Avant-garde,
cercles et noyau dur:
la convention UMP sur
l'Europe
Comment faire passer
la pilule fédéraliste en 2007
par Raphaël Dargent
Quand on ne peut pas
entrer par la porte, on passe par la fenêtre, façon de voyou mais que
préconisent désormais nombre de ceux qui parmi notre classe politique
appelèrent à voter Oui au référendum du 29 mai dernier. S’il était écrit
d’avance que la convention sur l’Europe qu’organisait l’UMP à la fin du
mois dernier n’apporterait rien de bien nouveau quant au positionnement
fédéraliste du parti villepino-sarkozyste, les discours qui y furent
tenus eurent au moins le mérite de confirmer ce que nous soupçonnions :
la Constitution européenne n’est pas enterrée. Au contraire, c’est à
celui qui remuera le plus ses neurones pour concocter la formule miracle
susceptible de faire accepter demain aux Français ce qu’ils viennent de
refuser. C’est ainsi que Valéry Giscard d’Estaing, invité d’honneur et
grand officiant de cette messe européiste, après avoir critiqué à
nouveau la procédure référendaire, les Français étant généralement trop
bêtes pour répondre à la question posée, revint sur son souhait de
tronçonner le texte constitutionnel afin d’en retirer l’encombrant Titre
III et se prononça pour « une nouvelle initiative française » sur la
Constitution européenne « après la grande consultation de 2007». Et VGE
de préciser à l’adresse du président de l’UMP, que « la reprise du
projet de réforme des institutions européennes passe par un changement
d’attitude de la France : ce sera une affaire délicate que vous pouvez
commencer à préparer ». En clair : puisque la France n’en a pas voulu,
sachez l’amadouer d’ici 2007 pour mieux la forcer ! Nul doute que le
conseil de Giscard n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : il est
vrai qu’en matière de mystification médiatique, Nicolas Sarkozy n’est
pas un manchot.
Pour preuve, le président
de l’UMP, parti qualifié par lui comme « le plus européen de France »,
reprit la même argumentation que VGE. Selon lui, la génération des 30-55
ans qui vota majoritairement Non est « ingrate ou immature » et les
Français rejetèrent en effet la Constitution du fait du Titre III. Quant
il évoque d’ailleurs la Constitution européenne, Nicolas Sarkozy utilise
le présent et se projette dans le futur : « Le projet de traité
constitutionnel comporte des avancées importantes qui amélioreraient le
fonctionnement de l’Europe (…) Notre objectif doit être de parvenir à
les mettre en œuvre. (…) Pour envisager à nouveau leur adoption, il faut
que les Européens retrouvent foi en l’Europe. » Et d’envisager notamment
une groupe pionnier des Six pour aller enfin vers l’Europe politique. A
l’en croire donc, si les Français ont voté Non en mai dernier, c’est
parce qu’ils voulaient plus d’Europe intégrée !
Comme Nicolas Sarkozy,
Philippe Douste-Blazy, pâle ministre d’une bien petite diplomatie,
affirma qu’il fallait « tirer toutes les conclusions de l’échec du
référendum », mais proposa tout à trac la mise en place d’une
« avant-garde » afin de construire une Europe politique intégrée,
reprenant par là le vieil argument deloriste du « noyau dur ». « Si l’on
veut poursuivre l’objectif d’une Europe politique, déclara le Ministre,
il faut permettre à cette avant-garde de constituer ce que j’appelle une
"fédération des Etats-Nations." » Groupe des Six, avant-garde, noyau
dur, fédération d’Etats-Nations, tout est réuni pour partir à l’assaut
de l’opinion et tenter de l’abuser. L’avant-garde, le noyau dur que
proposent Douste-Blazy ou Sarkosy, ce n’est ni plus ni moins que le
repli stratégique sur une fédération à l’échelle des Six à défaut de
pouvoir la construire et la faire accepter à celle des Vingt-cinq ou des
Trente. Chacun est désormais prévenu : du côté de l’UMP le rouleau
propagandiste n’a pas fini de dévider ses sornettes et autres lieux
communs pour tenter de ramener le peuple français à de plus justes
dispositions.
Sans doute, Edouard
Balladur, actuel président de la commission des Affaires étrangères de
l’Assemblée, était davantage dans le vrai lorsqu’il préconisait lui
« une Europe des cercles » et des « coopérations renforcées »,
« coopérations qui n’auraient rien d’obligatoire pour tous, mais qui
seraient ouvertes à tous. » Mais que valent de tels propos dans la
bouche de quelqu’un qui s’engagea régulièrement en faveur de la
construction d’un super-Etat fédéral ? N’est-ce pas là aussi une façon
de calmer l’opinion dans la perspective de 2007 ?
Dans ce concert
fédéraliste, seul évidemment Nicolas Dupont-Aignan fit entendre une voix
sans ambiguïté, condamnant « ceux qui croient pouvoir mettre au
congélateur la Constitution pour la réchauffer par morceaux après
2007 ». Mais son discours ne fut repris nulle part, pas même sur le site
internet de l’Union pour un Mouvement Populaire, ce qui devrait tout de
même finir par l’interpeller sur la marge de manœuvre des authentiques
gaullistes au sein de la dite Union.
Les fédéralistes de l’UMP
changent donc de stratégie : n’ayant pu nous faire avaler la pilule d’un
coup d’un seul, ils nous la pilent avant de nous fourrer les morceaux un
à un dans le gosier. Dans l’immobilier, on appelle cela une vente à la
découpe. Les Français ont rejeté la Constitution européenne
principalement du fait de son titre III ? Ils accepteront demain son
Titre I, véritable cœur du projet fédéral ! Le fédéralisme est rejeté à
vingt-cinq ? Faisons-le d’abord à six ! Les fédéralistes ne revoient
donc pas leurs ambitions à la baisse. Ils changent juste de stratégie.
Ils ont cru pouvoir, leur Constitution sous le bras, descendre une large
avenue, ils prendront demain un chemin de traverse. Ils appliquent à
nouveau la méthode des petits pas, échaudés qu’ils sont d’avoir tenté le
grand saut.
On sait déjà que Laurent
Fabius et Henri Emmanuelli, tête d’affiche du Non de gauche, seraient
prêts demain à voter ce fameux titre I, ce qui ne manque pas de laisser
à méditer sur le fossé qui séparait en effet le Non de gauche du nôtre.
Emmanuelli ne se définit-il pas lui-même comme un « fédéraliste
européen » ?
Certes, 2005 n’a pas été
un coup pour rien, mais ce n’était qu’une étape. Espérons seulement que
ce ne fut pas une sorte de « reculer pour mieux sauter », le deuxième
tour étant fixé par nos adversaires à 2007, lors de la présidentielle
mais aussi lors d’un second référendum. Un référendum à deux tours ! Que
n’invente-t-on pas pour défaire la France coûte que coûte ?
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