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Napoléon
III, innocent!
La vérité sur la
défaite de 1870
par David Saforcada
Secrétaire
général de France
Bonapartiste
Lorsqu’éclate une
catastrophe dans l’Etat comme dans la famille, le besoin se manifeste
aussitôt d’en rechercher les causes et d’en établir les responsabilités.
Reddition de Napoléon III
après la défaite de Sedan 1er septembre 1870
Ce sentiment n’est pas
seulement instinctif, il est nécessaire et réparateur en ce sens que la
mise en lumière des causes doit en écarter le retour dans l’avenir et
peut-être même en atténuer les suites dans le présent. Toutefois, pour
être efficace, cette recherche des responsabilités doit être effectuée
avec une impartialité parfaite et scrupuleusement restreinte aux limites
de la vérité.
Malheureusement, ce n’est
pas ce qui eut lieu après nos désastres de 1870. Les faits, dénaturés
avec passion, présentèrent les origines et les enchaînements de nos
revers sous un jour absolument faux, ce qui de nos jours encore, fait
porter à Napoléon III le lourd fardeau de la défaite et la perte de nos
régions de l’Est. Les responsabilités furent déplacées avec une
hardiesse telle qu’on réussit à travestir la « victime » en bourreau.
Et, quand l’histoire est aussi foncièrement altérée, il peut arriver que
plusieurs générations vivent et meurent dans l’hypnotisme où les ont
plongées l’artifice et l’erreur. C’est donc, à l’instar des spécialistes
du Second Empire et de Napoléon III
,
remplir un devoir de conscience envers nos concitoyens mais aussi envers
le pays que de s’employer à rétablir la vérité, en révélant le rôle de
chacun tel qu’il fut en réalité.
La guerre de 1870, plus
encore par les conséquences qu’on y attacha que par les suites réelles
de la défaite, fut une catastrophe dont peut mourir une nation. 137 ans
encore après les évènements de cette « année terrible », une quadruple
tromperie égare encore une large partie de l’opinion :
·
Que l’Empereur Napoléon III
s’est livré à une fausse sécurité sur la puissance de nos forces
militaires.
·
Qu’il a désiré et favorisé
l’explosion de la guerre pour affermir son pouvoir par la victoire.
·
Qu’il a conduit par
incapacité l’armée à Sedan et s’y est rendu par lâcheté.
·
Qu’il reste responsable de
la perte de l’Alsace Lorraine.
L’Empereur ne peut être
accusé d’inertie en ce qui touche nos armements et préparatifs
militaires.
En 1866, la victoire
foudroyante de Sadowa, remportée sur l’Autriche par la Prusse, attira
l’attention de toute l’Europe sur cette dernière nation. Napoléon III ne
vit point d’un œil indifférent les progrès inattendus de la Prusse. Il
fit étudier et étudia soigneusement lui-même les ressources militaires
de cette nation. Pour égaler numériquement les forces de la France à
celles de sa voisine, l’Empereur se mit immédiatement à élaborer un
vaste projet de réorganisation de l’armée. Quelques mois s’étaient
écoulés depuis Sadowa lorsque l’Empereur soumit au maréchal Randon,
alors ministre de la guerre, un plan d’organisation militaire, d’après
lequel pouvait être mis sur pied, en cas de mobilisation, un effectif de
douze cent mille hommes. Les fortifications de toutes nos places de
l’Est devaient être considérablement renforcées, le fusil Chassepot
livré à toute l’armée et les mitrailleuses complètement achevées. Le
maréchal Niel ayant succédé au maréchal Randon, présenta le projet de
l’Empereur aux Chambres.
Si
l’opposition eut été une opposition basée sur des conceptions politiques
autres que celles de l’Empereur, si elle eut eu pour mobile loyal des
vues particulières d’ordre général, cette opposition eut su faire taire
ses griefs devant l’intérêt de l’entière sécurité du territoire. Mais le
gouvernement impérial ne se trouvait point en face d’un parti politique
désireux de modifier en un sens quelconque l’allure des affaires
publiques. Cette opposition n’était qu’une cabale résolue à briser le
Fusil Chassepot
trône qu’avait librement
élevé la nation. Ceci posé, il est facile de comprendre pourquoi il fut
fait échec au projet de loi militaire de l’Empereur. Les meneurs les
plus en vue furent les Jules Favre, les Ernest Picard, les
Garnier-Pagès, les Jules Simon, les Adolphe Thiers et autres recrues
dignes d’eux. Leur acharnement fut tel que la majorité des députés se
laissa influencer. Leur prétexte était l’allègement des dépenses
militaires et, quand on fait luire aux yeux des masses le mot magique
d’économie et de suppression des charges publiques, on possède un bien
puissant argument.
Lorsque
le maréchal Niel, parfaitement renseigné sur le chiffre des effectifs
prussiens, les énonçait à la tribune, Adolphe Thiers s’écriait :
-« Gardez-vous, messieurs, de croire à cette fantasmagorie de chiffres !
… Ce sont des fables … » De son coté, Jules Favre apostrophait le
ministre de la guerre avec véhémence : -« Quoi donc ! Voulez-vous faire
de la France une vaste caserne ? – Et vous, répliqua le maréchal Niel,
prenez bien garde d’en faire un vaste cimetière ! …» Jules Simon quant à
lui, prononça ces paroles –« Le Chef de l’Etat ose se prononcer pour le
service universel et obligatoire ! Inutile au-dedans pour la justice, le
soldat n’est même pas nécessaire à la frontière ! … »
Si nous insistons sur les
grotesques objections de l’opposition contre le projet de l’Empereur,
c’est que ce « criminel » débat fut la cause initiale de nos malheurs,
si les futurs révolutionnaires de Septembre n’avaient eu pour but formel
la perte de l’Empire, même au prix d’une invasion, ils n’eussent point
placé Napoléon III dans l’impossibilité de constituer une armée assez
puissante pour assurer la défense de la patrie.
Jules Simon
En
résumé, la loi militaire aboutit presque deux ans après son dépôt, à un
ensemble tronqué où ne subsistait presque rien des conceptions de
l’Empereur. Les crédits demandés furent accordés dans la proportion de
quatre millions sur quinze. Et, lorsque deux ans après cette première
« trahison », la guerre contre la Prusse déchaîna sur notre pays un
torrent de calamités, les conjurés de l’opposition embouchèrent la
trompette pour clamer les fautes, les crimes de l’Empire !!
La deuxième accusation de
l’opposition contre l’Empereur est qu’il favorisa la guerre par intérêt
dynastique. Cette imputation n’est pas moins absurde que mensongère.
Comment l’Empereur eut-il souhaité une guerre dont il avait lui-même
jugé l’issue incertaine ? En 1867 et 1868, lors de la discussion de la
loi militaire, le gouvernement impérial avait dû consentir à dévoiler,
sur plusieurs points, l’infériorité numérique et matérielle de notre
organisation.
Et encore, pourquoi
l’Empereur eut-il désiré cette guerre, même en ayant toute confiance en
son issue ? Etait-ce, comme le dire ses ennemis, pour affermir son
trône ? Mais ce trône n’était point ébranlé ! Malgré les manœuvres
frénétiques de l’opposition, le plébiscite du 8 mai 1870 n’avait-il pas
apporté à l’Empereur 7 488 408 suffrages contre 1 742 654 ? Ce résultat
triomphal n’attestait-il pas, une fois de plus, la stabilité du
pouvoir ? Est-ce alors pour donner au règne le prestige de la victoire ?
Une autre campagne victorieuse n’eut rien rajouté à l’éclat des annales
militaires !
Non seulement l’Empereur
ne voulut point la guerre mais il le prouva par des actes non
équivoques.
Au mois juin 1870, la
Maison de Hohenzollern convoita pour un de ses membres le trône
d’Espagne. Cette prétention causa un trouble profond dans toute l’Europe
et surtout en France. Ce projet réalisé n’eut il pas enserré notre
territoire à l’Ouest comme à l’Est, sous l’étreinte d’une même puissance
de fait ?
L’opposition, en France,
en interpella le gouvernement, l’obligeant ainsi à dévoiler publiquement
ses intentions sur un sujet aussi grave. Le duc de Grammont, ministre
des Affaires Etrangères, répondit sans provocation mais dans un langage
ferme. Tous les journaux d’opposition s’emparèrent de ces paroles pour
en outrer le sens et s’appliquèrent à exciter l’opinion pour la diriger
vers la guerre et y contraindre le gouvernement.
Mais, sans se laisser
influencer par cette bruyante poussée belliqueuse, Napoléon III
s’efforçait de résoudre pacifiquement le conflit. Il pressentit d’abord
le gouvernement Anglais ainsi que plusieurs autres cabinets Européens
afin qu’ils interviennent diplomatiquement auprès de la Prusse. Puis par
son action personnelle auprès du roi Charles de Roumanie, frère du
prétendant au trône d’Espagne, Napoléon III obtint le retrait de la
candidature de celui-ci.
Le
12 juillet 1870, le retrait fut annoncé. Le 13 juillet, notre
ambassadeur avait à Ems une entrevue avec le roi Guillaume où celui-ci
lui confirmait officiellement que satisfaction était donnée à la France,
la guerre n’avait plus aucune raison d’être. Mais Bismarck falsifia,
comme on le sait, la dépêche rédigée à Ems par son roi. L’altération
introduite par le Chancelier dans ce document en rendait le texte
injurieux pour la France.
Cette dépêche, arrivant à
Paris, provoqua une formidable explosion dans la population. La foule
houleuse se répandait sur les boulevards au cri mille fois répété –« A
Berlin ! A Berlin ! …» C’est dans cette bouillante effervescence que le
Corps Législatif vota la guerre. Dans l’écrasante majorité votant la
guerre, l’on retrouve les noms de Jules Ferry, Dorian, Jules Simon,
Gambetta, Magien, Wilson, Ernest Picard, Rampont et bien d’autres qui,
deux ans auparavant, s’étaient opposés à l’organisation de la Défense
Nationale !
Que pouvait faire
l’Empereur ? N’avait il pas tout fait pour éviter cette guerre où
l’entraînaient l’acharnement de l’opposition et le guet-apens de
Bismarck ?
Bismarck
Assailli dans son âme par
de sombres pressentiments et dans son corps par les atteintes d’un mal
cruel, l’Empereur partit noblement à la frontière à la tête de l’armée,
dont il avait pris le commandement. Les premières défaites fournirent à
l’opposition le prétexte qu’elle attendait, dès le 9 août, Jules Favre
déposa au Corps Législatif une proposition de déchéance de l’Empereur.
La proposition n’eut pas de suite …
Ici
tombe la troisième imposture formulée contre Napoléon III, accusé
d’avoir inconsidérément entraîné l’armée à Sedan, alors qu’il était déjà
dépossédé du commandement de l’armée, celui-ci étant confié au maréchal
Bazaine.
Le maréchal de Mac-Mahon
commandait le corps d’armée où se trouvait l’Empereur, c’est lui qui
dirigea l’armée sur Sedan dans le but de tendre la main à l’armée de
Bazaine. En vain l’Empereur lui signala-t-il en termes énergiques le
danger de cette position, Mac-Mahon persista dans ce projet funeste …
Maréchal de Mac-Mahon
Le 31 août, les forces
ennemies se concentrèrent sur les hauteurs qui dominent la ville, déjà
l’armée française se trouvait dans une situation fort critique. Les
troupes firent preuve de courage et de vaillance, à l’image de la
« Division Bleue » des Troupes de Marine qui s’illustrèrent à Bazeilles.
Le 1er septembre, le maréchal Mac-Mahon fut blessé, il
transmit son commandement au général Ducrot, qui partageant les vues de
l’Empereur, résolut la retraite immédiate sur Mézières. Ce mouvement
était en cours d’exécution quand le général Wimpfen, arrivant de Paris
porteur d’une
lettre
du Ministre de la guerre, s’en prévalut pour exiger le commandement. Le
général Wimpfen fit cesser le mouvement de retraite et fit réoccuper les
positions déjà évacuées.
L’heure sonnait d’un
nouveau Waterloo !
L’Empereur se rendit sur
le champ de bataille, sur le plateau de la Moncelle, au milieu des
balles et des éclats de mitraille. Chercha t-il ostensiblement la
mort pour échapper au désastre et à la défaite ? Mais à Sedan comme à
Waterloo, il fallait que Napoléon survive au désastre qu’il n’avait pu
conjurer.
Les dernières cartouches. Illustration de la défense de l'Auberge
Bourgerie à Bazeilles par la Division Bleue le 1er septembre 1870
par Alphonse-Marie de Neuville
L’armée fit preuve de
prodiges de valeur et d’abnégation, les généraux Ducrot, Lartigue,
Liébert, de Gallifet, de Vassoignes, en de sublimes audaces avaient fait
« hacher » leurs troupes. Comme pu le dire le maréchal Mac-Mahon, dans
un des procès militaires qui suivirent la paix, -« Je déclare hautement
et de toutes mes forces que la capitulation de Sedan peut être appelée
désastreuse mais non pas honteuse. »-. Revenant, mais trop tard, à la
réalité de la situation, Wimpfen tenta une sortie qui venant trop tard
fut vouée à l’échec.
Devant l’étendue du
désastre et la situation désespérée, le général Ducrot était venu
conférer avec l’Empereur, avec une émouvant simplicité, Napoléon III lui
dit :-« Je connais l’étendue du désastre … l’armée s’est assez
sacrifiée, c’est à mon tour de m’immoler ! »- Il fit écrire au roi
Guillaume pour lui rendre son épée et se constituer prisonnier. En
faisant ce geste, Napoléon n’ignorait pas comment ses ennemis, de
l’intérieur, dénatureraient ce sacrifice indicible qu’il faisait de son
trône, de sa personne, de son fils même, et pourtant son stoïcisme ne
voulut envisager que la France dans ces instants d’horreur …Par cette
acceptation des conséquences des fautes d’autrui, l’Empereur arrêtait la
stérile effusion d’un sang précieux et rendait possible la conclusion
d’une paix honorable, car il n’était nullement question alors de la
cession de l’Alsace-Lorraine dont on cherche à le rendre responsable.
Cette quatrième accusation
est non moins fausse que les précédentes. L’Autriche et la Russie firent
aussitôt porter l’assurance à Napoléon de leur intervention pour la
conclusion de la paix sans morcellement de territoire. Mais, sur les
entrefaites, éclata la « révolution du Quatre Septembre »,
immédiatement, les puissances amies rompirent les pourparlers. Si ce
fait ne suffit pas pour dégager l’Empereur de toute responsabilité dans
la perte ultérieure de l’Alsace-Lorraine, il est facile d’en trouver
d’autres preuves.
Quelques
jours plus tard, la Prusse offrait directement la paix, moyennant une
indemnité de deux milliards et le « seul » démantèlement de Strasbourg.
Les « Républicains », Jules Favre et Gambetta en tête, refusèrent ces
conditions inespérées. Fin octobre, de nouvelles propositions leur
furent faites, stipulant trois milliards de rançon et environ moitié des
territoires perdus ensuite, mais les « Républicains » continuèrent la
guerre qu’ils dirigeaient en Chambre, affirmant qu’ils ne cèderaient
« ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. »
Malgré leur criminelle « démence », il leur avait été loisible de
conclure deux fois la paix à des conditions relativement avantageuses …
Maintenant, quels sont
ceux qui, en toute justice, doivent porter le poids du traité de
Francfort démembrant notre pays ? Qu’y a-t-il de commun entre l’Empire
et la cession de l’Alsace-Lorraine ???
Jules Favre et Bismarck
Dégagée de toute passion,
inaccessible à toute influence, l’Histoire, éclairée par le temps, a
prononcé son verdict !
Les bonapartistes (sans
esprit partisan ni aveuglement, car nous savons reconnaître les fautes
des Napoléon) mais aussi les historiens doivent présenter ce verdict à
travers la France entière et permettre de disculper Napoléon III de l’un
des « crimes » dont on l’accuse depuis sa chute.
Une œuvre de justice a commencé, bien réelle grâce à des auteurs
comme Octave Aubry (Le Second Empire), André Castelot (Napoléon
III), Georges Bordenove (Napoléon III), JB Barbier (Outrances
sur le Second Empire, Mensonges sur le Second Empire et Silences
sur le Second Empire) ou encore par des ouvrages plus récents
"Napoléon III, empereur social" d'Edouard Bornecque, "Louis
Napoléon le Grand" de Philippe Séguin, "Napoléon III ou le
catholicisme social" de Renée Casin et tout dernièrement
"Napoléon III" de Pierre Milza,
mais aussi grâce au travail de
spécialistes de renom tel que Jean Tulard, Francis Choisel,
Jacques Marseille ou bien Thierry Choffat.
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