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                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Napoléon III,

digne héritier

 

par David Saforcada

 Secrétaire général

de France Bonapartiste

 

D’un Napoléon à l’autre

Mais son idée ne mourut pas (1).

 Déjà, la reine Hortense, cette fille adoptive de l’Empereur, s’est identifiée à la politique de l’Empire. Ainsi, en 1813, quand l’horizon de la France s’assombrit, la reine Hortense prie son mari, qui est à Naples, de venir se réunir à tous les Français pour la défense de son pays. « Voilà comment il faut reconnaître, écrit-elle, tout ce que ce peuple a fait pour notre famille. » Un historien (2), qui cite ces paroles, ajoute : « Ce mot de peuple est constamment à la bouche de la reine. Jamais elle n’oublie que sa famille doit tout au peuple, qu’elle n’est quelque chose que par lui seul, et sans cesse elle lui rapporte tout avec reconnaissance. » C’est aussi la même femme qui écrit dans ses Mémoires, en 1832 : « Quant au peuple, s’il se rappelle sa gloire, sa force, sa grandeur et la sollicitude constante dont il fut l’objet, notre souvenir lui sera toujours cher. J’en ai la conviction, et cette pensée est la plus douce consolation qu’on puisse conserver dans l’exil, comme emporter avec soi dans la tombe. » C’est elle enfin qui laisse à son fils ce grand et dernier conseil : « Le peuple, qui donne, a le droit d’ôter. Les Bourbons, qui se croient propriétaires, peuvent prétendre réclamer la France comme un bien. Les Bonaparte doivent se rappeler que toute puissance leur vient de la volonté populaire. Ils doivent en attendre l’expression et s’y conformer, leur fût-elle contraire. »

 On le voit, la tradition démocratique de Napoléon Ier n’est pas perdue. Le peuple et l’Empereur sont toujours unis dans la même pensée, et d’Amérique même la voix d’un Bonaparte exilé vient tout à coup, en 1830, proclamer solennellement ce grand principe de la souveraineté du peuple, nié par les royalistes, trahi par les républicains, conservé religieusement par les partisans de l’Empire.

 Deux cent vingt et un députés ont donné la couronne à Louis-Philippe, sans consulter la nation.

 Le roi Joseph adresse aussitôt de New-York à la Chambre des députés la protestation suivante :   « Il n’y a de légitimes sur la terre que les gouvernements avoués par les nations ; les nations seules ont des droits ; les individus, les familles particulières ont seules des devoirs à remplir. La famille Bonaparte a été appelée par 3 millions 500 mille votes ; si la nation croit dans son intérêt devoir faire un autre choix, elle en a le pouvoir et le droit, mais elle seule. Napoléon II a été proclamé par la Chambre des députés de 1815, qui a reconnu en lui un droit conféré par la nation. J’accepte pour lui toutes les modifications conférées par la Chambre de 1815 qui fut dissoute par les baïonnettes étrangères ; j’ai des données positives pour savoir que Napoléon II serait digne de la France; c’est comme Français surtout que je désire que l’on reconnaisse les titres incontestables qu’il a au trône, tant que la nation n’aura pas adopté une autre forme de gouvernement. Seul, pour être légitime dans la véritable acception du mot, c’est-à-dire légalement et volontairement élu par le peuple, il n’a pas besoin d’une nouvelle élection. Toutefois, la nation est maîtresse de confirmer ou de rejeter des titres qu’elle a donnés, si telle est sa volonté. » N’est-ce pas toujours la même doctrine démocratique?

 « Le peuple, qui donne, a le droit d’ôter. »

 Le roi Joseph développe la même pensée que la reine Hortense, la même pensée que Napoléon Ier ; et cette pensée n’est-elle pas aussi flatteuse pour le peuple qui la justifie que pour la dynastie qui conserve cette confiance et cet amour de « la grande nation ? »

 Le Roi de Rome, Napoléon II, est mort à vingt deux ans, en Autriche, captif comme l’était son père à Sainte-Hélène, et sans que le peuple français ait pu l’adopter. La grande tradition est-elle rompue ? Non, certes ! Nous allons voir surgir, maintenant, au profit de l’idée napoléonienne, un apôtre obstiné, convaincu, intrépide, grâce auquel le peuple, privé de sa souveraineté depuis 1815, et tenu en tutelle par des Assemblées issues du suffrage restreint, reconquerra ses principes et retrouvera son gouvernement.

 *

Du prétendant au dernier Empereur

 En 1835, on proposait une couronne à celui qui devait s’appeler Napoléon III, c’était la couronne de Portugal. Le neveu de Napoléon Ier, le fils de la reine Hortense, le prince Louis-Napoléon Bonaparte n’est pas libre d’accepter. Ne se doit-il pas à la France ? Il n’a les yeux tournés que vers elle; et, reconnaissant, dès le premier jour, comme Napoléon Ier, que « c’est le peuple qui donne, » le futur Empereur, en refusant la couronne de Portugal, adresse aux journaux une lettre dans laquelle nous lisons ceci : « J’attends que le peuple rappelle dans son sein ceux qu’exilèrent,en 1815, douze cent mille étrangers. »

Puis, las d’attendre que le roi Louis-Philippe se résigne à consulter la nation, le prince Louis Bonaparte fait sa tentative de Strasbourg. Dans cette tentative, que cherche-t-il ? Il cherche à rendre au peuple le libre exercice de sa souveraineté (1). « Fier de mon origine populaire, dit-il dans sa première proclamation, je m’avance comme le représentant de la souveraineté du peuple.»

Dans sa proclamation à l’armée, il dit encore : « Protéger les droits du peuple, voilà quelle est votre mission (2). » Dans sa proclamation aux Alsaciens, il ajoute enfin : « Mon drapeau ne s’incline que devant la majesté du peuple... Avec un grand peuple, on fait de grandes choses. J’ai une foi entière dans le peuple français. »

Louis-Philippe n’ose pas même poursuivre cet adversaire qui conteste la légitimité de son gouvernement à base étroite et qui, ne recherchant ni la violence, ni l’usurpation, ne demande qu’une chose : l’appel au peuple. Mais la tentative avortée de Strasbourg a donné aux esprits un nouvel élan. On reparle plus que jamais de l’Empereur. On songe plus que jamais au martyr de Sainte-Hélène, et, dans toutes les chaumières, l’imagé du petit caporal fait couler les larmes des vieillards ou grave dans le coeur des enfants l’amour de ce roi des paysans, de ce roi des plébéiens qui promena triomphalement le peuple français dans toutes les capitales de l’Europe.

Louis-Philippe rêve alors de se hausser grâce à la popularité de Napoléon. Il décide que les cendres de l’Empereur seront rapportées en France, et qu’enfin, comme il l’a voulu, l’Empereur Napoléon Ier dormira au milieu de ce peuple français qu’il a tant aimé. Le catafalque qui contient les cendres de l’Empereur fait son entrée dans Paris le 15 décembre 1840. Tous les témoins de cette émouvante cérémonie disent qu’un immense frisson courut alors dans cette foule qui voulait saluer César. Malgré la neige, plus de cinq cent mille personnes sont là, muettes, fascinées, pleines d’une religieuse émotion, et des sanglots éclatent quand parait le cercueil de cet Empereur qui est mort martyr pour la cause du peuple (3). Mais, avant que le retour des cendres n’ait donné une poésie nouvelle à la légende impériale, le fils de la reine Hortense a fait une seconde tentative pour rendre à la France l’exercice direct de la souveraineté. Il a une seconde fois échoué.

De Boulogne cependant il a adressé au peuple une proclamation dans laquelle on lit : « Vous toutes, classes laborieuses et pauvres, qui êtes en France le refuge de tous les sentiments nobles, souvenez-vous que c’est parmi vous que Napoléon choisissait ses lieutenants, ses maréchaux, ses ministres, ses princes, ses amis, et appuyez-moi de votre concours. » L’heure n’est pas venue. Celui qui s’appellera l’Empereur Napoléon III, celui qui voulait déjà que la nation intervînt enfin dans le choix de son gouvernement, est arrêté par les agents d’un roi que quelques députés ont placé sur le trône de France. Cette fois, on ne se borne pas à déporter en Amérique le prince Louis-Napoléon Bonaparte, on lui fait son procès devant la Cour des pairs, où le fils de la reine Hortense se retrouve en face des anciens lieutenants de Napoléon Ier.

Là, devant cette Assemblée dont les pouvoirs qui n’ont pas leur source dans le peuple ne lui, paraissent dès lors pas légitimes, le prince Louis Bonaparte présente, non pas sa défense, mais sa profession de foi. « Depuis cinquante ans, s’écrie- t-il, depuis cinquante ans que le principe de la souveraineté du peuple a été consacré en France par la plus puissante révolution qui se soit faite dans le monde, jamais la volonté nationale n’a été proclamée aussi solennellement, n’a été constatée par des suffrages aussi nombreux et aussi libres que pour l’adoption des Constitutions de l’Empire. La nation n’a jamais révoqué ce grand acte de la souveraineté, et l’Empereur l’a dit: tout ce qui a été fait sans elle est illégitime. » Le prince Louis Bonaparte ajoute : « J’ai pensé que le vote de quatre millions de citoyens qui avaient élevé ma famille nous imposait au moins le devoir de faire appel à la nation et d’interroger sa volonté... La nation eût répondu : République ou Monarchie, Empire ou Royauté. De sa libre décision dépend la fin de nos maux, le terme de nos discussions. » On le voit, c’est toujours à la souveraineté du peuple que fait appel l’héritier de Napoléon Ier, fidèle au testament politique de l’Empereur.

Condamné à la prison perpétuelle pour avoir essayé de défendre les droits du peuple, le prince Louis-Napoléon est enfermé dans la citadelle de Ham. A quoi songe alors le futur Empereur dans sa prison? Il songe au peuple. Il écrit ainsi, du fort de Ham, le 21 octobre 1843, au journal du Loiret, qui se hâte de la reproduire, une lettre qui contient les déclarations que voici : « Je n’ai jamais cru, je ne croirai jamais que la France soit l’apanage d’un homme ou d’une famille; je n’ai jamais revendiqué d’autres droits que ceux de ; citoyen français, et je n’aurai jamais d’autre désir que celui de voir le peuple entier, réuni dans ses comices, choisir en toute liberté la forme de gouvernement qui lui convient. Issu d’une famille qui doit son élévation à la volonté nationale, je mentirais à mon origine, à ma nature, et jusqu’au bon sens, si je ne reconnaissais la souveraineté du peuple comme la base de tout l’organisme politique...»

Qu’y a-t-il de plus démocratique, de plus conforme aux principes de 89 ? Ce prince que l’on représente comme un conspirateur conspire, c’est vrai, mais pour le peuple. Il suit la doctrine de

Napoléon Ier, de la reine Hortense et du roi Joseph, doctrine qu’il a exposée dans ses Idées napoléoniennes. Il y eut que le peuple reprenne ses droits ; tous tes véritables amis du peuple ne doivent- ils pas être avec lui ? Aussi les philosophes et les écrivains de la démocratie vont le visiter dans sa prison de Ham (4). Et, le 26 novembre 1844, George Sand lui écrit : « Le peuple est, comme vous, dans les fers. Le Napoléon d’aujourd’hui est celui qui personnifie les douleurs du peuple, comme l’autre personnifiait ses gloires. »

C’est encore à Ham que le futur Empereur expose ses idées politiques en ces termes : « La République serait mon idéal, mais j’ignore si la France est républicaine. Je vois dans son histoire les deux éléments monarchique et républicain exister, se développer simultanément. Si le pays m’appelle un jour, je lui obéirai, j’aiderai le peuple à rentrer dans ses droits, à trouver la formule gouvernementale des principes de la Révolution (5). »

Tel est toujours le noble mobile qui pousse le futur Empereur. Nous l’avons dit en commençant il faut « trouver la formule gouvernementale des principes de la Révolution. » Or, cette formule existe dans l’Empire. L’Empire seul peut « faire rentrer le peuple dans ses droits. » Louis-Napoléon Bonaparte y travaille, et le succès va bientôt couronner ses efforts.

La monarchie bourgeoise, la monarchie de suffrage restreint tombe, le 24 février 1848, devant une insurrection parisienne. Au Corps législatif et à l’Hôtel-de-Ville, quelques députés se font acclamer membres du gouvernement par une foule incompétente. On jette, du haut des fenêtres, un certain nombre de petits papiers portant les noms des nouveaux dictateurs. On proclame la République, sans demander à la France si cela lui convient. Mais, malgré ces désirs de dictature jacobine, le suffrage universel remplace désormais le suffrage restreint.

Or, du moment que le peuple a la parole, ce n’est pas la République qui doit triompher, mais l’Empire. Aussi quatre départements (6) commencent par choisir pour représentant du peuple, malgré la proclamation de la République et malgré les lois de proscription, l’ancien captif de Ham, l’héritier de la tradition napoléonienne, Louis-Napoléon Bonaparte (7). Les républicains s’indignent. Le peuple a-t-il le droit de choisir Napoléon ? Non pas ! Car, si Napoléon peut être élu, c’en est fait d’eux (8). Aussi le futur Empereur, l’élu de plusieurs départements (9), est réduit (10) à donner sa démission et à quitter de nouveau la France.

Mais il a dit, en s’en allant : « Si le peuple m’imposait des devoirs, je saurais les remplir; » le peuple ira le chercher de nouveau sur la terre d’exil. Cinq départements le choisissent, en effet, le 17 septembre 1848, pour leur représentant (11). Il faut bien que la République s’incline, et le prince Louis-Napoléon Bonaparte rentre, la tête hautes dans cette Assemblée républicaine qui avait songé à l’exclure.

L’élection pour la présidence de la République arrive. Cavaignac qui pose sa candidature occupe encore le pouvoir. Tous les fonctionnaires sont dans sa main. Les classes bourgeoises le soutiennent; son succès paraît certain. Mais on a compté sans les campagnes (12). Louis-Napoléon n’a pour lui ni les journaux parisiens, ni les bourgeois républicains, ni l’aristocratie du nom ou de la finance; il a pour lui le peuple (13), le « menu peuple, » selon l’expression dédaigneuse d’un journal républicain de ce temps-ci. « Dans les campagnes, dans les petites villes, — dit un historien peu favorable à l’Empire (14), —le nom de Napoléon excitait un véritable enthousiasme; des troupes d’électeurs se rendaient au scrutin, drapeaux déployés, curés en tête, et criant: Vive Napoléon ! Vive l’Empereur ! » Napoléon réunit sur son nom plus de cinq millions et demi de suffrages. Ses adversaires républicains, Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail et Lamartine, n’atteignent pas, tous ensembles, le tiers de ces suffrages donnés à un seul. Il y a neuf mois à peine que la République est née !

Dans sa profession de foi pour l’élection à la présidence, Louis-Napoléon avait dit : « Quel que soit le résultat de l’élection, je m’inclinerai devant la volonté du peuple. » C’est toujours, on le voit, le même respect des droits de la souveraineté nationale. Dans toute la carrière de celui qui va bientôt s’appeler Napoléon III, le principe impérialiste de la souveraineté du peuple se retrouve ; il est dans tous ses discours, dans tous ses actes.

Ici, les documents abondent. Il faudrait reproduire toutes les paroles (15), citer toutes les actions(16) de l’élu de la France ; nous devons nous borner à n’envisager qu’à vol d’oiseau cette existence vouée au peuple (17). Dans les voyages que le Prince-Président entreprend, à cette époque, de 1849 à 1851, pour connaître les besoins du pays, nous retrouvons sans cesse dans ses discours la confirmation du principe populaire qu’il représente. « La France, dit-il à l’inauguration du chemin de fer de Dijon (18), la France ne veut ni le retour à l’ancien régime, quelle que soit la forme qui le déguise, ni l’essai d’utopies funestes et impraticables. C’est parce que je suis l’adversaire le plus naturel de l’un et de l’autre qu’elle a placé sa confiance en moi. »

Le 9 juin 1850, à l’inauguration du chemin de fer de Creil à Saint-Quentin, le Prince-Président, après avoir remis des livrets de caisse d’épargne aux ouvriers, s’exprime ainsi : « Je suis heureux de me trouver parmi vous, et je recherche avec plaisir les occasions qui me mettent en contact avec ce grand et généreux peuple qui m’a élu ; car, chaque jour me le prouve, mes amis les plus sincères, les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas sous les lambris dorés, ils sont dans les ateliers et dans les campagnes. Je sens, comme disait l’Empereur, que ma fibre répond à la vôtre, que nous avons les mêmes intérêts et les mêmes instincts. » Au banquet qui suit cette inauguration, Louis- Napoléon prononce le discours suivant, qui montre avec quelle scrupuleuse fidélité le nouveau chef de l’État, se conforme à la tradition napoléonienne : « la mission que j’ai à remplir, aujourd’hui n’est, pas nouvelle ; on sait son origine et son but. Lorsque, il y a quarante-huit ans, le premier Consul vint en ces lieux inaugurer le canal de Saint-Quentin, comme aujourd’hui je viens inaugurer le chemin de fer, il vous disait .: « Tranquillisez-vous, les orages sont passés. Les grandes vérités de notre Révolution, je les ferai triompher ; mais, je réprimerai avec une égale force les erreurs nouvelles et les préjugés anciens en ramenant la sécurité, en encourageant toutes les entreprises utiles. Je ferai naître de nouvelles industries pour enrichir nos champs et améliorer le sort du peuple. » Il n’y a qu’à regarder autour de vous pour voir s’il a tenu parole. Eh bien ! Encore aujourd’hui ma tâche est la même, quoique plus facile. De la Révolution, il faut prendre les bons instincts et combattre hardiment les mauvais.. Il faut enrichir le peuple par toutes les institutions de prévoyance et d’assistance que la raison approuve, et le bien convaincre que l’ordre est la source première de toute prospérité. Mais l’ordre, pour moi, n’est pas un mot vide de sens, que tout le monde interprète à sa façon. Pour moi, l’ordre, c’est le maintien de ce qui a été librement élu et consenti par le peuple, c’est la volonté nationale triomphant de toutes les factions. Courage donc, habitants de Saint-Quentin ! Continuez à faire honneur à notre nation par vos produits industriels. Croyez à mes efforts et à ceux du gouvernement, pour protéger vos entreprises et pour améliorer le sort des travailleurs. »

Cependant les factions s’agitent. Au sein de l’Assemblée législative, le suffrage universel vient d’être mutilé par la loi du 31 mai (19). Le pays commence à sentir qu’en conspirant contre Louis- Napoléon, tous les partis coalisés contre l’Empire conspirent en réalité contre le peuple. Dans son discours de Poitiers, le Prince-Président s’efforce encore cependant de rassurer les esprits. « Le salut du pays, dit-il, viendra toujours de la volonté du peuple librement exprimée, religieusement acceptée. Aussi j’appelle de tous mes vœux le moment solennel où la voix puissante de la nation dominera toutes les oppositions et mettra d’accord toutes les rivalités. »

Mais cette heure solennelle ne pourra jamais sonner si l’Assemblée qui a mutilé le suffrage universel continue à entraver l’oeuvre populaire de Napoléon. On organise contre celui-ci des complots qui doivent empêcher le peuple de faire triompher sa volonté. L’élu de la nation prend les devants. Le 2 décembre 1851, la France apprend que l’Assemblée législative est dissoute, et elle lit sur tous les murs un décret ainsi conçu : « Au nom du peuple français : Art. 1er. L’As- semblée nationale est dissoute. Art. 2. Le suffrage universel est rétabli. Art. 3. Le peuple français est convoqué dans ses comices. » C’est ce qu’on appelle le coup d’État du 2 décembre.

Ce décret est suivi d’une proclamation dans laquelle Louis-Napoléon s’exprime ainsi : « Mon devoir est de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul souverain que je reconnaisse en France : le peuple. » Le peuple se prononce alors. Et, par plus de sept millions de suffrages, il dit à Louis-Napoléon : « Vous avez bienfait (20). »

Mais, comme nous l’avons vu pour Napoléon Ier, en élevant le fils de la reine Hortense au sommet de l’État le peuple a voulu relever l’Empire. Dès l’élection du 10 décembre 1848, les électeurs ont crié: Vive l’Empereur! En 1851, quand le Prince-Président parcourt le pays, toute la France répète ce cri. A Bordeaux, à Angoulême, partout enfin, les habitants des campagnes aussi bien que les habitants des villes réclament l’Empire comme le seul gouvernement qui soit légitime, selon les principes de 89.

La France veut l’Empire, elle l’aura. On consulte le pays. Il répond par près de huit millions de suffrages affirmatifs. L’Empire est encore une fois fondé par le peuple. En apportant au nouvel Empereur le résultat de ce grand plébiscite, M. Billault, président du Corps législatif, prononce le discours suivant : « Sire, nous apportons à Votre Majesté l’expression solennelle de la volonté nationale. Au plus fort des ovations que vous décernait l’enthousiasme populaire, peu pressé de ceindre une couronne qu’on vous offrait de toutes parts, vous avez désiré que la France se recueillît ; vous avez voulu qu’elle ne prît que de sang-froid, dans sa pleine liberté, cette suprême décision par laquelle un peuple, maître de lui-même, dispose souverainement de sa destinée. Votre voeu, Sire, s’est accompli: un scrutin libre, secret, ouvert à tous, a été dépouillé loyalement sous les yeux de tous : résumant en une seule huit millions de volontés, il donne à la légitimité de votre pouvoir la plus large base sur laquelle se soit jamais assis un gouvernement en ce monde. Depuis ce jour où six millions de voix, recueillies pour vous par le pouvoir qu’elles vous appelaient à remplacer, vous ont remis le sort de la patrie, la France, à chaque nouveau scrutin, a marqué par de nouveaux millions de suffrages l’accroissement continu de sa confiance en vous. En dehors comme en dedans de ses comices, dans ses fêtes comme dans ses votes, partout ses sentiments ont éclaté : d’un bout à l’autre du pays, se précipitant sur vos pas, accourant de toutes parts pour saluer, ne fût-ce que de loin, l’homme de leurs espérances et de leur foi, nos populations ont assez fait voir au monde que vous étiez bien leur Empereur, l’Empereur voulu par le peuple ; que vous aviez bien avec vous cet esprit national qui, au jour marqué par la Providence, sacre les nouvelles dynasties et les asseoit à là place de celles qu’il n’aime plus... »

L’Empereur a répondu : « Aidez-moi tous à asseoir sur cette terre bouleversée par tant de révolutions un gouvernement stable qui ait pour bases la religion, la justice, la probité, l’amour des classes souffrantes. » C’est le rétablissement de l’union du peuple et de l’Empereur.

Le second Empire est fait. Nous n’avons pas à en retracer l’histoire. Cette histoire est écrite dans le coeur du peuple (21). Nul n’a oublié ce grand règne dans le cours duquel les populations des villes aussi bien que les populations des campagnes ont trouvé, par l’ordre et le travail, la tranquillité et la fortune. Ce sont les biens que l’Empire donne (22).

Si un coup d’oeil rétrospectif est cependant permis à ce sujet, ne devons-nous pas constater ici que l’Empire peut seul faire le bien du peuple parce que seul il s’appuie sur lui. Tous les hommes politiques, impérialistes ou non, l’ont reconnu, et, parlant du premier Empereur, M. de Cormenin lui-même (23) s’est exprimé ainsi : « Le peuple aimait Napoléon Ier pour trois raisons. Il était sorti de sa souche ; il n’a jamais séparé la gloire du peuple de la sienne ; il a souffert pour la sainte cause du peuple français. Ce qui lui a attaché le peuple ce n’est pas le trône, c’est l’exil ce n’est pas Austerlitz, c’est Waterloo ; ce que le peuple aimait dans le héros, c’était le martyr. »

Parlant aussi de Napoléon Ier, Napoléon III a pu dire dans ses Idées napoléoniennes : « Aimé surtout des classes populaires, Napoléon pouvait il craindre de donner des droits politiques à tous les citoyens? Lorsque, nommé consul à vie, il rétablit le principe du droit d’élection, il proféra ces paroles remarquables : Pour la stabilité du gouvernement, il faut que le peuple ait plus de part d’activité aux élections. Ainsi, déjà, en 1803, Napoléon prévoyait que la liberté fortifierait son pouvoir. Ayant ses plus chauds partisans dans le peuple, plus il abaissait le cens électoral, plus ses amis naturels avaient de chances d’arriver à l’Assemblée législative ; plus il donnait de pouvoir aux masses, plus il affermissait le sien. »

Napoléon Ier l’a bien compris d’ailleurs. Il savait que, comme devait le reconnaître plus tard l’héritier de sa couronne, « ses plus vrais amis étaient sous le chaume. » On n’a pas oublié les termes de son discours du champ de Mai, en 1815. « Empereur, consul, soldat, disait-il, je tiens tout du peuple. Dans la prospérité, dans l’adversité, sur le champ de bataille, au conseil, sur le trône, dans l’exil, la France a été l’objet unique et constant de mes pensées et de mes actions. Comme ce roi d’Athènes, je me suis sacrifié pour mon peuple, dans l’espoir de voir se réaliser la promesse donnée de conserver à la France son intégrité naturelle, ses honneurs et ses droits. L’indignation de voir ces droits sacrés, acquis par 25 années de victoires, méconnus et perdus à jamais, le cri de l’honneur français flétri, les voeux de la nation m’ont ramené sur ce trône qui m’est cher parce qu’il est le palladium de l’indépendance, de l’honneur et des droits du peuple. »

Et, après Waterloo, dans un retour sur le passé, Napoléon 1er recherchait s’il avait constamment travaillé au bonheur du peuple. « Moi-même, me suis-je demandé quelquefois, ai-je bien fait pour ce peuple malheureux tout ce qu’il avait droit d’attendre? Il a tant fait pour moi (24)! »

Oui, l’Empereur Napoléon Ier a fait pour le peuple tout ce que celui-ci attendait de lui (25). « Avec Napoléon, — dit le général Foy (26), peu ami du premier Empire, — avec Napoléon, on ne connaissait ni les vexations des subalternes, ni l’intolérance des castes, ni l’intolérable domination des partis. La loi était forte, souvent dure, mais égale pour tous (27). »

Napoléon Ier cherchait non-seulement à rendre conformes au principe d’égalité nos lois ou nos usages (28) ; il cherchait surtout à les rendre favorables au plus grand nombre (29). « Je reconnais la nécessité, disait-il (30), de multiplier les propriétaires, qui sont les plus fermes appuis de la sûreté et de la tranquillité des États (31). » Et comme les beaux esprits riaient de cette incessante préoccupation, l’Empereur s’écriait : « Que m’importe l’opinion des salons et des caillettes ? Je ne l’écoute pas, je n’en connais qu’une : celle des paysans. Tout le reste n’est rien (32). »

Raconter ici les grandes choses du règne de Napoléon Ier dépasserait le cadre de cette étude (33). Qu’il nous suffise de citer l’opinion suivante d’un historien : « Il semble que, pour sauver l’influence et la pensée de la Révolution, Napoléon Ier ait suscité l’âme de la nation, sollicité toutes ses ressources vitales, développé toute son activité corporelle et intellectuelle, philosophique et religieuse, morale et politique, commerciale et agricole, industrielle et artistique. Au spectacle de cette pensée, où président la science et le bon sens, où règne une lumière admirable, l’esprit s’arrête étonné, ému. Et, plus on pénètre dans l’idée de Napoléon Ier, plus cette émotion grandit. Car il y a vraiment quelque chose de touchant avoir cette pensée magistrale descendre, pour ainsi dire, jusqu’au simple foyer du pauvre, s’y asseoir, en étudier le malaise, en rechercher, par la protection accordée au sol, par cent institutions ingénieuses et charitables, le remède efficace, et laisser, en partant, sous le plus pauvre toit, une pensée de patrie, de gloire, de moralité, de travail et de bien-être (34). »

Par son souci des intérêts matériels et moraux du peuple, Napoléon III se montra peut-être supérieur encore au premier Empereur (35). Avant d’arriver au trône, le prince Louis-Napoléon avait déjà esquissé son programme social dans un ouvrage sur l’Extinction du paupérisme, d’où nous nous bornons à extraire ces lignes : « La classe ouvrière ne possède rien, il faut la rendre propriétaire. Elle n’a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous. Elle est encore un peuple d’ilotes au milieu d’un peuple de sybarites, il faut lui donner une place dans la société et associer ses intérêts à ceux du sol. »

Dans ses Idées napoléoniennes, Napoléon III ajoutait : « L’identité des intérêts entre le souverain et le peuple, voilà la base essentielle d’une dynastie. Un gouvernement est inébranlable quand il peut se dire : Ce qui profitera au plus grand nombre, ce qui assurera la liberté des citoyens et la prospérité du pays fera aussi la force de mon autorité et consolidera mon pouvoir. »

Et, quand le prisonnier de Ham devint, par la volonté du peuple, chef de l’État, quand il put, dans une certaine mesure, réaliser ses vœux philanthropiques (36), que ne fit-il pas ! Les sociétés de secours mutuels lui durent, en quelque sorte, l’existence. Le Crédit foncier, destiné à encourager l’agriculture, fut créé, etc. Plus tard, le principe du libre-échange vint, grâce à la seule initiative de l’Empereur, transformer notre commerce et notre industrie (37). D’ailleurs, dès l’époque de sa présidence, Louis-Napoléon put dire au Conseil général de l’agriculture, du commerce et de l’industrie réunis à Paris : « Tout en prenant les mesures générales qui doivent concourir à la prospérité du pays, le gouvernement s’est occupé du sort des classes laborieuses. Les caisses d’épargne, les caisses de retraites, les caisses de secours mutuels, la salubrité des logements d’ouvriers, tels sont les objets sur lesquels, en attendant la décision de l’Assemblée, le gouvernement appellera votre attention. »

Dans un des voyages que le Prince-Président fit dans l’Ouest, un ouvrier d’Elbeuf lui adressa les paroles suivantes : « Au 10 décembre, nos ateliers étaient déserts, nos souffrances inouïes. La volonté nationale vous place à la tête de l’État, et cette heureuse inspiration ramène, avec l’ordre et la confiance, l’activité de l’industrie qui nous fait vivre. Le travail a déjà ramené parmi nous quelque bien-être ; nous vous en rendons grâces, monsieur le Président, et nous espérons en vous pour l’avenir, car nous savons que notre sort vous touche et vous préoccupe vivement. » Et le Prince-Président répondit : « Je suis bien touché des paroles que vous venez de m’adresser au nom des ouvriers d’Elbeuf. Vous ne vous trompez pas en pensant que ma sollicitude est acquise à la classe ouvrière; mes efforts auront toujours pour objet d’améliorer sa position. »

Recevant les délégués de la Sologne, le Prince- Président pouvait dire encore : « Les intérêts des populations agricoles me sont chers partout ; mais une contrée souffrante et décimée par les fièvres appelait mes premières sollicitudes. J’ai voulu savoir directement et exactement quelle était l’étendue du mal. »

Quel gouvernement, nous le demandons, s’est aussi constamment préoccupé que le gouvernement de Napoléon III des besoins de la classe ouvrière et des populations agricoles ? Aussi le peuple montrait-il sans cesse sa fidélité envers l’Empereur. Non-seulement dans ses plébiscites, mais encore dans toutes les élections, il préférait aux candidats des anciens partis les candidats qui se disaient dévoués à l’Empereur. On a parlé, à ce sujet, de candidatures officielles ! Là, comme dans toutes les questions qui touchent, par exemple, à la liberté dont on jouissait sous l’Empire (38), l’Empereur a été calomnié. Jamais l’Empereur n’employa dans les élections les pressions administratives employées depuis le 4 septembre(39).

Voici, par exemple, ce que ses ministres écrivaient aux préfets (40) : « Trois fois sacré par le suffrage universel, l’Empereur l’invoque toujours avec confiance. Quand, en 1851 et 1852, huit millions de suffrages lui livraient la couronne et les destinées du pays, il y avait, dans ce vote éclatant, cet amour mêlé d’orgueil que la France retrouvait au fond de ses entrailles pour la dynastie des Napoléon; il y avait, entre elle et eux, le sentiment d’une solidarité indissoluble de gloire et de malheur; il y avait aussi la peur de l’anarchie et l’espérance d’un gouvernement fort et ami du peuple. Aujourd’hui, c’est toujours le même prestige populaire autour des Bonaparte; mais il y a, de plus, six années d’une administration féconde et glorieuse ; les palmes de la guerre et les fruits de la paix, une immense prospérité matérielle rehaussée par un merveilleux sentiment de notre grandeur nationale. La réalité a dépassé nos espérances. De tels résultats, qui devraient convaincre et rallier tous les esprits élevés, sont parfaitement compris par les loyaux travailleurs de nos campagnes, par les intelligents ouvriers de nos villes. Cette masse d’hommes laborieux, qui forme la large base du suffrage universel, a le sentiment profond de la préoccupation incessante de l’Empereur pour elle et des grandes choses qu’il fait pour le pays. Appelez-les tous au scrutin, monsieur le préfet, ils ont fait l’Empire, ils l’aiment, ils sauraient au besoin le défendre. »

Voilà en quoi consistait alors la candidature officielle. On rappelait au peuple qu’il avait fait l’Empire et que c’était à lui de le défendre. Et le peuple le défendait. Quel autre gouvernement pourrait parier ainsi ? Aux élections de 1863, le ministre de l’intérieur (41)tint aux préfets le même langage que M. Billault : « Monsieur le préfet, disait-il, les élections qui se préparent vont être pour la France une nouvelle occasion d’affirmer devant l’Europe lès institutions qu’elle s’est données. Dans cette circonstance, j’ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui doivent vous servir de guide. Vous n’oublierez pas que l’Empire est l’expression des besoins, des sentiments, des intérêts des masses, et que, avant de rallier à lui toutes les forces vives de la nation, c’est dans la chaumière du peuple qu’il a été enfanté. »

Enfin, le plébiscite de 1870 montra que le peuple et l’Empereur sont toujours demeurés unis (42).En veut-on une dernière preuve? Jamais, sous le premier comme sous le second Empire, il n’y eut la moindre émeute sérieuse (43), tandis que les règnes de Charles X et de Louis-Philippe furent remplis de luttes sanglantes ou de complots (44) ; et que la République (celle de 1848, comme celle de 1870) a déchaîné la guerre sociale. Ce qui prouve bien, encore une fois, que l’Empire est le seul régime qui puisse également protéger la démocratie et l’ordre (45).

 

Comment se fait-il qu’ainsi aimé du peuple, l’Empereur soit tombé? Comment se fait-il qu’après

Sedan (46), Napoléon III, qui n’avait pas désiré la guerre (47), ne se soit pas relevé, pas plus que

Napoléon Ier après Waterloo ?

 C’est que le peuple a été trahi, aussi bien après Waterloo qu’après Sedan. Les Russes avaient des amis dans la France de 1815, comme les Prussiens avaient des amis dans notre France de 1870 (48). Nous ne voulons pas récriminer; mais, pour ne parler que des derniers événements, il est bien certain que les Prussiens ont trouvé dans les hommes du 4 septembre (49) les alliés les plus utiles pour renverser cet Empire (50) que le peuple avait fondé et dont le maintien eût sauvé la Lorraine et l’Alsace (51).

 Quoi qu’il en soit, l’Empire n’a jamais été renversé par la France (52). Et Napoléon III, pensant à la chute du premier Empereur, a pu écrire dans ses Idées napoléoniennes : « C’est une consolation pour ceux qui sentent le sang du grand homme couler dans leurs veines, que de penser aux regrets qui ont accompagné sa disparition. Elle est enorgueillissante, la pensée qu’il a fallu tous les efforts de l’Europe combinée pour arracher Napoléon Ier à cette France qu’il avait rendue si grande ! Ce n’est pas le peuple français qui a sapé son trône, il a fallu deux fois douze cent mille étrangers pour briser le sceptre impérial. » n

 

Notes :

D’un Napoléon à l’autre

(1)On croyait cependant que, l’Empereur étant mort, c’en était fait de l’Empire. Ainsi, monsieur Louis Blanc écrivait encore, en 1846, dans son Histoire de dix ans : « C’était parce que l’œuvre, l’Empereur était finie, sa mission épuisée,  qu’on avait laissé mourir l’Empereur sur ce rocher où, selon le mot de Chateaubriand, on l’apercevait de toute la terre. »

(2)Hist. Populaire de Napoléon III, par MM. De Cassagnac.(Lachaud et Cie, éditeurs.)

 *

 Du prétendant au dernier Empereur

  (1)«Que ce respect pour le principe de la souveraineté populaire fut, de la part du jeune prince, parfaitement loyal et sincère, rien de plus certain. » Louis Blanc, Histoire de dix ans, tome V, p. 115.

(2)Les républicains ne sont pas de cet avis.«L'armée est un chancre qui nous dévore,» disent-ils. Le mot est de M.Garnier- Pagès.

(3)«Jamais des innombrables multitudes ne s'étaient pressées dans les flancs de la capitale. De cinquante lieues à la ronde, les villes, les villages, l es bourgades avaient versé sur la Seine toute leur population, hommes, femmes, enfants et vieillards, tous entassés pendant de longues heures sous un froid de dix degrés, pour jeter un coup d'oeil passager sur le char, qui portait leur divinité. Et, quand le char se montrait, les sanglots éclataient, mêlés à des cris d'amour, et l'âme de tout un peuple se confondait en un seul sentiment d'inexprimable ivresse... Plusieurs des invalides qui formaient la haie sur le passage du corps s'étaient agenouillés malgré la consigne ; d’autres essuyaient des larmes roulant sur leur paupière… Ce jour fut un grand enseignement pour ceux qui accusent les peuples d'ingratitude et d'oubli. Il montra surtout combien avait encore de puissance le nom de Napoléon, combien il parlait .haut à l'imagination des Français. Un ministre de l'intérieur avait dit : «Napoléon fut le souverain, légitime de la France. » La nation tout entière venait de le redire avec bien plus d'éloquence encore par son enthousiasme, ses joies et ses attendrissements.» Elias Regnault, Histoire de huit ans, tome Ier, p. 425..

(4)Elias Regnault, Histoire de huit ans, tome Ier, ch. IX.

(5) Taxile Delord, Histoire du second Empire, tome Ier, P. 45.

(6)Seine, Yonne, Corse et Charente-Inférieure. (Élections des

4 et 18juin 1848.)

(7)« Je viens d'apprendre à l'instant le résultat officiel des

Elections de Paris. Louis-Napoléon Bonaparte a été élu d'une manière inattendue... Son nom a été reçu à l'Hôtel-de-Ville, me dit-on, avec enthousiasme par la foule.» Journal de M. le marquis de.

Normanby, ambassadeur d'Angleterre.

(8)« Il semblait qu'au, seul nom de Bonaparte, la République allait disparaître dans une échauffourée.»V. Pierre, Histoire de la République de 1848, p. 343.

(9)«Ces arrêts du suffrage universel ne dénonçaient-ils pas à la République une réaction imposante, de l'opinion, le discrédit de, ses œuvres et de ses hommes, un appel désespéré même à l'inconnu.? Remonter. Le courant du scrutin populaire, morigéner ses volontés ou ses caprices, devient dès lors l'unique préoccupation de la Commission exécutive.» V. Pierre, Histoire de la République de 1848, p. 339.

(10)« On ne saurait douter que l'opinion publique n'ait été très indisposée contre la Commission exécutive par l'ordre arbitraire qu'elle a donné, comme on en est informé, d'arrêter Louis Napoléon Bonaparte. Cet ordre ressemblait trop à un acte de l'ancien Comité de salut public, etc. » Journal du marquis de Normanby

(11)Seine, Corse, Moselle, Yonne et Charente-Inférieure.

(12)«L'influence de l'imprévu ne s'est jamais montrée si frappante qu'en ce qui concerne la personne de Louis-Napoléon Bonaparte...Avec le suffrage universel, le destin futur de ce pays est entre les mains des paysans, s'ils savent seulement deux choses: ce qu'ils veulent et ce qu'ils peuvent.» Journal du marquis de Normanby, ambassadeur d'Angleterre.

(13)« Voici un fait que je tiens de  M .Molé: Larcy.  Légitimiste du Midi, s'était d'abord vigoureusement opposé à la candidature de Bonaparte; il avait prétendu, quelques jours auparavant, que cette idée n'avait fait aucun progrès dans le Midi; il a annoncé, depuis, qu'elle avait rallié tous les paysans, que cette candidature leur paraissait le seul moyen de se débarrasser de la République rouge, la seule qu'ils connussent, etc. Cette lettre a été montrée à, Dufaure, qui a répondu: «Nous en recevons de pareilles de toutes les parties de la France, mais... et il a haussé les épaules, comme pour dire : Il est trop tard. » Journal du marquis de Normanby, ambassadeur d'Angleterre.

(14)M.J. Chantrel. Histoire contemporaine.

(15)Lire les Discours, Messages et Proclamations de l'Empereur, vol. in-8°, chez Plon,

(16) Lire l'excellente brochure d'un ouvrier (A. Bradier) sur « Les Bienfaits de l'Empire ». Edition populaire chez Lachaud. Lire aussi l’opuscule de M.A.Duruy, « Comment les Empires reviennent ». (Lachaud, éditeur.)

(17)« De tous les princes qui régnèrent sur la France, sans en excepter Henri IV, Napoléon III a le plus aimé le peuple, a le plus fait pour lui, et le peuple le sait. » Cormenin, Pamphlets, édition de 1870,p. 327.

(18)Taxile Delord, Histoire du Second Empire, tome Ier, p. 222. Nous citons M. Delord de préférence à tous les autres historiens du Second Empire, précisément à cause du parti-pris de haine qu'il montre, dans son histoire-pamphlet, contre l'Empereur Napoléon III.

(19)Cette loi privait du droit électoral près de trois millions de citoyens. Elle fut élaborée par M. Thiers, qui flétrissait« la vile multitude.» Louis-Napoléon Bonaparte rétablit, le 2 décembre 1851, le suffrage universel qu'une Assemblée, élue sous la République, avait mutilé.

(20)Les députés eux-mêmes, qui avaient été arrêtés, étaient secrètement heureux du succès du coup d'Etat. Daniel Stern, dans son Histoire de la Révolution de 1848, rapporte que M.de Palloux disait à M. de Persigny, qui était venu le visiter dans sa prison : « Je l'avoue tout bas à cause de nos collègues, mais, au fond, je crois que vous avez bienfait. »  

(21)Rappelons les faits : pendant les dix-huit ans du règne de Napoléon III, les revenus annuels de notre agriculture se sont accrus de plus de deux milliards, et la valeur du sol de plus de vingt milliards. C'est aussi par milliards qu'il faut compter l'augmentation du nombre et la plus-value des autres propriétés immobilières: maisons, usines, constructions de toutes sortes. L'industrie et le commerce ont prospéré plus rapidement et plus largement encore. Pendant ces dix-huit ans, leurs produits et leurs échanges se sont élevés de quatre à dix milliards, et les valeurs mobilières: titres de rente, actions, obligations diverses, se sont accrues de quinze milliards. Nos chemins de fer comptaient, en 1870, douze mille kilomètres de plus qu'en1851.Nos canaux, nos routes, nos chemins de grande, de moyenne et de petite vicinalité, ont suivi la même progression. Le service de postes s'est étendu aux plus petites localités, et le réseau des lignes télégraphiques a couvert la France entière, etc., etc. Ils en ont menti, par un rural. (Amyot, éditeur.)

(22)Une année après le coup d’état,  Schneider, rapporteur de la commission du budget, disait : « Partout la propriété, les capitaux, les bras, les intelligences sont à l'œuvre et redoublent d'activité. Que dire de ce magnifique réveil du commerce et de l'industrie qui frappe tous les yeux? Il n'y a plus d'ouvriers inoccupés; ce n'est plus le travail qui manque, ce sont les hommes qui ne suffisent pas; on n'avait pas osé perfectionner ses procédés, changer ses machines, accroître ses moyens de production, tant qu'on avait vécu sous des institutions politiques qui ne pouvaient garantir la sécurité du lendemain. Quelle transformation s'est opérée à la faveur du gouvernement stable dont l'Empereur à doté le pays! »

(23)Cormenin, Pamphlets, édition in-8° de 1870,p. 323.

(24)Mémorial de Sainte-Hélène.

(25)« La France démocratique doit beaucoup à l'Empereur Napoléon. Elle lui doit deux choses d'un prix immense: au-dedans l'ordre civil, au dehors l'indépendance nationale fortement établie par la gloire.» Guizot, La Démocratie en France.

(26)Foy, Guerre de la Péninsule, tome Ier ,p. 18.

(27)Un ennemi de l'Empire, M. Edgar Quinet, s'exprime ainsi à ce sujet: « Une autre chose servit à conserver jusqu'au bout à Napoléon le cœur des masses: il ne connut pas la distinction impie de la bourgeoisie et du peuple. Jamais l'idée ne lui vint de partager le pays en riches et en pauvres, de se donner aux uns, de se défier des autres. Appliquant à la société son principe de tactique, il "fit de tous les enfants de la France une seule masse, la grande nation, la grande armée, qui respirait, il est vrai, sous la mitraille, mais qui n'avait qu'un loyer, un drapeau, une âme. Y avait-il un pays légal et un pays illégal, des bourgeois et des prolétaires, à Marengo, à Austerlitz, à Iéna ? Non; il y avait des hommes qui tous ensemble ont conquis, pour eux et pour leurs descendants, le droit de cité,»

(28)« Un jour que l'Empereur visitait le Prytanée de Saint-Cyr, il fut choqué de la différence qui existait dans l'habillement des élèves. Les uns avaient un costume recherché;  les vêtements des autres étaient en lambeaux. L'Empereur déclara qu'il ne voulait pas de distinction parmi les élèves; que l'égalité devait être le premier élément de l'éducation; et il fit donner à tous le même uniforme.»(Idées napoléoniennes.)

(29) « Je n'épouse aucun parti que celui de la masse, »disait Napoléon Ier.(Mémoires du duc de Rovigo.)

(30)Procès-verbaux du Conseil d'État.

(31) »Le système napoléonien consiste à faire marcher la civilisation sans discorde et sans excès, à donner l'élan aux idées, tout en développant les intérêts matériels, à discipliner les masses.» Lettre de L.-N. Bonaparte à la reine Hortense, 1836..

(32)Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire.

(33)« L'agriculture n'a cessé de faire de grands progrès sous l'Empire. C'est par des comparaisons et des exemples, disait Napoléon, que l'agriculture, comme tous les autres arts, se perfectionne. Il ordonnait aux préfets de lui faire connaître les propriétaires cultivateurs qui se distingueraient soit par une culture mieux entendue et mieux raisonnée, soit par une éducation plus soignée des bestiaux et par l'amélioration des espèces. Dans les départements qui étaient arriérés pour la culture, on engageait les bons propriétaires à envoyer leurs enfants étudier la méthode usitée dans les départements où l'agriculture était florissante. Des éloges et des distinctions étaient décernés à ceux qui avaient le mieux profité. Le Code rural, projeté dès 1802, fut soumis en 1808 à des commissions consultatives, formées dans chaque ressort de cour d'appel, et composées de juges, d'administrateurs et d'agriculteurs les plus distingués. Il ne put être achevé sous l'Empire... L'industrie non-seulement fut encouragée, mais on peut dire qu'elle fut en quelque sorte créée; elle atteignit en peu de temps un degré extraordinaire de prospérité. L'Empereur releva l'industrie en faisant concourir les sciences à son amélioration. " Si l'on m'eût laissé le temps, disait-il, bientôt il n'y aurait plus eu de métiers en France; tous eussent été des arts. »En effet, la chimie et la mécanique furent sous son règne employées à perfectionner toutes les branches d'industrie. Aussi que de machines furent créées, que d'inventions virent le jour durant le régim eimpérial!... Les prix les plus élevés furent fondés pour encourager toutes les inventions. Une somme d'un million fut promise à l'inventeur de la meilleure machine pour filer le lin; un premier prix de 40,000francs et un second de 20,000, à l'auteur de la machine la plus propre à ouvrir, carder, peigner et filer la laine. Il créa des manufactures de coton, qui comportent le coton filé, le tissu, enfin l'impression. Avant l'Empire, l'art de filer le coton n'était pas pratiqué en France; les tissus nous venaient de l'étranger. Le coton fut cultivé avec avantage au midi de la France, en Corse, en Italie; on évalua en 1810 la récolte à 100,000 kilogrammes, etc. Napoléon ordonna qu'on fit des fouilles pour chercher du granit, et c'est à cet ordre qu'on doit les carrières qu'on exploite encore parfois aujourd'hui. Les produits européens remplacèrent les produits exotiques; le pastel suppléa à l'indigo; la betterave fut  substituée à la canne à sucre, et la garance à la cochenille; les fabriques de soudes artificielles remplacèrent les soudes étrangères La fabrication du sucre de betterave s'élève à 50 millions de kilogrammes par an...Les travaux publics, que l'Empereur fit exécuter sur une si grande échelle, furent non-seulement une des causes principales de la prospérité intérieure, mais ils favorisèrent même un grand progrès social. En effet, ces travaux, en multipliant les communications, produisaient trois grands avantages: le premier, d'employer tous les bras oisifs et de soulager ainsi les classes pauvres; le second, de favoriser l'agriculture, l'industrie et le commerce, la création de nouvelles routes et de canaux augmentant la valeur des terres et facilitant l'écoulement de tous les produits; le troisième enfin était de détruire l'esprit de localité, et de faire disparaître les barrières qui séparent non seulement les provinces d'un État, mais les différentes nations, en facilitant tous les rapports des hommes entre eux, et en resserrant les liens qui doivent les unir. » Napoléon III, Idées napoléoniennes.

(34)H. Castille, Philosophie de la légende impériale.

(35)«N'est-ce pas à Napoléon III que la classe ouvrière doit le complément de son émancipation, la suppression des entraves que la Révolutionde89 lui avait encore laissées? N'est-ce pas lui qui l'a placée sur le pied d'une entière égalité de droits avec les patrons? Et que n'a-t-il pas fait pour multiplier, encourager, soutenir ces associations coopératives et de secours, qui rendaient déjà tant de services aux véritables travailleurs! Ceux qui se sont laissé abuser par les fausses doctrines des utopistes, dont l'unique but était d'exploiter la misère et les passions des masses, ne tarderont pas à reconnaître de quel côté se trouvait le véritable ami du peuple. Si Napoléon Ier a été la révolution à cheval, Napoléon III était la démocratie couronnée.» Ils en ont menti, par un rural. (Amyot, éditeur.)

(36)« Au lieu d'applaudir à ces généreux sentiments ,les adversaires de l'Empire les ont transformés en calculs égoïstes;  il sont parlé de césarime, de démagogie couronnée; et ces prétendus amis du peuple, rappelant le mot du haineux Juvénal: Panem et circenses, montraient le suffrage universel se vendant pour une sportule. L'Empereur laissait dire et n'en continuait pas moins d'attaquer par tous les moyens le paupérisme, afin de restreindre de plus en plus le cercle fatal où la misère et le crime prélèvent pour la mort ou pour la honte leur dîme funèbre. Le budget des établissements généraux de bienfaisance fut doublé et, pour certaines branches du service, triplé; en dix-huit années, on ouvrit cent cinquante-trois établissements hospitaliers nouveaux; tout juste autant que les autres gouvernements en avaient fondé dans l'espace de soixante ans, de 1789 à 1850.Le traitement à domicile fut institué, bienfaisante innovation qui,

laissant le malade au milieu des siens, donne plus de chances à la guérison, ou rend la mort moins affreuse. Les Asiles de Vincennes, du Vésinet, de Longehène s'ouvrirent pour recevoir les convalescents et prévenir des rechutes fatales .En quelques années, cent cinquante mille individus y trouvèrent la santé complète et la force nécessaire pour reprendre leurs travaux. La médecine cantonale gratuite n'existait que dans deux départements, elle fut établie dans cinquante, etc.» Duruy, Comment les Empires reviennent.

(37)« Avant le traité de commerce, qui souleva tant de colères et fit naître tant d'injustes préventions, le commerce spécial de la France avec les puissances étrangères ne s'élevaitqu'à1milliard 900millions. Ce commerce dépassait 3 milliards 200millions en 1866.La richesse du  pays,: dans les dix dernières années du gouvernement impérial, a pris un accroissement constant; c'est aujourd'hui un fait incontestable; et nous ne craignons pas d'avancer que c'est à l'épargne accumulée sous l'Empire qu'est due la facilité avec laquelle nous avons pu supporter les charges énormes de la guerre et trouver les capitaux nécessaires à notre rançon.» Octave Noël, Revue de France, novembre1874.

(38)Lire l'excellente brochure de M. Fernand Giraudeau, Vingt ans de despotisme et quatre ans de liberté. (Lachaud, éditeur) M. John Lemoinne ne demandait-il à la même époque, dans le Journal des Débats, « la liberté comme sous 'Empire?»

(39)Prenons comme exemple l’élection des Hautes-Pyrénées (17janvier 1875), le préfet de ce département faisait appeler tous les maires et leur disait: « J'ai fait appeler tous les maires; je ferai appeler tous les instituteurs. Je briserai tout ce qui me résistera. » Ce qui n'a pas empêché, d'ailleurs, le candidat qu'il combattait, M. Cazeaux , impérialiste, d'être élu à une forte majorité.

(40)Circulaire de M. Billault, du 30mai1857.

(41)Circulaire confidentielle de M.de Persigny, 18 mai 1863.

(42)Dans le plébiscite du 8 mai 1870, le peuple français répondit à l'appel de l'Empereur par 7,350,142 oui.

(43)Sous le premier Empire,«aucune troupe n'était nécessaire, même dans les pays réunis. Le Piémont, la Toscane, Gènes, n'avaient pas 1,500 hommes de troupes. Dans le temps que l'Empereur était à Vienne, il n'y avait que 1,200hommes de garnison à, Paris. L'Empereur se promenait au milieu de la foule qui couvrait le Carrousel ou dans le parc de Saint-Cloud, dans une calèche à quatre chevaux, au pas, avec l'Impératrice et un seul page, au milieu de 150,000 spectateurs environnant sa voiture. Les contemporains l'ont vu.» (Thibaudeau, tome VIII, p. 176.)Sous le second Empire, les républicains se plaignaient du calme qui régnait en France. Nous n'inventons rien. Dans un procès fameux, M. Dufaure le  disait carrément :" Navigateurs engourdis, nous mourons d'ennui dans le marasme et le calme plat. » Et, se souvenant de ce mot, M.Picard, plusieurs années après, s'écriait, à son tour, avec indignation: « Le pays est plongé dans un calme effrayant.»

(44)Émeute des paysans avec Didier, en 1816; conspiration des patriotes de1816; troubles de Lyon en 1817; troubles de juin 1820; conspiration du 19août; sociétés secrètes; complots de Saumur; conspiration de Belfort; second complot de Saumur; les quatre sergents e La Rochelle; troubles à Paris en 1822; barricades de 1827; révolution de Juillet; sac de l'archevêché en 1831;insurrection de Lyon; troubles de Grenoble en 1832; combats de juin 1832; insurrection des Mutuellistes; combats de la rue. Transnonain; émeute militaire de Vendôme; émeute des12 et 13 mai1839;troubles de 1841; affaire de Buzançais, etc.

(45)« L'Empire correspond exactement au tempérament de ce pays. Empruntant à la Monarchie sa force de résistance, à la République sa force d'initiative, également éloigné des abus de la première et des excès de la seconde, à la fois autoritaire et démocratique, il peut, tout en procurant aux intérêts la sécurité dont ils ont besoin, donner aux aspirations démocratiques toutes les satisfactions légitimes. Par sa force monarchique, par ses institutions appropriées aux exigences du temps présent, bien qu'elles paraissent d'ancien régime, il flatta le goût très vif que cette nation a gardé pour les souvenirs et les traditions d'un autre âge; par son origine populaire, il répond à ses instincts profondément égalitaires. Fondé sur le suffrage universel, il trouve dans la largeur de sa base et dans l'énergie de sa Constitution un frein qui lui permet de résister sans effort de réaction à l'entraînement des courants populaires. Bref, c'est le seul régime qui .puisse sans inconvénient pencher du côté du peuple, et qui ait osé réaliser quelques-unes des grandes améliorations que l'état de notre société réclamait impérieusement. » A. Duruy, Comment les Empires reviennent.

(46)Sur l'attitude de l'Empereur à Sedan, on a essayé d'accréditer bien des calomnies. On a été, par exemple, jusqu'à mettre en doute le courage, deNapoléon III! Les républicains eux-mêmes ont dû cependant constater que l'Empereur n'a jamais craint la mort. Ainsi, le correspondant républicain du journal le Temps écrivait, le 2 septembre 1870, à ce journal; «L'Empereur a voulu mourir. Le fait est maintenant avéré. La mort a passé près, de lui comme près.de Ney sur le plateau de Mont Saint-Jean, quand les boulets qu'il appelait s'obstinaient à l'épargner." Le correspondant du Times, journal anglais, raconte qu'à la bataille de Sedan,« l'Empereur a fait preuve du plus grand courage; il a en vain cherché la mort. Un obus est venu tomber sous les pieds de son cheval.» Le Journal officiel de Berlin, du 8 septembre, dit que,« d'après des témoignages oculaires, à la bataille de Sedan, l'Empereur Napoléon s'est exposé à un tel point, que son intention de se faire tuer était évidente.» Enfin, dans la lettre du publiciste allemand au Standard, nous lisons: « ... L'opposition a déclaré que la capitulation de Sedan avait été un acte de

Lâcheté de l'Empereur, et ce mensonge, accepté sans examen, fut une des bases de la République nouvelle. Cependant, personne ne l'ignore aujourd'hui, le courage froid de l'Empereur ne l'a pas

Abandonné dans cette terrible journée où croulait toute sa puissance. Pendant plusieurs heures, il s'est exposé au feu le plus violent, s'offrant ainsi à la mort. Il n'a pas voulu le suicide, soit; c'est le refuge facile des orgueilleux et des égoïstes; mais quand il à dit : Je n'ai pu me faire tuer à la tête de mes soldats...,il a dit simplement une chose vraie.» Lire la brochure « Ils en ont menti », par un rural. (Amyot, éditeur.)

(47)Lire à ce sujet le Procès historique des auteurs de la guerre de 1870, par Adam Lux. Toutes les citations de cette brochure prouvent que l'Empereur n'a fait que céder à la pression de l'opinion publique. Dans le Correspondant, par exemple, M. Léon Lavedan, écrivait ceci: « Nous sommes de ceux qui applaudissent à la ferme attitude adoptée par le gouvernement. Nous sommes soulagés de nous sentir enfin redevenus Français. Toutes les âmes patriotiques ont salué, comme la Chambre, la déclaration du pouvoir, en y retrouvant avec joie le vieil accent de la fierté nationale. Si l'on réfléchit que les sentiments dont l'explosion vient de retentir étaient comprimés depuis quelques années dans toutes les poitrines, on ne s'étonnera pas que le gouvernement lui-même ait  cédé à l’entrainement universel. » L.'Univers disait : «L'on ne peut nier que l'opinion soit presque unanime à réclamer une action énergique. Une guerre avec la Prusse serait populaire en France... l'opinion publique serait déçue si l'affaire venait à s'arranger par la diplomatie.»Enfin, M.de Girardin écrivait dans la Liberté : « Si la Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, à coups de crosse dans le dos de passer le Rhin et de vider la rive gauche.»

(48)La Gazette d'Italie, qui était fort au courant des vues secrètes des républicains, disait, après nos premiers revers: "Jusqu'à la catastrophe de Sedan, les républicains de Paris attendaient avec anxiété les nouvelles du théâtre de la guerre, tremblant d'apprendre quelque grande victoire de l'Empereur, alors que toutes leurs espérances reposaient sur sa défaite, comme ne l'a que trop prouvé l'événement.» Dans le Réveil du 14 juillet, M. Delescluze n'a-t-il pas écrit : «Si les Prussiens sont battus, si le chassepot l'emporte, le gouvernement  personnel deviendra plus exigeant que jamais et.la liberté sera refoulée dans les limbes.» Ce grand citoyen ne craignait qu'une chose, que les Français fussent vainqueurs! « Périsse la France, pourvu que la République triomphe et que nous soyons les maîtres! » Telle a toujours été la devise de nos révolutionnaires. Un publiciste allemand écrivait, à cette époque, dans le journal anglais le Standard : « Les

Républicains français flairaient dans les désastres de leur patrie les seuls moyens qui leur restaient de satisfaire leurs vengeances et d'assouvir leur ambition.» Ils en ont menti, par un rural, (Amyot)

(49)« J'ai entendu cette parole: « Nous souhaitons un Waterloo! » Et ce n'étaient point là des mots en l'air : ce qui a été dit avant les victoires qu'on craignait, on l'a répété après les désastres qu'on souhaitait. Quelle haine antipatriotique devait donc bouillonner dans le cœur des purs démocrates, quand un pâle libérâtre, un monarchico-constitutionnel pouvait écrire à la fin de décembre1870 cette phrase infâme que le pauvre vieillard eût bien du emporter dans sa tombe déjà entr'ouverte: «L'année1870 qui a renversé l'Empire n'a pas été tout à fait stérile...Nos malédictions doivent se mêler de quelque gratitude; tout compte fait, nous la bénirons!» Au reste, je n'ai que faire des paroles quand les faits sont là pour montrer à qui ont profité ces désastres; après Sedan, le 4 septembre; après Metz, le 31octobre, ou l'essai de la Commune; après Paris, la Commune elle-même. Ainsi, chaque fois que la France descend d'un degré dans l'abîme, l'idée

Républicaine monte d'un degré vers la fortune.»A Duruy, Comment les Empires reviennent, p. 77. Lire aussi Les Hommes du 4 septembre, par Albert Rogat. (Lachaud,éditeur.)

(50)Ce ne sont pas les artisans, dit un publiciste, ce ne sont pas les artisans qui ont renversé le gouvernement impérial : ce sont  (outre les Prussiens)les fruits secs de toutes les carrières, des

Avocats comme Peyrouton, des médecins comme le docteur Tony Moilin et le docteur Goupil, des journalistes comme Delescluze, Maroteau, Vermersch, Vallès, des professeurs comme Flourens, des artistes comme Courbet, des officiers rayés des cadres comme Lullier, des vaudevillistes comme Rochefort, des employés de commerce comme Jourde, des acteurs comme Lisbonne. D'ouvriers, point.»

(51)On sait qu'une dépêche, arrivée de Saint-Pétersbourg au ministère des affaires étrangères, à Paris, le 4 septembre1870, promettait à l'Impératrice Eugénie l'intervention amicale de la Russie pour sauvegarder « l'intégrité du territoire français. » Mais, du jour où la Russie apprit que Napoléon III avait été renversé, elle nous retira son concours. D'ailleurs, on a, sur la question de savoir si l'on pouvait éviter de perdre l'Alsace et la Lorraine, l'aveu de M.Jules Favre lui-même. Dans la séance de l'Assemblée nationale du 16 juin 1871,M.de Valon affirma que M. Jules Favre lui avait raconté, à Bordeaux, que«M.de Bismark  aurait fait la paix, au mois de septembre 1870, sans exiger d'autre cession de territoire que Strasbourg et sa banlieue.» Le lendemain, M.Jules Favre, invité à répondre, avoua que ce que M.de Valon rapportait était vrai. Ce n'est donc pas l'Empire quia perdu l'Alsace et la Lorraine, ce sont, de leur propre aveu, les hommes du 4 septembre.

(52)«La base de notre état social et politique, depuis 89,est la souveraineté nationale. Quelques mois avant la révolution du 4 septembre, la nation s'était prononcée, pour la troisième fois et à la presque unanimité, en faveur de l'Empereur, de sa dynastie et de la Constitution impériale. Pour détruire cette Constitution, pour renverser l'Empire, il fallait la volonté de la France. Est-ce la France qui a fait la révolution de septembre? Quelques députés, ayant pour auxiliaire un général qui tenait son autorité de l'Empereur, et pour appui une bande d'émeutiers qui, plus tard, les ont chassés de Paris, se sont emparés du pouvoir suprême.

Telle est l'origine du gouvernement des nouveaux Septembriseurs. Ils étaient à peine installés qu'ils prononçaient la déchéance de l'élu du peuple, qu'ils expulsaient les représentants légaux de la nation et proclamaient, sur les ruines de la Monarchie que voulait la France, la République dont elle ne voulait pas. La volonté particulière de ONZE hommes, et quels hommes!  Se substituait ainsi à la grande volonté du pays.» Ils en ont menti, par un rural. (Amyot,éditeur.)