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Sur
les chemins de la France des clochers et des abbayes
Un entretien avec Xavier Cheneseau
auteur du Guide des pèlerinages et des
lieux de retraites en France,
éditions Grancher, 2007.
Raphaël Dargent. - Pourquoi ce
Guide des pèlerinages et des lieux de retraites en France ?
Xavier
Cheneseau. - Dans mon ouvrage
L’anti da Vinci code, publié en 2006 par les Editions Grancher,
j’ai mis en évidence le rôle joué par le pape Jean-Paul II dans le
renouveau du catholicisme en France et en Europe.
L’un des aspects
les plus visibles de ce renouveau spirituel - en dehors de grands
rassemblements comme les JMJ - est sans conteste la ferveur qui entoure
les lieux sacrés, cette ferveur pèlerine est le symbole même de ce que
les médias nomme la Génération Jean-Paul II et maintenant la Génération
Benoît XVI.
Expression d’une
foi simple, belle et discrète, d’une foi priante, les pèlerinages
rythment nos saisons et la vie de l’Eglise toute entière.
Raphaël Dargent. - Mais, les
pèlerinages n’apparaissent pas avec le christianisme…
Xavier Cheneseau. -
On
retrouve la trace des premiers pèlerinages au plus profond de notre
histoire. Durant la haute antiquité en Egypte, à Thèbes, en Grèce… On
trouve des pèlerinages sur des lieux sacrés qui donnent naissance à des
cités comme Delphes qui voit se développer des rassemblements autour de
son oracle.
C’est vrai, les
pèlerinages sont la christianisation de la notion antique de voyage
sacré, le pèlerinage a su humaniser ce rite en y ajoutant une analogie
mystique : la marche du pèlerin souffrant et la montée du Christ au
Calvaire.
Pour Saint Vincent
de Paul, afin d’aider son prochain, il était salutaire pour un
catholique de venir honorer le patron du pèlerinage, afin d’aider à
aimer son prochain. Si l’on se réfère à l’étymologie, le terme de
pèlerin désigne à la fois celui qui est en partance et l’étranger.
Communément, aujourd’hui, le pèlerin est celui qui a une démarche
spirituelle tournée vers un but : le lieu sacré, le lieu saint.
Acte essentiel de
la vie spirituelle et manifestation de la ferveur populaire du
christianisme en Europe et notamment en France, le pèlerinage est le
déplacement –librement choisi - de fidèles en groupes ou seul vers des
lieux saints. Le pèlerin ressent au plus profond de lui une présence
divine qui le relie directement à Dieu ou à ses intercesseurs, notamment
la Vierge ou les Saints.
Raphaël
Dargent. - Quels
sont les autres signes du renouveau catholique en France ?
Xavier
cheneseau.
- L’autre élément
du renouveau catholique est la persistance et le développement des
communautés de moines et de moniales partout en France. Catholiques ou
orthodoxes, ces communautés sont autant de lumières qui brillent en un
monde ou le matérialisme consumériste semble avoir triomphé. Le
christianisme et le catholicisme en particulier ont parfaitement réalisé
la synthèse du spirituel et du charnel que l’on ressent aussi bien en pèlerinant qu’en priant dans une des nombreuses abbayes qui rayonnent en
France.
C’est à la
découverte de ces lieux et de ces moments de prières que nous vous
convions avec le présent ouvrage.
Raphaël
Dargent.
-
Le
pèlerinage est donc un acte de foi personnel ?
Xavier
Cheneseau. - Le pèlerin a
conscience d’accomplir physiquement et spirituellement une démarche qui
l’oblige à rompre avec des habitudes de comportement et de pensée, qui
le conduise à être au terme de son périple encore plus lui-même. Le but
d’une telle démarche étant de revenir à la civilisation imprégnée,
transformée, transfigurée. Le simple fait de quitter son confort pour
rejoindre un lieu saint conduit immanquablement le pèlerin à rencontrer
l’état de grâce. Le départ est une vraie rupture avec le quotidien, les
usages, qui laisse place à la quête spirituelle. Encore aujourd’hui, les
raisons de partir péleriner restent subjectives, car elles touchent au
choix que chacun fait de sa vie, comme celui de croire. En fait, plutôt
que de rechercher la grâce, le pèlerin marche le plus souvent pour
demander une grâce. Le pèlerinage est un moment unique qui permet au
pèlerin d’établir un dialogue direct avec Dieu. Ce peut être aussi un
moyen d’honorer Dieu, de le vénérer et d’aller à sa rencontre dans des
lieux où la puissance sacrée s’est manifestée. De nombreux textes du
moyen âge utilise une belle expression : Le pèlerin visite… Au-delà
d’une offrande mystique de sa personne, le pèlerinage peut aussi être
compris comme reconnaissance de fait de la réalité d’une transcendance.
Pour qui a fait de nombreux pèlerinages, il apparaît que la ferveur d’un
pèlerinage débouche sur une exaltation de Dieu. Le pèlerinage apparaît
donc comme une mutation spirituelle, un désir profond de s'abreuver à
Dieu. C’est une sorte de rite initiatique. La soif de foi apparaît comme
une réponse à une demande essentielle de ressourcement mystique.
Raphaël
Dargent.
- Les
pèlerinages sont donc une réponse actuelle, un acte de foi…
Xavier
Cheneseau. - En France, la
fille aînée de l'Église, les églises se sont vidées peu à peu ces trente
dernières années. Ce constat correspond à la période post-conciliaire,
une période marquée aussi par la mutation d’une certaine partie de l’Eglise
au sortir des évènements de Mai 1968. Mais, l’ère Jean-Paul II et celle
ouverte par le Pape Benoît XVI ont conduit beaucoup de catholiques a
s’investir dans le terrain sociétal ; il est frappant de constater
notamment que le nombre de membres du Secours catholique (70 000 en
France) est loin d’être à la baisse. Henri Madelin, ancien rédacteur en
chef de la revue jésuite Etudes a aussi mis en évidence que la
pratique religieuse est devenu « nomade » : on va de plus en plus
souvent à la messe en semaine, l’office dominical peut être aussi suivi
à la télévision ou à la radio. Ainsi, l'appartenance au catholicisme ne
se mesure plus à l'aune de la pratique, en tout cas de la stricte
observance du culte. Il nous faut donc prendre en compte que les
critères traditionnellement retenus pour évaluer la pratique religieuse
ont profondément changés. De nouvelles formes de vie religieuse sont
apparues, et se développent. Cette nouvelle pratique croît notamment au
travers des retraites, des rassemblements de prière, du renouveau
charismatique, mais aussi au travers des pèlerinages. Le pèlerinage :
voilà une pratique qui connaît un engouement croissant depuis au moins
dix ans. En 1985, 120 pèlerins seulement recevaient le brevet (la « compostela »)
de Saint-Jacques-de-Compostelle ; ils étaient 69 000 en 2002 ! Le
pèlerinage de Chartes des étudiants, tombé en désuétude dans les années
1980, connaît un regain de faveur. Les nombreux sanctuaires et lieux de
pèlerinage en France attirent des foules toujours croissantes (12 à
15 millions chaque année). Et que dire du succès des grands
rassemblements comme les JMJ ? Là encore, les chiffres sont
impressionnants : 1 million de personnes à Paris en 1997, 2 millions à
Rome en 2000, encore 1 million à Cologne en 2005...Enfin, loin des
foules, les retraites dans les abbayes et monastères font elles aussi
recette.
Le nombre de
catholiques éprouvant le besoin d'aller se recueillir et prier dans ces
lieux à fort contenu spirituel est en nombre croissant. Force est de
constater que la pratique -autrefois routinière- de la foi catholique a
été remplacée par des « temps forts ». Si les chiffres des sondages –
auxquels on peut faire tout dire - affirment que la pratique du
catholicisme est en baisse en France, on peut aussi constater que les
« cathos » Français empruntent d’autres voies. Individuelles, ces
démarchent visent aussi au rassemblements occasionnels – pour les JMJ –
ou permanents – pour les mouvements charismatiques - réaffirmant ainsi
un fort désir communautaire. Très diverse, la pratique religieuse des
catholiques de France se fait, sauf dans le monde rural, au détriment de
la paroisse.
Raphaël Dargent.
- Comment se
porte la vie monastique aujourd’hui en France ?
Xavier
Cheneseau. - Bien souvent, de
nouvelles communautés redonnent vie à des lieux chargés d’histoire.
C’est le cas notamment un peu partout dans l’hexagone.
En France, les
sœurs sont aujourd’hui environ 43 000 et les religieux environ 10 000.
Les congrégations qui ont le plus connues une érosion en matière de
recrutement sont celles qui avaient été fondées au XIXème siècle, comme
c’était le cas des congrégations enseignantes ou soignantes.
Souvent imposée
par des pesanteurs familiales ou sociales, la vie religieuse est
aujourd’hui un choix de vivre sa foi de façon intégrale. A l’heure du
zapping et du consumérisme le plus total le fait qu’un jeune décide de
rentrer dans une communauté en prononçant les trois vœux de pauvreté, de
chasteté et d’obéissance reste un mystère total. Ce qui est certain,
c’est que la prononciation de ces vœux est l’aboutissement et le début
d’une véritable histoire d’amour.
Ce
qui attire les jeunes, selon Mgr Rey, évêque du diocèse de Fréjus-Toulon,
c’est : « …
un besoin d’affirmation dans un contexte où le catholicisme est
minoritaire. C’est très stimulant et ça n’empêche pas l’ouverture. ».
«
Dans un monde sécularisé, matérialiste et consumériste à outrance, les
jeunes peuvent être attirés par des communautés dont les exigences sont
fortes et qui font appel à leur générosité
», ajoute Mgr Centène. Cela reste donc toujours une façon de ne pas être
du monde, mais dans le monde. Au-delà de ces nuances, la règle commune,
c’est la vie fraternelle, marquée par la prière. La prière interrompt le
travail, précédant et suivant les repas.
Notre France et ces paysages ont été façonnés par les clochers de nos
terroirs, par le rythme des offices, par le carillon des cloches et par
les pèlerinages qui font partie de notre patrimoine. Nombreux sont ceux
qui aurait pu écrire, comme Denis Tillinac : « Je
n’ai jamais perdu non plus confiance en l’Eglise Catholique, apostolique
et romaine. Elle a pu m’indisposer, me dérouter, me décevoir, je
continue à penser que son cap spirituel est le bon, par delà des
errements temporels innombrables mais insignifiants… S’il laisse tarir
cette source, l’Occident ne sera à brève échéance qu’un somptueux musée
tandis que des laborantins, des animateurs, des trafiquants, des
technocrates ou des idéologues manipuleront le destin à venir de
l’humanité. L’hypothèse, hélas, n’est pas extravagante. »
Puisse le renouveau de la chrétienté en France, permettre de pouvoir
continuer à vivre en hommes libres au milieu d’un monde ou tout
s’achète, sauf les libertés, et notamment celle de croire. Et vous, mes
amis gaullistes, vous n’êtes pas sans savoir que pour le Général : « Il
y a la flamme sociale… Il y a la flamme plus proprement chrétienne qui,
d’ailleurs, au fond est de la même source que la première et
inversement… La flamme chrétienne, celle qui répand la lumière de
l’amour et de la fraternité sur la vallée des peines humaines, celle où
s’allume de siècle en siècle l’inspiration spirituelle de la France. »
Raphaël
Dargent. - Mais
cette France des terroirs et des clochers, n’est-elle pas en train de
disparaître ?
Xavier
Cheneseau. - Pas si sûr. Je
vous répondrai en citant un article publié dans le quotidien Le Monde
en date du 30 mai 2003 ; ce jour, le rabbin Josy Eisemberg affirmait au
sujet des racines chrétiennes de la France qu’ « il serait choquant,
pour avoir, par intérêt ou par générosité, accueilli des populations
allogènes, (que la France) soit contrainte de voir altérer ses
traditions et ses manières de vivre… Le christianisme est partie
intégrante de l’identité de la France ; ses églises appartiennent à son
paysage, et ses fêtes, qu’elles soient plus ou moins célébrées, à sa
civilisation ».n
Xavier
Cheneseau
est journaliste depuis une quinzaine d’années, il collabore à diverses
publications : Le Point, Le Figaro Magazine, France
Soir, L’Express, Valeurs actuelles, Le Parisien,
etc. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et d’essais, dont
L’Anti Da Vinci Code aux éditions Grancher (2006).
L’ouvrage de Xavier Cheneseau paraît en librairies le 20 Juin 2007.
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