Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                   "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Napoléon III

et les "Républicains"

Le cas Victor Hugo

 

par David Saforcada

 Secrétaire général

de France Bonapartiste

  

Dans son numéro 620, daté du 7 au 13 mars dernier, l’hebdomadaire Marianne, sous le titre « Ces Républicains qui luttèrent contre le pouvoir personnel », s’en prenait une fois de plus à la figure de Napoléon III et, comme à son accoutumée sur ce sujet, avec force idéologie et à grand renfort d’approximations et de scandaleux mensonges, hissait au pinacle l’auteur de Napoléon le Petit. Notre ami David Saforcada rétablit ici la vérité sur l’Empereur et sur Victor Hugo.

 

Raphaël Dargent,

pour le Cercle Jeune France 

 

 

« Pour qu’un souverain puisse agir fortement au dehors,

 il faut qu’au-dedans son action soit libre. »

Louis Blanc

 

 

Au lendemain du Deux-Décembre, les chefs républicains durent aller planter leurs tentes ailleurs … Ledru-Rollin, Félix Pyat, Victor Hugo, passèrent en Belgique où ils furent à l’aise pour insulter le gouvernement sorti de la volonté nationale et l’Empereur, à qui la France, librement, et avec enthousiasme, confiait ses destinées.

 Un homme : Victor Hugo, par son nom et son influence, encore aujourd’hui, domine la foule des proscrits. Nul ne songe à contester le génie littéraire de celui qui chanta l’épopée napoléonienne et qui éveilla dans l’âme populaire un sentiment d’admiration émue pour le demi-dieu crucifié à Sainte-Hélène. Mais n’en déplaise à ses défenseurs actuels, le magazine Marianne en tête, il nous sera permis de dire que le caractère de Victor Hugo jette une ombre sur sa mémoire. L’homme était aussi petit que l’écrivain était grand ! Les napoléoniens et les bonapartistes ne pardonneront jamais à monsieur Hugo les ignominies que sa haine déversa sur Napoléon III.

 Taxile Delord, peu suspect, a raconté que Victor Hugo « s’imagina qu’il déciderait le roi des Belges à faire marcher son armée, non pas contre la France, mais contre le gouvernement. » Et cela ne l’empêcha pas de glousser pendant dix-huit années vers la patrie lointaine… Expulsé de Belgique, l’auteur des Châtiments se réfugia en Angleterre, à Jersey, qui était suivant son expression « une idylle en pleine mer ». Bouffi d’orgueil, il pensait faire son « métier de flambeau » comme il disait lui-même puis, il songea qu’en jouant au martyr il augmenterait sa popularité. Il fut alors le Prométhée moderne, que dévorait le « vautour » Bonaparte. A cause de son éloignement, il grandit dans les esprits candides de l’époque (comme ceux d’aujourd’hui). Il prétendait être la source lumineuse qui arracherait le pays de « l’antre impérial ». Faguet a écrit avec justesse sur ce persifleur : « Il n’est pas altier comme Byron, il n’est pas fat comme Lamartine, il est épanoui en vanité, comme un bourgeois. » Personne ne trouvait grâce à ses yeux ; c’est ainsi qu’il insulte bassement la mère de Veuillot parce que le journaliste n’approuvait pas son discours. M. Nisard ayant critiqué ses vers, il écrivit vingt ans après « un âne qui ressemble à M. Nisard, brait ». Rancunier, méchant, pourri d’orgueil, tel apparaît celui que Veuillot surnomma « le Jocrisse à Pathos ».

 En 1852, Victor Hugo jugea opportun de donner son avis sur le plébiscite, et après avoir plongé sa plume non dans l’encre, mais dans le venin, il écrivit les lignes bien connues : « Louis Bonaparte est hors la loi, Louis Bonaparte est hors l’humanité » et il terminait par ce conseil pacifique : « En présence de ce gouvernement assassin, violateur, le citoyen digne de ce nom n’a qu’une chose à faire, charger son fusil et attendre l’heure. » Le lendemain, la déclaration entière paraissait dans le Moniteur sur l’ordre de Napoléon III. L’éclatante acclamation plébiscitaire qui suivit fut la réponse du peuple au démagogue oublié.

 L’âme de Napoléon III était trop supérieure et trop bonne pour que le ressentiment y trouvât une place. Quand on lui apporta l’ignoble pamphlet publié par Hugo en Belgique, il eut ce mot charmant, en le montrant à son entourage : « Voyez, Messieurs, voici Napoléon le petit par Victor Hugo le grand. »

 Cet admirable cœur fut toujours trop bienveillant pour ses ennemis. Rochefort voulant se présenter aux élections, reçut un sauf-conduit et entra au Corps Législatif. Le républicain Arago mourut à l’Observatoire, on lui décerna les honneurs officiels. Le maréchal Vaillant, les aides de camp du prince Napoléon allèrent saluer la dépouille du savant disparu. L’Empereur traitait avec bonté M. Havin, rédacteur en chef du Siècle, qui chaque matin célébrait la Révolution, ce qui fit dire à Louis Veuillot, avec esprit : « Le Siècle est sous la protection de la police et l’Univers sous sa surveillance. » En 1851, le général Cavaignac devant se marier avec Mlle Odier, reçut une lettre de M. de Morny lui annonçant sa mise en liberté. « Héroïque », Cavaignac refusa. A l’occasion du mariage de l’Empereur, 3000 grâces furent accordées. En 1852, Thiers, de Rémusat, Chambolle rentrèrent en France.

 Barbès, retenu à Belle-Ile, avait au moment de la guerre de Crimée, écrit à un ami : « Que les Français mettent bas les Cosaques, et ce sera autant de gagné pour la cause de la civilisation et du monde, j’aurais désiré que nous n’eussions pas la guerre, mais l’épée est tirée, et il est nécessaire qu’elle ne rentre pas au fourreau sans gloire. » L’Empereur ordonna aussitôt la mise en liberté de Barbès, il déclara : « Un homme qui conserve, malgré ses épreuves, de si patriotiques sentiments, ne peut pas, sous mon règne, rester en prison. » Barbès informa le Moniteur qu’il repoussait de « toutes ses forces la mesure prise à son égard. » Ce geste, qu’il croyait beau, n’était que ridicule. En 1856, le retour fut permis à quiconque reconnut le gouvernement légal. Enfin, le 13 août 1859, l’Empereur accorda l’amnistie pleine et entière à tous les condamnés politiques.

 Bref, contrairement à la légende véhiculée par Hugo, reprise par ses lointains épigones, Napoléon III fut aussi généreux pour ses adversaires qu’il était bon pour ses amis et bienveillant pour tous. L’Empire était le gouvernement de la réconciliation nationale. n