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Les
mille feux
de la Saint-Jean
par Hadrien Frank
Les Feux de la Saint-Jean, d'après Jules Breton, 1891
Le 21 juin, jour du solstice d’été, qui connaît la nuit la plus courte
de l’année, était l’occasion, dès la très haute Antiquité, d’allumer des
feux. A partir de cette date, les jours commencent à raccourcir et le
Soleil perdant son emprise sur l’univers, nos ancêtres tentaient de
compenser ce déclin en organisant des cérémonies rituelles destinées à
se concilier les faveurs du Soleil, source de vie et de bien-être. Ces
feux étaient aussi investis de pouvoirs purificateurs, destructeurs de
maléfices et de sortilèges.
L’Eglise catholique a christianisé les rites, en voyant dans ces feux le
symbole de Jean-baptiste qui était pour elle « une lampe ardente et
brillante ». L’Ecriture rapporte ainsi ses paroles : « Il faut qu’il
croisse et que je diminue » à l’image de la nuit, à la fin du mois de
juin, ou de la graine qui meurt. Quelles qu’en fussent les raisons
originelles, les feux de la Saint-Jean sont l’occasion de réjouissances
qui regroupent tout un village ou un quartier. On danse et on chante
autour du feu, au son d’orchestres populaires ou d’instruments
folkloriques.
Chaque région avait ses propres coutumes. C’était soit le curé, soit le
maire, soit la personne la plus âgée du village ou encore les derniers
mariés qui allumaient le bûcher.
Il était proposé aux époux, fiancés, ou amoureux de sauter par-dessus le
feu afin que leurs sentiments s’intensifient. Une fois éteint, le
brasier conservait encore une importance. Les cendres et tisons avaient
la faculté d’éloigner la foudre, de protéger le bétail, d’augmenter la
montée du lait des vaches. Ils étaient aussi dispersés sur les champs
comme engrais. On leur prêtait aussi le pouvoir d’éviter le tarissement
ou l’assèchement des sources, puits ou ruisseaux.
Paris avait aussi son bûcher, sur la place de Grève ; bûcher très
officiel puisque la charge d’allumer revenait au roi lui-même. Louis XIV
fut le dernier souverain à user de cette prérogative. Ce privilège fut
par la suite attribué aux prévôts des marchands et aux échevins. La
révolution française entraîna la disparition de cette coutume.
A la Saint-Jean, il était aussi recommandé d’aller pieds nus, de bon
matin, cueillir certaines herbes médicinales auxquelles on attribuait
des vertus particulières : faciliter les accouchements, augmenter la
virilité, chasser les démons, guérir les fièvres…
En Belgique de nombreux feux sont allumés pour la Saint Jean.
Le plus célèbre est celui de Mons. La fête bat son plein toute la nuit
dans les rues montoises au son des crécelles et des tambours et
illuminée par les flambeaux des cortèges.
A la Saint Jean-Baptiste, les Québécois célèbrent leur fête nationale.
Cette fête a été importée directement de la France, les premiers feux
allumés en Nouvelle France datent de 1638. A partir de 1834, de
simple fête traditionnelle, elle devient fête patriotique.
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