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Napoléon III,
digne héritier
par David Saforcada
Secrétaire
général
de France
Bonapartiste
D’un Napoléon à l’autre
Mais son idée ne mourut
pas (1).
Déjà, la reine Hortense,
cette fille adoptive de l’Empereur, s’est identifiée à la politique de
l’Empire. Ainsi, en 1813, quand l’horizon de la France s’assombrit, la
reine Hortense prie son mari, qui est à Naples, de venir se réunir à
tous les Français pour la défense de son pays. « Voilà comment il faut
reconnaître, écrit-elle, tout ce que ce peuple a fait pour notre
famille. » Un historien (2), qui cite ces paroles, ajoute : « Ce mot de
peuple est constamment à la bouche de la reine. Jamais elle n’oublie que
sa famille doit tout au peuple, qu’elle n’est quelque chose que par lui
seul, et sans cesse elle lui rapporte tout avec reconnaissance. » C’est
aussi la même femme qui écrit dans ses Mémoires, en 1832 : « Quant au
peuple, s’il se rappelle sa gloire, sa force, sa grandeur et la
sollicitude constante dont il fut l’objet, notre souvenir lui sera
toujours cher. J’en ai la conviction, et cette pensée est la plus douce
consolation qu’on puisse conserver dans l’exil, comme emporter avec soi
dans la tombe. » C’est elle enfin qui laisse à son fils ce grand et
dernier conseil : « Le peuple, qui donne, a le droit d’ôter. Les
Bourbons, qui se croient propriétaires, peuvent prétendre réclamer la
France comme un bien. Les Bonaparte doivent se rappeler que toute
puissance leur vient de la volonté populaire. Ils doivent en attendre
l’expression et s’y conformer, leur fût-elle contraire. »
On le voit, la tradition
démocratique de Napoléon Ier n’est pas perdue. Le peuple et l’Empereur
sont toujours unis dans la même pensée, et d’Amérique même la voix d’un
Bonaparte exilé vient tout à coup, en 1830, proclamer solennellement ce
grand principe de la souveraineté du peuple, nié par les royalistes,
trahi par les républicains, conservé religieusement par les partisans de
l’Empire.
Deux cent vingt et un
députés ont donné la couronne à Louis-Philippe, sans consulter la
nation.
Le roi Joseph adresse
aussitôt de New-York à la Chambre des députés la protestation suivante :
« Il n’y a de légitimes sur la terre que les gouvernements avoués par
les nations ; les nations seules ont des droits ; les individus, les
familles particulières ont seules des devoirs à remplir. La famille
Bonaparte a été appelée par 3 millions 500 mille votes ; si la nation
croit dans son intérêt devoir faire un autre choix, elle en a le pouvoir
et le droit, mais elle seule. Napoléon II a été proclamé par la Chambre
des députés de 1815, qui a reconnu en lui un droit conféré par la
nation. J’accepte pour lui toutes les modifications conférées par la
Chambre de 1815 qui fut dissoute par les baïonnettes étrangères ; j’ai
des données positives pour savoir que Napoléon II serait digne de la
France; c’est comme Français surtout que je désire que l’on reconnaisse
les titres incontestables qu’il a au trône, tant que la nation n’aura
pas adopté une autre forme de gouvernement. Seul, pour être légitime
dans la véritable acception du mot, c’est-à-dire légalement et
volontairement élu par le peuple, il n’a pas besoin d’une nouvelle
élection. Toutefois, la nation est maîtresse de confirmer ou de rejeter
des titres qu’elle a donnés, si telle est sa volonté. » N’est-ce pas
toujours la même doctrine démocratique?
« Le peuple, qui donne, a
le droit d’ôter. »
Le roi Joseph développe
la même pensée que la reine Hortense, la même pensée que Napoléon Ier ;
et cette pensée n’est-elle pas aussi flatteuse pour le peuple qui la
justifie que pour la dynastie qui conserve cette confiance et cet amour
de « la grande nation ? »
Le Roi de Rome, Napoléon
II, est mort à vingt deux ans, en Autriche, captif comme l’était son
père à Sainte-Hélène, et sans que le peuple français ait pu l’adopter.
La grande tradition est-elle rompue ? Non, certes ! Nous allons voir
surgir, maintenant, au profit de l’idée napoléonienne, un apôtre
obstiné, convaincu, intrépide, grâce auquel le peuple, privé de sa
souveraineté depuis 1815, et tenu en tutelle par des Assemblées issues
du suffrage restreint, reconquerra ses principes et retrouvera son
gouvernement.
*
Du prétendant au
dernier Empereur
En 1835, on proposait une
couronne à celui qui devait s’appeler Napoléon III, c’était la couronne
de Portugal. Le neveu de Napoléon Ier, le fils de la reine Hortense, le
prince Louis-Napoléon Bonaparte n’est pas libre d’accepter. Ne se
doit-il pas à la France ? Il n’a les yeux tournés que vers elle; et,
reconnaissant, dès le premier jour, comme Napoléon Ier, que « c’est le
peuple qui donne, » le futur Empereur, en refusant la couronne de
Portugal, adresse aux journaux une lettre dans laquelle nous lisons ceci
: « J’attends que le peuple rappelle dans son sein ceux qu’exilèrent,en
1815, douze cent mille étrangers. »
Puis, las d’attendre que
le roi Louis-Philippe se résigne à consulter la nation, le prince Louis
Bonaparte fait sa tentative de Strasbourg. Dans cette tentative, que
cherche-t-il ? Il cherche à rendre au peuple le libre exercice de sa
souveraineté (1). « Fier de mon origine populaire, dit-il dans sa
première proclamation, je m’avance comme le représentant de la
souveraineté du peuple.»
Dans sa proclamation à
l’armée, il dit encore : « Protéger les droits du peuple, voilà quelle
est votre mission (2). » Dans sa proclamation aux Alsaciens, il ajoute
enfin : « Mon drapeau ne s’incline que devant la majesté du peuple...
Avec un grand peuple, on fait de grandes choses. J’ai une foi entière
dans le peuple français. »
Louis-Philippe n’ose pas
même poursuivre cet adversaire qui conteste la légitimité de son
gouvernement à base étroite et qui, ne recherchant ni la violence, ni
l’usurpation, ne demande qu’une chose : l’appel au peuple. Mais la
tentative avortée de Strasbourg a donné aux esprits un nouvel élan. On
reparle plus que jamais de l’Empereur. On songe plus que jamais au
martyr de Sainte-Hélène, et, dans toutes les chaumières, l’imagé du
petit caporal fait couler les larmes des vieillards ou grave dans le
coeur des enfants l’amour de ce roi des paysans, de ce roi des plébéiens
qui promena triomphalement le peuple français dans toutes les capitales
de l’Europe.
Louis-Philippe rêve alors
de se hausser grâce à la popularité de Napoléon. Il décide que les
cendres de l’Empereur seront rapportées en France, et qu’enfin, comme il
l’a voulu, l’Empereur Napoléon Ier dormira au milieu de ce
peuple français qu’il a tant aimé. Le catafalque qui contient les
cendres de l’Empereur fait son entrée dans Paris le 15 décembre 1840.
Tous les témoins de cette émouvante cérémonie disent qu’un immense
frisson courut alors dans cette foule qui voulait saluer César. Malgré
la neige, plus de cinq cent mille personnes sont là, muettes, fascinées,
pleines d’une religieuse émotion, et des sanglots éclatent quand parait
le cercueil de cet Empereur qui est mort martyr pour la cause du peuple
(3). Mais, avant que le retour des cendres n’ait donné une poésie
nouvelle à la légende impériale, le fils de la reine Hortense a fait une
seconde tentative pour rendre à la France l’exercice direct de la
souveraineté. Il a une seconde fois échoué.
De Boulogne cependant il a
adressé au peuple une proclamation dans laquelle on lit : « Vous toutes,
classes laborieuses et pauvres, qui êtes en France le refuge de tous les
sentiments nobles, souvenez-vous que c’est parmi vous que Napoléon
choisissait ses lieutenants, ses maréchaux, ses ministres, ses princes,
ses amis, et appuyez-moi de votre concours. » L’heure n’est pas venue.
Celui qui s’appellera l’Empereur Napoléon III, celui qui voulait déjà
que la nation intervînt enfin dans le choix de son gouvernement, est
arrêté par les agents d’un roi que quelques députés ont placé sur le
trône de France. Cette fois, on ne se borne pas à déporter en Amérique
le prince Louis-Napoléon Bonaparte, on lui fait son procès devant la
Cour des pairs, où le fils de la reine Hortense se retrouve en face des
anciens lieutenants de Napoléon Ier.
Là, devant cette Assemblée
dont les pouvoirs qui n’ont pas leur source dans le peuple ne lui,
paraissent dès lors pas légitimes, le prince Louis Bonaparte présente,
non pas sa défense, mais sa profession de foi. « Depuis cinquante ans,
s’écrie- t-il, depuis cinquante ans que le principe de la souveraineté
du peuple a été consacré en France par la plus puissante révolution qui
se soit faite dans le monde, jamais la volonté nationale n’a été
proclamée aussi solennellement, n’a été constatée par des suffrages
aussi nombreux et aussi libres que pour l’adoption des Constitutions de
l’Empire. La nation n’a jamais révoqué ce grand acte de la souveraineté,
et l’Empereur l’a dit: tout ce qui a été fait sans elle est illégitime.
» Le prince Louis Bonaparte ajoute : « J’ai pensé que le vote de quatre
millions de citoyens qui avaient élevé ma famille nous imposait au moins
le devoir de faire appel à la nation et d’interroger sa volonté... La
nation eût répondu : République ou Monarchie, Empire ou Royauté. De sa
libre décision dépend la fin de nos maux, le terme de nos discussions. »
On le voit, c’est toujours à la souveraineté du peuple que fait appel
l’héritier de Napoléon Ier, fidèle au testament politique de
l’Empereur.
Condamné à la prison
perpétuelle pour avoir essayé de défendre les droits du peuple, le
prince Louis-Napoléon est enfermé dans la citadelle de Ham. A quoi songe
alors le futur Empereur dans sa prison? Il songe au peuple. Il écrit
ainsi, du fort de Ham, le 21 octobre 1843, au journal du Loiret, qui se
hâte de la reproduire, une lettre qui contient les déclarations que
voici : « Je n’ai jamais cru, je ne croirai jamais que la France soit
l’apanage d’un homme ou d’une famille; je n’ai jamais revendiqué
d’autres droits que ceux de ; citoyen français, et je n’aurai jamais
d’autre désir que celui de voir le peuple entier, réuni dans ses
comices, choisir en toute liberté la forme de gouvernement qui lui
convient. Issu d’une famille qui doit son élévation à la volonté
nationale, je mentirais à mon origine, à ma nature, et jusqu’au bon
sens, si je ne reconnaissais la souveraineté du peuple comme la base de
tout l’organisme politique...»
Qu’y a-t-il de plus
démocratique, de plus conforme aux principes de 89 ? Ce prince que l’on
représente comme un conspirateur conspire, c’est vrai, mais pour le
peuple. Il suit la doctrine de
Napoléon Ier,
de la reine Hortense et du roi Joseph, doctrine qu’il a exposée dans ses
Idées napoléoniennes. Il y eut que le peuple reprenne ses droits ; tous
tes véritables amis du peuple ne doivent- ils pas être avec lui ? Aussi
les philosophes et les écrivains de la démocratie vont le visiter dans
sa prison de Ham (4). Et, le 26 novembre 1844, George Sand lui écrit : «
Le peuple est, comme vous, dans les fers. Le Napoléon d’aujourd’hui est
celui qui personnifie les douleurs du peuple, comme l’autre
personnifiait ses gloires. »
C’est encore à Ham que le
futur Empereur expose ses idées politiques en ces termes : « La
République serait mon idéal, mais j’ignore si la France est
républicaine. Je vois dans son histoire les deux éléments monarchique et
républicain exister, se développer simultanément. Si le pays m’appelle
un jour, je lui obéirai, j’aiderai le peuple à rentrer dans ses droits,
à trouver la formule gouvernementale des principes de la Révolution (5).
»
Tel est toujours le noble
mobile qui pousse le futur Empereur. Nous l’avons dit en commençant il
faut « trouver la formule gouvernementale des principes de la
Révolution. » Or, cette formule existe dans l’Empire. L’Empire seul peut
« faire rentrer le peuple dans ses droits. » Louis-Napoléon Bonaparte y
travaille, et le succès va bientôt couronner ses efforts.
La monarchie bourgeoise,
la monarchie de suffrage restreint tombe, le 24 février 1848, devant une
insurrection parisienne. Au Corps législatif et à l’Hôtel-de-Ville,
quelques députés se font acclamer membres du gouvernement par une foule
incompétente. On jette, du haut des fenêtres, un certain nombre de
petits papiers portant les noms des nouveaux dictateurs. On proclame la
République, sans demander à la France si cela lui convient. Mais, malgré
ces désirs de dictature jacobine, le suffrage universel remplace
désormais le suffrage restreint.
Or, du moment que le
peuple a la parole, ce n’est pas la République qui doit triompher, mais
l’Empire. Aussi quatre départements (6) commencent par choisir pour
représentant du peuple, malgré la proclamation de la République et
malgré les lois de proscription, l’ancien captif de Ham, l’héritier de
la tradition napoléonienne, Louis-Napoléon Bonaparte (7). Les
républicains s’indignent. Le peuple a-t-il le droit de choisir Napoléon
? Non pas ! Car, si Napoléon peut être élu, c’en est fait d’eux (8).
Aussi le futur Empereur, l’élu de plusieurs départements (9), est réduit
(10) à donner sa démission et à quitter de nouveau la France.
Mais il a dit, en s’en
allant : « Si le peuple m’imposait des devoirs, je saurais les remplir;
» le peuple ira le chercher de nouveau sur la terre d’exil. Cinq
départements le choisissent, en effet, le 17 septembre 1848, pour leur
représentant (11). Il faut bien que la République s’incline, et le
prince Louis-Napoléon Bonaparte rentre, la tête hautes dans cette
Assemblée républicaine qui avait songé à l’exclure.
L’élection pour la
présidence de la République arrive. Cavaignac qui pose sa candidature
occupe encore le pouvoir. Tous les fonctionnaires sont dans sa main. Les
classes bourgeoises le soutiennent; son succès paraît certain. Mais on a
compté sans les campagnes (12). Louis-Napoléon n’a pour lui ni les
journaux parisiens, ni les bourgeois républicains, ni l’aristocratie du
nom ou de la finance; il a pour lui le peuple (13), le « menu peuple, »
selon l’expression dédaigneuse d’un journal républicain de ce temps-ci.
« Dans les campagnes, dans les petites villes, — dit un historien peu
favorable à l’Empire (14), —le nom de Napoléon excitait un véritable
enthousiasme; des troupes d’électeurs se rendaient au scrutin, drapeaux
déployés, curés en tête, et criant: Vive Napoléon ! Vive l’Empereur ! »
Napoléon réunit sur son nom plus de cinq millions et demi de suffrages.
Ses adversaires républicains, Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail et
Lamartine, n’atteignent pas, tous ensembles, le tiers de ces suffrages
donnés à un seul. Il y a neuf mois à peine que la République est née !
Dans sa profession de foi
pour l’élection à la présidence, Louis-Napoléon avait dit : « Quel que
soit le résultat de l’élection, je m’inclinerai devant la volonté du
peuple. » C’est toujours, on le voit, le même respect des droits de la
souveraineté nationale. Dans toute la carrière de celui qui va bientôt
s’appeler Napoléon III, le principe impérialiste de la souveraineté du
peuple se retrouve ; il est dans tous ses discours, dans tous ses actes.
Ici, les documents
abondent. Il faudrait reproduire toutes les paroles (15), citer toutes
les actions(16) de l’élu de la France ; nous devons nous borner à
n’envisager qu’à vol d’oiseau cette existence vouée au peuple (17). Dans
les voyages que le Prince-Président entreprend, à cette époque, de 1849
à 1851, pour connaître les besoins du pays, nous retrouvons sans cesse
dans ses discours la confirmation du principe populaire qu’il
représente. « La France, dit-il à l’inauguration du chemin de fer de
Dijon (18), la France ne veut ni le retour à l’ancien régime, quelle que
soit la forme qui le déguise, ni l’essai d’utopies funestes et
impraticables. C’est parce que je suis l’adversaire le plus naturel de
l’un et de l’autre qu’elle a placé sa confiance en moi. »
Le 9 juin 1850, à
l’inauguration du chemin de fer de Creil à Saint-Quentin, le
Prince-Président, après avoir remis des livrets de caisse d’épargne aux
ouvriers, s’exprime ainsi : « Je suis heureux de me trouver parmi vous,
et je recherche avec plaisir les occasions qui me mettent en contact
avec ce grand et généreux peuple qui m’a élu ; car, chaque jour me le
prouve, mes amis les plus sincères, les plus dévoués ne sont pas dans
les palais, ils sont sous le chaume ; ils ne sont pas sous les lambris
dorés, ils sont dans les ateliers et dans les campagnes. Je sens, comme
disait l’Empereur, que ma fibre répond à la vôtre, que nous avons les
mêmes intérêts et les mêmes instincts. » Au banquet qui suit cette
inauguration, Louis- Napoléon prononce le discours suivant, qui montre
avec quelle scrupuleuse fidélité le nouveau chef de l’État, se conforme
à la tradition napoléonienne : « la mission que j’ai à remplir,
aujourd’hui n’est, pas nouvelle ; on sait son origine et son but.
Lorsque, il y a quarante-huit ans, le premier Consul vint en ces lieux
inaugurer le canal de Saint-Quentin, comme aujourd’hui je viens
inaugurer le chemin de fer, il vous disait .: « Tranquillisez-vous, les
orages sont passés. Les grandes vérités de notre Révolution, je les
ferai triompher ; mais, je réprimerai avec une égale force les erreurs
nouvelles et les préjugés anciens en ramenant la sécurité, en
encourageant toutes les entreprises utiles. Je ferai naître de nouvelles
industries pour enrichir nos champs et améliorer le sort du peuple. » Il
n’y a qu’à regarder autour de vous pour voir s’il a tenu parole. Eh bien
! Encore aujourd’hui ma tâche est la même, quoique plus facile. De la
Révolution, il faut prendre les bons instincts et combattre hardiment
les mauvais.. Il faut enrichir le peuple par toutes les institutions de
prévoyance et d’assistance que la raison approuve, et le bien convaincre
que l’ordre est la source première de toute prospérité. Mais l’ordre,
pour moi, n’est pas un mot vide de sens, que tout le monde interprète à
sa façon. Pour moi, l’ordre, c’est le maintien de ce qui a été librement
élu et consenti par le peuple, c’est la volonté nationale triomphant de
toutes les factions. Courage donc, habitants de Saint-Quentin !
Continuez à faire honneur à notre nation par vos produits industriels.
Croyez à mes efforts et à ceux du gouvernement, pour protéger vos
entreprises et pour améliorer le sort des travailleurs. »
Cependant les factions
s’agitent. Au sein de l’Assemblée législative, le suffrage universel
vient d’être mutilé par la loi du 31 mai (19). Le pays commence à sentir
qu’en conspirant contre Louis- Napoléon, tous les partis coalisés contre
l’Empire conspirent en réalité contre le peuple. Dans son discours de
Poitiers, le Prince-Président s’efforce encore cependant de rassurer les
esprits. « Le salut du pays, dit-il, viendra toujours de la volonté du
peuple librement exprimée, religieusement acceptée. Aussi j’appelle de
tous mes vœux le moment solennel où la voix puissante de la nation
dominera toutes les oppositions et mettra d’accord toutes les rivalités.
»
Mais cette heure
solennelle ne pourra jamais sonner si l’Assemblée qui a mutilé le
suffrage universel continue à entraver l’oeuvre populaire de Napoléon.
On organise contre celui-ci des complots qui doivent empêcher le peuple
de faire triompher sa volonté. L’élu de la nation prend les devants. Le
2 décembre 1851, la France apprend que l’Assemblée législative est
dissoute, et elle lit sur tous les murs un décret ainsi conçu : « Au nom
du peuple français : Art. 1er. L’As- semblée nationale est
dissoute. Art. 2. Le suffrage universel est rétabli. Art. 3. Le peuple
français est convoqué dans ses comices. » C’est ce qu’on appelle le coup
d’État du 2 décembre.
Ce décret est suivi d’une
proclamation dans laquelle Louis-Napoléon s’exprime ainsi : « Mon devoir
est de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul
souverain que je reconnaisse en France : le peuple. » Le peuple se
prononce alors. Et, par plus de sept millions de suffrages, il dit à
Louis-Napoléon : « Vous avez bienfait (20). »
Mais, comme nous l’avons
vu pour Napoléon Ier, en élevant le fils de la reine Hortense
au sommet de l’État le peuple a voulu relever l’Empire. Dès l’élection
du 10 décembre 1848, les électeurs ont crié: Vive l’Empereur! En 1851,
quand le Prince-Président parcourt le pays, toute la France répète ce
cri. A Bordeaux, à Angoulême, partout enfin, les habitants des campagnes
aussi bien que les habitants des villes réclament l’Empire comme le seul
gouvernement qui soit légitime, selon les principes de 89.
La France veut l’Empire,
elle l’aura. On consulte le pays. Il répond par près de huit millions de
suffrages affirmatifs. L’Empire est encore une fois fondé par le peuple.
En apportant au nouvel Empereur le résultat de ce grand plébiscite, M.
Billault, président du Corps législatif, prononce le discours suivant :
« Sire, nous apportons à Votre Majesté l’expression solennelle de la
volonté nationale. Au plus fort des ovations que vous décernait
l’enthousiasme populaire, peu pressé de ceindre une couronne qu’on vous
offrait de toutes parts, vous avez désiré que la France se recueillît ;
vous avez voulu qu’elle ne prît que de sang-froid, dans sa pleine
liberté, cette suprême décision par laquelle un peuple, maître de
lui-même, dispose souverainement de sa destinée. Votre voeu, Sire, s’est
accompli: un scrutin libre, secret, ouvert à tous, a été dépouillé
loyalement sous les yeux de tous : résumant en une seule huit millions
de volontés, il donne à la légitimité de votre pouvoir la plus large
base sur laquelle se soit jamais assis un gouvernement en ce monde.
Depuis ce jour où six millions de voix, recueillies pour vous par le
pouvoir qu’elles vous appelaient à remplacer, vous ont remis le sort de
la patrie, la France, à chaque nouveau scrutin, a marqué par de nouveaux
millions de suffrages l’accroissement continu de sa confiance en vous.
En dehors comme en dedans de ses comices, dans ses fêtes comme dans ses
votes, partout ses sentiments ont éclaté : d’un bout à l’autre du pays,
se précipitant sur vos pas, accourant de toutes parts pour saluer, ne
fût-ce que de loin, l’homme de leurs espérances et de leur foi, nos
populations ont assez fait voir au monde que vous étiez bien leur
Empereur, l’Empereur voulu par le peuple ; que vous aviez bien avec vous
cet esprit national qui, au jour marqué par la Providence, sacre les
nouvelles dynasties et les asseoit à là place de celles qu’il n’aime
plus... »
L’Empereur a répondu : «
Aidez-moi tous à asseoir sur cette terre bouleversée par tant de
révolutions un gouvernement stable qui ait pour bases la religion, la
justice, la probité, l’amour des classes souffrantes. » C’est le
rétablissement de l’union du peuple et de l’Empereur.
Le second Empire est fait.
Nous n’avons pas à en retracer l’histoire. Cette histoire est écrite
dans le coeur du peuple (21). Nul n’a oublié ce grand règne dans le
cours duquel les populations des villes aussi bien que les populations
des campagnes ont trouvé, par l’ordre et le travail, la tranquillité et
la fortune. Ce sont les biens que l’Empire donne (22).
Si un coup d’oeil
rétrospectif est cependant permis à ce sujet, ne devons-nous pas
constater ici que l’Empire peut seul faire le bien du peuple parce que
seul il s’appuie sur lui. Tous les hommes politiques, impérialistes ou
non, l’ont reconnu, et, parlant du premier Empereur, M. de Cormenin
lui-même (23) s’est exprimé ainsi : « Le peuple aimait Napoléon Ier pour
trois raisons. Il était sorti de sa souche ; il n’a jamais séparé la
gloire du peuple de la sienne ; il a souffert pour la sainte cause du
peuple français. Ce qui lui a attaché le peuple ce n’est pas le trône,
c’est l’exil ce n’est pas Austerlitz, c’est Waterloo ; ce que le peuple
aimait dans le héros, c’était le martyr. »
Parlant aussi de Napoléon
Ier, Napoléon III a pu dire dans ses Idées napoléoniennes
: « Aimé surtout des classes populaires, Napoléon pouvait il craindre de
donner des droits politiques à tous les citoyens? Lorsque, nommé consul
à vie, il rétablit le principe du droit d’élection, il proféra ces
paroles remarquables : Pour la stabilité du gouvernement, il faut que le
peuple ait plus de part d’activité aux élections. Ainsi, déjà, en 1803,
Napoléon prévoyait que la liberté fortifierait son pouvoir. Ayant ses
plus chauds partisans dans le peuple, plus il abaissait le cens
électoral, plus ses amis naturels avaient de chances d’arriver à
l’Assemblée législative ; plus il donnait de pouvoir aux masses, plus il
affermissait le sien. »
Napoléon Ier
l’a bien compris d’ailleurs. Il savait que, comme devait le reconnaître
plus tard l’héritier de sa couronne, « ses plus vrais amis étaient sous
le chaume. » On n’a pas oublié les termes de son discours du champ de
Mai, en 1815. « Empereur, consul, soldat, disait-il, je tiens tout du
peuple. Dans la prospérité, dans l’adversité, sur le champ de bataille,
au conseil, sur le trône, dans l’exil, la France a été l’objet unique et
constant de mes pensées et de mes actions. Comme ce roi d’Athènes, je me
suis sacrifié pour mon peuple, dans l’espoir de voir se réaliser la
promesse donnée de conserver à la France son intégrité naturelle, ses
honneurs et ses droits. L’indignation de voir ces droits sacrés, acquis
par 25 années de victoires, méconnus et perdus à jamais, le cri de
l’honneur français flétri, les voeux de la nation m’ont ramené sur ce
trône qui m’est cher parce qu’il est le palladium de l’indépendance, de
l’honneur et des droits du peuple. »
Et, après Waterloo, dans
un retour sur le passé, Napoléon 1er recherchait s’il avait
constamment travaillé au bonheur du peuple. « Moi-même, me suis-je
demandé quelquefois, ai-je bien fait pour ce peuple malheureux tout ce
qu’il avait droit d’attendre? Il a tant fait pour moi (24)! »
Oui, l’Empereur Napoléon Ier
a fait pour le peuple tout ce que celui-ci attendait de lui (25). « Avec
Napoléon, — dit le général Foy (26), peu ami du premier Empire, — avec
Napoléon, on ne connaissait ni les vexations des subalternes, ni
l’intolérance des castes, ni l’intolérable domination des partis. La loi
était forte, souvent dure, mais égale pour tous (27). »
Napoléon Ier
cherchait non-seulement à rendre conformes au principe d’égalité nos
lois ou nos usages (28) ; il cherchait surtout à les rendre favorables
au plus grand nombre (29). « Je reconnais la nécessité, disait-il (30),
de multiplier les propriétaires, qui sont les plus fermes appuis de la
sûreté et de la tranquillité des États (31). » Et comme les beaux
esprits riaient de cette incessante préoccupation, l’Empereur s’écriait
: « Que m’importe l’opinion des salons et des caillettes ? Je ne
l’écoute pas, je n’en connais qu’une : celle des paysans. Tout le reste
n’est rien (32). »
Raconter ici les grandes
choses du règne de Napoléon Ier dépasserait le cadre de cette étude
(33). Qu’il nous suffise de citer l’opinion suivante d’un historien : «
Il semble que, pour sauver l’influence et la pensée de la Révolution,
Napoléon Ier ait suscité l’âme de la nation, sollicité toutes ses
ressources vitales, développé toute son activité corporelle et
intellectuelle, philosophique et religieuse, morale et politique,
commerciale et agricole, industrielle et artistique. Au spectacle de
cette pensée, où président la science et le bon sens, où règne une
lumière admirable, l’esprit s’arrête étonné, ému. Et, plus on pénètre
dans l’idée de Napoléon Ier, plus cette émotion grandit. Car il y a
vraiment quelque chose de touchant avoir cette pensée magistrale
descendre, pour ainsi dire, jusqu’au simple foyer du pauvre, s’y
asseoir, en étudier le malaise, en rechercher, par la protection
accordée au sol, par cent institutions ingénieuses et charitables, le
remède efficace, et laisser, en partant, sous le plus pauvre toit, une
pensée de patrie, de gloire, de moralité, de travail et de bien-être
(34). »
Par son souci des intérêts
matériels et moraux du peuple, Napoléon III se montra peut-être
supérieur encore au premier Empereur (35). Avant d’arriver au trône, le
prince Louis-Napoléon avait déjà esquissé son programme social dans un
ouvrage sur l’Extinction du paupérisme, d’où nous nous bornons à
extraire ces lignes : « La classe ouvrière ne possède rien, il faut la
rendre propriétaire. Elle n’a de richesse que ses bras, il faut donner à
ces bras un emploi utile pour tous. Elle est encore un peuple d’ilotes
au milieu d’un peuple de sybarites, il faut lui donner une place dans la
société et associer ses intérêts à ceux du sol. »
Dans ses Idées
napoléoniennes, Napoléon III ajoutait : « L’identité des intérêts
entre le souverain et le peuple, voilà la base essentielle d’une
dynastie. Un gouvernement est inébranlable quand il peut se dire : Ce
qui profitera au plus grand nombre, ce qui assurera la liberté des
citoyens et la prospérité du pays fera aussi la force de mon autorité et
consolidera mon pouvoir. »
Et, quand le prisonnier de
Ham devint, par la volonté du peuple, chef de l’État, quand il put, dans
une certaine mesure, réaliser ses vœux philanthropiques (36), que ne
fit-il pas ! Les sociétés de secours mutuels lui durent, en quelque
sorte, l’existence. Le Crédit foncier, destiné à encourager
l’agriculture, fut créé, etc. Plus tard, le principe du libre-échange
vint, grâce à la seule initiative de l’Empereur, transformer notre
commerce et notre industrie (37). D’ailleurs, dès l’époque de sa
présidence, Louis-Napoléon put dire au Conseil général de l’agriculture,
du commerce et de l’industrie réunis à Paris : « Tout en prenant les
mesures générales qui doivent concourir à la prospérité du pays, le
gouvernement s’est occupé du sort des classes laborieuses. Les caisses
d’épargne, les caisses de retraites, les caisses de secours mutuels, la
salubrité des logements d’ouvriers, tels sont les objets sur lesquels,
en attendant la décision de l’Assemblée, le gouvernement appellera votre
attention. »
Dans un des voyages que le
Prince-Président fit dans l’Ouest, un ouvrier d’Elbeuf lui adressa les
paroles suivantes : « Au 10 décembre, nos ateliers étaient déserts, nos
souffrances inouïes. La volonté nationale vous place à la tête de
l’État, et cette heureuse inspiration ramène, avec l’ordre et la
confiance, l’activité de l’industrie qui nous fait vivre. Le travail a
déjà ramené parmi nous quelque bien-être ; nous vous en rendons grâces,
monsieur le Président, et nous espérons en vous pour l’avenir, car nous
savons que notre sort vous touche et vous préoccupe vivement. » Et le
Prince-Président répondit : « Je suis bien touché des paroles que vous
venez de m’adresser au nom des ouvriers d’Elbeuf. Vous ne vous trompez
pas en pensant que ma sollicitude est acquise à la classe ouvrière; mes
efforts auront toujours pour objet d’améliorer sa position. »
Recevant les délégués de
la Sologne, le Prince- Président pouvait dire encore : « Les intérêts
des populations agricoles me sont chers partout ; mais une contrée
souffrante et décimée par les fièvres appelait mes premières
sollicitudes. J’ai voulu savoir directement et exactement quelle était
l’étendue du mal. »
Quel gouvernement, nous le
demandons, s’est aussi constamment préoccupé que le gouvernement de
Napoléon III des besoins de la classe ouvrière et des populations
agricoles ? Aussi le peuple montrait-il sans cesse sa fidélité envers
l’Empereur. Non-seulement dans ses plébiscites, mais encore dans toutes
les élections, il préférait aux candidats des anciens partis les
candidats qui se disaient dévoués à l’Empereur. On a parlé, à ce sujet,
de candidatures officielles ! Là, comme dans toutes les questions qui
touchent, par exemple, à la liberté dont on jouissait sous l’Empire
(38), l’Empereur a été calomnié. Jamais l’Empereur n’employa dans les
élections les pressions administratives employées depuis le 4
septembre(39).
Voici, par exemple, ce que
ses ministres écrivaient aux préfets (40) : « Trois fois sacré par le
suffrage universel, l’Empereur l’invoque toujours avec confiance. Quand,
en 1851 et 1852, huit millions de suffrages lui livraient la couronne et
les destinées du pays, il y avait, dans ce vote éclatant, cet amour mêlé
d’orgueil que la France retrouvait au fond de ses entrailles pour la
dynastie des Napoléon; il y avait, entre elle et eux, le sentiment d’une
solidarité indissoluble de gloire et de malheur; il y avait aussi la
peur de l’anarchie et l’espérance d’un gouvernement fort et ami du
peuple. Aujourd’hui, c’est toujours le même prestige populaire autour
des Bonaparte; mais il y a, de plus, six années d’une administration
féconde et glorieuse ; les palmes de la guerre et les fruits de la paix,
une immense prospérité matérielle rehaussée par un merveilleux sentiment
de notre grandeur nationale. La réalité a dépassé nos espérances. De
tels résultats, qui devraient convaincre et rallier tous les esprits
élevés, sont parfaitement compris par les loyaux travailleurs de nos
campagnes, par les intelligents ouvriers de nos villes. Cette masse
d’hommes laborieux, qui forme la large base du suffrage universel, a le
sentiment profond de la préoccupation incessante de l’Empereur pour elle
et des grandes choses qu’il fait pour le pays. Appelez-les tous au
scrutin, monsieur le préfet, ils ont fait l’Empire, ils l’aiment, ils
sauraient au besoin le défendre. »
Voilà en quoi consistait
alors la candidature officielle. On rappelait au peuple qu’il avait fait
l’Empire et que c’était à lui de le défendre. Et le peuple le défendait.
Quel autre gouvernement pourrait parier ainsi ? Aux élections de 1863,
le ministre de l’intérieur (41)tint aux préfets le même langage que M.
Billault : « Monsieur le préfet, disait-il, les élections qui se
préparent vont être pour la France une nouvelle occasion d’affirmer
devant l’Europe lès institutions qu’elle s’est données. Dans cette
circonstance, j’ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui
doivent vous servir de guide. Vous n’oublierez pas que l’Empire est
l’expression des besoins, des sentiments, des intérêts des masses, et
que, avant de rallier à lui toutes les forces vives de la nation, c’est
dans la chaumière du peuple qu’il a été enfanté. »
Enfin, le plébiscite de
1870 montra que le peuple et l’Empereur sont toujours demeurés unis
(42).En veut-on une dernière preuve? Jamais, sous le premier comme sous
le second Empire, il n’y eut la moindre émeute sérieuse (43), tandis que
les règnes de Charles X et de Louis-Philippe furent remplis de luttes
sanglantes ou de complots (44) ; et que la République (celle de 1848,
comme celle de 1870) a déchaîné la guerre sociale. Ce qui prouve bien,
encore une fois, que l’Empire est le seul régime qui puisse également
protéger la démocratie et l’ordre (45).
Comment se fait-il
qu’ainsi aimé du peuple, l’Empereur soit tombé? Comment se fait-il
qu’après
Sedan (46), Napoléon III,
qui n’avait pas désiré la guerre (47), ne se soit pas relevé, pas plus
que
Napoléon Ier
après Waterloo ?
C’est que le peuple a été
trahi, aussi bien après Waterloo qu’après Sedan. Les Russes avaient des
amis dans la France de 1815, comme les Prussiens avaient des amis dans
notre France de 1870 (48). Nous ne voulons pas récriminer; mais, pour ne
parler que des derniers événements, il est bien certain que les
Prussiens ont trouvé dans les hommes du 4 septembre (49) les alliés les
plus utiles pour renverser cet Empire (50) que le peuple avait fondé et
dont le maintien eût sauvé la Lorraine et l’Alsace (51).
Quoi qu’il en soit,
l’Empire n’a jamais été renversé par la France (52). Et Napoléon III,
pensant à la chute du premier Empereur, a pu écrire dans ses Idées
napoléoniennes : « C’est une consolation pour ceux qui sentent le
sang du grand homme couler dans leurs veines, que de penser aux regrets
qui ont accompagné sa disparition. Elle est enorgueillissante, la pensée
qu’il a fallu tous les efforts de l’Europe combinée pour arracher
Napoléon Ier à cette France qu’il avait rendue si grande ! Ce n’est pas
le peuple français qui a sapé son trône, il a fallu deux fois douze cent
mille étrangers pour briser le sceptre impérial. »
n
Notes :
D’un Napoléon à l’autre
(1)On croyait
cependant que, l’Empereur étant mort, c’en était fait de l’Empire.
Ainsi, monsieur Louis Blanc écrivait encore, en 1846, dans son
Histoire de dix ans : « C’était parce que l’œuvre, l’Empereur était
finie, sa mission épuisée, qu’on avait laissé mourir l’Empereur sur ce
rocher où, selon le mot de Chateaubriand, on l’apercevait de toute la
terre. »
(2)Hist.
Populaire de Napoléon III, par MM. De Cassagnac.(Lachaud et Cie,
éditeurs.)
*
Du
prétendant au dernier Empereur
(1)«Que ce
respect pour le principe de la souveraineté populaire fut, de la part du
jeune prince, parfaitement loyal et sincère, rien de plus certain. »
Louis Blanc, Histoire de dix ans, tome V, p. 115.
(2)Les
républicains ne sont pas de cet avis.«L'armée est un chancre qui nous
dévore,» disent-ils. Le mot est de M.Garnier- Pagès.
(3)«Jamais
des innombrables multitudes ne s'étaient pressées dans les flancs de la
capitale. De cinquante lieues à la ronde, les villes, les villages, l es
bourgades avaient versé sur la Seine toute leur population, hommes,
femmes, enfants et vieillards, tous entassés pendant de longues heures
sous un froid de dix degrés, pour jeter un coup d'oeil passager sur le
char, qui portait leur divinité. Et, quand le char se montrait, les
sanglots éclataient, mêlés à des cris d'amour, et l'âme de tout un
peuple se confondait en un seul sentiment d'inexprimable ivresse...
Plusieurs des invalides qui formaient la haie sur le passage du corps
s'étaient agenouillés malgré la consigne ; d’autres essuyaient des
larmes roulant sur leur paupière… Ce jour fut un grand enseignement pour
ceux qui accusent les peuples d'ingratitude et d'oubli. Il montra
surtout combien avait encore de puissance le nom de Napoléon, combien il
parlait .haut à l'imagination des Français. Un ministre de l'intérieur
avait dit : «Napoléon fut le souverain, légitime de la France. » La
nation tout entière venait de le redire avec bien plus d'éloquence
encore par son enthousiasme, ses joies et ses attendrissements.» Elias
Regnault, Histoire de huit ans, tome Ier, p. 425..
(4)Elias
Regnault, Histoire de huit ans, tome Ier, ch. IX.
(5) Taxile
Delord, Histoire du second Empire, tome Ier, P. 45.
(6)Seine,
Yonne, Corse et Charente-Inférieure. (Élections des
4 et 18juin
1848.)
(7)« Je viens
d'apprendre à l'instant le résultat officiel des
Elections de
Paris. Louis-Napoléon Bonaparte a été élu d'une manière inattendue...
Son nom a été reçu à l'Hôtel-de-Ville, me dit-on, avec enthousiasme par
la foule.» Journal de M. le marquis de.
Normanby,
ambassadeur d'Angleterre.
(8)« Il
semblait qu'au, seul nom de Bonaparte, la République allait disparaître
dans une échauffourée.»V. Pierre, Histoire de la République de 1848, p.
343.
(9)«Ces
arrêts du suffrage universel ne dénonçaient-ils pas à la République une
réaction imposante, de l'opinion, le discrédit de, ses œuvres et de ses
hommes, un appel désespéré même à l'inconnu.? Remonter. Le courant du
scrutin populaire, morigéner ses volontés ou ses caprices, devient dès
lors l'unique préoccupation de la Commission exécutive.» V. Pierre,
Histoire de la République de 1848, p. 339.
(10)« On ne
saurait douter que l'opinion publique n'ait été très indisposée contre
la Commission exécutive par l'ordre arbitraire qu'elle a donné, comme on
en est informé, d'arrêter Louis Napoléon Bonaparte. Cet ordre
ressemblait trop à un acte de l'ancien Comité de salut public, etc. »
Journal du marquis de Normanby
(11)Seine,
Corse, Moselle, Yonne et Charente-Inférieure.
(12)«L'influence de l'imprévu ne s'est jamais montrée si frappante qu'en
ce qui concerne la personne de Louis-Napoléon Bonaparte...Avec le
suffrage universel, le destin futur de ce pays est entre les mains des
paysans, s'ils savent seulement deux choses: ce qu'ils veulent et ce
qu'ils peuvent.» Journal du marquis de Normanby, ambassadeur
d'Angleterre.
(13)« Voici
un fait que je tiens de M .Molé: Larcy. Légitimiste du Midi, s'était
d'abord vigoureusement opposé à la candidature de Bonaparte; il avait
prétendu, quelques jours auparavant, que cette idée n'avait fait aucun
progrès dans le Midi; il a annoncé, depuis, qu'elle avait rallié tous
les paysans, que cette candidature leur paraissait le seul moyen de se
débarrasser de la République rouge, la seule qu'ils connussent, etc.
Cette lettre a été montrée à, Dufaure, qui a répondu: «Nous en recevons
de pareilles de toutes les parties de la France, mais... et il a haussé
les épaules, comme pour dire : Il est trop tard. » Journal du marquis de
Normanby, ambassadeur d'Angleterre.
(14)M.J.
Chantrel. Histoire contemporaine.
(15)Lire les
Discours, Messages et Proclamations de l'Empereur, vol. in-8°, chez
Plon,
(16) Lire
l'excellente brochure d'un ouvrier (A. Bradier) sur « Les Bienfaits de
l'Empire ». Edition populaire chez Lachaud. Lire aussi l’opuscule de
M.A.Duruy, « Comment les Empires reviennent ». (Lachaud, éditeur.)
(17)« De tous
les princes qui régnèrent sur la France, sans en excepter Henri IV,
Napoléon III a le plus aimé le peuple, a le plus fait pour lui, et le
peuple le sait. » Cormenin, Pamphlets, édition de 1870,p. 327.
(18)Taxile
Delord, Histoire du Second Empire, tome Ier, p. 222. Nous citons M.
Delord de préférence à tous les autres historiens du Second Empire,
précisément à cause du parti-pris de haine qu'il montre, dans son
histoire-pamphlet, contre l'Empereur Napoléon III.
(19)Cette loi
privait du droit électoral près de trois millions de citoyens. Elle fut
élaborée par M. Thiers, qui flétrissait« la vile multitude.»
Louis-Napoléon Bonaparte rétablit, le 2 décembre 1851, le suffrage
universel qu'une Assemblée, élue sous la République, avait mutilé.
(20)Les
députés eux-mêmes, qui avaient été arrêtés, étaient secrètement heureux
du succès du coup d'Etat. Daniel Stern, dans son Histoire de la
Révolution de 1848, rapporte que M.de Palloux disait à M. de Persigny,
qui était venu le visiter dans sa prison : « Je l'avoue tout bas à cause
de nos collègues, mais, au fond, je crois que vous avez bienfait. »
(21)Rappelons les faits : pendant les dix-huit ans du règne de Napoléon
III, les revenus annuels de notre agriculture se sont accrus de plus de
deux milliards, et la valeur du sol de plus de vingt milliards. C'est
aussi par milliards qu'il faut compter l'augmentation du nombre et la
plus-value des autres propriétés immobilières: maisons, usines,
constructions de toutes sortes. L'industrie et le commerce ont prospéré
plus rapidement et plus largement encore. Pendant ces dix-huit ans,
leurs produits et leurs échanges se sont élevés de quatre à dix
milliards, et les valeurs mobilières: titres de rente, actions,
obligations diverses, se sont accrues de quinze milliards. Nos chemins
de fer comptaient, en 1870, douze mille kilomètres de plus qu'en1851.Nos
canaux, nos routes, nos chemins de grande, de moyenne et de petite
vicinalité, ont suivi la même progression. Le service de postes s'est
étendu aux plus petites localités, et le réseau des lignes
télégraphiques a couvert la France entière, etc., etc. Ils en ont menti,
par un rural. (Amyot, éditeur.)
(22)Une année
après le coup d’état, Schneider, rapporteur de la commission du budget,
disait : « Partout la propriété, les capitaux, les bras, les
intelligences sont à l'œuvre et redoublent d'activité. Que dire de ce
magnifique réveil du commerce et de l'industrie qui frappe tous les
yeux? Il n'y a plus d'ouvriers inoccupés; ce n'est plus le travail qui
manque, ce sont les hommes qui ne suffisent pas; on n'avait pas osé
perfectionner ses procédés, changer ses machines, accroître ses moyens
de production, tant qu'on avait vécu sous des institutions politiques
qui ne pouvaient garantir la sécurité du lendemain. Quelle
transformation s'est opérée à la faveur du gouvernement stable dont
l'Empereur à doté le pays! »
(23)Cormenin,
Pamphlets, édition in-8° de 1870,p. 323.
(24)Mémorial
de Sainte-Hélène.
(25)« La
France démocratique doit beaucoup à l'Empereur Napoléon. Elle lui doit
deux choses d'un prix immense: au-dedans l'ordre civil, au dehors
l'indépendance nationale fortement établie par la gloire.» Guizot, La
Démocratie en France.
(26)Foy,
Guerre de la Péninsule, tome Ier ,p. 18.
(27)Un ennemi
de l'Empire, M. Edgar Quinet, s'exprime ainsi à ce sujet: « Une autre
chose servit à conserver jusqu'au bout à Napoléon le cœur des masses: il
ne connut pas la distinction impie de la bourgeoisie et du peuple.
Jamais l'idée ne lui vint de partager le pays en riches et en pauvres,
de se donner aux uns, de se défier des autres. Appliquant à la société
son principe de tactique, il "fit de tous les enfants de la France une
seule masse, la grande nation, la grande armée, qui respirait, il est
vrai, sous la mitraille, mais qui n'avait qu'un loyer, un drapeau, une
âme. Y avait-il un pays légal et un pays illégal, des bourgeois et des
prolétaires, à Marengo, à Austerlitz, à Iéna ? Non; il y avait des
hommes qui tous ensemble ont conquis, pour eux et pour leurs
descendants, le droit de cité,»
(28)« Un jour
que l'Empereur visitait le Prytanée de Saint-Cyr, il fut choqué de la
différence qui existait dans l'habillement des élèves. Les uns avaient
un costume recherché; les vêtements des autres étaient en lambeaux.
L'Empereur déclara qu'il ne voulait pas de distinction parmi les élèves;
que l'égalité devait être le premier élément de l'éducation; et il fit
donner à tous le même uniforme.»(Idées napoléoniennes.)
(29) « Je
n'épouse aucun parti que celui de la masse, »disait Napoléon Ier.(Mémoires
du duc de Rovigo.)
(30)Procès-verbaux du Conseil d'État.
(31) »Le
système napoléonien consiste à faire marcher la civilisation sans
discorde et sans excès, à donner l'élan aux idées, tout en développant
les intérêts matériels, à discipliner les masses.» Lettre de L.-N.
Bonaparte à la reine Hortense, 1836..
(32)Thiers,
Histoire du Consulat et de l'Empire.
(33)«
L'agriculture n'a cessé de faire de grands progrès sous l'Empire. C'est
par des comparaisons et des exemples, disait Napoléon, que
l'agriculture, comme tous les autres arts, se perfectionne. Il ordonnait
aux préfets de lui faire connaître les propriétaires cultivateurs qui se
distingueraient soit par une culture mieux entendue et mieux raisonnée,
soit par une éducation plus soignée des bestiaux et par l'amélioration
des espèces. Dans les départements qui étaient arriérés pour la culture,
on engageait les bons propriétaires à envoyer leurs enfants étudier la
méthode usitée dans les départements où l'agriculture était florissante.
Des éloges et des distinctions étaient décernés à ceux qui avaient le
mieux profité. Le Code rural, projeté dès 1802, fut soumis en 1808 à des
commissions consultatives, formées dans chaque ressort de cour d'appel,
et composées de juges, d'administrateurs et d'agriculteurs les plus
distingués. Il ne put être achevé sous l'Empire... L'industrie
non-seulement fut encouragée, mais on peut dire qu'elle fut en quelque
sorte créée; elle atteignit en peu de temps un degré extraordinaire de
prospérité. L'Empereur releva l'industrie en faisant concourir les
sciences à son amélioration. " Si l'on m'eût laissé le temps, disait-il,
bientôt il n'y aurait plus eu de métiers en France; tous eussent été des
arts. »En effet, la chimie et la mécanique furent sous son règne
employées à perfectionner toutes les branches d'industrie. Aussi que de
machines furent créées, que d'inventions virent le jour durant le régim
eimpérial!... Les prix les plus élevés furent fondés pour encourager
toutes les inventions. Une somme d'un million fut promise à l'inventeur
de la meilleure machine pour filer le lin; un premier prix de
40,000francs et un second de 20,000, à l'auteur de la machine la plus
propre à ouvrir, carder, peigner et filer la laine. Il créa des
manufactures de coton, qui comportent le coton filé, le tissu, enfin
l'impression. Avant l'Empire, l'art de filer le coton n'était pas
pratiqué en France; les tissus nous venaient de l'étranger. Le coton fut
cultivé avec avantage au midi de la France, en Corse, en Italie; on
évalua en 1810 la récolte à 100,000 kilogrammes, etc. Napoléon ordonna
qu'on fit des fouilles pour chercher du granit, et c'est à cet ordre
qu'on doit les carrières qu'on exploite encore parfois aujourd'hui. Les
produits européens remplacèrent les produits exotiques; le pastel
suppléa à l'indigo; la betterave fut substituée à la canne à sucre, et
la garance à la cochenille; les fabriques de soudes artificielles
remplacèrent les soudes étrangères La fabrication du sucre de betterave
s'élève à 50 millions de kilogrammes par an...Les travaux publics, que
l'Empereur fit exécuter sur une si grande échelle, furent non-seulement
une des causes principales de la prospérité intérieure, mais ils
favorisèrent même un grand progrès social. En effet, ces travaux, en
multipliant les communications, produisaient trois grands avantages: le
premier, d'employer tous les bras oisifs et de soulager ainsi les
classes pauvres; le second, de favoriser l'agriculture, l'industrie et
le commerce, la création de nouvelles routes et de canaux augmentant la
valeur des terres et facilitant l'écoulement de tous les produits; le
troisième enfin était de détruire l'esprit de localité, et de faire
disparaître les barrières qui séparent non seulement les provinces d'un
État, mais les différentes nations, en facilitant tous les rapports des
hommes entre eux, et en resserrant les liens qui doivent les unir. »
Napoléon III, Idées napoléoniennes.
(34)H.
Castille, Philosophie de la légende impériale.
(35)«N'est-ce
pas à Napoléon III que la classe ouvrière doit le complément de son
émancipation, la suppression des entraves que la Révolutionde89 lui
avait encore laissées? N'est-ce pas lui qui l'a placée sur le pied d'une
entière égalité de droits avec les patrons? Et que n'a-t-il pas fait
pour multiplier, encourager, soutenir ces associations coopératives et
de secours, qui rendaient déjà tant de services aux véritables
travailleurs! Ceux qui se sont laissé abuser par les fausses doctrines
des utopistes, dont l'unique but était d'exploiter la misère et les
passions des masses, ne tarderont pas à reconnaître de quel côté se
trouvait le véritable ami du peuple. Si Napoléon Ier a été la révolution
à cheval, Napoléon III était la démocratie couronnée.» Ils en ont menti,
par un rural. (Amyot, éditeur.)
(36)« Au lieu
d'applaudir à ces généreux sentiments ,les adversaires de l'Empire les
ont transformés en calculs égoïstes; il sont parlé de césarime, de
démagogie couronnée; et ces prétendus amis du peuple, rappelant le mot
du haineux Juvénal: Panem et circenses, montraient le suffrage universel
se vendant pour une sportule. L'Empereur laissait dire et n'en
continuait pas moins d'attaquer par tous les moyens le paupérisme, afin
de restreindre de plus en plus le cercle fatal où la misère et le crime
prélèvent pour la mort ou pour la honte leur dîme funèbre. Le budget des
établissements généraux de bienfaisance fut doublé et, pour certaines
branches du service, triplé; en dix-huit années, on ouvrit cent
cinquante-trois établissements hospitaliers nouveaux; tout juste autant
que les autres gouvernements en avaient fondé dans l'espace de soixante
ans, de 1789 à 1850.Le traitement à domicile fut institué, bienfaisante
innovation qui,
laissant le
malade au milieu des siens, donne plus de chances à la guérison, ou rend
la mort moins affreuse. Les Asiles de Vincennes, du Vésinet, de
Longehène s'ouvrirent pour recevoir les convalescents et prévenir des
rechutes fatales .En quelques années, cent cinquante mille individus y
trouvèrent la santé complète et la force nécessaire pour reprendre leurs
travaux. La médecine cantonale gratuite n'existait que dans deux
départements, elle fut établie dans cinquante, etc.» Duruy, Comment les
Empires reviennent.
(37)« Avant
le traité de commerce, qui souleva tant de colères et fit naître tant
d'injustes préventions, le commerce spécial de la France avec les
puissances étrangères ne s'élevaitqu'à1milliard 900millions. Ce commerce
dépassait 3 milliards 200millions en 1866.La richesse du pays,: dans
les dix dernières années du gouvernement impérial, a pris un
accroissement constant; c'est aujourd'hui un fait incontestable; et nous
ne craignons pas d'avancer que c'est à l'épargne accumulée sous l'Empire
qu'est due la facilité avec laquelle nous avons pu supporter les charges
énormes de la guerre et trouver les capitaux nécessaires à notre
rançon.» Octave Noël, Revue de France, novembre1874.
(38)Lire
l'excellente brochure de M. Fernand Giraudeau, Vingt ans de despotisme
et quatre ans de liberté. (Lachaud, éditeur) M. John Lemoinne ne
demandait-il à la même époque, dans le Journal des Débats, « la liberté
comme sous 'Empire?»
(39)Prenons
comme exemple l’élection des Hautes-Pyrénées (17janvier 1875), le préfet
de ce département faisait appeler tous les maires et leur disait: « J'ai
fait appeler tous les maires; je ferai appeler tous les instituteurs. Je
briserai tout ce qui me résistera. » Ce qui n'a pas empêché, d'ailleurs,
le candidat qu'il combattait, M. Cazeaux , impérialiste, d'être élu à
une forte majorité.
(40)Circulaire de M. Billault, du 30mai1857.
(41)Circulaire confidentielle de M.de Persigny, 18 mai 1863.
(42)Dans le
plébiscite du 8 mai 1870, le peuple français répondit à l'appel de
l'Empereur par 7,350,142 oui.
(43)Sous le
premier Empire,«aucune troupe n'était nécessaire, même dans les pays
réunis. Le Piémont, la Toscane, Gènes, n'avaient pas 1,500 hommes de
troupes. Dans le temps que l'Empereur était à Vienne, il n'y avait que
1,200hommes de garnison à, Paris. L'Empereur se promenait au milieu de
la foule qui couvrait le Carrousel ou dans le parc de Saint-Cloud, dans
une calèche à quatre chevaux, au pas, avec l'Impératrice et un seul
page, au milieu de 150,000 spectateurs environnant sa voiture. Les
contemporains l'ont vu.» (Thibaudeau, tome VIII, p. 176.)Sous le second
Empire, les républicains se plaignaient du calme qui régnait en France.
Nous n'inventons rien. Dans un procès fameux, M. Dufaure le disait
carrément :" Navigateurs engourdis, nous mourons d'ennui dans le marasme
et le calme plat. » Et, se souvenant de ce mot, M.Picard, plusieurs
années après, s'écriait, à son tour, avec indignation: « Le pays est
plongé dans un calme effrayant.»
(44)Émeute
des paysans avec Didier, en 1816; conspiration des patriotes de1816;
troubles de Lyon en 1817; troubles de juin 1820; conspiration du 19août;
sociétés secrètes; complots de Saumur; conspiration de Belfort; second
complot de Saumur; les quatre sergents e La Rochelle; troubles à Paris
en 1822; barricades de 1827; révolution de Juillet; sac de l'archevêché
en 1831;insurrection de Lyon; troubles de Grenoble en 1832; combats de
juin 1832; insurrection des Mutuellistes; combats de la rue. Transnonain;
émeute militaire de Vendôme; émeute des12 et 13 mai1839;troubles de
1841; affaire de Buzançais, etc.
(45)«
L'Empire correspond exactement au tempérament de ce pays. Empruntant à
la Monarchie sa force de résistance, à la République sa force
d'initiative, également éloigné des abus de la première et des excès de
la seconde, à la fois autoritaire et démocratique, il peut, tout en
procurant aux intérêts la sécurité dont ils ont besoin, donner aux
aspirations démocratiques toutes les satisfactions légitimes. Par sa
force monarchique, par ses institutions appropriées aux exigences du
temps présent, bien qu'elles paraissent d'ancien régime, il flatta le
goût très vif que cette nation a gardé pour les souvenirs et les
traditions d'un autre âge; par son origine populaire, il répond à ses
instincts profondément égalitaires. Fondé sur le suffrage universel, il
trouve dans la largeur de sa base et dans l'énergie de sa Constitution
un frein qui lui permet de résister sans effort de réaction à
l'entraînement des courants populaires. Bref, c'est le seul régime qui
.puisse sans inconvénient pencher du côté du peuple, et qui ait osé
réaliser quelques-unes des grandes améliorations que l'état de notre
société réclamait impérieusement. » A. Duruy, Comment les Empires
reviennent.
(46)Sur
l'attitude de l'Empereur à Sedan, on a essayé d'accréditer bien des
calomnies. On a été, par exemple, jusqu'à mettre en doute le courage,
deNapoléon III! Les républicains eux-mêmes ont dû cependant constater
que l'Empereur n'a jamais craint la mort. Ainsi, le correspondant
républicain du journal le Temps écrivait, le 2 septembre 1870, à ce
journal; «L'Empereur a voulu mourir. Le fait est maintenant avéré. La
mort a passé près, de lui comme près.de Ney sur le plateau de Mont
Saint-Jean, quand les boulets qu'il appelait s'obstinaient à
l'épargner." Le correspondant du Times, journal anglais, raconte qu'à la
bataille de Sedan,« l'Empereur a fait preuve du plus grand courage; il a
en vain cherché la mort. Un obus est venu tomber sous les pieds de son
cheval.» Le Journal officiel de Berlin, du 8 septembre, dit que,«
d'après des témoignages oculaires, à la bataille de Sedan, l'Empereur
Napoléon s'est exposé à un tel point, que son intention de se faire tuer
était évidente.» Enfin, dans la lettre du publiciste allemand au
Standard, nous lisons: « ... L'opposition a déclaré que la capitulation
de Sedan avait été un acte de
Lâcheté de
l'Empereur, et ce mensonge, accepté sans examen, fut une des bases de la
République nouvelle. Cependant, personne ne l'ignore aujourd'hui, le
courage froid de l'Empereur ne l'a pas
Abandonné
dans cette terrible journée où croulait toute sa puissance. Pendant
plusieurs heures, il s'est exposé au feu le plus violent, s'offrant
ainsi à la mort. Il n'a pas voulu le suicide, soit; c'est le refuge
facile des orgueilleux et des égoïstes; mais quand il à dit : Je n'ai pu
me faire tuer à la tête de mes soldats...,il a dit simplement une chose
vraie.» Lire la brochure « Ils en ont menti », par un rural. (Amyot,
éditeur.)
(47)Lire à ce
sujet le Procès historique des auteurs de la guerre de 1870, par Adam
Lux. Toutes les citations de cette brochure prouvent que l'Empereur n'a
fait que céder à la pression de l'opinion publique. Dans le
Correspondant, par exemple, M. Léon Lavedan, écrivait ceci: « Nous
sommes de ceux qui applaudissent à la ferme attitude adoptée par le
gouvernement. Nous sommes soulagés de nous sentir enfin redevenus
Français. Toutes les âmes patriotiques ont salué, comme la Chambre, la
déclaration du pouvoir, en y retrouvant avec joie le vieil accent de la
fierté nationale. Si l'on réfléchit que les sentiments dont l'explosion
vient de retentir étaient comprimés depuis quelques années dans toutes
les poitrines, on ne s'étonnera pas que le gouvernement lui-même ait
cédé à l’entrainement universel. » L.'Univers disait : «L'on ne peut
nier que l'opinion soit presque unanime à réclamer une action énergique.
Une guerre avec la Prusse serait populaire en France... l'opinion
publique serait déçue si l'affaire venait à s'arranger par la
diplomatie.»Enfin, M.de Girardin écrivait dans la Liberté : « Si la
Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, à coups de crosse
dans le dos de passer le Rhin et de vider la rive gauche.»
(48)La
Gazette d'Italie, qui était fort au courant des vues secrètes des
républicains, disait, après nos premiers revers: "Jusqu'à la catastrophe
de Sedan, les républicains de Paris attendaient avec anxiété les
nouvelles du théâtre de la guerre, tremblant d'apprendre quelque grande
victoire de l'Empereur, alors que toutes leurs espérances reposaient sur
sa défaite, comme ne l'a que trop prouvé l'événement.» Dans le Réveil du
14 juillet, M. Delescluze n'a-t-il pas écrit : «Si les Prussiens sont
battus, si le chassepot l'emporte, le gouvernement personnel deviendra
plus exigeant que jamais et.la liberté sera refoulée dans les limbes.»
Ce grand citoyen ne craignait qu'une chose, que les Français fussent
vainqueurs! « Périsse la France, pourvu que la République triomphe et
que nous soyons les maîtres! » Telle a toujours été la devise de nos
révolutionnaires. Un publiciste allemand écrivait, à cette époque, dans
le journal anglais le Standard : « Les
Républicains
français flairaient dans les désastres de leur patrie les seuls moyens
qui leur restaient de satisfaire leurs vengeances et d'assouvir leur
ambition.» Ils en ont menti, par un rural, (Amyot)
(49)« J'ai
entendu cette parole: « Nous souhaitons un Waterloo! » Et ce n'étaient
point là des mots en l'air : ce qui a été dit avant les victoires qu'on
craignait, on l'a répété après les désastres qu'on souhaitait. Quelle
haine antipatriotique devait donc bouillonner dans le cœur des purs
démocrates, quand un pâle libérâtre, un monarchico-constitutionnel
pouvait écrire à la fin de décembre1870 cette phrase infâme que le
pauvre vieillard eût bien du emporter dans sa tombe déjà entr'ouverte:
«L'année1870 qui a renversé l'Empire n'a pas été tout à fait
stérile...Nos malédictions doivent se mêler de quelque gratitude; tout
compte fait, nous la bénirons!» Au reste, je n'ai que faire des paroles
quand les faits sont là pour montrer à qui ont profité ces désastres;
après Sedan, le 4 septembre; après Metz, le 31octobre, ou l'essai de la
Commune; après Paris, la Commune elle-même. Ainsi, chaque fois que la
France descend d'un degré dans l'abîme, l'idée
Républicaine
monte d'un degré vers la fortune.»A Duruy, Comment les Empires
reviennent, p. 77. Lire aussi Les Hommes du 4 septembre, par Albert
Rogat. (Lachaud,éditeur.)
(50)Ce ne
sont pas les artisans, dit un publiciste, ce ne sont pas les artisans
qui ont renversé le gouvernement impérial : ce sont (outre les
Prussiens)les fruits secs de toutes les carrières, des
Avocats comme
Peyrouton, des médecins comme le docteur Tony Moilin et le docteur
Goupil, des journalistes comme Delescluze, Maroteau, Vermersch, Vallès,
des professeurs comme Flourens, des artistes comme Courbet, des
officiers rayés des cadres comme Lullier, des vaudevillistes comme
Rochefort, des employés de commerce comme Jourde, des acteurs comme
Lisbonne. D'ouvriers, point.»
(51)On sait
qu'une dépêche, arrivée de Saint-Pétersbourg au ministère des affaires
étrangères, à Paris, le 4 septembre1870, promettait à l'Impératrice
Eugénie l'intervention amicale de la Russie pour sauvegarder
« l'intégrité du territoire français. » Mais, du jour où la Russie
apprit que Napoléon III avait été renversé, elle nous retira son
concours. D'ailleurs, on a, sur la question de savoir si l'on pouvait
éviter de perdre l'Alsace et la Lorraine, l'aveu de M.Jules Favre
lui-même. Dans la séance de l'Assemblée nationale du 16 juin 1871,M.de
Valon affirma que M. Jules Favre lui avait raconté, à Bordeaux, que«M.de
Bismark aurait fait la paix, au mois de septembre 1870, sans exiger
d'autre cession de territoire que Strasbourg et sa banlieue.» Le
lendemain, M.Jules Favre, invité à répondre, avoua que ce que M.de Valon
rapportait était vrai. Ce n'est donc pas l'Empire quia perdu l'Alsace et
la Lorraine, ce sont, de leur propre aveu, les hommes du 4 septembre.
(52)«La base
de notre état social et politique, depuis 89,est la souveraineté
nationale. Quelques mois avant la révolution du 4 septembre, la nation
s'était prononcée, pour la troisième fois et à la presque unanimité, en
faveur de l'Empereur, de sa dynastie et de la Constitution impériale.
Pour détruire cette Constitution, pour renverser l'Empire, il fallait la
volonté de la France. Est-ce la France qui a fait la révolution de
septembre? Quelques députés, ayant pour auxiliaire un général qui tenait
son autorité de l'Empereur, et pour appui une bande d'émeutiers qui,
plus tard, les ont chassés de Paris, se sont emparés du pouvoir suprême.
Telle est
l'origine du gouvernement des nouveaux Septembriseurs. Ils étaient à
peine installés qu'ils prononçaient la déchéance de l'élu du peuple,
qu'ils expulsaient les représentants légaux de la nation et
proclamaient, sur les ruines de la Monarchie que voulait la France, la
République dont elle ne voulait pas. La volonté particulière de ONZE
hommes, et quels hommes! Se substituait ainsi à la grande volonté du
pays.» Ils en ont menti, par un rural. (Amyot,éditeur.)
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