Précision :
Cette
rubrique s'intitule "Libre opinion". Les textes qui y sont publiés
n'engagent que leurs auteurs. Il se peut donc que certaines idées
avancées dans cette rubrique ne soient pas tout à fait dans l'esprit du
Cercle Jeune France. Au moins notre choix de publier ces textes est-il
motivé avant tout par la qualité que nous leur estimons.
Ce texte de
Thierry Giaccardi en est la parfaite illustration. C'est dit!
La
métaphysique
comme
horizon indépassable
de la
politique
par Thierry Giaccardi
Il
était écrivain ... Il était de ceux qui prévoyaient la guerre,
qui
auraient voulu y préparer la France.
Siegfried,
J. Giraudoux.
Dans
l’éditorial du numéro 3 de la revue
Libresa
Raphaël Dargent s’interroge sur les
conditions d’une union possible entre la droite et la gauche, ou plutôt
d’un dépassement de ces deux notions. Il rappelle fort à propos que ce
clivage, datant de la Révolution française, “tente vainement de
structurer cette inextricable mosaïque politique qu’est le peuple
français”. En se situant sur le plan politique, il évoque les
“circonstances exceptionnelles objectives” qui rendront possible cette
“politique de rassemblement national au-delà des appartenances
politiques”, telle qu’elle fut menée, par exemple, “dans les années 20
ou pendant la Résistance”.
Que ces circonstances exceptionnelles ne
tarderont guère à se produire nous sommes un certain nombre à en être
malheureusement convaincus. Un critique de cinéma britannique remarquait
récemment que la quasi totalité des films sélectionnés pour le festival
de Cannes 2006 exprimaient, à leur façon, une certaine angoisse devant
la vie. Le cinéma réussit souvent à exprimer de manière spectaculaire
le climat d’une époque. Les films de ce début de siècle parlent d’un
monde lourd de menaces mais aussi d’individus qui ressentent un grand
vide existentiel. Ce sont souvent ce qu’on pourrait appeler des
personnages faustiens, insatisfaits. Les individus sont de plus en plus
isolés dans une société de consommation, ils sont à proprement parler
des êtres “déracinés”, pour reprendre l’expression célèbre de Barrès,
des êtres fébriles et inconsistants. Il importe donc avant tout de
savoir si “la notion de patrie [est] anéanti dans ces coeurs”.b
C’est ainsi qu’on peut réfléchir dès à
présent sur les conditions requises qui favoriseront une telle
“politique d’union nationale” et fustiger celles qui la retarderont. La
médiocrité intellectuelle et la corruption morale se disputent en effet
les premiers rôles dans notre pays ; les querelles de personnes, au
plus haut sommet de l’Etat, affaiblissent les différentes politiques
nationales mises en oeuvre. Et même, parmi les patriotes, les
“divisions” continuent à prospérer, malgré les indices alarmants de
notre déclin.
Il est vrai que la vie politique
française est pour le moins décevante. C’est cette “politique
politicienne” qu’un Raymond Barre, chef de gouvernement non élu,
trouvait déjà enfantine à la fin des années 70. De plus, les partis
politiques donnent l’impression désagréable qu’ils servent davantage
certains hommes et leurs intérêts personnels, des intérêts corporatifs
aussi, plutôt que le destin national. Les règles de la vie parlementaire
deviennent difficilement compréhensibles. Les élus semblent obsédés par
leur réélection. Sur un plan strictement politique, on peut même se
demander, à la suite de Raphaël Dargent, si la droite est toujours de
droite et la gauche toujours de gauche.
Cependant, pour ma part, je considère
que les concepts de droite et de gauche sont davantage que des concepts
politiques, du moins si on les comprend dans leur essence : ils
renvoient en effet à un couple d’attitudes face à la vie, inhérentes au
fonctionnement de tout groupe social : la conservation et
l’expérimentation. On veut dire par là qu’il y a dans toute nation
moderne ceux qui se considèrent avant tout comme les héritiers de
savoirs transmis, cultivant une mémoire nationale, et ceux qui cherchent
plus ou moins à s’émanciper des traditions, des réflexes acquis par le
groupe.
Mais peut-être et surtout, la droite et
la gauche renvoient à un au-delà de la politique : c’est-à-dire
soit à une conception métaphysique de l’homme, liant indéfectiblement la
créature à son créateur, soit à une philosophie de l’autonomie
humaine. Que cette dernière en soit venue à exprimer, à partir des
Lumières, tout à la fois l’obsession de l’avenir et la méfiance envers
le passé était en fin de compte une progression inéluctable. Dans ces
conditions, et en voulant bien se rappeler qu’on veut se placer sur un
plan à la fois politique et métaphysique, on peut se demander si
une union de la droite et de la gauche, en tant qu’elles évoquent à la
fois des réalités politiques mais aussi métaphysiques, est vraiment
souhaitable, quelles que soient les circonstances.
Peu, sans doute, nous suivront dans une
réflexion sur un au-delà de la politique afin précisément de bien
discerner les buts que cette dernière se fixe. Il faut en effet accepter
de rejeter les prémisses de la philosophie politique du XXe siècle,
d’inspiration marxiste ou plutôt gramscienne, qu’on pourrait résumer
d’un “tout est politique en dernier ressort”, au profit d’une vision
des choses fondamentalement métaphysique. Selon cette dernière, tout
renvoie à la conception religieuse que l’homme se fait du monde et de la
place qu’il revendique dans ce monde : tout acte, en somme, nous engage
pour l’éternité. Sur ce plan, - c’est-à-dire si on considère que notre
monde terrestre renvoie immanquablement au monde céleste selon un nombre
infini de combinaisons-, nous voyons mal comment nous pourrions nous
accomoder de telles différences de vues, à moins d’imaginer une union
des contraires comme dans les moments d’extase, à la suite de
méditations soutenues ou de prières jaculatoires. On pourrait tout
aussi bien dire que les philosophies de la matière sont irréconciliables
en fin de compte avec les sciences sacrées. A partir de là, que l’on
soit animé des meilleures intentions ou, au contraire, que les buts que
l’on se donne soient aussi vils que dangereux, les chemins que
choisissent les hommes les conduisent dans des mondes différents.
Par ailleurs, sur un plan plus concret,
on peut s’interroger sur les manières de mettre en oeuvre une politique
visant à rassembler un peuple désuni, surtout à une époque
caractérisée par une complexité vertigineuse, voire par un certain
chaos (l’immigration de masse n’en est qu’un indice parmi d’autres).
Cette complexité est particulièrement observable tant dans
l’accélération des bouleversements sociaux affectant les grands
équilibres (aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle planétaire),
que dans les représentations que se font les individus et les
collectivités du monde environnant.
Face à tous ces défis, il existe dans nos
pays des traditions politiques, dont on a vu qu’elles expriment à leur
insu ou non des idées d’un autre ordre, et dont la plupart remontent
même à l’Ancien Régime. A moins de penser qu’elles n’aient été qu’un
exercice futile par le passé, on peut se dire que chacune apporte des
solutions assez distinctes par temps de paix ou de crise. Rappelons-nous
l’édit de Nantes, sa regrettable révocation, le traité de Versailles, le
Front Populaire et son absence de fermeté face à Hitler et Staline, la
drôle de guerre, les accords d’Evian, etc.. Dans les conditions
actuelles, qui sont déjà fort inquiétantes, ne risquerions-nous donc pas
de perdre davantage à rapprocher la droite et la gauche qu’à les
maintenir, et ce, malgré les imperfections indéniables liés à un
système politique hérité de la révolution jacobine ? Serait-ce de
toute façon le souhait de la majorité ? Dans une démocratie, c’est cette
dernière qui décide en théorie des grandes orientations politiques du
gouvernement. Cela signifie donc qu’il est nécessaire qu’une majorité
stable se prononce nettement sur les grands problèmes de la société et
ait une conscience claire de ce qu’elle entend être ou refuse d’être.
Or, on peut se demander à quoi les
Français aspirent depuis la Révolution française. Aspirent-ils
seulement à être français ? Une succession depuis 1789 de pas moins de
cinq républiques, de deux empires, d’une restauration, peut laisser
perplexe. L’Européen moderne, en particulier le Français, n’y trouve
sans doute rien à redire, et déjà parce qu’il s’agit d’une période qui
court sur deux siècles. Le moderne vit en effet dans l’instant, dans la
contradiction, ce qui ne porte sans doute guère à conséquence car il ne
bâtit plus pour l’éternité (contrairement aux bâtisseurs de cathédrale
ou de palais). En revanche, il devient de plus en plus ignorant de son
passé, quand il ne le regarde pas avec dégoût. La nation s’effiloche
comme une mauvaise étoffe, les hommes qui la constituent se lient,
s’opposent, s’ignorent, se désirent parfois dans des relations sexuelles
sans lendemain que d’aucuns considèrent contre nature. C’est une culture
de l’individu qui, tel Narcisse, se perd dans la contemplation de sa
propre image surfaite, aux traits figés d’une adolescence insouciante.
Notre corps social est un corps dont les membres tirent chaucun dans des
directions opposées : c’est une sorte de mille pattes ivre. Dans ces
conditions, on se demande bien comment on peut exercer l’art de la
politique.
Faut-il rappeler que la politique justement n’est
que la mise en formules plus ou moins codifiées de toutes les
aspirations terrestres de l’homme ? C’est-à-dire qu’elle n’est qu’une
traduction dans une langue particulière, “la langue politique”, de
toutes les “langues” qui se parlent sur un territoire. Plus il y a
de langues parlées, c’est-à-dire de jargonsc,
(ce qui est un symptôme à la fois de la culture individualiste et de la
société multiculturelle), plus il est difficile, voire impossible, de
mener à bien cette traduction pour le Bien commun. De ce point de vue,
notre société est une tour de Babel. Il n’est pas rare du reste que des
Français ne se comprennent plus du tout sur des sujets pourtant banals.
Malgré cette “diversité linguistique” si
on peut dire, il existe indéniablement des femmes et des hommes,
appartenant à différentes familles politiques, qui aiment leur pays et
se méfient d’instinct des discordes, souvent oiseuses. Parmi ces
individus, aucun ne refuserait a priori que les différents “groupements
nationaux” se réunissent afin de mener une politique d’union nationale.
On peut imaginer quantité de regroupements possibles. Raphaël Dargent en
suggère certains dans son éditorial, à la condition expresse toutefois
que tous ces individus soient patriotes. Cette condition en exclut de
fait beaucoup dans la société actuelle. Celui qui s’affirme
sérieusement “patriote” affirme en effet au moins deux choses : un
sentiment par rapport à son pays, qui est de l’ordre de l’amour filial,
et une réflexion sur son pays, qui est de l’ordre de la connaissance,
historique et géographique. Raphaël Dargent n’oublie pas non plus de
parler d’une entente possible entre “religieux” et “laïcs”, ce qui
témoigne d’un sens très prononcé de la chose politique.
Dans une note en fin de volume à Trois
idées politiques, Maurras lui-même affirmait qu’athées et
catholiques, “les deux Frances”, devaient s’unir afin de lutter contre
“l’esprit de l’anarchie mystique”.Ce n’était pas une affirmation allant
de soi dans une France au climat de guerre civile, pansant encore ses
plaies à la suite de l’affrontement, justement, entre les tenants d’une
tradition catholique au sein de la France, soucieux de maintenir une
religion officielle voire une religion d’Etat, et des radicaux haineux
de l’Eglise et de son influence. En effet, la première édition de
Trois idées politiques paraissait en 1898, soit sept ans avant la
loi de 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat, et
l’édition revue et corrigée en 1912, soit sept ans après. C’est cette
dernière que nous avons du reste entre les mains.
Il est
vrai aussi qu’on oublie trop souvent que le “religieux” ne saurait se
retrancher du “politique”. C’est un contre-sens fort répandu de nos
jours. Mais tout comme Raphaël Dargent pose une condition à toute
possibilité de rassemblement, celle d’être patriote, Maurras posait une
condition, sans doute d’un autre temps, et certainement plus polémique :
celle d’être un “citoyen” et non un “barbare”. Parmi les athées, il
fallait donc faire le tri entre les “libres penseurs”, dangereux, et
les “incroyants”. Maurras pensait du reste à une catégorie d’incroyants
bien particulière : celle des “athées positivistes”. Selon le théoricien
de l’Action française, ces derniers et les “catholiques théologiens”
partageaient “de profonds intérêts communs, les intérêts de la tradition
et du monde civilisé, menacés d’une dilapidation soudaine en même temps
que d’une dégénerescence insensible.” Maurras était agnostique, du moins
jusqu’aux dernières heures de sa vie (il revint au catholicisme peu
avant sa mort). Mais il témoigna toujours le plus profond respect à
l’égard de la religion de son pays. Il pressentait en effet que seule la
religion pouvait exprimer un certain type de vérités tout en étant
gardienne d’ordre. Il faut toutefois aller plus loin.
Il est en effet indiscutable que les conceptions
religieuses d’un peuple colorent, redressent, voire créent de toutes
pièces les idées que ce peuple se fait d’à peu près tout : des
conceptions de base que sont l’espace et le temps, aux conceptions les
plus raffinées comme les rites amoureux, les jeux, les arts. Lorsqu’il
n’en a plus, ou qu’il croit ne plus en avoir, ce soi-disant vide
religieux influence tout autant : c’est le “tout est permis” qui
caractérise bien la culture moderne. Le mariage entre homosexuels, les
banques de spermes, la violence scolaire, l’avortement comme moyen de
contraception, n’en sont que des manifestations symptomatiques.
Néanmoins, dans le cas de l’Européen, on ne pas parler de néant
religieux. Deux millénaires de vie religieuse intense ont modelé une
civilisation dont il est l’héritier irresponsable. C’est les
fondements, la révélation, que l’homme moderne croit rejeter avec
ironie, voire sarcasme. Toutefois, l’édifice social qui s’est construit
à partir de ces fondements tient toujours, ce qui relève sans doute du
miracle. La question de savoir jusqu’à quand cet édifice peut durer sans
fondations est purement rhétorique. Les signes avant-coureurs d’un
affaissement sont innombrables. Les personnes âgées, qui regardent,
médusées, ces changements, se demandent si la société “ne marche pas
sur la tête”. Derrière cette expression populaire, il y a une remarque
fort juste. Nous vivons à une époque d’inversion, telle que la
théorisait un Guénon par exemple.d
Tous ces phénomènes sont facilement observables : augmentation de la
violence urbaine, de la solitude humaine, mais aussi perte de la
mémoire collective, du sens de l’honneur et donc de la fierté :
sentiments importants sans lesquels l’homme retombe dans ses penchants
les plus brutaux. Dans une société où sévit l’inversion, telle que
notre “société du spectacle”, il n’est guère possible de distinguer
entre le bien et le mal ou entre le beau et le laid. Il n’est
nullement surprenant du reste que ces catégories essentielles aient été
vidées abusivement de leur contenu par les philosophes contemporains. Or
la seule manière de s’opposer aux différentes manifestations de
l’inversion est d’affirmer des vérités absolues, il n’y en a aucune
autre. Mais affirmer de telles vérités c’est parler le langage de la
religion.
C’est ainsi que selon le moderne, il
n’est plus vraiment question de rétablir l’autorité de l’Etat ou
d’affirmer des vérités absolues ; le passé national est une coquille
creuse. Il regarde avec encore plus d’ironie la religion qu’il considère
comme un “opium du peuple”, pour reprendre l’expression de Marx. Il est
vrai que le moderne lui préfère le vrai opium et les “paradis
artificiels” dans lesquels il fuit une réalité cauchemardesque qu’il a
lui-même créée.
Nous avons là une situation bien
inquiétante. Nous nous sommes coupé d’un ensemble d’idées religieuses et
nationales qui pourraient pourtant se révéler de première importance
dans un climat de crise mondiale, voire de guerre culturelle. Or,
la religion n’est pas simplement une organisation et un culte
particuliers : elle met d’abord “l’âme humaine en rapport avec Dieu”
pour reprendre la belle définition du Robert. C’est-à-dire qu’elle est
constitutive de la manière d’appréhender le monde chez un certain type
d’êtres humains : ceux qui considèrent que tout acte, toute pensée nous
engagent pour l’éternité comme nous l’avons dit. Curieusement, ce sont
eux aussi qui se révoltent contre le “meilleur des mondes” et ses
“paradis artificiels” : non seulement ils affirment le libre arbitre de
l’homme mais ils entendent tout faire pour le préserver, en s’opposant
par exemple aux manipulations génétiques dont nous sommes loin de
comprendre à quel point elles réduiront notre liberté. L’homme religieux
habite la même planète que l’athée mais il a une capacité d’écoute et
une intelligence des phénomènes les plus ténus qui lui sont bien
supérieures.
Qui peut nier en effet qu’une vision
religieuse de l’espace transforme l’étendue physique, pouvant être déjà
fort belle en soi (on parle alors d’une belle vue) en une sorte de
paysage au rayonnement divin (la grotte de Lourdes par exemple) ? Le
monde se déploie alors en plans et arrière-plans comme autant de pétales
d’une rose cosmique à la beauté vertigineuse. C’est ainsi que la terre
devient espace sacré, lieux de mémoire, lieux mythiques, mais aussi
espace de communication souveraine. On comprend bien qu’une telle
vision ne peut que s’opposer violemment à la vision du technocrate perdu
dans ses calculs arithmétiques. D’un côté, nous avons une surface
relativement fade qu’on peut transformer en terre arable, en voie de
communication, en grande surface aux enseignes vulgaires. D’un autre
côté, on a un monde qui en renferme d’autres, et ce, quasiment à
l’infini, et dont l’être humain n’est que le gardien attentif,
l’interprète subtil. Dans ces conditions, il va de soi qu’il ne peut
transiger avec l’essentiel. On ne peut pactiser avec n’importe qui ou
n’importe quoi. Les accords de Munich n’ont sans doute rien appris au
moderne.
L’homme est aussi une sorte de garde-frontière :
il garde la frontière entre le mal et le bien, mais aussi celle entre
son territoire et celui qui le jouxte. De tout temps, le tracé des
frontières, du “limes”, a été affaire grave. Il relève tout aussi bien
de la conquête militaire que de l’historiographie, c’est-à-dire des
récits constituant une mémoire collective. La terre, le terroir, le
territoire national, ne peuvent être assimilés à un grand marché que par
des esprits indolents ou pervertis. Convenons alors, une fois pour
toutes, que l’espace Schengen n’est qu’une zone euro. Et de fait, en
faisant tomber les frontières nationales n’a-t-on pas élevé une
politique monétaire en une fausse identité supranationale ? La capitale
de l’Europe, Bruxelles, malgré sa beauté nordique et son sens de
l’hospitalité, ne fut pas choisie pour son rayonnement européen (le
rayonnement définissant a priori le centre, le moderne l’assimile sans
doute à une menace) mais précisément pour son absence de rayonnement
européen. Le centre de cet “euroland” est donc, paradoxalement, un
non centre, historiquement parlant. Ce qui peut expliquer que
l’espace Schengen ne soit qu’un espace de libre circulation de
marchandises, de touristes et d’immigrés clandestins.e
Sans doute de manière plus spectaculaire,
la religion informe le rapport que l’homme entretient avec le temps.
Temps cyclique, temps linéaire, temps de l’incarnation, attente de la
parousie, mais aussi arrêt du déroulement du temps pour l’individu : la
mort de l’enveloppe charnelle. Sans oublier, pour les réactionnaires, le
temps involutif qui est une dimension essentielle, incontestablement
métaphysique, du temps : d’où le fait que sa richesse échappe au moderne.
Ce dernier se projette en effet dans l’avenir immédiat, laquelle est la
dimension du temps de l’usure par excellence.
La
mondialisation qui transforme à la fois l’espace et le temps n’est-elle
pas précisément repoussée parce que son ressort est purement l’expansion
d’un marché de biens et d’hommes déterritorialisés ? Elle n’offre en
effet aucun arrière-plan (on dit même qu’elle a “rétréci” notre
horizon). En revanche, elle transforme la planète en un hypermarché de
marchandises aussi vaines que dangereuses. La Banque mondiale et
l’Organisation mondiale du commerce imposent aux peuples des logiques
purement marchandes. On nous fait croire que si on élimine toutes nos
protections nationales (tarifs douaniers, visas, etc.), augmente le
volume du trafic international (pour l’instant au bénéfice de la Chine
et de l’Inde), facilite les voies de communication (en agrandissant les
aéroports qui sont devenus de véritables trous noirs), le monde en sera
plus prospère et, par conséquent, plus paisible. On se rappelera alors
les mises en garde d’un Henri Massis dans sa Défense de l’Occident
qu’on ne lit plus assez. Et on méditera sur cette phrase écrite en 1927
: “La facilité des communications matérielles qui devait, selon
l’idéologie démocratique, réaliser l’union des âmes, a bien pu
uniformiser le monde, elle ne l’a pas uni ;
«car
la matière est essentiellement diviseuse et les hommes ne communiquent
que dans l’immatériel»”.f
Au contraire, des gestes les plus
quotidiens aux pensées les plus élevées, la longue marche d’un peuple
religieux le conduit aux portes du Paradis, littéralement. D’où
l’importance de reproduire sur terre l’image qu’on se fait de la cité
céleste à partir de textes sacrés. La ville ancienne est un beau livre
d’histoire : en la parcourant on entre en sympathie avec les gens et les
choses qui furent, et dont nous sommes redevables. Mais elle est avant
tout un ensemble qui s’édifie patiemment en obéissant à des règles
sacrées. C’est pour cette raison qu’on y trouve systématiquement dans
son centre la maison de Dieu. Son architecture d’ensemble est celle des
cercles concentriques qui est une manière ancienne de représenter la
création du monde. Alors que les villes nouvelles, telles que les
infâmes Cergy-Pontoise ou Saint-Quentin-en-Yvelines, en sont
précisément l’oubli. Ce sont des villes sans âme, mortifères. L’Etat
verse l’argent publique à des bureaux d’études qui trouvent complètement
insolite, voire aberrant, l’idée d’exalter l’âme d’un peuple.
L’urbanisme moderne est ainsi coupé de l’histoire nationale mais non de
ses finances, ni de ses pratiques les plus douteuses. Les mêmes
principes s’appliquent aussi bien à la construction d’une ville que d’un
parc de loisirs. Il faut amuser, accomoder, des foules distraites.
Ces quelques considérations nous amènent à penser
qu’il est “vital” d’insister sur le fait que toute physique d’un peuple,
et nous serions tenté d’aller jusqu’à dire sa physionomie, s’appuie
pourtant sur une métaphysique : une réflexion sur la finalité de son
existence. La politique n’y échappe pas (que l’on compare le statut de
la femme en Occident ou dans les pays du monde musulman, ou bien encore
la politique de la famille en 2006 et au début du siècle dernier). Sa
conception de la vie en général, relève en dernier ressort de ses
conceptions religieuses ou athéologiquesg,
que l’homme moderne l’admette ou le réfute en se moquant bruyamment .
D’où pour certains le statut particulier de l’homme, fait à l’image de
son créateur, ou bien, pour d’autres, l’idée selon laquelle il est une
espèce toujours en voie d’évolution, égarée dans un cosmos muet.
Ce n’est pas la science, repoussant la frontière
du possible, qui peut dire si telle manipulation fait peser une menace
grave sur l’humanité ou non. Pour la science, l’homme n’est qu’une
machine, ce qui ne veut pas dire que le chercheur scientifique conçoive
nécessairement l’homme de cette manière. Au point qu’on peut comparer
la fabrication d’un individu à celle d’une voiture. Elisabeth Badinter
nous rappelle avec une certaine euphorie qu’ “on peut être enceinte
sans faire l’amour, emprunter un ovocyte à X, du sperme à Y, féconder le
tout in vitro, se faire réimplanter l’embryon ou le faire porter
par une autre”h.
Les médecins n’y trouvent rien à redire. Pourquoi y trouveraient-ils à
redire puisqu’ils participent à la destruction d’êtres humains non nés
en cachant les faits à l’opinion publique ? Le foetus est en effet une
vie humaine distincte de celle de sa mère. Cette dernière n’a absolument
aucun droit de vie ou de mort sur son foetus.
Dans ces conditions, on voit bien que
seule la religion peut trancher. Par exemple, elle pourra nous dire
s’il y a violation de la vie humaine et de la dignité qui en découle,
comme dans le cas de l’avortement ou de l’euthanasie. Ou encore, si les
manipulations génétiques conduisent à la transformation de l’homme en
homme-machine c’est-à-dire en androïde. La religion, seule, peut
critiquer intelligemment les symptômes de la vie moderne et en offrir
une pathologie saisissante. Pour ceux qui en doutent, on pourra toujours
lire avec profit L’un est un autre d’Elisabeth Badinter, un des
livres les plus effrayants exprimant assez bien la culture moderne
délirante. Ce livre, à l’intelligence froide, est un bon exemple des
conclusions que le moderne peut tirer de l’exercice de la liberté
humaine lorsque celle-ci semble complétement dévoyée par la science et
les idéologies perverses. Badinter y discourt sur des sujets scandaleux
comme l’inceste, l’avortement, l’androgyne, en prenant soin de citer
systématiquement d’autres auteurs de manière à ce qu’on ne sache jamais
si le point de vue exprimé est le sien ou celui d’un autre auteur.
Mais la lecture n’en demeure pas moins instructive. Citons ainsi ce
passage que chacun interprétera comme il le peut. On pourra comprendre
ceux qui distinguent dans cette culture de l’avortement une “culture de
la mort”, pour reprendre la phrase de Jean Paul II :
La légalisation de l’avortement a
confirmé, en aval, le pouvoir exclusivement féminin sur la procréation.
Le droit de vie et de mort sur l’enfant a lui aussi changé de camp.
[...] A cet égard, le droit d’avorter –plus encore que la
contraception- a mis au jour une éthique radicalement nouvelle : les
droits de la femme avant ceux du foetus et avant les devoirs de la mère.
Entre l’humanité en puissance et l’individu en acte, le XXe siècle a
tranché en faveur du second. La maternité n’est plus sacrée [...].[i]
Symptôme gravissime de cette culture qui explique
bien des conduites aberrantes : la recherche effrénée du plaisir. Cet
idéal primaire – vivre dans une succession de plaisirs forcément
grossiers- a pourtant des conséquences sur la politique économique et
éducative d’un pays : l’initiation par un maître ou le travail sont
perçus comme des maux pour l’individu moderne, d’où la semaine de
35 heures, la pré-retraite, mais aussi les matières favorisant
l’expression de l’enfant immature à l’école, flattant sa vanité. Elle en
a aussi sur la démographie d’un peuple, c’est-à-dire sur sa capacité à
se reproduire ou bien à disparaître lentement : il est vrai que le
culte de la famille s’oppose à la philosophie du plaisir immédiat et
aux caprices de l’individu. On la remplace donc par un contrat entre
deux individus éprouvant l’un pour l’autre un ‘sentiment’, sans plus. On
peut d’ailleurs imaginer un jour que la condition d’être “humain” soit
remplacée par celle d’être “vivant”, de manière à couvrir davantage de
sentiments, comme ceux qu’on éprouve pour les animaux domestiquesj.
Après tout, le mariage entre un homme et
une femme est un fait universel, relevant du sacré : le moderne le
considère pourtant comme un “lien forcé”. Aucune société avant la nôtre
n’aurait songé à unir deux femmes ou deux frères. Mais le législateur
est fin connaisseur de l’âme humaine : il sait que ce ‘sentiment’ peut
s’assécher du jour au lendemain comme un puits mal creusé, d’où l’idée
d’un contrat révocable avec un minimum de formalité. C’est la logique
du caprice, sans en dire le nom. L’individu se contemple, s’interroge
avec effroi sur sa vie intérieure, en néglige ses devoirs envers le
groupe social. Le mot célèbre de Gide vient immédiatement à l’esprit :
“famille, je vous hais”. L’individu n’aurait ainsi contracté aucune
dette : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité il n’aurait
aucun devoir envers ses proches, envers sa communauté. Il ne jouirait
que de droits comme une sorte de roi hébété. Rappelons pourtant au
moderne ce que Maurras a écrit joliment au sujet de la naissance de
l’être humain :
Le petit poussin brise sa coquille et se
met à courir.
Peu de chose lui manque pour crier : “Je
suis libre” ... Mais le petit homme ?
Au petit homme, il manque tout. Bien
avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert,
nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots,
il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est
impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les
reçoive, tout ordonnés, d’autrui.k
C’est dans un tel contexte qu’il faut méditer ce que le
pape a dit de la famille dans son encyclique Evangelium Vitae :
“La famille a un rôle à jouer tout au long de l’exitence de ses membres,
de la naissance à la mort. Elle est véritablement
«le
sanctuaire de la vie [...], le lieu où la vie, don de Dieu, peut être
convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques
auxquelle elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant
les exigences d’une croissance authentique.»
C’est pourquoi le rôle de la famille est déterminant et irremplaçable
pour bâtir la culture de la vie.”
Autre caractéristique majeure : l’oubli
de soi dans la vision de spectacles plus ou moins puérils, plus ou moins
violents. Et en effet, il semble bien qu’un pays ne semble pouvoir se
rassembler, comme on rassemble des jouets épars, que dans l’effort
d’organiser une coupe du monde de football ou des jeux olympiques.
Durant ces moments de nature plus ou moins orgiaque, l’individu oublie
tout en contemplant des jeux auquels participent de jeunes adultes mâles
et qui, bien loin de vanter les mérites du sport, font l’apologie de la
société marchande et de ses gains immédiats.
Enfin, une conception des droits de
l’homme abstraite, prétendument universelle, prospère au détriment des
traditions et des coutumes de tel ou tel peuple. Tous ces symptômes ne
peuvent manquer de faire réfléchir celui qui se propose de rassembler
les hommes de bonne volonté. Qui doit-on rassembler et pour
quoi faire ? La société actuelle dans laquelle nous vivons nous
inspire-t-elle une certaine fierté ou un certaine répugnance ? La
télévision, omniprésente, miroir de notre société, tire-t-elle
l’individu vers le haut ou bien flatte-t-elle ses instincts les plus bas
?
Il se pourrait bien que les hommes de
bonne volonté soient en fait les “derniers hommes” dont parle Francis
Fukuyama. Ceux qui s’opposent au meilleur des mondes. Dans ces
conditions, l’homme de droite, conservateur, réactionnaire, chrétien ou
non, ne pourra s’unir avec d’autres représentants de familles
idéologiques, patriotes ou non, sans courir de graves risques. Pour
une raison simple : s’il parle du même territoire national, il ne
parle pas nécessairement de la même France (par exemple la fille aînée
de l’Eglise ou la France de Danton). Nous devons comprendre que la vie
a plusieurs sens, non seulement selon les différentes sociétés (depuis
les premières : cannibales, nomades, sédentaires ; jusqu’aux présentes :
musulmanes, chrétiennes, athées, etc.) mais aussi à l’intérieur des
sociétés elles-mêmes, en particulier à l’intérieur des sociétés dites “ouvertes”.
C’est ici sans doute qu’il est important d’introduire la dichotomie
forme/substance sans laquelle on ne peut comprendre notre refus
catégorique de s’unir avec des individus ne trouvant rien à redire
aux inversions actuelles.
La forme qu’on donne à une société renvoie en fin
de compte à sa substance (dans son sens chimique, la substance est ce
qui distingue un corps d’un autre ; nous lui donnons ici, d’abord, le
sens d’âme). L’homme politique se garde bien de s’attarder sur cette
substance, contrairement au monarquel
: non pas qu’il n’en ait cure, nous ne croyons pas à une corruption
totale de la classe politique. Non, la vérité est autrement plus grave
: cette substance lui échappe, il ne la saisit pas et pour cause. Une
substance n’est pas une formule créée dans un laboratoire. Un peuple
conservateur, peut-être frileux, cherchera à la conserver telle quelle ;
un peuple plus ambitieux cherchera à lui donner de nouveaux éclats en se
livrant prudemment à de nouvelles manipulations. Un peuple capricieux,
comme les modernes, jouera avec l’idée qu’il n’y a pas à proprement
parler de substance, ou la tiendra pour insignifiante : un mythe
occidental. Nous avons reconnu dans ce dernier portrait les peuples
épris de la forme, du culte de l’image. C’est ainsi que ces derniers ne
voient rien à redire à ce qu’on ajoute à la substance d’origine,
transmise par des ancêtres besogneux, des mélanges de produits
inconnus : par exemple l’immigration de masse. La France, de terre
d’asile, devient terre de transit. Mais on peut tout aussi bien la
mélanger à de nouvelles substances : c’est la définition même de la
société multiculturelle, véritable aberration faut-il le préciser. C’est
en procédant d’une telle manière qu’on peut transformer la substance
d’origine en une substance toxique pour le corps social. Lors de la
campagne pour le référendum sur la constitution, un ancien ministre
socialiste n’a-t-il pas affirmé sur un plateau de télévision,
visiblement content de lui, qu’il nous appartenait de définir ce
qu’était l’Europe ? Aucun des autres invités ne rit d’une telle
sottise.m
C’est ainsi qu’il faut encore comprendre
Pie XII, -à condition qu’on veuille bien se donner la peine de lire les
grands textes de nos chefs religieux-, affirmant que “de la forme
donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et
découle le bien ou le mal des âmes, c'est-à-dire le fait que les hommes,
appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respirent, dans les
contingences terrestres du cours de la vie, l'air sain et vivifiant de
la vérité et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et
souvent mortel de l'erreur et de la dépravation”.
Pour autant, nous sommes d’accord avec
l’expression qu’utilise Raphaël Dargent pour parler de notre époque :
“un temps de gestation”. A ceci près, que nous considérons que toute
période est une période de gestation pour la période qui suit dans la
mesure où elle lui permet d’être. Toute période “accouche” littéralement
de quelque chose de nouveau mais elle assure avant tout à un groupe
social qu’une nouvelle génération puisse voir le jour. Toutes ne sont
pourtant pas des “crises”. La nôtre, indéniablement, en est une. On
pourrait aller jusqu’à dire que certaines crises sont comparables à des
“avortements” : elles interrompent, parfois volontairement, une
“gestation”. D’un certain point de vue, et sous un certain angle, une
révolution peut être considérée comme un avortement : la Révolution
française, la Révolution d’Octobre, ou même la révolte étudiante de Mai
68, en sont des exemples frappants. Ce sont des phénomènes aussi
aberrants que le suicide démographique de l’Europe.
C’est alors qu’on peut vraiment parler de
‘déclin’, de ‘décadence’, en un mot de ‘fin’. Les courbes démographiques
l’attestent : n’indiquent-elle pas un vieillissement des populations
autochtones fort préoccupant ? Plus encore, elles expriment une
philosophie de l’existence qui peut être fort élevée ou complètement
vidée de toute intelligence. Rappelons ce qu’en disait Philippe Ariès en
1946 : “Les statistiques démographiques nous éclairent sur la manière de
vivre des hommes, la conception qu’ils ont d’eux-mêmes de leur propres
corps, de leur existence familière : leur attitude devant la vie.”
Comme nous le voyons tout fait sens, tout pointe vers les directions
qu’un peuple se choisit, parfois de manière inconsciente, souvent parce
qu’il est trompé par des élites coupables. Si on y ajoute les chiffres
de l’immigration de masse, on peut très bien imaginer d’ici à cent ans
la fin d’une Europe peuplée de peuples autochtones.
Si nous devions en arriver là, ou nous
approcher dangereusement d’un seuil fatidique, nous sommes d’avis que
ce serait la fin absurde d’une civilisation millénaire. Toute société
repose en effet sur l’idée non seulement de filiation mais aussi de
transmission, deux concepts qui sont intimement liés. Dès lors, il est
impossible de “refaire une nation”, de la même manière qu’il est
impossible de refaire “une religion” qui a cessé d’être, dans la
mesure où tout individu renferme des trésors de connaissances et de
sentiments. Ce “patrimoine vivant” est certes plus difficile à définir :
il n’en est pas moins une réalité, à laquelle renvoie une expression
comme celle de “génie national”. Une nation est faite aussi, certains
diraient surtout, des trésors sapientaux que renferment ses membres.
Certes, on peut sans doute préserver, dans certaines conditions,
l’essentiel des éléments “rigides” d’une culture qui ont une valeur
plus universelle, comme le firent les chrétiens d’Occident avec la
culture romaine, les orthodoxes avec la culture byzantine, après que les
“barbares” eurent envahi leur territoire. C’est pourquoi le peuple
romain a disparu mais que la culture latine lui a survécu. Mais nous
nous refusons à subir une telle fin.
C’est pourquoi on peut affirmer que le
rôle dévolu à la droite dans un temps de crise est donc, ou devrait être,
idéalement, celui de préserver non seulement l’essentiel de la culture
nationale mais aussi celui de favoriser l’émergence de nouvelles
générations, de manière à assurer que les trésors de chaque famille se
transmettent dans de bonnes conditions. Il est aussi celui d’ouvrir le
monde des hommes aux arrière-mondes. En un mot : il est celui d’être la
conscience d’un peuple soucieux de son passé comme de son
avenir. Fondamentalement, l’homme de droite est un héritier. C’est
la métaphysique qui le distingue de l’homme de gauche. Ce n’est qu’ainsi
qu’on peut comprendre où nous en sommes, c’est-à-dire bien bas. L’homme
de gauche a évolué ou régressé au point qu’on peut se demander s’il
appartient toujours à la même espèce que l’homme de droite. Le rôle de
la droite n’exclut pourtant pas nécessairement le rôle de la gauche : la
fonction du prêtre n’exclut pas celle du marchand. Nous voulons bien
même concéder que sous certains angles (par exemple la question
économique ou sociale) ils se valent plus ou moins. Mais ils ne peuvent
pas s’assimiler car ils sont radicalement différents.
La géométrie classique,
qu’elle soit sacrée ou profane, nous apprend que pour s’orienter l’homme
doit distinguer la droite de sa gauche. Nous entendons toujours son
enseignement. Mais qui oserait affirmer que l’homme moderne sait
s’orienter dans ce paysage de ruines?
n
a
Le numéro 3 de Libres s’intitule Par delà la gauche
et la droite.
b
C’est une phrase de Barrès qui se trouve dans Scènes et
doctrines du nationalisme, tome I, page 240.
c
La division en autant de patois, argots, jargons n’est pas
pertinente ici.
d
“Dans sa forme guénonienne achevée, l'inversion est vue comme
une caractéristique globale de la modernité. Alors que tout ce
qui est vraiment de la première importance est sur le déclin,
les gens pensent de manière déraisonnable qu'ils assistent au
progrès.” Mark Sedgwick, Contre le monde moderne, version
française non encore publiée.
e
Personnellement j’adore Bruxelles, je parle ici de cette belle
ville en tant que capitale de l’Europe.
f
Henri Massis, Défense de l’Occident, Libraire Plon, 1927,
page 6.
g
Expression de G. Bataille.
h
Elisabeth Badinter, L’un est l’autre,
Editions Odile Jacob, 1986. Le livre de poche, page 314.
[i]
Elisabeth Badinter, Ibid., page 240.
j
J’ai lu récemment dans un journal britannique le
portrait d’un pasteur célèbre aux Etats-Unis, une femme
homosexuelle, qui bénit les animaux domestiques et offre du
champagne dans la coupe pour la communion. Portrait paru dans le
Times du samedi 6 mai 2006, sous le titre de “Lesbian priest who
could split the Anglican Church”.
k
Charles Maurras, La politique naturelle, texte servant de
préface à Mes idées politiques, Fayard, 1937.
l
La monarchie de droit divin a le mérite de renvoyer
explicitement à des textes sacrés, à des filiations. La société
d’ordres renvoie à des principes bien compris. On peut
naturellement en discuter mais ce n’est pas ici le propos.
m
Il s’agissait d’une émission d’une chaine
publique au moment de la campagne pour le référendum sur la
constitution européenne et, de facto, sur l’entrée de la Turquie
dans l’Union européenne.
|