Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Onze-Novembre 

 

 

par Hadrien Frank

                 

        Après quatre années d'enfer et de mortels combats, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de 1918, l'Allemagne cède enfin. Il a fallu trois jours de négociations ardues, nouvelle guerre de position mais diplomatiques cette fois, où l'ennemi se bat pied à pied et ne recule que pas à pas, pour que les plénipotentiaires allemands et français signent enfin, à 5 heures du matin, dans un wagon-restaurant figé au coeur de la forêt de Compiègne, au carrefour de Rethondes, un armistice de trente-six jours renouvelables entre les deux belligérants.

Il ne faut pas se méprendre: la paix ne sera signée qu'en juin 1919 à Versailles. Mais l'essentiel est acquis: l'Allemagne a définitivement plié et c'est le glas de l'Empire germanique.

                                                                                                     L'amiral Wemyss, le maréchal Foch et le général Weygang

                                                                                                           mettent fin à quatre ans de guerre.

Clemenceau et Foch  peuvent être fiers: sans eux, la France aurait-elle vaincu? A l'excellence militaire répondait la volonté politique; les deux hommes n'avaient qu'un principe: ne pas céder et se battre  jusqu'au bout.

A 11 heures, la canon retentit et les coups résonnent dans le ciel de Paris; bientôt, partout en France, les cloches battent à la volée. La liesse populaire est immense dans toutes les communes françaises. Mais il faut pleurer les disparus et les morts; aucune famille n'est épargnée; chacune compte ses martyrs.

C'est François Simon, imprimeur rennais qui eut l'idée en 1916 d'honorer un "soldat inconnu"; les pays alliés reprennent l'idée et le 11 novembre 1920, le corps d'un soldat inconnu, choisi par Auguste Thain, rescapé du 234e RI, orphelin de guerre, est inhumé solennellement sous l'Arc de Triomphe. Trois ans plus tard, l'ex-sergent Maginot devenu ministre de la Guerre, y fait jaillir une flamme, et c'est cette flamme fragile, symbole du souvenir, que le Président de la République ranime chaque année le 11 novembre, comme du reste chaque ville et village honore ce jour ses poilus, martyrs connus et inconnus, morts pour la France. Ils furent près d'un million et demi, soit 20% de la population active masculine.

De cette saignée, la France ne se relèvera pas et le traumatisme qui en découlera ne sera pas pour rien dans son abaissement de 1940.  n