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Honorer

le temps des confitures

 

par Hadrien Frank

                 

        C'est à la fin de l'été qu'on récolte les fruits et qu'on vendange. Fabre d'Eglantine a baptisé dans le calendrier républicain cette période allant du 18 août au 17 septembre  de "fructidor" et la suivante "vendémiaire". Le temps est alors venu des confitures. Un décret du 23 septembre 1925 stipule  que la confiture est "un produit constitué uniquement de sucre raffiné ou cristallisé et de fruits frais ou de jus de fruits frais ou conservés autrement que par dessiccation". Il ne faut donc pas confondre la confiture avec la marmelade qui est une purée, avec la gelée qui est le jus de fruit coagulé ou avec la compote qui est faite de fruits peu cuits et peu sucrés.

La première recette de confiture connue se trouve dans l'Histoire naturelle" de Pline, écrite au milieu du Ier siècle de notre ère.

Au XVIe siècle, Michel de Nostre Dame, dit Nostradamus, connu pour ses prophéties, s'intéressa à la cuisine et écrivit "la manière de faire toutes confitures liquides tant en sucre, miel qu'en vin cuit".

Le XIXe siècle est considéré comme l'âge d'or de la confiture. Au moment où les vergers domestiques sont nombreux, le sucre devient un produit de consommation courante.  Si au XVIIIe siècle, Colbert favorise l'implantation de raffineries dans les principaux ports français, le sucre reste encore une "épice" d'un prix prohibitif. Ce n'est qu'au XIXe siècle, avec Napoléon Ier, que l'industrie de la betterave va se développer, concurrencer le sucre de canne et favoriser le développement de la confiture. Avant l'apparition du sucre, sa fabrication était sommaire ; en effet, on procédait par chauffage et évaporation, avec pour résultat un concentré de fruits pâteux.

Confectionner des confitures est une opération délicate, qui exige de la minutie. Cette tradition perdure heureusement dans de nombreuses familles et il faut qu'il en soit ainsi.  Honorer le temps des confitures apporte joies de la création et bonheur d'offrir ce qui est fait par soi-même; c'est renouer avec un art de vivre français - celui qu'on dit "de nos grands-mères" ou de "bonne maman" - et avec une époque où le calendrier de Dame Nature rythmait les vies et où l'on savait prendre son temps. La France n'est pas seulement dans ses fromages; elle est aussi dans ses confitures, aux mille saveurs. n