libre et unie " doit s'articuler selon
les modalités suivantes. Après l'intégration de 10
Etats en 2004 à l'UE (Pologne, République tchèque,
Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Chypre
et Malte), il a été décidé par les autorités
américaines que les pourparlers d'adhésion de l'Ukraine
à l'OTAN devraient commencer en 2004, suivis de la Serbie en 2005.
Pour 2007, la Croatie et l'Albanie devront suivre. Enfin, la Turquie devra,
selon ce haut-représentant anonyme américain, adhérer
à l'UE pour 2007. Selon les termes mêmes du Financial Times
Deutschland : " L'intégration complète des Balkans
et de l'Ukraine dans les institutions euro-atlantiques doit être
achevée pour 2010 ". On constate que cette extension à
l'Est de l'UE rend pour l'instant service aux Etats-Unis. En première
approche, la fragmentation du continent européen en régions
comme l'indique la carte ne peut que convenir aux objectifs américains
selon le vieil adage " diviser pour mieux régner ", mais
jusqu'à quand ? En effet, l'Allemagne bénéficiant
d'une unité culturelle restera un bloc compact (en comptant les
éléments autrichien et suisse alémanique, voir Balkans-Infos
n°66) à la différence de la France, des Balkans ou de
la Turquie. Le seul problème résidera alors dans la répartition
des rôles entre les mondes anglo-saxon et allemand. Pour le maintien
de l'équilibre actuel, il serait nécessaire que Berlin continue
d'accepter d'être le premier vassal de Washington en Europe. Mais
compte tenu que l'Allemagne calque sa spiritualité politique sur
le continent (fédéralisme et ethno-régionalisme),
elle est en mesure d'imposer plus facilement ses volontés malgré
ses problèmes économiques et démographiques (qui
sont liés d'ailleurs). Or, les Anglo-Saxons n'ont jamais accepté
dans le passé l'hégémonie complète d'un Etat
en Europe, fût-ce la France de Napoléon Ier ou l'Allemagne
d'Hitler. Le tout est de savoir si l'Allemagne ne sera pas prise, une
nouvelle fois, du désir d'être calife à la place du
calife.
En tout cas, l'éclatement de l'Europe et la préparation
d'une constitution fédérale européenne sous l'égide
de Valéry Giscard d'Estaing ont pour objet lointain d'emboîter
" l'expression géographique européenne " à
une cité mondiale. Ou plutôt, une vaste fourmilière
dont les membres n'auront plus conscience du pouvoir diffus qui les manipule.
Déjà les premiers jalons se mettent en place. En effet,
il faut bien garder à l'esprit que les dirigeants européens
poussent à cette intégration mondialiste. Parmi tous les
instituts européens, le Conseil des Communes et des Régions
d'Europe (le CCRE) joue un rôle majeur. Avant même de citer
le nom de son président et de révéler ainsi la duplicité
du personnage, nous devons rappeler le fait suivant. Le CCRE est à
l'origine de la Charte de l'autonomie locale dont les prémices
ont été exposés dans un rapport intitulé "
Les institutions régionales en Europe " de l'Allemand au nom
bien français, A. Galette. Cette charte accélère
la fragmentation de l'Europe dans les domaines politiques, économiques
et ethniques. Or, le vice-président du CCRE, l'Allemand Heinrich
Hoffschulte, est en même temps président d'un groupe de travail
à l'ONU qui élabore, ni plus ni moins, une charte mondiale
de l'autonomie locale en coordination avec les Associations Mondiales
des Villes et Autorités Locales (le CAMVAL). Cette élaboration
se fait aussi en liaison directe avec des instituts mondialistes qui fleurent
bon les films de science-fiction comme, par exemple, la Fédération
Mondiale des Cités Unies (le FMCU). Dark Vador a sûrement
sa place dans ce dispositif. Plus sérieusement, quoique, il s'agit
d'harmoniser ce principe mondial avec la Charte de l'autonomie locale
européenne. Comme le rappelle avec netteté leurs promoteurs
: " La nécessité de développer des lois et des
règlements nationaux qui précisent clairement le rôle
et les responsabilités des pouvoirs locaux vis-à-vis des
gouvernements nationaux et qui mettent en place une décentralisation
effective et une véritable démocratie locale, qui s'appuient
sur les principes d'autonomie, de subsidiarité et de proximité,
a été également soulignée. Dans ce cadre,
il a été recommandé, que l'expérience acquise
au cours de la mise en uvre de la Charte européenne de l'autonomie
locale, serve de base à la définition des principes-clefs
du cadre constitutionnel ou légal d'une charte mondiale afin d'établir
des systèmes démocratiques de gouvernement local ".
Finalement, nous avons le vice-président d'un institut européen
(le CCRE) qui passe à la vitesse supérieure pour finaliser
à l'échelle mondiale un idéal ardemment défendu
par de très hauts penseurs en des termes suivants : " Le monde
doit être unifié dans ses régions avant d'être
unifié en une seule entité ". Dernière précision,
le président du CCRE s'appelle ... Valéry Giscard d'Estaing.n
Article
paru dans Balkans-Infos et reproduit avec l'aimable autorisation de Louis
Dalmas, directeur de la publication .
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