Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Le transfert des cendres

d'Alexandre Dumas au Panthéon

 

 

par Jean-Gérard Lapacherie

 

 

 

 

Victor Hugo et Alexandre Dumas sont nés en 1802. L'on a célébré avec faste le bicentenaire de leur naissance et ce fut l'occasion pour l'Etat de transférer au Panthéon les restes (dits par euphémisme cendres) de Dumas. Les mérites de Dumas écrivain sont avérés et connus : il a mêlé ses personnages aux événements de la grande Histoire, celle qui se faisait ou celle que les historiens du XIXe s. exhumait et qui passionnait les Français d'alors, parce que cette Histoire les définissait et qu'ils s'y projetaient pour s'y retrouver comme dans un miroir. De fait, l'Histoire, même biaisée ou déformée, et parce que Dumas la réécrivait pour les besoins de la cause nationale, leur est devenue aussi familière que le présent. Nous aimons Dumas malgré ses défauts. Il se sert de l'histoire plus qu'il ne sert l'histoire, mais il aime la France et les Français. Nous nous réjouissons qu'enfin il repose parmi ces grands hommes à qui la patrie exprime sa reconnaissance.
Pourtant, la cérémonie du transfert, ainsi que les discours qui l'ont accompagnée, ont très désagréablement étonné ceux qui aiment les lettres, l'histoire, la France. Qu'a-t-il été dit pendant cette journée ? Que l'homme Dumas descendait par sa mère d'esclaves africains, qu'il était métis et que le transfert de ses cendres au Panthéon était l'hommage de la République au métissage. Oublié le romancier, oubliée l'histoire de France qu'il a fait aimer à des millions de lecteurs, oubliée la France, oublié le fait que les origines de Dumas n'ont jamais constitué le moindre obstacle à sa carrière, qu'elles ne l'ont pas empêché de réussir et que ses lecteurs se moquent comme d'une guigne de savoir s'il était quarteron ou octavon. Les Français ont été sommés de ne retenir qu'une seule chose : Dumas est métis et le métissage est l'avenir pluriethnique et multiculturel de la France nouvelle. Autrement dit, la cérémonie du Panthéon a été transformée en opération politique, à très haute portée symbolique, puisqu'elle a été l'occasion d'affirmer que la France désormais est fondée sur des bases raciales.
Ce basculement dans l'ordre racial est la pire des tragédies qui menace notre pays, et cela pour deux raisons de fond.
Depuis quinze siècles que la France existe, elle refuse de se penser comme un pays racial, réunissant des hommes ayant le même sang, les mêmes ancêtres, la même couleur de peau ou de cheveux. C'est une nation politique qui, en toute conscience, rassemble des hommes divers et qui tient pour nulle et non avenue leur origine. Ce principe est affirmé dans l'article 2 de la Constitution de la Ve République : " La France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion ". Dumas, écrivain et citoyen, a bénéficié de ce principe fondateur. Pourquoi faudrait-il qu'on l'oublie ? Pour changer de principe ? Pour distinguer les citoyens suivant la couleur de leur peau ? Pourquoi faut-il que les plus hautes autorités de la République nient les principes qui ont fait la France (celle qu'aimait tant Dumas) et qui fondent la République ? Qu'elles laissent ça aux journaleux du Monde ou de Libération qui, en faisant l'apologie du métissage, restent fidèles à ce qu'ils sont en vérité, à savoir les continuateurs du Temps, organe de la collaboration, ou les partisans de la Chine maoïste qui a sacrifié sur l'autel du communisme imbécile 65 millions de malheureux. Si l'on devait se référer aux origines de Dumas pour expliquer son œuvre dans laquelle l'honneur, le panache, la générosité, l'héroïsme sont des valeurs fondamentales, il serait plus juste et plus pertinent de rappeler qu'il était issu par son père de la noblesse de province, peu fortunée certes, mais qui tenait d'autant plus fort aux valeurs supposées innées de la noblesse qu'elle était désargentée et soumise à la concurrence féroce de la bourgeoisie enrichie.
La seconde raison tient à la signification raciale, pour ne pas dire raciste, du métissage. Ceux qui savent le français connaissent le sens de métissage. C'est " l'action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur " (Emile Littré, Dictionnaire de la Langue française). Autrement dit, ce qui fonde le métissage, c'est une hiérarchie des races. On métisse les races inférieures pour les améliorer. Alors, petits messieurs du Monde et de Libération, quand vous célébrez le métis Dumas, quelle race supposez-vous avoir été amendée en lui ? Ne jouez pas les tartufes. Exprimez le racisme qui vous taraude !
En effet, ce que véhiculent les apologies du métissage n'est rien d'autre que le racisme. Au début du mois de décembre, une polémique a opposé les représentants des vieilles provinces de l'Ouest de la France (Sarthe et Mayenne) et du Massif central à Mme Poirot, dite Fontenay, au sujet des discours qu'elle a tenus dans une émission de TF1 dont elle était la vedette et cela, deux semaines avant l'élection de Miss France 2003. Qu'a dit Dame Fontenay ? Qu'il y avait de jolies filles près des frontières, là où les hommes se mélangent ou se métissent (la Côte d'Azur, la Provence, la Lorraine, le Nord) et que, dans les régions reculées et arriérées où les hommes ne se métissent pas, dans la Mayenne et la Sarthe, il était impossible de trouver des jeunes femmes belles. Pour Dame Fontenay, femme " de gauche " (la gauche caviar ultra bobo, dite lilibobo) qui se targue de voter aux élections pour les candidats de l'Union Communiste Internationaliste, la beauté résulte du métissage, et la laideur est consécutive à l'absence de métissage. Pour elle, c'est le métissage qui fait les belles femmes, celles qui sont d'une race supérieure. Les nationaux socialistes allemands pensaient que la supériorité venait de la pureté raciale, les thuriféraires du métissage croient qu'elle émane de l'impureté raciale. L'opinion a beau être opposée, le fond qui y donne sens reste le même, puisque, dans l'un et l'autre cas, ce qui est supposé, c'est qu'il existe de belles races, pures il y a soixante ans, mélangées aujourd'hui. Qu'elles soient pures ou mélangées, peu importe : c'est le racisme qui fait sens.
Voilà ce que disent vraiment ceux qui ont fait du transfert des cendres de Dumas au Panthéon un triomphe du métissage.
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