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De Brumaire au Consulat à
vie
Bonaparte, l'élu du peuple
par David Saforcada
Secrétaire
général
de France
Bonapartiste
« Tout
paysan que je rencontrais dans les champs, - raconte Fiévée – m’abordait
pour me demander si l’on avait des nouvelles du général Bonaparte et
pourquoi il ne revenait pas en France ? » L’imagination populaire
s’était emparée de cette grande aventure de l’expédition d’Egypte.
« Elle en avait fait, - ajoute un historien peu suspect de bonapartisme,
M. Lanfrey, - une légende selon laquelle Bonaparte et l’armée d’Italie
avaient été déportés en Egypte par un gouvernement jaloux de leur
gloire. Le mot exil de Bonaparte était une formule consacrée dans
la plupart des motions populaires. »
Lorsque, tout à coup, dans les premiers jours d’octobre 1799, on avait
appris que le général Bonaparte venait de débarquer à Fréjus et de
traverser miraculeusement les croisières anglaises, « la France entière
fut dans l’attente », rapporte Le Couteulx de Cantaleu. Dans l’attente
de quoi ? … En apprenant cette nouvelle, le député Baudin s’était
écrié : « Je meurs tranquille, la Révolution est sauvée ! » Le Couteulx
de Canteleu ajoute : « La marche de Bonaparte à travers les départements
eut l’air d’un triomphe. » Dans ses mémoires, le duc de Rovigo dit
aussi : « Bonaparte serait tombé du ciel que son apparition n’aurait pas
produit plus d’étonnement et d’enthousiasme. » M. de Barante, lui aussi
dans ses souvenirs, rappelle l’enthousiasme universel : « Sur la route
au-delà de Briare, je rencontrais la voiture du général Bonaparte qui
revenait d’Egypte. Il est difficile de se faire une idée de
l’enthousiasme universel que produisait son retour. Il a dit que les
acclamations qui l’avaient accueilli sur son passage lui avait donné la
mission de sauver la France. C’était la vérité. Sans savoir ce qu’il
voudrait faire, sans prévoir ce qu’il allait advenir, chacun, dans
toutes les classes, eut la conscience qu’il ne tarderait pas à mettre
fin à l’agonie où périssait la France» Mais le jeune général cèdera-t-il
à ce vœu, obéira-t-il à cet ordre de la nation entière ?
Bonaparte est arrivé à Paris le 16 octobre et vite l’opinion
s’impatiente. « Comment ! Voilà quinze jours que le général est arrivé,
et tout n’est pas encore fini ? » Est-ce que vraiment la France de la
Révolution serait condamnée à reculer vers l’ancien régime, pour trouver
un gouvernement, puisque le Directoire abdique ? Arrivée en 1799, la
nation a le sentiment qu’elle ne peut attendre plus longtemps. On avait
eu jusqu’alors un gouvernement désordonné, il semble qu’il n’y ait plus
de gouvernement. Les impôts qui rentraient mal ne rentrent pas du tout.
Les conscrits ne répondent plus à l’appel. Les partis sont à la fois
impuissants et agités. Lafayette écrivait le 2 octobre : « Il est
impossible que l’état actuel des choses se prolonge, et ceux qui parlent
de ménagements et de délais me paraissent être en démence. Si on perd du
temps, les institutions nouvelles, de plus en plus méconnues et haies,
achèveront de se dissoudre et feront place au plus honteux retour à
l’ancien régime. »
Mais
appelé par la France entière, réclamé par les évènements eux-mêmes,
Bonaparte a-t-il aussitôt cédé à cette poussée unanime ? Même pas ! Il
est, semble t-il le moins pressé de tous. Comme après Vendémiaire, comme
après Fructidor, comme après sa campagne d’Italie, se dérobera-t-il
encore à l’appel du pays ? Son neveu le Prince Napoléon dans Napoléon
et ses détracteurs s’explique en ces termes sur ce point : « Comme
en Vendémiaire, il délibère. Là encore, l’alternative est terrible. Il
faut, pour le salut d’un peuple, jeter bas une machine légale, faussée
il est vrai, déjà pourrie, mais encore debout. Il faut sortir de la
légalité, une légalité viciée par trois Coups d’Etat. Il faut périr avec
ce fétiche de Constitution ou le renverser pour vivre. Les hommes les
plus considérables, ceux qui comptent par leur patriotisme et leurs
talents, et qui ne sont pas encore proscrits, deux Directeurs, une
partie du Conseil des Cinq-Cents, la majorité des Anciens, appellent,
implorent, supplient le général d’agir. L’armée entière et le peuple
entier sont avec lui… »
Le
18 brumaire, faisant suite aux agissements de Sièyes et de Talleyrand
qui cherchaient un « sauveur, une « épée », le Conseil des Anciens
décida que le Corps Législatif siègerait à Saint Cloud et avec le
Directoire nomma le général Bonaparte commandant en chef de la garde du
Corps Législatif, de la garde nationale et des troupes de la division
militaire de Paris. Celui-ci a été ainsi obligé d’entrer personnellement
en scène et a débuté par un vif exorde, s’adressant aux Inspecteurs du
Conseil des Anciens : « Qu’avez-vous fait de cette France que je vous ai
laissée florissante ? Je vous ai laissé la paix, j’ai retrouvé la
guerre. Je vous ai laissé des victoires, j’ai retrouvé des revers. Je
vous ai laissé les millions d’Italie et j’ai partout trouvé des lois
spoliatrices et la misère. Qu’avez-vous fait de cent mille Français que
je connaissais, tous mes compagnons de gloire ? Ils sont morts ! Cet
état de choses ne peut durer, avant trois ans, il nous mènerait au
despotisme. Mais nous nous voulons la République, la République assise
sur les bases de l’égalité, de la morale, de la liberté civile et de la
tolérance politique. Avec une bonne administration, tous les individus
oublieront les factions dont on les fit membres, pour leur permettre
d’être Français. Il est temps enfin que l’on rende, aux défenseurs de la
patrie, la confiance à laquelle ils ont tant de droits. A entendre
quelques factieux, bientôt, nous serions tous des ennemis de la
République, nous qui l’avons affermie par nos travaux et notre courage !
Nous ne voulons pas de gens plus patriote que les braves qui ont été
mutilés au service de la patrie. »
Sieyès en Directeur
Aux
troupes de Paris, dont il a pris alors le commandement, Bonaparte a tenu
ce petit discours : « Soldats ! Le Conseil des Anciens m’a remis le
commandement de la ville et de l’armée, je l’ai accepté pour seconder
les mesures qu’il va prendre et qui sont toutes en faveur du peuple. La
République est mal gouvernée depuis deux ans. Vous avez espéré que mon
retour mettrait fin à tant de maux, vous l’avez célébré avec une union
qui m’impose des obligations que je remplis, vous remplirez les vôtres,
et vous seconderez votre général avec l’énergie, la fermeté et la
confiance que j’ai toujours vues en vous. La liberté, la victoire et la
paix replaceront la République française au rang qu’elle occupait en
Europe et que l’ineptie ou la trahison a pu seule lui faire perdre. Vive
la République ! » En achevant ces paroles, Bonaparte a ordonné aux
quarante-huit adjudants de faire battre la générale, et de proclamer le
décret dans tout Paris.
Le 19
brumaire, monté à cheval, il s’est rendu au Conseil des Anciens : « La
République périssait, vous l’avez su et votre décret vient de la sauver.
Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les
arrêterai, aidé des généraux Berthier, Lefebvre et de tous nos
compagnons d’armes. Qu’on ne cherche pas, dans le passé, des exemples
qui pourraient retarder notre marche ! Rien dans l’histoire ne ressemble
à la fin du XVIIIème siècle, rien dans la fin du XVIIIème siècle ne
ressemble au moment actuel. Votre sagesse a rendu ce décret, nos bras
sauront l’exécuter. Nous voulons une République fondée sur la vraie
liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale. Nous
l’aurons, je le jure, je le jure en mon nom et en celui de mes
compagnons d’armes. »
C’est
là qu’il a su que le Conseil des Cinq-Cents, réuni à l’Orangerie,
s’opposait à toute modification de la Constitution de l’An III. Alors il
dit : « Hier, j’étais tranquille à Paris, lorsque vous m’avez appelé
pour me notifier le décret de translation et me charger de l’exécuter.
Aussitôt j’ai rassemblé mes camarades et j’ai volé à votre secours… Si
j’avais voulu usurper l’autorité suprême, je n’aurais pas eu besoin de
recevoir du Sénat cette autorité. Plus d’une fois, et dans des
circonstances extrêmement favorables, j’ai été appelé par le vœu de la
nation, par le vœu de mes camarades, par le vœu des soldats qu’on a tant
maltraités depuis qu’ils ne sont plus sous mes ordres… Le Conseil des
Anciens est investi d’un grand pouvoir, mais il est encore animé d’une
plus grande sagesse. Ne consultez qu’elle… Prévenez les déchirements,
évitons de perdre ces deux choses pour lesquelles nous avons fait tant
de sacrifices, la liberté et l’égalité. »
Quelqu’un l’interrompant pour invoquer la Constitution de l’An III …
« La Constitution de l’An III, -repris Bonaparte,- vous l’avez violée le
18 fructidor, quand le gouvernement a attenté à l’indépendance du Corps
Législatif, vous l’avez violée au 30 prairial quand le Corps Législatif
a attenté à l’indépendance du gouvernement, vous l’avez violée au 22
floréal quand, par un décret sacrilège, le gouvernement et le Corps
Législatif ont attenté à la souveraineté du peuple en cassant les
élections faites par lui. La Constitution violée, il faut un nouveau
pacte, de nouvelles garanties… Nous fonderons, malgré vous, la liberté
et la République. Aussitôt que les dangers qui m’ont fait conférer des
pouvoirs extraordinaires seront passés, j’abdiquerai ces pouvoirs. » -
« Et quels sont ces dangers ? … Que Bonaparte s’explique ! » criaient
quelques-uns. « S’il faut s’expliquer tout à fait, -riposte Bonaparte,-
s’il faut nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que les
Directeurs Barras et Moulins m’ont proposé eux-mêmes de renverser le
gouvernement. Je n’ai compté que sur le Conseil des Anciens, je n’ai
point compté sur le Conseil des Cinq-Cents où se trouvent des hommes qui
voudraient nous rendre la Convention, les échafauds, les comités
révolutionnaires… Je vais m’y rendre. Et, si quelque orateur payé par
l’étranger parlait de me mettre hors la loi, qu’il prenne garde
de porter cet arrêt contre lui-même. S’il parlait de me mettre hors
la loi, j’en appelle à vous, mes braves compagnons d’armes, à vous
mes braves soldats que j’ai tant de fois menés à la victoire, à vous
braves défenseurs de la République, avec lesquels j’ai partagé tant de
périls pour affermir la liberté et l’égalité. Je m’en remettrai, mes
vrais amis, à votre courage et à ma fortune. »
Au
Conseil des Cinq-Cents où Bonaparte s’était ensuite rendu, la résistance
fut toute autre. Pour défendre cette Constitution de l’An III pour
laquelle ses défenseurs eux-mêmes n’avaient guère plus d’attachement que
ses adversaires, Bertrand du Calvados monte à la tribune du Conseil et
propose de retirer au général Bonaparte le commandement que le Conseil
des Anciens et la majorité du Directoire lui ont donné. Lucien
Bonaparte, qui préside, refuse de mettre aux voix cette motion
irrégulière. Le général se montre alors et veut parler mais les députés
refusent de l’entendre, l’interpellent, le menacent et se livre à un
tumulte tel que le Président Lucien, levant la séance, va chercher la
garde dont il requiert l’intervention en ces termes : « Le Président du
Conseil des Cinq-Cents vous invite a délivrer la majorité de ce Conseil
qui est, en ce moment, sous la terreur de quelques représentants à
stylets. Soldats, vous ne reconnaîtrez pour députés de la France que
ceux qui se rendent avec leur Président au milieu de vous. Quant à ceux
qui persisteraient à rester dans l’orangerie, que la force les
expulse ! » Les généraux Leclerc et Murat se chargèrent de chasser les
Cinq-Cents de l’orangerie, à la vue des grenadiers les députés firent
une protestation étouffée sous les roulements du tambour et se sauvèrent
par les fenêtres.
Lucien Bonaparte
Vers
21 heures, se tient une séance de nuit, Lucien reprit le fauteuil et
demanda la formation d’une Commission de neuf membres chargée de
proposer les moyens d’améliorer la situation de la République. Cette
Commission ayant été aussitôt élue, son rapporteur, Boulay de la
Meurthe, proposa le décret dont voici quelques articles :
« Art.1er. Il n’y a plus de Directoire. Ne sont plus membres
de la représentation nationale, pour les excès et attentats auxquels se
sont constamment portés le plus grand nombre d’entre eux, notamment dans
la séance de ce matin, les individus ci-après nommés (suivent
soixante-deux noms). –Art.2. Le Corps Législatif crée provisoirement une
Commission consulaire exécutive, composée des citoyens Sieyès,
Roger-Ducos et Bonaparte, général, ils portent le nom de Consuls de la
République française. - Art.3. Cette Commission est investie de la
plénitude du pouvoir dictatorial et spécialement chargée d’organiser
l’ordre dans toutes les parties de l’administration, de rétablir la
tranquillité intérieure et de procurer une paix honorable et solide. »
Les
autres articles disposaient que chaque Conseil, avant de se séparer,
nommerait une Commission de 25 membres chargée de statuer, ave la
proposition formelle et nécessaire de la Commission consulaire
exécutive, sur tous les objets urgents de police, de législation et de
finances et de préparer les changements à apporter aux dispositions
organiques dont l’expérience fait sentir les vices et les inconvénients,
les dits changements ne pouvant avoir pour but que de consolider,
garantir et consacrer inviolablement la souveraineté du peuple français,
la République une et indivisible, la liberté, l’égalité, la sûreté et la
propriété. La Commission des Cinq-Cents exercera l’initiative, la
Commission des Anciens l’approbation. Les deux Commissions étaient, en
outre, chargées de préparer un Code Civil. Ces résolutions furent
unanimement adoptées après les discours de quelques orateurs.
Le
lendemain, les 3 Consuls s’établissaient au Luxembourg, les directeurs
Gohier et Moulins l’avaient quitté la veille, Barras, lui, était sur sa
terre de Grosbois.
Roger-Ducos
Tout
le monde s’empresse de collaborer à l’œuvre. Comme l’écrit Edouard Gouny
dans La France du Centenaire : « S’il avait été possible de
concevoir quelques doutes sur la légitimité du Coup d’Etat de Brumaire
avant qu’il fut accompli, il fut difficile d’en garder après. Jamais
peut-être révolution ne rencontra un tel concours d’adhésions et l’appui
d’une aussi universelle complicité. Comment en eut-il été autrement ? La
France démocratique tout entière, civile et militaire, se trouvait tout
d’un coup portée au comble de ses vœux. Ces vœux pouvaient se résumer en
une formule bien simple : l’ordre sans l’ancien régime… » L’acte
constitutionnel du 13 décembre 1799, 22 frimaire An VIII, fut délibéré
par les commissions législatives.
Ces commissions se
composaient de cinquante membres des Anciens et des Cinq-Cents, leur
mission fut de délibérer avec le général Bonaparte.
Si
pour certains Bonaparte n’inventa rien, si ce n’est de mettre de l’ordre
dans la France issue de la Révolution, il est bon de lire le duc de
Broglie : « Le 18 Brumaire fut une délivrance et les quatre années qui
le suivirent furent une série de triomphes, au dehors sur les ennemis,
au-dedans sur les principes de désordre et d’anarchie. Ces quatre années
sont les meilleures, la plus noble partie de l’histoire de France. » En
1845, le prince Louis-Napoléon pouvait répondre à Lamartine : « Le
Consulat a sauvé la République et l’avenir de la Révolution d’une ruine
complète. En ce fait, tous les républicains consciencieux, tels que
Carnot, Thibaudeau, Cormentin, Carrel, l’ont reconnu. Dire le contraire,
c’est nier l’évidence. »
Supérieur à tous les partis et indépendant de chacun d’eux ? Bonaparte
n’eut d’autre but que d’enrôler au service de l’Etat les hommes les
meilleurs. Son premier ministre de la guerre fut Carnot, son premier
ministre de l’intérieur fut le savant Laplace qui tient d’abord ce
portefeuille jusqu’au 24 frimaire An VIII, date de la promulgation de la
Constitution de l’An VIII et qui préside au plébiscite du 22 frimaire An
VIII. « L’usage des plébiscites était établi depuis 1793, Bonaparte
n’avait garde d’y déroger. » constate Eugène Pierre.
Le
général Bonaparte est ainsi nommé premier Consul par la volonté
nationale directement consultée mais les pouvoirs qui lui sont octroyés
paraissent au peuple lui-même trop précaires « Depuis quelque temps,
-dit M. Thiers-, on se demandait si on ne donnerait pas un grand
témoignage de gratitude nationale à l’homme qui, en deux années et
demie, avait tiré la France du chaos et l’avait réconciliée avec
l’Europe, avec elle-même et déjà presque complètement organisée. Ce
sentiment de reconnaissance était universel et mérité. » Le Tribunat et
le Sénat proposent donc de proroger les pouvoirs du premier Consul.
Fidèle à la doctrine de la Révolution, Bonaparte ne veut rien recevoir
que du peuple, « le suffrage du peuple, dit-il dans son message du 19
floréal An X, m’a investi de la suprême magistrature, je ne me croirais
pas assuré de sa confiance si l’acte qui m’y retiendrait n’était pas
sanctionné par son suffrage. » Le peuple est alors consulté,
conformément à l’arrêté consulaire du 10 mai 1802 ainsi conçu : « Les
Consuls de la République, considérant que la résolution du premier
Consul est un hommage rendu à la souveraineté du peuple, etc …
arrêtent : Le peuple français sera consulté sur cette question :
Napoléon Bonaparte sera-t-il Consul à vie ? »
Le
peuple se prononce par plus de 3 millions et demi de suffrages
affirmatifs. Et le premier Consul, constant dans ses principes, heureux
de voir qu’il est toujours en parfaite harmonie avec le peuple, répond à
la députation du Sénat : « Le peuple français veut que ma vie tout
entière lui soit consacrée, j’obéis à sa volonté. » Tel est le langage
du « tyran ».
Entre
le plébiscite de l’An VIII et ce plébiscite de l’An X, il s’est fondé de
grands édifices que nous exposerons dans un prochain article, ici nous
n’exposons que les ORIGINES sur lesquelles, dans sa Chartreuse de
Parme, Stendhal nous montre bien l’opinion des contemporains de
l’époque : « Ascanio del Dongo avait huit ans,, raconte-t-il, et Fabrice
deux, lorsque tout à coup ce général Bonaparte que tous les gens bien
nés croyaient pendu depuis longtemps, descendit le mont Saint Bernard.
Il entra dans Milan. Ce moment est unique dans l’histoire. Figurez-vous
tout un peuple amoureux fou ! Peu de jours après, Napoléon gagna la
bataille de Marengo. Le reste est inutile à dire, l’ivresse des Milanais
fut un comble… De retour à Paris, Napoléon, par de sages décrets,
sauvait la Révolution à l’intérieur, comme il l’avait sauvée à Marengo
contre les étrangers. » Oui, Stendhal dit bien, Bonaparte sauvait la
Révolution française.
En
attendant que les antidémocrates, en favorisant l’invasion de 1814,
trouvent leur revanche, et que la contre-révolution l’emporte sur
Napoléon, « le peuple immense » va librement vers son élu.
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