Cafouillage
industriel,
oeuvre
d'Etat
par Pierre-Marie Gallois
En
cinq ans le gouvernement Jospin (1997 - 2002) a largement ouvert au
« privé » le capital des entreprises qui relevaient de l’Etat. La
démagogie électorale permanente de la Vème République dévoyée implique
l’appauvrissement et l’affaiblissement de l’Etat. Les médias ont
endoctriné l’opinion afin qu’elle s’élève contre « trop d’Etat ».
Paradoxalement, alors que les Français veulent « moins d’Etat, ils ne
lui ont jamais demandé de leur répartir autant de ressources et de les
assister dans toutes les activités, de la crèche à la maison de
retraite. En somme, plus l’Etat est affaibli (par la « construction
européenne ») et appauvri par les lois du marché (et les privatisations)
plus les Français en exigent les magnificences, largesses et libéralités
dont seul serait capable un Etat souverain, riche et puissant. Les
gouvernements successifs de la Vème République se sont révélés
incapables de faire la différence entre les activités nationales qui gagnent à relever du
« privé » et celle qui assurant un service public essentiel, doivent
être la propriété de tous les Français et donc dépendre du gouvernement
qu’ils se sont donné. Poursuivant la politique de privatisation des
gouvernements Chirac (1986 – 1988), des socialistes (de Rocard à
Bérégovoy 1988 – 1993) de la droite avec Balladur et Juppé (1993 –
1997), le gouvernement Jospin (1997 – 2002) a non seulement ouvert au
privé le capital d’une demi-douzaine de banques, préparé la
privatisation d’importantes entreprises publiques (France-Télécom, Air
France, GDF, EDF, autoroutes du sud de la France…) mais bradé
l’industrie aérospatiale de la France. S’il est bien une activité
scientifique, technique et industrielle qui devrait relever uniquement
de l’Etat, c’est bien celle qui conçoit et forge les armes de la France.
Il est d’ailleurs malsain que les armements offrent au secteur privé
l’occasion de réaliser d’importants profits. Compte tenu de la culture
particulière de la France et de ce qu’attendaient les ressortissants de
ses gouvernements successifs, non seulement les armements mais
l’énergie, les infrastructures terrestres, ferroviaires, maritimes,
aériennes, spatiales – et pourquoi pas, l’eau indispensable à la vie –
devraient être gérés par l’Etat. Le libéralisme économique, les lois du
marché, devenus en France également prioritaires, ont transformé ses
équilibres politiques, financiers, économiques, l’Etat, c’est-à-dire la
représentation nationale n’y étant plus qu’une symbolique représentation
du passé.
Au
cours des années 1998 et 1999 le gouvernement Jospin a été emporté par
la générosité. Générosité facile aux dépens des Français. Rappelons
d’abord qu’en 1996 les activités de la société nationale Aérospatiale
dans le domaine des satellites (6 % de son chiffre d’affaires)
avaient été transférées à Thomson CSF. En revanche, l’Etat cédait à
l’Aérospatiale les 45,7 % du capital de Dassault aviation qu’il
détenait. C’était un ré-arrangement industriel qui préparait le
désengagement de l’Etat, car au cours des années suivantes, des
interventions comptables auront pour effet de mettre en question la
rentabilité de l’Aérospatiale : augmentation de ses charges de
recherche et de développement et aussi du remboursement des aides de l’Etat,
accroissement des provisions pour aléas de change, Airbus vendant en
dollars mais payant ses factures en euros. Au privé de s’en accommoder,
l’Etat se désintéressant d’une de ses missions prioritaires : l’armement
de la nation. En 1999, sa hotte bien emplie le gouvernement Jospin peut
jouer les pères Noël. En février, Jean-Luc Lagardère est l’heureux
bénéficiaire d’un cadeau fastueux. En échange de l’apport de Matra
haute technologie (MHT) il reçoit 31.45 % du capital de la future
entreprise Aérospatiale Matra. Cependant Lagardère verse à l’Etat
850 millions de francs, soit moins de 2 % du capital de la nouvelle
entreprise. Toutefois, il avait été stipulé dans le contrat qu’une somme
maximum de 1.150 millions de francs, variant avec les performances
boursières évaluées sur 2 ans pourrait compléter l’apport de Matra.
Mais si le cours du titre – après privatisation – monte de 10 % par
rapport à sa valeur au CAC 40, cette dette serait annulée. (Ce qui fut,
parait-il le cas). Les méchantes langues ont estimé qu’au nombre des
opérations préparant la privatisation de l’Aérospatiale figurait
un échange de bons procédés : au somptueux cadeau fait à J.L. Lagardère,
celui-ci répondrait en faisant campagne pour le PS dans les médias qu’il
contrôlait. De surcroît, l’accord du 3 mars 1999 donnait à Lagardère
plus de 20 % de droits de vote de la nouvelle entreprise. Il avait
licence d’acquérir les actions cédées par l’Etat si celui-ci réduisant
sa participation, passait à moins de 20 % du capital. Ce qu’il fit. Mais
en octobre 1999, le gouvernement français se surpasse. C’est un cadeau
impérial qu’il fait à l’Allemagne. Celle-ci pressait Paris pour qu’il
« privatise » son industrie d’armement, menaçant même d’exclure la
France de toute entreprise européenne si son gouvernement ne cessait pas
de contrôler les activités nationales d’armement. Toujours à la remorque
de Berlin, Paris optempera. Le 13 octobre 1999 l’Aérospatiale-Matra
privatisée largement et la firme automobile Daimler-Chrysler
annoncèrent leur fusion afin de former un groupe aérospatial européen
capable de rivaliser avec chacune des plus puissantes firmes
correspondantes des Etats-Unis.
La
nouvelle entreprise portera une désignation britannique European
Aeronautic, Defense and Space, ou EADS en abrégé. Elle rassemble
près de 100.000 techniciens et son chiffre d’affaires devrait être de
l’ordre de 22 à 23 milliards d’euros. Elle siégera aux Pays-Bas, sera de
droit hollandais et l’anglais y sera la langue de travail. Le
gouvernement français a accepté de réduire de 47,5 % à 15 % sa
participation au capital de l’entreprise. Et dans un élan de générosité
supplémentaire, M. Raffarin annoncera même qu’il était prêt à renoncer à
ces 15 % ainsi que le réclamaient les Allemands, qui avaient admis de
patienter jusqu’en 2003. Autre cadeau et non des moindre, la nouvelle
entreprise contrôlera à 80 % le consortium Airbus Industrie. Des
quatre partenaires du consortium, la France, l’Allemagne, l’Espagne et
la Grande-Bretagne, les trois premiers acceptèrent la fusion, British
Aerospace affichant ses réticences et se détournant de l’accord de
1997 spécifiant que France, Allemagne et Grande-Bretagne formeraient une
seule entité aérospatiale et de défense en Europe. Et voici l’Allemagne
un des quatre participants à Airbus, devenue à demi propriétaire de
l’entreprise. Et le 14 octobre 1999 Lionel Jospin, Dominique
Strauss-Khan et Jean-Luc Lagardère rencontrent à Strasbourg Gerhard
Schröder et Jurgen Schremp, directeur de la DASA, filiale aéronautique
de Daimler-Chrysler – Dasa étant une bien modeste entreprise au regard
de l’Aérospatiale et dont la firme automobile allemande
souhaitait se délester grâce à la création d’EADS –. Aux
ordres, les médias célèbrent l’opération. Le « Nouvel Observateur »
daté du 21-27 octobre présentait cette capitulation française comme « un
retournement inespéré ». A peu près seul, l’économiste Elie Cohen disait
la vérité. « Le seul point fort de la spécialisation industrielle de la
France qui était l’aéronautique est en train d’être bradé ». Mais
pour le Nouvel Observateur à Strasbourg la « France avait
raflé la mise » et J.L. Lagardère, principal bénéficiaire et
Dominique Strauss- Khan qui avait négocié la reddition de la France
étaient les « gagnants ». Et Claude Imbert écrivait dans le « Point » du
22 octobre 1999 : « dans le trousseau de l’Europe on ne peut trouver
plus français ». Ainsi désinformée, l’opinion française souscrivit à la
démarche de son gouvernement. On est en droit de se demander par quelle
aberration Paris a accepté, et favorisé, la mainmise à plus de 30 % du
groupe Lagardère-Matra sur l’Aérospatiale. Celle-ci a été
l’aboutissement des travaux des bureaux d’études et des usines de Sud
Aviation, Nord Aviation, Centre et Sud Ouest Aviation qui avaient conçu
la Caravelle, l’Airbus et, en coopération avec les
Britanniques, Concorde.
Auparavant,
ou parallèlement, avaient été étudiées et construites les séries
d’avions de transport militaire Noratlas, Transall et une
cinquantaine d’appareils subsoniques et supersoniques. En outre
l’Aérospatiale étudia et fabriqua des hélicoptères, des engins
stratégiques et tactiques, des satellites, des systèmes de défense. On
saisit mal à quel titre la très modeste firme Matra obtint
officiellement le droit de détenir la majorité de blocage de
l’Aérospatiale privatisée et…. bradée à la DASA allemande,
société ne présentant d’autre intérêt que d’être une filiale du groupe
automobile Daimler-Chrysler. La Deutsch Bank, détenait à
l’époque, 12 % de son capital, le Koweit, 7 % et Dubaï 2 %. Quant à la
participation de Lagardère elle demeurait dépendante des attraits
politiques et financiers des techniques de communication et du pouvoir
qu’elle exerçait sur le gouvernement en mettant l’opinion publique « en
condition ». Le gouvernement français se désintéressant des armes de la
France, et de son avenir spatial, il ne faut plus compter sur ses cadres
politiques pour réfléchir aux impératifs de sa défense et même de sa
sécurité. Et pour entreprendre les travaux de recherche fondamentale
sans rapport financier immédiat. Désormais c’est à « la corbeille » de
pourvoir aux besoins de la sécurité du pays.
A l’évidence, ainsi
qu’elle venait d’être structurée EADS se souciera comme d’une
guigne de l’intérêt national et ne recherchera que le profit commercial
afin de satisfaire ses actionnaires.
Comme
pour toutes les entreprises menées en coopération avec l’Allemagne, avec
EADS la France perd de sa substance au profit de son partenaire.
Elle lui a apporté l’Airbus, ses succès en matière d’hélicoptère,
son savoir en engins stratégiques en ce qui concerne les lanceurs de
satellites grâce aux travaux nécessités par la force nucléaire de
dissuasion. Elle lui a aussi abandonné le marché des avions de combat
qu’elle avait conquis au cours des « vingt glorieuses » 1955-1975.
Les média ont encore
amplifié les témoignages de satisfaction en spéculant sur la complexité
de « l’arrangement » EADS et des cadeaux – ou renoncements nationaux –
qu’il a imposé. La presse a insisté sur les mérites d’un groupe
industriel censé être capable de rivaliser avec les firmes américaines.
Or, lors de la signature de Strasbourg, la capitalisation boursière des
entreprises concurrentes d’outre-Altantique atteignait 1500 milliards de
dollars et celle de EADS moins de 10 milliards. L’ « effet de taille »
recherché n’était guère évident. D’ailleurs avec moins de 20.000 cadres
et ouvriers une entreprise aéronautique française avait gagné plus de
la moitié du marché mondial des avions de combat. Avec des effectifs
cinq fois plus nombreux EADS l’a irrémédiablement perdu. Ce qui
réjouit, outre-Atlantique et outre-Rhin. « La plus récente campagne que
le Pentagone ait menée cette année est celle qui a forcé les industriels
européens de l’armement à se fondre dans un ensemble transatlantique
avec les firmes des Etats-Unis au lieu de s’en tenir à la notion de
forteresse Europe », a écrit Jim Hoagland dans le Herald Tribune
du 25 octobre 1999. A l’ « effet de taille » raté, s’ajoutent le cheval
de Troie américain et la fin du rêve européen, du moins en ce qui
concerne l’aviation militaire définitivement conquise par les
constructeurs d’outre-Atlantique. Qu’il s’agisse du montage financier ou
de l’organisation fonctionnelle d’EADS les mesures adoptées en
1999 étaient contraires à l’intérêt national.
Le montage financier
d’abord :
-Daimler-Chrysler et Dasa ont été
tirés d’affaire par la mise sur pied d’EADS. La firme automobile
germano-américaine s’est attribué 30,2 % de l’actionnariat.
-l’Etat espagnol y figure pour 5,52
%.
-J.L. Lagardère y
détient, initialement 11,1 % mais doit recevoir la participation
temporaire de la Banque BNP Paribas et d’Axa, soit 3,9 %, ce qui portera
à 15 % la part officielle de Lagardère à parité avec l’Etat français.
Plus intéressé par les média que par l’aéronautique et l’espace,
Lagardère pourrait céder tout ou partie de son actionnariat s’il en
vient à douter de la rentabilité d’une organisation administrative et
technique défaillante. Ce qu’il fera, à hauteur de 7,5 % en 2006. Quant
au marché, il était initialement de 34,26 % du capital et ses variations
permettent de modifier les rapports de force au détriment de la France
qui annonce son intention de se désengager des affaires d’armement,
Raffarin dixit.
L’Allemagne l’emporte à
nouveau grâce à une firme automobile en difficulté et une modeste
entreprise aérospatiale, Dasa, la voici contrôlant l’Aérospatiale
qui, en Europe, détient le secteur des avions de transport militaires et
civils, 80 % du consortium Airbus,
100 % d’Eurocoptère,
45 % du projet d’avion de combat Eurofighter, 37,5 % de la
société de missiles MBDA.
Le montage
politico-administratif :
il repose sur un principe
défini lors de la création d’EADS : une stricte parité
franco-allemande devra être respectée. Bicéphale la présidence du
conseil d’administration, bicéphale également le comité exécutif.
La
politique a escamoté l’efficacité et l’on imagine mal une entreprise
aussi ambitieuse qu’EADS devenue l’objet de rivalités de
personnes, d’intérêts nationaux divergents alors qu’il eût fallu qu’à sa
tête gouverne une équipe homogène menée par un « patron » compétent,
appuyé par un gouvernement fort. EADS a été une « construction
européenne » caractérisée, et ses difficultés de gestion ont démontré,
une fois de plus, les carences de cette politique européenne. Au cours
de six dernières années, les désaccords sur le partage des
responsabilités, les intrigues entre nationaux et internationaux, les
ambitions individuelles et nationales ont secoué l’organisation,
inquiété les actionnaires, déconsidéré l’ensemble de l’entreprise. A
l’issue du conseil d’administration réuni le 29 avril 2005 à Amsterdam,
la présidence d’Airbus a fait l’objet de profonds désaccords
entre Allemands et Français. Aussi, en Comité exécutif, les Allemands
ont imposé Thomas Enders, l’adjoint de Manfred Bischoff lorsque celui-ci
dirigeait Daimler-Chrysler. On voulait, outre Rhin, équilibrer
ainsi un Noël Forgeard qui avait dirigé Airbus, qui était
devenu le représentant français au Comité exécutif et qui aurait
volontiers cumulé ses fonctions au Comité et à Airbus. Ce que les
Allemands ne pouvaient admettre, le pacte d’actionnaires précisant qu’un
dirigeant du groupe ne peut diriger une filiale, Airbus en
l’occurrence. (L’année suivante Mme Merkel exigera l’éviction de
Forgeard et la France s’inclinera). Quant à Thomas Enders, ancien
parachutiste, membre de la CDU, étudiant la stratégie aux Etats-Unis, il
affiche son « atlantisme » si bien qu’il est également un gage donné par
l’Allemagne à l’Amérique quant à la gestion future d’EADS –
notamment dans le domaine des activités militaires que la firme
européenne entend développer afin de moins dépendre des avions de
transport commerciaux – Airbus, en effet, assurait à EADS
60 % de son chiffre d’affaires et 78 % de ses bénéfices, ce qui
inquiétait le Comité exécutif sachant que le coût du développement de
l’A 380 de 555 places avait augmenté de 1,5 milliard d’euros, que la
série des A 340 subit le choc de l’accroissement du prix du pétrole au
profit du 777 américain tandis que le nouveau 787 de Boeing surclasse,
en consommation le futur A 350 de EADS. Dès le mois de décembre 2004 la
Bourse sanctionne la gestion hasardeuse de la direction bicéphale d’EADS.
Et au début du mois de mars 2006, il n’est question que du retrait de
Lagardère, cédant partiellement sa participation (en accord avec le
groupe allemand afin de maintenir la fameuse parité).
Toutefois, le 8 mars
2005, Noël Forgeard et Thomas Enders annoncèrent les succès commerciaux
de l’année 2005 : une hausse de 8 % du chiffre d’affaires et un niveau
exceptionnel de prises de commandes d’avions. Mais cet optimisme de
commande avait sans doute eu pour objet de masquer les effets de
l’ « allègement » au capital d’EADS , la part cédée en Bourse
pouvant atteindre 6 et même 10 %. Du côté allemand c’était le
redressement de Daimler-Chrysler (Mercedes et Smart) qui devait
justifier ces ventes d’actifs. Lagardère se tournait vers la
« communication » négociant l’achat de 20 % de Canal Plus et de Time
Warner Book récupérant 3 milliards d’euros de ses 15 % dans
EADS.
Ainsi se prépare la
débandade des stock-options par Noël Forgeard et les chefs des
départements techniques J.P. Gut, Francis Auque et Jussi Itavuori,
l’action EADS perdant près de 8 %
-
l’ensemble représentant une perte de 5,8 milliards d’euros –.
C’était la sanction d’une
avalanche de mauvaises nouvelles, que n’avait pas effacé le bilan
enchanteur présenté le 8 mars par Noël Forgeard, la veille de l’affaire
des stock-options et qui rassemblées, inclinaient au pessimisme :
-Désengagements financiers des grands
actionnaires.
-Retrait des Britanniques cherchant à
céder leur participation (20 %) à Airbus.
-Echec commercial de l’A 350 à
redessiner et devenant l’A 370 au prix de 8 milliards d’euros d’études
et de reconstruction.
-Dépassement du coût de
l’industrialisation de l’A 380 de 555 places.
-Retards réitérés des livraisons de
l’A 380 aux compagnies aériennes qui en avaient passé commande. Le 13
juin 2006 les Singapour Airlines apprenaient qu’elles devraient attendre
6 ou 7 mois la livraison des premiers A 380 (ce qui décide Singapour
à acquérir 20 Boeing Dreamliner pour 4,52 milliards de
dollars).
-La certification de l’A 380 n’est
pas acquise, outre-Atlantique l’on s’efforce de compliquer
l’ « accueil » de l’A 380 sur les aérodromes nationaux.
-Les acquéreurs de l’appareil
réclament des réacteurs moins bruyants, plus économes en carburant et
toutes sortes d’installations censées attirer la pratique et qui exigent
des câblages nombreux, d’autant plus malaisés à connecter que les
tronçons de fuselage sont fabriqués dans diverses usines. D’où un retard
général des fabrications et des livraisons tardives qui, outre les
indemnités réclamées par les acquéreurs, représenteront un manque à
gagner de 500 à 600 millions d’euros annuellement jusqu’en 2010/2012.
-Le 12 mai 2006 est annoncée la
fermeture de la Sogerma à Mérignac. Cette société employait plus
d’un millier de spécialistes de l’entretien des matériels aériens de
transport (alors que l’usine EADS de Dresde croule sous la charge
de travail). Relevant de l’Allemand Gustave Humbert, alors président d’Airbus
la Sogerma fortement endettée est condamnée dans le même
temps que Tom Enders déclarant qu’en 2005 l’industrie aérospatiale
allemande avait créé 6000 emplois et que ses revenus avaient augmenté de
6 %. La CFTC protesta contre le bilan social d’Airbus : « la
filiale allemande dilapide impunément, et sans vergogne les efforts
draconiens d’économie réalisés par la filiale française ». « Le
gouvernement français est indigné », déclara M. Gérard Larcher, oubliant
que c’est ce gouvernement qui a préféré passer à une firme portugaise
l’entretien des Lockheed C 130 de l’armée de l’air privant ainsi de
travail les spécialistes de la Sogerma. EADS s’est engagé
à ré-industrialiser le site en préservant ainsi la moitié de effectifs.
-Au début de janvier 2006 la presse
annonce que EADS supprimerait 670 emplois dans son département
« Défense Aéronautique », cela après avoir déclaré qu’il était envisagé
d’assembler des Airbus en Chine (avec les suppressions en Europe
des emplois correspondants).
On comprend qu’entre le 15
et le 20 mars les cadres français d’EADS aient vendu quelque
520.000 actions qu’ils détenaient et ce serait en humoriste qu’Arnaud
Lagardère a déclaré au « Monde » daté du 16 juin 2006 : « Nous avons
été Manfred Bischoff, co-président d’ EADS et moi très surpris
par la réaction aux retards, avec la chute du titre… Notre décision de
vendre 7,5 % du capital de EADS a été prise à la rentrée de
2005… ». « Nous n’étions pas informés plaident les coupables pourtant
largement rétribués pour bien connaître le bilan de leur gestion…
EADS est un exemple de la politique industrielle communautaire à
éviter. Avant que les exigences de la « construction européenne » ne
conduisent à une pareille aberration, les industriels de l’armement
avaient su concilier coopération et efficacité. Ils s’en étaient remis
au principe des « maîtrises d’œuvre croisées ». Un maître d’œuvre –
national – des sous traitants étrangers associés et, à titre de
compensation, d’autres nations assurant la maîtrise d’œuvre de projets
semblables.
Ainsi ont été éliminées les rivalités de personnes et écartées les
prétentions nationales. Aux Etats, qui entendaient se désengager
politiquement et financièrement, de venir à la rescousse d’une
entreprise qu’ils ont mise en perdition. n
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