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OTAN: Non à la fin de

la singularité française

par Pierre Pascallon

 

        

 

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a décidé le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN dont le général de Gaulle s’était résolu à sortir en 1966.

Pour persuader l’opinion que cette réintégration est le « bon choix », le chef de l’Etat et les responsables français – on pense notamment aux développements sur ce thème dans le nouveau « Livre Blanc » – avancent essentiellement deux arguments liés, dont on va voir qu’ils sont loin d’emporter une pleine adhésion.

        1er argument : Cette réintégration est, de fait, quasiment acquise et son « officialisation » ne peut nous être que bénéfique.

  • Il est vrai que la France n’a cessé dès les années 1970-80 et surtout depuis les années 90 de se rapprocher de l’OTAN si bien qu’aujourd’hui notre pays est le premier contributeur à « la Force d’action rapide » de l’OTAN et que nous participons à toutes les opérations extérieures de l’Alliance (dans les Balkans, en Afghanistan,...) ; nous commandons certaines de ces opérations ; nous avons des officiers presque partout et en particulier depuis 2003 des officiers français sont de nouveau « insérés » au sein de l’état-major des puissances alliées en Europe. Bref, à ce jour, la France est redevenue un « bon élève » de l’OTAN et a repris de fait dans l’institution la place que le général de Gaulle lui avait fait quitter en 1966. Donc, trêve d’hypocrisie : « l’officialisation » de notre retour ne fait que confirmer la réalité et elle donnera à notre pays, de l’intérieur, une plus grande capacité d’influence sur les décisions et les stratégies de l’Alliance.

  • On peut se demander pourtant si, une fois «à l’intérieur », on ne sera pas plus « normalement » conduit à s’aligner sur les demandes et les décisions souhaitées par la puissance prépondérante, les Etats-Unis en l’espèce et, au final, à faire des Armées françaises dans la « globalisation » militaire otanienne, de simples supplétifs des Armées nord-américaines.

2ème argument : Cette réintégration facilitera la progression de l’Europe de la Défense.

  • Avant de présider au second semestre 2008 l’Union européenne et de faire dans ce cadre de la relance de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) l’une de ses priorités, Nicolas Sarkozy a cru indispensable – pour lever les soupçons pesant de manière récurrente sur les intentions « cachées » de Paris de vouloir construire la Défense européenne contre l’Alliance ou comme substitut à celle-ci, voire à l’Amérique – d’annoncer à nos partenaires de l’UE que les avancées en matière d’Europe de la défense iront de pair avec le retour complet de notre pays dans les structures militaires intégrés de l’OTAN. L’avancée la plus significative attendue portait sur l’accroissement des capacités de planification et de gestion de crise de l’UE pour que l’Europe parvienne à « s’autonomiser » davantage de l’OTAN, améliore en particulier l’efficacité de ses capacités de réponse rapide avec des unités projetables de petite taille (« les groupements tactiques 1500 »).

  • Force est pourtant de constater que suite à l’opposition britannique, voire aux réticences allemandes, ce projet phare d’accroissement des capacités de planification et de commandement qui aurait permis à l’UE d’être moins dépendante de l’OTAN est passé aux « oubliettes ». Nicolas Sarkozy déclarait le 17 juin 2008 (discours porte de Versailles) : « Il ne peut y avoir de progrès de l’intégration de la France dans l’OTAN que s’il y a préalablement (souligné par nous) un progrès dans l’Europe de la Défense ». On voit mal normalement dans ces conditions comment Nicolas Sarkozy pouvait donner suite à ses intentions lors du sommet du 60e anniversaire. C’est pourtant ce qu’il a fait.

 Au-delà de ces deux arguments – en arrière-plan de ces justifications à la réintégration dans l’OTAN –, il y a la conviction profonde de Nicolas Sarkozy, mais aussi d’Edouard Balladur, que la France est d’abord et surtout – pour ne pas dire exclusivement – un pays atlantique, qui doit donc reprendre à plein sa place ...dans la grande famille atlantiste, dans l’Alliance occidentale de la Liberté et des Démocraties, avec, à terme, sans doute des « Etats-Unis d’Occident », par rapprochement, puis fusion des Etats-Unis d’Amérique et des Etats-Unis d’Europe.

Or, cette position de Nicolas Sarkozy et d’Edouard Balladur en vient à privilégier indûment l’une des dimensions de la France qui ne peut se réduire en fait, même si bien sûr elle doit l’assumer, à ce seul héritage d’un pays qui, posté depuis toujours au carrefour des nations, des mers et des continents, est au vrai, avec – c’est clair – un axe océanique, mais aussi, simultanément, un axe continental, un axe nordique et un axe sudiste. C’est, malgré les difficultés, cette originalité et cette spécificité géographique et historique de la France – à mi-chemin entre l’Ouest et l’Est, entre le Nord (« les riches ») et le Sud (« les pauvres ») qui doit être et rester – de toujours et pour toujours – au fondement de notre Politique. Une Politique tendue par la même pour imaginer et mettre en oeuvre sur le plan interne une impossible « Troisième voie » (grâce notamment à la Participation) entre le capitalisme et le collectivisme ; une Politique malaisée sur le plan externe en quête d’un équilibre inaccessible entre préservation de la sécurité et de l’indépendance de la France et notre contribution, solidairement avec les autres nations, à la sécurité et à la défense du Monde.

 Faut-il – pour quelques postes de commandements dans l’OTAN qui restera forcément dans l’orbite américaine – que nous mettions en cause à l’extérieur, avec ce réalignement complet –, l’originalité de la voix de la France, sa position singulière qui lui valait attention et un capital de sympathie considérable dans le Tiers-Monde et ailleurs, la capacité qui aurait pu et dû être la sienne demain – au premier plan et au premier rang – de contribuer à la construction de la « Grande Europe », de « l’Atlantique à l’Oural » ?

Faut-il – alors que nous pouvions en l’état coopérer étroitement avec l’OTAN, nous engager chaque fois que notre pays le décidait sur les divers théâtres du Monde – sacrifier à l’intérieur le large consensus qui existait depuis les années 60 sur cette question, à l’heure où la grande crise que nous vivons fait obligation d’éviter tout ce qui peut diviser ?

Les réponses à ces interrogations sont évidemment négatives. La réintégration est une faute stratégique majeure pour une France qui voudrait continuer demain à être la France et contribuer pour sa part à façonner le XXIe siècle. n