Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

             "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Assumer l'héritage royal

 

A propos de

Histoire des Rois & Reines de la France

Editions Grancher, 2008

 

 

Rencontre avec Xavier Cheneseau

  

Raphaël DARGENT. – Pourquoi cet ouvrage sur les rois et reines de France après un très remarqué Guide des pèlerinages et lieux de retraites en France ?

 Xavier CHENESEAU. – Parce que aux racines même de la France se trouve le catholicisme qui donne sa légitimité à la monarchie. Le terme d’Ancien régime a été mis au goût du jour par Mirabeau vers 1790. Péjoratif mais surtout élevé en opposition à un ordre nouveau en devenir : la République. Au-delà même de ces termes, il y a la France, Pré carré né avec les rois de France qui de génération en génération l’on construite. Ancien régime… il semble à prononcer ces mots que la monarchie et la royauté auraient disparus à tout jamais avec la terreur révolutionnaire et avec l’avènement de la République. C’est une erreur, un trompe l’œil. Même si, aujourd’hui, l’histoire de nos rois n’existe plus qu’à minima dans les livres scolaires, elle reste bien vivante. La Fontaine, Molière, Watteau, le château de Versailles, les châteaux de la Loire, Léonard de Vinci… Forment le cœur même d’un liant culturel qui fait qu’un peuple se reconnaît dans la totalité de son Histoire.

 Raphaël DARGENT. – Vous êtes donc de ceux qui pensent que l’Histoire de France n’est pas née en 1789….

 Xavier CHENESEAU. – En assumant l’entièreté de notre histoire, on ne refuse pas l’avenir de la France. Mieux, je le souhaite fidèle. Ce passé, cet héritage royal a si peu disparu qu’il est impossible de le séparer, de ne pas le rattacher à cette royauté qui a permis l’épanouissement de ses chefs d’œuvre. Il est vrai que ceux qui font naître la France en 1789 doivent être troublés par de telles vérités. Même si l’histoire enseigné dans les programmes parle d’obscurantisme, d’absolutisme, qualificatifs utilisés pour discréditer les Rois, tout en justifiant la Révolution – qui a été pacifique et heureuse comme on aimerait à nous le faire croire - ou la République à laquelle on doit notamment le colonialisme. Les plus curieux vont donc chercher et découvrent que le roi de France était au seul service de son royaume. Ce pacte multiséculaire entre la France et chacun des rois s’explique par le fait que : « Le monarque absolu n’est ni un tyran ni un despote », comme l’a écrit François Bluche. Le terme même d’ « absolu », aujourd’hui, souvent synonyme de dictature, avait alors pour sens celui de « parfaite ».

 Raphaël DARGENT. – Pourquoi ce livre maintenant ?

 Xavier CHENESEAU. – Au cœur des débats qui animent la société française l’identité de la France trouve un écho chez bon nombre de philosophes, d’essayistes et de penseurs contemporains. C’est le cas notamment comme Max Gallo, ou Eric Zemmour, entre autres. En attendant, il reste la France. Cette France multiséculaire, cette France patiemment construite par les rois, cette France à nul autre pareil, cette France qui semble même se déliter lorsque certaines élites Françaises voudraient la voir tourner le dos à ses racines, à son héritage et donc à son histoire. L’ancien ministre Hubert Védrines, Président la Fondation François Mitterrand, a raison lorsqu’il écrit dans  Les mondes de François Mitterrand, qu’ « Il existe depuis les légistes capétiens une volonté française de vouloir. De vouloir être maître chez soi. De vouloir façonner un peuple. De faire respecter le roi, « empereur en son royaume » - Rex Franciae est imperator in suo regno-, par toutes les autres puissances de la chrétienté. Et de dire, au-delà, son mot dans les affaires du monde. » De son coté, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin va plus loin lorsqu’il écrit dans Le cri de la gargouille au sujet du roi, qu’ « Il agrandit le territoire de la France, cultive l’esprit de sacrifice. Du catholicisme, il retient le goût de l’universel, le sens du dévouement et de la tradition scripturale. L’écriture du roi est un acte. Elle commande et soumet. Son dire devient édit. Le prince est un verbe de chair. » Cet ouvrage est un appel à la découverte de cette histoire de « La France (qui) vient du fond des âges » comme l’écrivait le général de Gaulle dans La France est son armée.

 Raphaël DARGENT. – Votre ouvrage se termine par un chapitre titré : La Vème république, une république capétienne….

Xavier CHENESEAU. – La politique classique de la France, éprouvée par les siècles, repose sur le primat du fait national qui s’oppose à la supranationalité, l’affirmation du rôle de l’Etat qui régit la société et impose son rôle face au poids des féodalités ; ainsi que la promotion du principe de civilisation française qui s’oppose à la globalisation, à l’alignement et à la standardisation de la pensée. De fait, cette politique refuse la fatalité du déclin ou l’oppression qui conduisent celui qui les subit à se renier, donc à nier le primat de l’homme. Le général de Gaulle, comme lecteur de Péguy, Taine, Renan, Bainville, ou encore de Fustel de Coulanges sait que la nation française est un héritage, et que comme tel elle n’est pas née en 1789. C’est ce qu’il écrit en introduction de ses Mémoires de guerre : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France… Les sentiments me l’inspirent aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S’il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j’en éprouve la sensation d’un absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel viser haut et se tenir droit, Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur. » De fait, il fait sienne cette citation de Jacques Bainville : « l’histoire de France est une tunique sans coutures. » Pour l’homme du 18 juin : « La France, c’est tout à la fois, c’est tous les Français. Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! Prétendre représenter la France au nom d’une fraction, cela est une erreur impardonnable », De Gaulle est le « dernier de nos rois-philosophes », comme l’appelle Régis Debray dans A demain de Gaulle, (Gallimard, 1990).

Raphaël DARGENT. – Pour vous de Gaulle n’est donc pas étranger à la culture royaliste…..

Xavier CHENESEAU. – Le Général grandit dans une famille royaliste. Très tôt, il est animé par le dégoût des joutes parlementaires en vigueur sous la Troisième république. De Gaulle a la passion pour le rassemblement des Français. Pour lui, la France ne voit pas le jour en 1789. Pour André Malraux, dans Les chênes qu’on abat, de Gaulle est conservateur pour ce qui est en deçà de 1789, et réformateur pour ce qui est au-delà. Dans Mémoires d’espoir de Gaulle écrit vouloir : « doter l’Etat d’institutions qui lui rendent, sous une forme appropriée aux temps modernes, la stabilité et la continuité dont il est privé depuis cent soixante-neuf ans. » La persistance des principes capétiens est évidente dans la Vème république première mouture, celle voulu par le général de Gaulle.  Ce sens capétien correspond au sens que l’on donne à la Res publica au XVIème siècle. En fait, il s’agit tout simplement du sens propre du politique comme outil de promotion du bien public. Ainsi, il est possible de dire qu’une politique capétienne est foncièrement « républicaine », et qu’une véritable « république » est par définition capétienne. C’est parti de ce postulat que l’on trouve très tôt parmi les défenseurs de la Cinquième république des monarchistes au nombre desquels le philosophe Pierre Boutang, soutenu en cela par les déclarations du Comte de Paris en faveur de l’œuvre constitutionnelle du Général. La Cinquième république se distingue des autres par le fait qu’elle n’est pas aux mains des partis, que le rôle du parlement dispose de pouvoirs restreints. La République du Général se caractérise par une autorité véritable, concentrée dans les mains du chef de l’Etat. La dimension monarchique de la Présidence sous la Cinquième république est tellement évidente que l’on a longtemps utilisé les termes de « monarchie républicaine », formule portant sur l’étiquette, l’usage, la geste, mais aussi l’usage des institutions. Cette République voulu par de Gaulle défend l’indépendance et l’unité nationale, et est soucieuse de la grandeur de la France dans le domaine international ; tous ces éléments avaient été mis en exergue par Charles Maurras dans son ouvrage Kiel et Tanger. Mais l’élection du Président de la République au suffrage universel direct change la donne. Le pouvoir change, sa légitimité change de sens, elle devient liée aux sautes d’humeur du peuple Français. L’élection fait le Pouvoir, ainsi le peuple devient le souverain de l’élection présidentielle.  Avec le septennat, cependant la durée n’est pas certaine, mais elle est possible. C’est du fait qu’ils la trouvent trop monarchique que ses opposants veulent en finir avec elle. C’est pour cela qu’elle reste préférable aux solutions de replâtrages que peuvent imaginer les partisans d’une VIème république qui aurait les inconvénients de toutes les autres républiques sans avoir les intérêts de la Vème. C’est pour cela qu’Olivier Guichard, gaulliste historique, affirme dans son ouvrage Mon Général, Editions Grasset (1980) : « qu’il eu pour lui (de Gaulle) quelque chose de satisfaisant dans le seul fait que sa légitimité nationale personnelle ait pu préparer les Français à renouer avec la légitimité royale ».  n