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Napoléon,
homme de paix!
par David Saforcada
Secrétaire
général de France
Bonapartiste
On
parle de mon amour pour la guerre, mais n’ai-je pas été constamment
occupé à me défendre ?
Ai-je remporté une seule grande victoire
que je n’aie immédiatement proposé la paix ?
Napoléon Bonaparte
La bataille de
Friedland par Horace Vernet
Parmi les légendes composées par la partialité et accréditées par
l’ignorance, il en est une – et non des moins rabâchée – qui représente
Napoléon comme un conquérant sanguinaire ne vivant que pour le carnage
et faisant la guerre son passe-temps favori, son jeu préféré. Mais comme
face aux attaques mensongères et totalement « abracadabrantesques » du
triste sire Ribbe, faisant de Napoléon le précurseur d’Hitler, le
faiseur de génocide des noirs
ou bien les calomnies d’un Caratini,
les faits, pour quiconque veut les voir,
se dressent devant les assertions malveillantes ou controuvées et, dans
leur impassible éloquence, ils assurent à la vérité la victoire
définitive sur le mensonge.
Ce
n’est pas le règne du « grand Empereur » que j’essaierai de passer en
revue
mais je chercherai à jeter un coup d’œil rapide sur les circonstances
d’où surgirent les guerres de l’Empire, sur les véritables instigateurs
de ces conflits et sur le destin qu’eut fait à la France l’effacement de
Napoléon dans cette lutte épique de quinze ans dont il ne fut ni
l’auteur ni le maitre. La passion qui dénature les faits pour les
exploiter à son profit, l’ignorance qui les juge d’après les apparences,
font de Napoléon un ambitieux farouche, immolant tout à son esprit de
domination. Rien de plus faux que cette peinture et, pour le prouver, il
faudrait pouvoir mettre en lumière et aux yeux de tous, le caractère de
l’homme privé autant que les évènements formidables s’entrechoquant
autour du trône du souverain.
« Les cœurs ambitieux ne s’attendrissent pas », a dit La Harpe.
Napoléon témoigna dans sa vie privée comme dans beaucoup de ses actes
publics la sensibilité d’un cœur ouvert à toutes les générosités. En
1791, quiconque eut pénétré dans la misérable chambrette, habitée par le
lieutenant de 22 ans, y eut trouvé le futur maître du monde vivant de
pain sec, brossant lui-même son uniforme, se refusant par économie
toutes relations, convoitant un livre à une devanture pendant des
semaines ou des mois, avant d’avoir pu économiser le prix, sou par sou…
Et pourquoi cette âpre misère ? … Pour payer, sur sa maigre solde, la
pension et l’entretien de son jeune frère Louis, le futur roi de
Hollande … Cette admirable abnégation émane-t-elle d’un être ambitieux ?
Napoléon rechercha toujours les joies de la famille, celle-ci d’ailleurs
ne lui en étant pas toujours reconnaissante, on connaît son tendre
respect pour sa mère et son profond amour pour Joséphine. Et ses
généraux, ses soldats, de quelle bonté ne les a-t-il pas entourés ! Le
soir de Marengo, Napoléon rentre accablé et morne à son quartier
général, comme un aide de camp s’en étonne, il s’écrie d’une voix
entrecoupée et les yeux pleins de larmes : -« Desaix ! mais Desaix ! »
La mort de son compagnon d’armes, de son ami, lui fait oublier son
éclatante victoire. Après Essling, et tant que survécut Lannes,
l’Empereur alla le visiter chaque jour, il voulut encore revoir son ami
mort dont il contempla longuement le corps et qu’il pressa dans ses bras
en pleurant à chaudes larmes. La même scène de désolation se renouvela
après sa visite à Duroc
agonisant.
Les
simples soldats ne furent pas moins l’objet de sa paternelle
sollicitude, d’ailleurs, s’ils n’eussent
trouvé
en lui qu’un inexorable ambitieux, les conduisant à la mort pour
assouvir la soif d’une égoïste
passion, ces hommes d’airain eussent-ils voué au « Petit Caporal », au
« Petit Tondu », ce culte d’enthousiasme éperdu ? Non ! Ce n’est point à
un ambitieux que fut jamais donné de susciter sur les
champs de bataille les miracles d’héroïsme accomplis par les armées
impériales. Quel orateur, quel écrivain, quel poète saurait retracer les
invraisemblables envolées d’audace guerrières des soldats de l’Empereur,
dans ces plaines sanglantes où,
après s’être enivrés quinze ans des triomphes de la victoire, ces
farouches héros de la liberté durent enfin connaître les froides
terreurs de la défaite !
Retour de Napoléon dans
l'île de Lobau après la bataille d'Essling
par Charles Meynier
*
La
première des sept coalitions européennes formées contre la France fut
motivée par l’exécution de Louis XVI en janvier 1793. Obscur officier
d’artillerie, Bonaparte était-il pour quelque chose dans ces
évènements ? Il ne fut connu qu’en septembre suivant par la prise de
Toulon sur les Anglais, n’étant encore que simple chef de bataillon.
C’est à l’Angleterre, ne l’oublions pas, qu’est due la longue chaîne de
ces guerres qui ne doivent être judicieusement considérées que comme une
guerre unique. Ainsi qu’un incendie mal éteint, cette guerre se
rallumait chaque fois qu’une victoire décisive de l’Empereur mettait fin
à une campagne, simple épisode de la lutte acharnée suscitée et
alimentée par l’Angleterre. La Révolution française, avec ou sans
Napoléon, devait être le signal d’un duel à mort entre la France et
l’Europe qui le provoqua pour écraser le principe de la Révolution, afin
de préserver à jamais les vieilles nations féodales. Tel est
l’historique très simple de nos guerres avant et pendant l’Empire.
Il
est vrai qu’en 1795, et pensant se préserver d’une nouvelle agression ou
la rendre moins périlleuse, la Convention voulut porter les frontières
de la France jusqu’à ses limites naturelles, était-ce une faute ? Dans
tous les cas c’était donner aux risques de guerre un aliment dangereux.
Toutefois, Bonaparte là encore, restait absolument en dehors des causes
de ce conflit. Le 29 mars 1796, le jeune général recevait à Nice le
commandement de l’armée d’Italie, on sait ce que fut cette merveilleuse
campagne terminée par le traité de Campo-Formio, et dont Bonaparte,
général de la République, ne fut que le glorieux instrument.
Parvenu au Consulat, Bonaparte voulut que son premier acte fût d’offrir
la paix à l’Europe, était-ce une marque d’ambition ? Il écrivit au roi
d’Angleterre, Georges III, une lettre où, déplorant pour les deux pays
les calamités d’une guerre de huit ans, il exprimait le désir de voir
cesser cette guerre qui pouvait durer longtemps pour le malheur de tous
les peuples. Il écrivit dans le même sens à François II, Empereur
d’Allemagne, mais cette généreuse initiative resta sans résultat, si ce
n’est cette arrogante réponse de Pitt : -« l’Angleterre ne signera la
paix que quand la France sera rentrée dans ses anciennes limites. »
Le
Premier Consul recevait du Directoire un héritage écrasant : la
Hollande, la Suisse, la Ligurie reliée à la France et des intérêts
moraux ailleurs encore. Bonaparte devait-il consentir à faire
l’humiliant abandon de ces conquêtes le prix de la paix ? Son honneur
militaire comme son devoir de chef d’Etat le lui interdisaient. Dans ces
conditions, sa première campagne personnelle ne saurait donc lui être
imputée.
Nos
armées débouchèrent tout à la fois en Allemagne, en Suisse et en Italie.
Bonaparte entre bientôt en libérateur dans Milan et remporte ensuite, le
14 juin 1800, la victoire de Marengo sur les armées de François II. En
Allemagne, le général Moreau, écrase les Autrichiens à Hohenlinden, le 3
décembre 1800. En février 1801, le traité de Lunéville, imposé à
l’Autriche, termina cette brillante campagne en donnant pour frontières
à la France le Rhin et l’Adige, elle assurait en outre la paix pour
quatre ans, presque sur tout le continent. Un an après, en mars 1802,
l’Angleterre était contrainte de signer la paix d’Amiens, cette fois
voilà la France en paix, même avec sa terrible ennemie. Combien durera
cette paix et par qui sera-t-elle rompue ?
Avec la duplicité inséparable de sa politique, l’Angleterre se soustrait
cyniquement à l’accomplissement du traité d’Amiens, elle n’évacue ni l’Egypte,
ni Malte. Le 18 février 1803, Bonaparte disait à l’ambassadeur
d’Angleterre : -« Voulez-vous la paix ou la guerre ? » L’Angleterre ne
cherchait que la rupture, elle éclata aussitôt. Cette reprise des
hostilités est-elle du fait de Napoléon ? Le Premier Consul devait-il
admettre l’inexécution d’un traité formel ? Napoléon réunit la « Grande
Armée » au camp de Boulogne pour opérer sa descente en Angleterre.
Excitées et soudoyées par l’Angleterre, la Russie et l’Autriche
conclurent contre nous un pacte dont Napoléon pénétra le secret … Avec
son armée, Napoléon conçut le plan de la foudroyante campagne
d’Austerlitz, tels sept torrents les colonnes de la Grande Armée
fondirent sur l’Autriche. Seule mauvaise nouvelle au cours de cette
campagne, la défaite navale de Trafalgar qui en plus de rendre, à court
terme, toute descente en Angleterre impossible, eut des conséquences
incalculables sur les destinées de la France. Le 2 décembre 1805,
anniversaire du Sacre, Alexandre Ier et François II contemplèrent du
haut du Pratzen la déroute de leurs armées écrasées par Napoléon avec
des forces de plus de moitié inférieures. La bataille d’Austerlitz
venait de terminer cette campagne et voyait les deux vaincus demander
humblement la paix à Napoléon et le 26 décembre, le traité de Presbourg
mettait fin à la troisième coalition.
La
mort de Pitt, survenue en 1806, sembla détendre la situation entre la
France et l’Angleterre, il y eut même des pourparlers engagés avec Fox,
son successeur, pourparlers que Napoléon dirigea dans un sincère désir
de paix. On sait que Fox mourut quelques mois après son rival sans que
rien ne fût conclu. Alors les partisans de la guerre reprirent le
pouvoir en Angleterre et déchaînèrent contre la France la quatrième
coalition. Napoléon pouvait-il, cette fois encore, éviter d’entrer en
campagne ?
Frédéric Guillaume, qui l’année d’avant était restée dans l’expectative,
lança son pays dans la guerre, sans attendre les armées Russes,
Alexandre ayant rejoint la nouvelle coalition afin de venger l’affront
d’Austerlitz, et envahissait la Saxe avant de marcher sur la Bavière. Le
28 septembre,
Napoléon
était à Mayence et le 1er octobre il passait le Rhin. Le 14 juin il
battait les Prussiens à Iéna tandis que Davout, avec son seul corps
d’armée, en faisait de même à Auerstaedt.
L’armée Prussienne s’effondrait tel un château de carte, Napoléon
entrait à Berlin et poussait son armée à la poursuite des restes des
troupes de Frédéric Guillaume mais aussi à la rencontre des Russes. Le 8
février 1807, à Eylau, s’exposant avec une héroïque témérité, Napoléon
battit ensemble les Russes et les Prussiens. Le 14 juin suivant, à
Friedland, la Grande Armée culbutait une nouvelle fois l’armée Russe et
forçait ainsi le Tsar Alexandre et le roi Frédéric Guillaume, à peu près
dépossédé de ses Etats, à signer le 25 juin 1807, le traité de Tilsit.
Entrevue de Napoléon et d'Alexandre 1er sur le
Niemen par Adolphe Roehn
La
quatrième coalition était dispersée mais l’Angleterre ne voulait laisser
à Napoléon ni trêve ni merci.
Par
ses conseils et par son or, notre Ennemie souleva le Portugal contre
nous. Ce fut l’origine de la guerre d’Espagne, en 1808, qu’on reproche à
Napoléon comme une faute. Soit. Mais cette faute, l’Empereur n’en avait
pas eu l’initiative directe … Remarquons que les campagnes de Napoléon
présentent un caractère défensif, quand il attaquait, ce n’était pas
pour conquérir.
En
janvier 1809, de retour de Madrid, Napoléon se trouva face à la
cinquième coalition, insidieusement provoquée par l’Angleterre, mais
ouverte par l’Autriche, qui venait d’envahir inopinément la Bavière, le
prétexte était les prétendus griefs des populations allemandes contre
Napoléon … Toujours Napoléon fut attaqué, toujours Napoléon eut la main
forcée.
Sans suivre le grand Empereur dans ses victoires rapides et brillantes,
disons seulement que le 17 avril 1809, s’étant mis à la tête de son
armée, il remportait la victoire de Tann trois jours après, le 21 celle
d’Abensberg, le 22 celle d’Ekmül et le 23 celle de Ratisbonne. Le 13
mai, Napoléon entrait pour la deuxième fois dans Vienne, le 21 mai avait
lieu la bataille d’Essling, que l’on peut qualifier de victoire
défensive. Le 5 juillet, les Autrichiens essuyaient la défaite d’Enzersdorff
qui précédait le désastre de Wagram.
Le
14 octobre, la paix fut signée par un vainqueur trop généreux qui, cette
fois encore, crut à la bonne foi de l’Autriche, qu’il pouvait rayer de
la carte de l’Europe, et à laquelle il se contenta d’imposer
l’acceptation du système continental
avec toutes ses conséquences.
Le
1er avril 1810 eut lieu le mariage de Napoléon avec l’archiduchesse
d’Autriche, Marie Louise.
Les années 1810 et 1811 s’écoulèrent, sauf pour l’Espagne, dans les
douceurs de la paix que Napoléon sut employer au plus grand profit de
ses magnifiques conceptions gouvernementales.
Le
signal de la sixième coalition fut donnée par la Russie, d’accord avec
l’Angleterre, la Russie éludait complètement les traites de Tilsit et
d’Erfurt, et le Cabinet de Saint-Pétersbourg n’était qu’une succursale
du Cabinet Britannique. Alors encore quel était l’agresseur d’Alexandre
ou de Napoléon ???
Le
9 mars 1812, Napoléon quittant Paris commençait la sinistre campagne de
Russie. Les débuts en furent heureux, bientôt Napoléon était maître de
Wilna, les victoires de Witepsk, de Krasnoë, de Smolensk, de Wiazma
précédèrent celle de Borodino et l’entrée dans Moscou le 14 septembre de
la même année. Napoléon séjourna dans cette ville un mois entier, dans
la pensée que les vaincus solliciteraient la paix … Ce fut cette longue
attente qui, retardant la retraite, la changea en désastre, par les
rigueurs d’un hiver meurtrier et dont les ravages furent exceptionnels
même dans ces contrées.
Le
18 décembre Napoléon rentrait à Paris, préparant aussitôt une campagne
de revanche. Le 15 avril 1813, il quittait la France à la tête de la
jeune armée
qui remportait, le 1er mai la victoire de Lutzen sur les russes et les
Prussiens, celle de Bautzen trois semaines après. Mais un nouvel ennemi
entrait en scène, invisible, insaisissable, celui-là : la trahison ! Les
troupes des états allemands firent défections, plusieurs généraux se
détachèrent de l’Empereur, plus ou moins ostensiblement. La Victoire de
Dresde fut « annulée » par le revers de Kulm mais aussi par les défaites
des maréchaux Ney et Macdonald. Après Leipsick, le 18 octobre, la
retraite dut commencer pour ce porter vers le Rhin et la France, non
sans avoir fait payer à l’armée bavaroise sa trahison lors de la
bataille d’Hanau.
De
retour à Paris le 9 novembre, Napoléon n’accepta pas les conditions des
Alliés qui ne voulaient laisser à la France d’autres limites que celles
qu’elle avait sous Louis XVI.
Dès lors, l’Europe entière se liguait contre la France que commençait à
envahir sept cent mille hommes !
A
la tête des « glorieux » débris de son armée, Napoléon allait durant
cette « Campagne de France » accomplir l’une de ses plus belles
campagnes militaires. Avec cette poignée de héros, vieux grognards et
« Marie Louises », il remporte sur l’ennemi les victoires de Montmirail,
Vauchamp, Champaubert, Montereau, Craonne, Reims, Saint Dizier … Mais le
torrent sans cesse grossi par des renforts déborde de toutes parts,
inexorablement les Alliés marchent sur Paris, refoulant devant eux les
corps de Marmont et Mortier. Le 30 mars Paris tombait, la trahison
planait de plus en plus sur l’Empereur.
Campagne de France par Jean-Louis-Ernest Meissonier
Replié à Fontainebleau, Napoléon se préparait à reprendre l’offensive
lorsque Marmont trahit poussant les autres maréchaux à demander son
abdication à celui à qui ils devaient tout … Dans la cours du château le
grand Empereur fit ses adieux à ses fidèles d’entre fidèles, mêmes les
vieux de la vieille ne purent étouffer leurs sanglots ! Celui qui avait
couvert l’Europe de ses « ailes » se retrouvait souverain d’un caillou,
l’île d’Elbe.
On
se rappelle que la violence de la réaction exercée par Louis XVIII
imposé à la France par les canons de l’Etranger, excita un tel
mécontentement que Napoléon se trouva autorisé à quitte l’île d’Elbe,
s’il violait ainsi les traités c’était pour s’opposer à la violation du
traité de Fontainebleau par Louis XVIII qui, en dépit de la convention
formelle, remettait en question les actes des gouvernements républicain
et impérial. Un bouleversement social eut infailliblement résulté de
l’abolition de certaines lois capitales.
Le
1er mars 1815, Napoléon débarquait à Fréjus. Porté en triomphe jusqu’à
Paris, le « vol de l’Aigle » ne coûtant pas une goutte de sang, il
trouva le même enthousiasme délirant dans les populations que dans
l’armée. Il rentrait aux Tuileries le 20 mars. Son premier acte fut
d’écrire à tous les souverains de l’Europe pour leur demander la paix,
qu’il désirait si ardemment, aucun d’eux ne lui répondit !
Napoléon ne peut donc qu’affronter la septième coalition, aux neuf cent
mille hommes qui vont marcher sur la France, il ne peut qu’en opposer
que cent quatre vingt mille … Mais il calcule qu’il peut battre
Wellington et Blucher en Belgique avant qu’ils ne reçoivent des
renforts. A la tête de l’armée principale, il rentre en campagne le 12
juin et entre en Belgique le 15 juin. Pendant que Ney laisse passer
l’occasion de mettre à mal les Anglais, Napoléon bat, sans l’écraser,
Blucher à Ligny le 16 juin. Le 18 juin c’était Waterloo … Waterloo,
« splendide » désastre consommé par l’erreur « technique » de Napoléon,
les fautes de Ney et l’incompétence tactique de Grouchy … Avec la
« Garde meurt mais ne se rend pas » commençait la fin d’un Monde !
Trois jours après le revers, Napoléon était à Paris, et comment y fut-il
accueilli ? Les habitants des quartiers populaires, avec un grand nombre
d’hommes de la classe moyenne, se portèrent immédiatement aux Tuileries
en demandant des armes pour marcher contre l’ennemi. Napoléon est salué
d’acclamations frénétiques, à la nuit close, le flot humain qui entoure
les Tuileries grossissait sans cesse. De ces milliers de poitrines
oppressées par l’anxiété et l’espérance jaillissait sans cesse, comme un
imposant credo, le cri « Vive l’Empereur ! »
Avec quelques personnages, Napoléon s’entretenait d’une nouvelle
abdication. Soudain, Lucien s’approche d’une fenêtre par laquelle
montait toujours, véritable rugissement d’un peuple affolé, le cri de
tous répété « Vive l’Empereur ! » - « Entendez vous ces cris dit
Lucien ? On vous demande des armes, c’est vous que l’on appelle, c’est
vous que l’on attend … Et il en est de même dans tout votre Empire ! »
C’était vrai. La nation jalouse de ses libertés savait que seul Napoléon
pouvait les lui conserver. Il ne tenait qu’à l’Empereur de balayer les
deux Chambres avec une poignée de soldat, alors, rassemblant toutes les
troupes existant encore, il pouvait continuer une lutte dans laquelle,
il savait devoir être soutenu par une armée et un peuple fidèles. Ce
prodige, il le pouvait. Mais, après une dernière hésitation, il fit
cette réponse :
« Si je le veux, les Chambres rebelles n’existeront plus dans une heure.
Mais non. Je ne suis revenu de l’ile d’Elbe pour que Paris soit inondé
de sang ! … »
En
ce drame ultime, où donc apparaît le farouche ambitieux ?
*
L’histoire qui prononce en dernier ressort, atteste que Napoléon ne fut
point l’initiateur ni l’agresseur de ces luttes épiques. Malgré son
prodigieux génie militaire, il ne se laissa point entrainer à la guerre
par l’ivresse de ses triomphes. S’il fut le plus grand capitaine du
monde, il en fut aussi le législateur le plus sage, et l’éclat de son
œuvre militaire fut égalé par la splendeur de son œuvre législative et
gouvernementale qu’il eût parachevée dans la paix qu’il poursuivit sans
pouvoir l’atteindre. Cette œuvre intérieure, je n’ai point à la rappeler
ici, elle est immense et magnifique. Il pacifia la Vendée, rappela les
émigrés, fonda la Banque de France, la Légion d’Honneur, rouvrit les
églises, conclut le Concordat, releva l’instruction populaire. Il
élabora le Code Civil, institua le Conseil d’Etat, l’Université, la
Cours des Comptes, releva l’industrie, prescrivit des améliorations et
travaux nationaux de tous genres, apportant à l’exécution de ces hautes
conceptions non moins d’ardeur et de complaisance qu’à l’organisation de
ses campagnes militaires.
En
1812, Napoléon visitant l’Ecole Normale s’écria : « Ma plus grande
victoire, c’est mon gouvernement civil ! »
Aussi grand dans la paix que dans la guerre, Napoléon ne saurait être
considéré comme le buveur de sang, cette calomnie est aussi grossière
qu’odieuse.
Et
maintenant, que si quelques-uns de ses détracteurs rééditent leurs
tirades larmoyantes sur les guerres où se décidaient les intérêts, la
vie même de la France, nous leur demandons comment Napoléon pouvait il
les éviter ? En cédant ? Mais en cédant quoi et à qui ? S’il l’eut fait
dès le début les humiliantes concessions de territoire qui lui étaient
demandées comme prétexte, à quoi eut-il abouti ? Je dis bien prétexte
car l’Europe n’eut pas d’autre mobile contre nous que l’anéantissement
de la liberté et la restauration des Bourbons. Donc si Bonaparte eut
faibli il est certain que l’Europe s’en fut autorisée pour empiéter
jusqu’à briser le Premier Consul.
Et
si Bonaparte eut été aussitôt emporté par la coalition, la Restauration
Bourbonienne avait toutes les chances d’être définitive. A l’avènement
de Bonaparte, la nation française ne connaissait de la Révolution que
ses « crimes » et ses « débauches ». La France apeurée eut alors accepté
la Royauté quelque peu amendée, peut-être. En 1815, il était trop tard
pour les Bourbons, car Napoléon avait démontré à la France, pendant ces
quinze années de lutte, que la liberté n’est ni licence, ni l’anarchie
quand elle se base sur un pouvoir assez fort et assez sage pour
l’adapter à une autorité loyale et vigilante.
Ce
n’est donc que grâce à cette lutte titanesque que Napoléon sauva la
Révolution contre elle-même à l’intérieur en même temps qu’il la sauvait
à l’extérieur de l’emprise de la vieille Europe féodale
…
Si
les détracteurs de l’Empereur voulaient bien le reconnaître, au lieu de
l’accuser d’ambition, ils le salueraient comme le « Messie » de l’ère
nouvelle dont ils se disent, pour certains, les apôtres !
n
DESAIX Louis Antoine Charles des
Aix, chevalier de Veygoux, dit (Château d’Ayat (Puy de Dôme), 17
août 1768; Marengo, 14 juin 1800) Voici quelques mots de
Napoléon à son égard : « De tous les généraux que j’ai eus sous
moi, Desaix et Kléber ont été ceux qui avaient le plus de
talents ; surtout Desaix ; Kléber n’aimait la gloire qu’autant
qu’elle lui procurait des richesses ; Desaix ne rêvait que la
guerre et la gloire ; les richesses et les plaisirs n’étaient
rien pour lui . C’était un petit homme d’un air sombre, à peu
près d’un pouce moins grand que moi, toujours vêtu avec
négligence, quelquefois même déchiré, méprisant les jouissances
et même les commodités de la vie. »
« Droit et honnête dans ses procédés, les
Arabes l’avaient appelé le « Sultan juste ». La nature l’avait
formé pour faire un grand général ; c’était un caractère tout à
fait antique. Sa mort est la plus grande perte que j’aie faite.
»
LANNES Jean duc de
Montebello, (Lectoure (Gers), 1769 - Vienne, 1809) , au courage
légendaire, est peut-être le meilleur ami de Napoléon. Ce
dernier excuse ses manières franches, parfois brutales, son
manque d’éducation. Il dira de lui : «Chez Lannes, le courage
l’emportait d’abord sur l’esprit ; mais l’esprit montait chaque
jour pour se mettre en équilibre ; je l’avais pris pygmée, je
l’ai perdu géant». «Lannes, le plus brave de tous les hommes...
était assurément un des hommes au monde sur lesquels je pouvais
le plus compter... L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de
son courage, il était devenu un géant».
Et si Napoléon fut vaincu par le temps, plus que
par les Russes, redisons le bien haut à ses détracteurs, c’était
parce qu’il avait entrevu la séduisante image de la paix, objet
de ses vœux constants, même aux heures triomphales. La paix ! Ce
fut lui presque toujours qui, après ses victoires, s’inclina sur
le vaincu pour la lui offrir, cette paix … Sans jamais abuser de
son prestige ni de ses victoires, ce fut lui qui la proposa
partout. En 1799, il l’offrit à l’Europe et ce fut l’Europe qui
la refusa. Il l’offrit encore en 1805, 1807, 1809, 1812, 1813 et
encore au retour de l’île d’Elbe.
J’en appelle à la bonne foi de tous, si Napoléon
eut consenti à cette mutilation de la France, ceux-là même qui
lui reprochent le plus vivement ses guerres ne
l’accableraient-ils pas de leur mépris ???
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