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Le Prince Napoléon

et la Pologne

 

par David Saforcada

 Secrétaire général

de France Bonapartiste

 

 

Durant la Seconde République et sous le Second Empire, la cause polonaise devait trouver un ardent défenseur dans la personne du prince Napoléon (Jérôme), le cousin du Chef de l’Etat durant ces deux périodes.

 La Pologne, démembrée depuis 1772, avait ému les Français lors de la répression de l’insurrection de 1830. Notre pays se souvenait de ces braves Polonais qui avaient versé leur sang pour notre nation et pour l’Empereur.

 En 1848, dès l’abrogation de la loi d’exil contre les Bonaparte, le prince Napoléon avait été élu député de Corse à l’Assemblée constituante dont il fut le plus jeune membre. Il avait vingt-six ans. Au cours de la même année, il montait à la tribune de l’Assemblée pour demander la reconstitution de la Pologne, « dût-on, pour cela, risquer une guerre ! ». L’existence de ce pays, disait-il, contribuerait à notre sécurité très précaire dans cette Europe toujours imbue des principes de la Sainte Alliance, et récemment alarmée par la révolution française de février dernier… Ainsi, ajoutait-il, « notre République ne sera, peut-être, jamais en sureté… »

 Sa conception d’une Pologne restaurée et faisant contre-poids, pour la France, aux prétentions dominatrices de nos voisins de l’Est, ne devait être réalisée que par le traité de Versailles, après la Grande Guerre.

 Il  s’intéressa constamment aux réfugiés polonais, très nombreux à Paris. En 1851 il prêtait un appui efficace au docteur Galezowski, en faveur de l’école polonaise des Batignolles.

 Lors de son départ pour la guerre de Crimée, comme chef de la 3ème Division de l’armée d’Orient, le Prince pensait que les troupes alliées quitteraient les rivages de la mer Noire pour remonter vers le Nord et tendre la main aux Polonais qui, ainsi, seraient délivrés du joug russe. Il écrivait à Georges Sand : « Je pars avec l’espoir, si l’on veut comprendre la cause que nous devons défendre en Orient et qui se résume à ce programme : rétablir la Pologne, régénérer la Turquie par l’émancipation des chrétiens…, etc. » Dans cette éventualité, il s’était fait accompagné du comte Branicki, d’origine polonaise. Mais les circonstances ne permirent pas l’exécution de ce plan.

 Ces sympathies pour leur cause étaient justement appréciées des Polonais qui s’en montraient touchés et recherchaient les occasions de le prouver. Cependant, de part et d’autre, une grande réserve fut observée lors de la mission du Prince Napoléon à Varsovie en 1858. Napoléon III envisageait la guerre d’Italie, l’avait chargé de négocier avec l’empereur Alexandre II, séjournant alors dans la capitale de la Pologne, une entente nous assurant la neutralité bienveillante de la Russie en cas de conflit entre la France et l’Autriche. Le Prince réussit dans sa mission. Des fêtes et une revue militaire eurent lieu en son honneur. Il prit part aux côtés de l’empereur de Russie à de grandes chasses suivies de splendides réceptions chez le comte Potocki, dans son domaine de Villanov, ancienne propriété du roi Jean Sobieski. Le Prince, comme les patriotes polonais, avaient soigneusement évité, pendant ce voyage, toute manifestation qui eût pu froisser le Tzar et compromettre le résultat de la mission.

 En 1863, une nouvelle insurrection éclatait en Pologne. Elle fut combattue avec une cruelle sévérité dont les détails remuèrent l’opinion publique de notre pays. Le Prince Napoléon, se faisant son écho, protestait avec véhémence le 17 mars, devant le Sénat, contre les rigueurs excessives de la répression. Il donna, dans son discours, maints détails sur les tortures infligées aux révoltés. « J’ai le cœur polonais », disait-il, en écrivant les atrocités commises. Le peuple polonais, ajoutait-il, autant par son passé que par l’énergie déployée pour son indépendance, méritait de renaitre. Son existence était nécessaire à la France et à l’équilibre européen. Le Prince, en terminant, préconisait une intervention immédiate dans le conflit. Le ministre Billaut, qui représentait le gouvernement impérial à cette séance, exprima ses sympathies pour le peuple opprimé mais déclara se séparer du Prince qui, en cette circonstance, n’avait pu parler qu’en son nom, et émettre que des idées strictement personnelles. L’Empereur, soucieux d’éviter, en ce moment, toute difficulté avec la Russie, félicita publiquement le ministre pour sa réponse au discours du Prince. Il blâma même son cousin qui, pendant quelques temps, dut s’éloigner.

 Le Prince, avant son départ, s’était rendu compte de la réaction russe et il avait tenu à préciser sa pensée en déclarant un jour à M. de Kisseleff, l’ambassadeur de Russie : « Il est faux, mon cher général, que je fomente ou suscite des soulèvements polonais. Je désire seulement l’amélioration du sort de ce peuple. D’ailleurs, je n’oublie pas mes liens de parenté avec l’empereur de Russie et je me souviens de sa bienveillance à notre égard dans d’autres temps. » Cependant, une certaine hostilité à son égard devait persister assez longtemps dans les hautes sphères russes.

 Il s’en aperçut en 1868. Assistant alors, en Italie, avec la princesse Clotilde, sa femme, au mariage du prince héritier Humbert, il reçut la visite des diplomates accrédités auprès du roi Victor-Emmanuel II. Seul l’ambassadeur de Russie s’était abstenu, déclarant n’être pas en mesure de solliciter une audience du Prince Napoléon. La princesse Clotilde qui, de son côté, devait recevoir les dames du corps diplomatique, fit prier la femme de l’ambassadeur de ne pas se présenter.

 Cependant, au sujet de l’incident causé par son discours, le Prince avait trouvé, aux Tuileries, l’appui assez inattendu de l’Impératrice Eugénie, avec qui il était souvent en désaccord. « La question polonaise, disait-elle plus tard à M. Paléologue, est la seule qui ne m’ait pas mise aux prises avec le Prince Napoléon ! »

 Cette attitude du Prince en leur faveur avait exalté la confiance des Polonais et suscité leur reconnaissance. Un groupe important d’insurgés l’avait proclamé roi de Pologne. L’ouvrage intitulé : La Pologne et le Prince Napoléon, paru en 1868 reflète les sentiments des patriotes à son égard.

 Il leur réservait toujours à Paris, un bienveillant accueil. Le comte Branicki était un de ses familiers et il eut, un instant, comme secrétaire, Choiecki, en littérature Charles Edmont, qui devint plus tard bibliothécaire du Sénat. En 1869, il encourageait, malgré les préventions de notre Etat-Major, les recherches d’un général d’origine polonaise, Mierolawski, qui avait inventé une sorte de bouclier destiné à protéger le fantassin pendant le combat. La guerre de 1870 interrompit les expériences.

 Après la Grande Guerre, quand leur patrie fut reconstituée, des Polonais, en souvenir, sans doute, des marques réitérées de sympathie données par le Prince Napoléon, eurent l’idée d’offrir la couronne des anciens rois à son fils le prince Louis-Napoléon qui, devenu général dans l’armée russe, avait, de plus l’expérience du monde slave. Mais le pays se donna une constitution républicaine.

 Les anciens amis de la Pologne, comme le Prince Napoléon, seraient sans doute, comme ceux d’aujourd’hui, un peu surpris de l’attitude actuelle de quelques-uns de ses dirigeants tournés vers l’outre-Atlantique et l’Otan. Mais il ne peut s’agir que d’incidents momentanés. La Pologne, cette « France de l’Est », et notre patrie, en raison de leurs positions géographiques, ne sont-elles pas, naturellement, les deux plateaux de la balance marquant ou indiquant le maintien de l’équilibre européen ? n