Europe,
mon amour
par Pierre
Hillard
Les
7 et 8 novembre 2001, l'Assemblée Nationale a organisé les
Assises sur l'avenir de l'Europe. Ces Assises ont été lancées
à l'initiative de Raymond Forni, Président de l'Assemblée
Nationale, et d'Alain Barreau, Président de la Délégation
pour l'Union européenne. Les intervenants furent multiples. On
peut citer pêle-mêle : Alain Juppé, Pierre Moscovici,
Alain Lamassoure, Nicole Catala, Hubert Haenel, Olivier Duhamel et autres
grands prêtres du monde européiste. L'impression générale
qui se dégage de ces diverses interventions, ce sont les incantations
multiples et variées lancées en faveur d'une Europe unie
source de bonheur, d'épanouissement et de mieux-être. Si
pour eux le paradis n'existe pas sur terre, l'Union européenne
en est au moins l'antichambre. En effet, on reste confondu devant un tel
angélisme. Certes, il ne faut pas ignorer que certains intervenants
n'oublient pas les difficultés réelles qui attendent les
pays de l'UE face au prochain élargissement. Cependant, tous au
moins obéissent à trois critères. D'abord, ils ne
croient plus en la France, ensuite, ces politiques ne possèdent
aucune culture historique, enfin, ils ignorent l'existence de documents-clefs
élaborés par les institutions européennes et qui
vont modeler l'Europe. Les propos tenus par Raymond Forni lors de l'ouverture
des Assises sont révélateurs : " L'Europe restera encore
longtemps une construction sans équivalent, ne répétant
aucun précédent, ni fédération, ni confédération.
Les nations qui la composent ne veulent pas s'y fondre et s'y perdre ...
". Ceci est déjà une erreur, car l'idée d'unité
européenne a été expressément affirmée
au cours du XIXè siècle (et même déjà
au XIVè siècle) par le très romantique et ô
combien déconnecté de la réalité, Victor Hugo,
et d'une manière plus réfléchie et plus construite
par les libéraux allemands de 1848 qui voulaient fédéraliser
sur des principes ethniques toute l'Europe. Ces principes ont été
d'ailleurs merveilleusement affichés par une carte de l'Europe
des régions des années 40 qui ferait les délices
de Bruxelles. Le problème réside dans le fait qu'elle avait
été conçue par la Waffen SS.
Le phénomène se double de la méconnaissance profonde
des textes européens. En effet, les conférenciers n'ont
pas arrêté de disserter sur le rôle de la Commission,
du Conseil des Ministres, du Parlement et du lancement d'une Chambre des
Etats (souhait d'Alain Juppé). Tel le principe du mécano,
chacun y allait de sa petite note accordant à tel organisme plus
de pouvoirs qu'à tel autre. Par bien des côtés, ces
" tronches de premiers de la classe " faisaient penser aux multiples
conférenciers et hommes politiques qui, au lendemain du Traité
de Versailles, s'ingéniaient à trouver des méthodes
pour appliquer les mesures présentes dans ledit Traité.
C'est ainsi que les paiements que l'Allemagne devait honorer, s'étalaient
jusqu'en 1988. Ces constructions toutes théoriques ne s'appuyaient
aucunement sur la réalité du terrain. L'Allemagne disposait
en effet de la puissance politique pour repousser aux calendes grecques
ces réclamations financières. 1940 mit fin définitivement
à ces utopies. Irréalisme et incompétence sont la
double caractéristique de ces politiques oubliant tout simplement
qu'ils évacuent ou ignorent l'existence de textes qui bouleverseront
leurs projets. En effet, ils n'ont pas cessé de rappeler que l'Union
européenne respectait l'intégrité des Etats, utilisant
même à satiété l'expression parfaitement contradictoire
de fédération d'Etats-nations. L'auteur de ces lignes a
eu ce malin plaisir à leur demander comment ils s'y prenaient pour
concilier intégrité des Etats-nations avec la Charte de
l'autonomie régionale lancée par la recommandation 34 (1997)
du Conseil de l'Europe, Charte qui vide de son autorité le pouvoir
central au profit des pouvoirs régionaux. Ce fut une belle panique
parmi les conférenciers n'arrêtant pas de se regarder à
droite et à gauche et finalement ne sachant que dire. Ce n'est
qu'après un moment de " fort trouble " que le Président
de séance et vice-Président de la Délégation
de l'Assemblée nationale pour l'Union européenne, Gérard
Fuchs, fit cette réponse à la fois stupide et révélant
du même coup son ignorance : " Cher Monsieur, je vous retourne
la question ! ". Comme le disait si bien Jacques Bainville, "
Jamais les avertissements ne manquent aux peuples dont la sûreté
est menacée ". Le problème avec nos eurolâtres
réside dans leur refus de voir le réel. La nature les éliminera.
n
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