Assumer
l'héritage royal
Histoire des Rois &
Reines de la France
Rencontre avec
Xavier Cheneseau
Raphaël DARGENT.
– Pourquoi cet ouvrage sur les rois et reines de France après un très
remarqué Guide des pèlerinages et lieux de retraites en France ?
Xavier
CHENESEAU. – Parce que aux racines même de la France se trouve le
catholicisme qui donne sa légitimité à la monarchie. Le terme d’Ancien
régime a été mis au goût du jour par Mirabeau vers 1790. Péjoratif mais
surtout élevé en opposition à un ordre nouveau en devenir : la
République. Au-delà même de ces termes, il y a la France, Pré carré né
avec les rois de France qui de génération en génération l’on construite.
Ancien régime… il semble à prononcer ces mots que la monarchie et la
royauté auraient disparus à tout jamais avec la terreur révolutionnaire
et avec l’avènement de la République. C’est une erreur, un trompe l’œil.
Même si, aujourd’hui, l’histoire de nos rois n’existe plus qu’à minima
dans les livres scolaires, elle reste bien vivante. La Fontaine,
Molière, Watteau, le château de Versailles, les châteaux de la Loire,
Léonard de Vinci… Forment le cœur même d’un liant culturel qui fait
qu’un peuple se reconnaît dans la totalité de son Histoire.
Raphaël
DARGENT. – Vous êtes donc de ceux qui pensent que l’Histoire de
France n’est pas née en 1789….
Xavier
CHENESEAU. – En assumant l’entièreté de notre histoire, on ne refuse
pas l’avenir de la France. Mieux, je le souhaite fidèle. Ce passé, cet
héritage royal a si peu disparu qu’il est impossible de le séparer, de
ne pas le rattacher à cette royauté qui a permis l’épanouissement de ses
chefs d’œuvre. Il est vrai que ceux qui font naître la France en 1789
doivent être troublés par de telles vérités. Même si l’histoire enseigné
dans les programmes parle d’obscurantisme, d’absolutisme, qualificatifs
utilisés pour discréditer les Rois, tout en justifiant la Révolution –
qui a été pacifique et heureuse comme on aimerait à nous le faire croire
- ou la République à laquelle on doit notamment le colonialisme. Les
plus curieux vont donc chercher et découvrent que le roi de France était
au seul service de son royaume. Ce pacte multiséculaire entre la France
et chacun des rois s’explique par le fait que : « Le monarque absolu
n’est ni un tyran ni un despote », comme l’a écrit François Bluche. Le
terme même d’ « absolu », aujourd’hui, souvent synonyme de dictature,
avait alors pour sens celui de « parfaite ».
Raphaël
DARGENT. – Pourquoi ce livre maintenant ?
Xavier
CHENESEAU. – Au cœur des débats qui animent la société française
l’identité de la France trouve un écho chez bon nombre de philosophes,
d’essayistes et de penseurs contemporains. C’est le cas notamment comme
Max Gallo, ou Eric Zemmour, entre autres. En attendant, il reste la
France. Cette France multiséculaire, cette France patiemment construite
par les rois, cette France à nul autre pareil, cette France qui semble
même se déliter lorsque certaines élites Françaises voudraient la voir
tourner le dos à ses racines, à son héritage et donc à son histoire.
L’ancien ministre Hubert Védrines, Président la Fondation François
Mitterrand, a raison lorsqu’il écrit dans Les mondes de François
Mitterrand, qu’ « Il existe depuis les légistes capétiens une
volonté française de vouloir. De vouloir être maître chez soi. De
vouloir façonner un peuple. De faire respecter le roi, « empereur en son
royaume » - Rex Franciae est imperator in suo regno-, par toutes les
autres puissances de la chrétienté. Et de dire, au-delà, son mot dans
les affaires du monde. » De son coté, l’ancien Premier ministre
Dominique de Villepin va plus loin lorsqu’il écrit dans Le cri de
la gargouille au sujet du roi, qu’ « Il agrandit le territoire de
la France, cultive l’esprit de sacrifice. Du catholicisme, il retient le
goût de l’universel, le sens du dévouement et de la tradition
scripturale. L’écriture du roi est un acte. Elle commande et
soumet. Son dire devient édit. Le prince est un verbe de chair. »
Cet ouvrage est un appel à la découverte de cette histoire de « La
France (qui) vient du fond des âges » comme l’écrivait le général de
Gaulle dans La France est son armée.
Raphaël
DARGENT. – Votre ouvrage se termine par un chapitre titré : La Vème
république, une république capétienne….
Xavier
CHENESEAU. – La politique classique de la France, éprouvée par les
siècles, repose sur le primat du fait national qui s’oppose à la
supranationalité, l’affirmation du rôle de l’Etat qui régit la société
et impose son rôle face au poids des féodalités ; ainsi que la promotion
du principe de civilisation française qui s’oppose à la globalisation, à
l’alignement et à la standardisation de la pensée. De fait, cette
politique refuse la fatalité du déclin ou l’oppression qui conduisent
celui qui les subit à se renier, donc à nier le primat de l’homme. Le
général de Gaulle, comme lecteur de Péguy, Taine, Renan, Bainville, ou
encore de Fustel de Coulanges sait que la nation française est un
héritage, et que comme tel elle n’est pas née en 1789. C’est ce qu’il
écrit en introduction de ses Mémoires de guerre : « Toute ma vie,
je me suis fait une certaine idée de la France… Les sentiments me
l’inspirent aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif
imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la
madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et
exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a
créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient
que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la
sensation d’un absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non
au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me
convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ;
que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les
ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre
pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous
peine de danger mortel viser haut et se tenir droit, Bref, à mon sens,
la France ne peut être la France sans la grandeur. » De fait, il fait
sienne cette citation de Jacques Bainville : « l’histoire de France est
une tunique sans coutures. » Pour l’homme du 18 juin : « La France,
c’est tout à la fois, c’est tous les Français. Ce n’est pas la gauche,
la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! Prétendre représenter la
France au nom d’une fraction, cela est une erreur impardonnable », De
Gaulle est le « dernier de nos rois-philosophes », comme l’appelle Régis
Debray dans A demain de Gaulle, (Gallimard, 1990).
Raphaël DARGENT.
– Pour vous de Gaulle n’est donc pas étranger à la culture
royaliste…..
Xavier
CHENESEAU. – Le Général grandit dans une famille royaliste. Très
tôt, il est animé par le dégoût des joutes parlementaires en vigueur
sous la Troisième république. De Gaulle a la passion pour le
rassemblement des Français. Pour lui, la France ne voit pas le jour en
1789. Pour André Malraux, dans Les chênes qu’on abat, de Gaulle
est conservateur pour ce qui est en deçà de 1789, et réformateur pour ce
qui est au-delà. Dans Mémoires d’espoir de Gaulle
écrit vouloir : « doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une
forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont
il est privé depuis cent soixante-neuf ans. » La persistance des
principes capétiens est évidente dans la Vème république première
mouture, celle voulu par le général de Gaulle. Ce sens capétien
correspond au sens que l’on donne à la Res publica au XVIème siècle. En
fait, il s’agit tout simplement du sens propre du politique comme outil
de promotion du bien public. Ainsi, il est possible de dire qu’une
politique capétienne est foncièrement « républicaine », et qu’une
véritable « république » est par définition capétienne. C’est parti de
ce postulat que l’on trouve très tôt parmi les défenseurs de la
Cinquième république des monarchistes au nombre desquels le philosophe
Pierre Boutang, soutenu en cela par les déclarations du Comte de Paris
en faveur de l’œuvre constitutionnelle du Général. La Cinquième
république se distingue des autres par le fait qu’elle n’est pas aux
mains des partis, que le rôle du parlement dispose de pouvoirs
restreints. La République du Général se caractérise par une autorité
véritable, concentrée dans les mains du chef de l’Etat. La dimension
monarchique de la Présidence sous la Cinquième république est tellement
évidente que l’on a longtemps utilisé les termes de « monarchie
républicaine », formule portant sur l’étiquette, l’usage, la geste, mais
aussi l’usage des institutions. Cette République voulu par de Gaulle
défend l’indépendance et l’unité nationale, et est soucieuse de la
grandeur de la France dans le domaine international ; tous ces éléments
avaient été mis en exergue par Charles Maurras dans son ouvrage Kiel
et Tanger. Mais l’élection du Président de la République au suffrage
universel direct change la donne. Le pouvoir change, sa légitimité
change de sens, elle devient liée aux sautes d’humeur du peuple
Français. L’élection fait le Pouvoir, ainsi le peuple devient le
souverain de l’élection présidentielle. Avec le septennat, cependant la
durée n’est pas certaine, mais elle est possible. C’est du fait qu’ils
la trouvent trop monarchique que ses opposants veulent en finir avec
elle. C’est pour cela qu’elle reste préférable aux solutions de
replâtrages que peuvent imaginer les partisans d’une VIème république
qui aurait les inconvénients de toutes les autres républiques sans avoir
les intérêts de la Vème. C’est pour cela qu’Olivier Guichard, gaulliste
historique, affirme dans son ouvrage Mon Général, Editions
Grasset (1980) : « qu’il eu pour lui (de Gaulle) quelque chose de
satisfaisant dans le seul fait que sa légitimité nationale personnelle
ait pu préparer les Français à renouer avec la légitimité royale ».
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