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Cercle Jeune France Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder." Ernest Renan
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par Charles Xavier Durand
L'information non distillée est l'écume du bruit : les titres des journaux, le babillage télévisuel, le bavardage de cocktail, la dernière invention, le dernier secret des affaires, la dernière mode. Il s'agit là d'information publique, que n'étaye ni l'expérience ni des lumières personnelles. Ce n'est pas inutile : c'est pire qu'inutile, car cela fait croire indûment aux gens qu'ils savent quelque chose. Il est d’une nécessité vitale d’aller au-delà pour séparer les perceptions de la réalité de la réalité elle-même, ce qui est l’objectif du présent article. Le 20 septembre 2006, le président vénézuélien Hugo Chavez prononçait un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, durant lequel il brandit la version espagnole du dernier livre de Noam Chomsky : « Dominer ou sauver la planète ? L’Amérique en quête d’hégémonie mondiale ». Ce n’est pas la première fois que le linguiste le plus célèbre des Etats-Unis (1) dénonce, dans ses écrits, l’impérialisme étasunien, ce qui l’a rendu probablement plus célèbre que ses travaux professionnels en linguistique. Chomsky est coutumier du fait. Déjà, dans les années 60, il haranguait les étudiants du MIT pour vitupérer contre les hôtes de la Maison blanche et du Congrès. Rien de vraiment nouveau dans son livre si ce n’est qu’il souligne, comme si cela n’était pas encore suffisamment évident, que le gouvernement de son pays affiche désormais clairement sa volonté d’intervenir dans les affaires de l’ensemble des pays du monde dont il essaie de redessiner les frontières selon un schéma conforme à ses seuls intérêts. Quant à Chavez, les médias français nous le présentent comme l’héritier spirituel de Fidel Castro. Copieusement vilipendé par notre presse atlantiste qui déforme à l’envi les discours du président vénézuélien par le biais de traductions infidèles et d’interprétations déformées, on nous communique l’impression d’un personnage caricatural, vociférant à l’encontre de Washington et possédé d’un antiaméricanisme primaire, digne de figurer dans une bande dessinée. Citoyens de l’empire Bien loin des feux de la rampe et hors du champ des projecteurs braqués par des médias, le livre de William Bonner et d’Addison Wiggin intitulé « L’empire des dettes » mérite pourtant d’être lu. Si les auteurs n’ont pas encore formellement renoncé à devenir des politiciens, ils n’ont certainement pas le profil d’idéologues. William Bonner est le fondateur et dirigeant de la société Agora, l’un des premiers groupes mondiaux d’information financière, avec des filiales dans neuf pays. Né aux États-Unis, il a démarré sa société à Baltimore et a quitté son pays dans les années 80 pour s’installer à Paris. Dès son arrivée en France, avant de découvrir l’anglomanie française, il avait commencé à signer ses bulletins d’information en français Guillaume Bonner, avant de rebasculer à « Bill », lorsqu’il se rendit compte que cela rehaussait son autorité et augmentait le nombre de ses clients. Sa profession, qui se concentre dans l’analyse des sociétés cotées en bourse, l’a amené, ces dernières années, à partager son temps entre Paris et Londres. Très vite, en tant que jeune adulte, sa curiosité l’avait entraîné à visiter une multitude de pays et à les comparer dans un bulletin destiné aux riches retraités, jeunes ou vieux, qu’il publiait sous le titre « International living », en mettant l’accent sur la qualité de vie que chacun de ces pays offrait. Guillaume Bonner est un pragmatique spécialisé dans un secteur sur lequel la vie de notre époque semble s’être concentrée. Jamais les banques, les sociétés de courtage et, plus généralement, les services financiers qui, pourtant, ne créent intrinsèquement aucune richesse, ne se sont jamais aussi bien porté. Dans son livre, Bonner aborde un sujet qu’il connaît bien : les États-Unis et leur dette mais il les identifie aussi comme le centre de l’empire du moment et dont l’Europe occidentale fait clairement partie. Nombre d’intellectuels et de politiciens de notre pays n’arrivent toujours pas à discerner clairement cet empire, dont la reconnaissance de sa véritable nature constitue pourtant la clé nous permettant de comprendre totalement ce qui se passe actuellement en Europe occidentale. Il faut que ce soit maintenant des Étasuniens, tels que Chomsky, Bonner et bien d’autres qui, désormais, dénoncent l’existence de l’empire étasunien, en délimitent les contours, identifient ses collaborateurs, conscients et inconscients. Ce sont désormais des Anglais ou des anglo-américains, tels que Robert Phillipson ou James Petras, qui publient pour nos cadres ahuris des articles expliquant la collusion entre le centre de l’empire et la Commission européenne dans l’évolution des structures économiques, politiques et culturelles de l’UE au seul bénéfice des États-Unis… Aussi absurde que cela puisse paraître, ce sont maintenant aussi des anglo-saxons qui dénoncent l’anglomanie, et cela ne date pas d’hier. A titre d’exemple, l’incrédule pourra lire le livre de Ian Buruma intitulé « L’anglomanie », ceux de Robert Phillipson tels que « Linguistic imperialism » et « English-only Europe ». Il pourra également noter que les grands magazines anglo-saxons ne restent pas à l’écart de ce type d’observations, comme ce fut le cas pour « The Economist » qui, dans un numéro publié en 1999 (2), décrivait déjà « La grande illusion » des Français “branchés” qui se prennent désormais pour des anglo-saxons. La page de couverture montrait une image de Marianne coiffée de son traditionnel bonnet phrygien et qui, en se regardant dans un miroir, croyait y voir l’oncle Sam ! Les grands patrons français qui tiennent les réunions de leurs conseils d’administration en galloricain, les professeurs d’université et les chercheurs qui acceptent de faire, dans leur propre pays, des communications dans ce qu’ils croient être de l’anglais pour décrire leur travail, sont bien les derniers à ignorer que c’est eux qui suscitent la dérision et les quolibets, moins de leurs concitoyens et de leur hiérarchie que de ceux qu’ils cherchent désespérément à singer… C’est encore l’Étasunien Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale, et auteur du livre « Le grand échiquier », qui affirmait dans la revue « The National Interest (3) » que l’Europe est bel et bien un « protectorat américain ». De toute évidence, les Européens et les Français semblent être vraiment les derniers à découvrir ce qu’ils sont réellement, vus de Washington, les derniers à prendre conscience que les mécanismes de gouvernement qu’ils croient avoir mis en place, plus particulièrement au niveau de la Commission européenne, sont dirigés au pire et manipulés au mieux pour optimiser les intérêts anglo-saxons (4), que les outils constitutionnels au niveau de chaque pays sont détournés de leur raison d’être originelle pour les mêmes objectifs (5), que, plus particulièrement en Europe de l’ouest, les élections amènent au pouvoir des collaborateurs notoires (6) des Étasuniens par le biais de médias inféodés à leur service, médias qui ont davantage pour ambition d’amener au pouvoir les candidats qu’ils ont choisis plutôt que d’informer et de laisser les électeurs décider pour eux-mêmes (7). En France, il devient pourtant de plus en plus clair que les candidats aux plus hautes fonctions du gouvernement recherchent l’aval et l’appui du gouvernement des États-Unis, comme on a pu le voir avec le défilé de la plupart des “présidentiables” à Washington. Sarkozy s’est cependant révélé à la fois maladroit et naïf, en annonçant prématurément et ouvertement son allégeance aux néo-conservateurs étasuniens mais il faut parier que ses concurrents sont beaucoup plus discrets de ce point de vue et, de ce fait, certainement plus dangereux. Afin d’évaluer le fossé qui le sépare d’une époque pas très lointaine mais où l’on pouvait considérer que la France était encore un pays libre, le sceptique pourra réécouter le discours que de Gaulle avait fait à Phnom Penh le 1er septembre 1966, en pleine escalade américaine dans la guerre du Vietnam, et à le comparer aux discours des hommes du gouvernement français actuel, en particulier ceux de son président et de son ministre des Affaires étrangères. On pourra remarquer les précautions infinies qui sont prises actuellement pour ne pas vexer ou faire même sourciller le centre nerveux de l'empire sur des sujets tels que la Corée du nord, Cuba, le Vénézuela, l’Iran, l'Afghanistan, l'Irak, quand il ne s’agit pas d’un appui inconditionnel (8) à des politiques simplistes et musclées qui sont pourtant en antagonisme total par rapport à celles traditionnellement préconisées par la diplomatie européenne et pour lesquelles on peut encore et toujours affirmer haut et clair que les peuples ont pleinement le droit à l’auto-détermination… Comme un mari cocu qui est le dernier à apprendre que sa femme le trompe, les Européens continentaux semblent être vraiment les derniers à découvrir ou reconnaître qu'ils font partie d'un empire et que l'apprentissage de l'anglais, tout comme l'usage du dollar sur la scène internationale, ne sont nécessaires que parce qu'il s'agit respectivement de la langue et de la monnaie de l'empire, avec tous les avantages et les inconvénients que cela peut comporter. On n’arrive toujours pas à comprendre que lorsque le ministre de l’Éducation nationale français exige « au minimum l’anglais » dans la connaissance des langues étrangères, cela est équivalent à l’obligation imposée aux citoyens des pays de l’ex-empire soviétique et de ses satellites de connaître « au minimum le russe ». Si nous acceptons une fois pour toutes que nous faisons partie de l'empire étasunien, notre argumentation va s'en trouver considérablement simplifiée. Nous n'irons pas chercher quelque argument tordu pour justifier une situation anormale car cette situation anormale est le prix à payer lorsqu'on est assez stupide pour accepter de faire partie de l'empire étasunien en ce début de XXIe siècle. Si cet empire s'impose par la force dans de nombreuses parties du monde, comme en Irak ou en Afghanistan, il s'est imposé en Europe par la publicité, par la fraude, par l'esbrouffe. Comme l'écrit Bill Bonner, « L'empire étasunien n'est pas comme une solide pyramide basée sur la confiance, l'autorité et la puissance, mais comme un taudis chancelant d'illusions, de fraudes et de malentendus »... et c'est un Étasunien qui parle !! Partis de cette constatation, il est important d’évaluer, au-delà des apparences, l’évolution de cet empire, ce qu’il est réellement devenu aujourd’hui afin de définir un repositionnement par rapport à lui qui soit aussi adéquat que possible. De la république à l’empire De toute évidence, la transformation de la république des États-Unis en empire n’a pas été inscrite dans la constitution de ce pays ni annoncée au son des clairons et des tambours. Pourtant, toute la retenue, toute la mesure et la modestie de la vieille république ont été balayées et remplacées par un système vaniteux fait de suffisance, de mensonges, de dettes et d’illusions. Un peuple impérial est obligé de croire que son statut de puissance est mérité. Autrement dit, il est obligé de croire qu’il a le droit de dicter leur conduite aux autres peuples. Pour ce faire, il doit croire en un mensonge : le fait que sa culture, sa société, son économie, son système politique et lui-même sont supérieurs aux autres. Cette croyance relève d'une prétention illusoire, mais elle est si grande et lumineuse qu'elle exerce sur l'ensemble de la société une force d'attraction telle que, bientôt, elle y a mis en mouvement tout un système nourri de vanités reluisantes et de vaines illusions aussi éloignées de la vérité que l'est Pluton de la Terre et aussi étranges que le sont les anneaux de Saturne. Inconsciemment, les Étasuniens en sont venus à croire ce que semble toujours croire un peuple impérial : la supériorité de sa société est si éclatante que le reste du monde meurt d'envie de lui ressembler ou qu'il est, qu'il le veuille ou non, irrésistiblement conduit à lui ressembler. Voilà l'idée sur laquelle se fondent les Étasuniens pour investir des milliards de dollars en Chine. Il y a quelques années, si quelqu'un leur avait suggéré d'investir dans un pays communiste, ils auraient déclaré cette personne bonne pour l'asile. La Chine est toujours dirigée par les vétérans des divers "grands bonds en avant", mais les Étasuniens sont convaincus que, si les Chinois bondissent encore aujourd'hui, c'est, impatients de leur ressembler, vers le capitalisme et la démocratie ! Les États-Unis sont si prétentieux qu’ils sont incapables d'imaginer que les autres puissent vouloir s'inspirer d'un autre modèle que le leur. L'invasion de l'Irak était évidemment fondée sur le même genre de raisonnement : même les tribus crasseuses du désert irakien veulent ressembler aux États-Unis. Il suffit donc de les débarrasser de leur dictateur, et les hommes se mettront à construire des centres commerciaux tandis que leurs femmes se mettront à s'habiller comme Britney Spears. Voilà le genre d'illusion qu'on se fait lorsqu'on arrive au sommet d'un cycle impérial. Pourquoi les Américains devraient-il se soucier de ce qui se passe au Proche-Orient ou ailleurs, d'ailleurs ? Est-ce que les Suisses se sont demandé sous quel régime les Irakiens devaient vivre ? Est-ce que les Suisses ont essayé de transformer le monde à leur image ou se sont permis d'entretenir l'illusion que chaque habitant de la planète mourait secrètement d'envie de leur ressembler ? Nous touchons ici le véritable problème auquel est confronté l'empire américain. Cet empire possède l'armée la plus puissante du monde. Il n'a, hors de ses frontières, aucune concurrence sérieuse qui semble être vraiment à la hauteur. Il a donc dû devenir son propre pire ennemi. Tous les empires doivent un jour disparaître. Tous doivent trouver un moyen de s'autodétruire. L'Amérique a trouvé l'endettement. Beaucoup de gens considèrent les empires comme quelque chose de positif : ils élargissent l'espace économique dans lequel les affaires peuvent se faire. Selon la vulgate moderne, ils permettent une “mondialisation” accrue. En général, la mondialisation profite à tous : elle permet aux gens de se spécialiser dans leur domaine d'excellence et de produire plus et mieux tout en réduisant leurs coûts. Les gens croient ce qu'ils ont besoin de croire à ce stade de dégénérescence avancée de l'empire. Autrement dit, ils croient aussi en de romantiques fantasmes dégoulinants de sensiblerie. L'économie américaine est toujours la plus flexible et la plus dynamique du monde, se disent-ils. Les Étasuniens sont le peuple le plus créatif et le plus inventif de la planète. Ils créeront toujours de nouveaux secteurs d'activité. Ils trouveront bien quelque chose ! D'une manière ou d'une autre, la croyance dans l'empire américain, dans la supériorité culturelle, politique, sociale et économique des États-Unis, devra être anéantie, pour que les perceptions correspondent à nouveau à la réalité. Ce sera sans doute la prochaine étape... Les États-Unis se félicitent d'être la plus belle démocratie que le monde ait jamais connu, mais le système de gouvernement de Venise il y a 800 ans était tout aussi démocratique : les gens votaient pour des gens, qui votaient pour d'autres gens, qui votaient pour d'autres gens encore, qui élisaient le doge. Il s'agissait de faire croire au peuple que c'était lui qui dirigeait le pays, alors que le pouvoir réel était entre les mains de quelques familles (les Bush de l'époque, les Kennedy, les Gore et Rockefeller dans la Venise du XIIIe siècle). Il est si facile d'abuser les masses. La souveraineté de Venise, quel que fût le système politique en place, restait toujours entre les mains d'un certain nombre de familles, qui gardaient leur place avec une régularité presque dynastique, à l'abri de toute intrusion d'en bas, et l'on persistait à professer que le système du Consiglio Maggiore était le système de représentation le plus vaste; il devait en effet paraître à première vue que toute personne honnête et de bonne volonté serait tôt ou tard assurée d'accéder à ce parlement populaire. Pulsions primaires du cerveau reptilien Plutôt que d'obéir à leurs pulsions ancestrales et d'écouter honnêtement leurs instincts primitifs, les nouveaux impérialistes se croient obligés de donner des raisons qui sont souvent fatales à celui qui y croit et à ses victimes, mais hilarantes pour l'observateur éloigné. Les impérialistes modernes ont soif des mêmes choses que leurs lointains ancêtres à savoir prestige, pouvoir, argent, statut, qui leur servent tous de substitut, peut-être, à la propagation de leurs gènes. Ce sont les mêmes pulsions que celles qui dictaient leur conduite aux Khan et aux César. Mais les impérialistes d'aujourd'hui ont honte de l'admettre. Ils mettent donc en avant toutes sortes de motivations altruistes, ayant en commun le désir de rendre le monde meilleur, et qui sont toutes soit des mensonges évidents, soit des embobinages de première classe. Mais c'est ce qui rend toute l'affaire tellement plus drôle et cocasse qu'une modeste république ou qu'un empire primitif : les bâtisseurs d'empire actuels sont de tels charlatans et de telles mauviettes qu'ils leur poussent presque des plumes au derrière et des palmes aux pieds ! N’espérons plus retrouver des émules de Napoléon Bonaparte ou de Marcus Licinius Crassus, chacun à la tête de ses armées et n’hésitant pas à monter en première ligne au risque de leur vie ! Les aspirants au titre d’empereur s’évanouiraient au bruit du premier coup de canon et ils sont totalement incapables d’inspirer le respect de leurs propres sujets, qui sont d’ailleurs eux-mêmes uniquement préoccupés par leur propre confort et qui répugnent à compromettre leur propre sécurité. Le point central du credo professé par le bâtisseur d'empire moderne, c'est qu'il a pour devoir de rendre le monde meilleur et qu'il ne peut y parvenir qu'en dictant leur conduite aux autres. Il est inconcevable pour lui que les autres puissent avoir leur propre conception d'un monde meilleur, que ses projets puissent n'être que le reflet de ses goûts futiles et de ses préjugés. C'est comme s'il faisait irruption chez ses voisins pour leur annoncer ce qu'ils devraient faire durant la fin de semaine, sans se préoccuper de leurs propres projets. Les siens sont plus importants ! Le charme de tout cela n'est pas tant de regarder le bâtisseur d'empire moderne semer la pagaille, une pagaille meurtrière, en général, ce qu'il ne manque jamais de faire. Le charme réside dans les mensonges et les imbécillités raffinées qu'il débite pour camoufler ce qu'il fait. Ses vrais objectifs ne diffèrent en rien de ceux des Mongols, des Grecs ou des Romains : se sentir important, diriger le monde et mener les autres à la baguette, bomber le torse, y accrocher des médailles, exercer un pouvoir sur les autres et se sentir supérieur à eux. La logique est imparable : il se sent supérieur parce qu'il commande. Et pourquoi les commande-t-il ? Parce qu'il est supérieur ! Depuis l'époque d'Alexandre, les bâtisseurs d'empire fabriquent des preuves d'un raffinement et d'une absurdité héroïque pour démontrer leur supériorité. Ils ont sous les yeux la preuve de leurs exploits : les voisins sont sous leurs bottes, et non l'inverse. Abusés par le caractère aléatoire des événements historiques, ils cherchent une raison qui explique leur supériorité et justifient leur autorité. Nombreuses sont les explications loufoques et les preuves fabriquées de toutes pièces. Souvent, un groupe humain croit tenir sa légitimité à commander directement de Dieu. C'est Yahvé qui a donné aux Juifs possession du pays où coule le lait et le miel. Peu leur importe que d'autres personnes en revendiquent également la propriété. Tuez-les tous, dit leurs dieux et malheur à vous si vous en laissez échapper un seul ! Les indispensables collabos Étant donné le nombre infime et la présence relative insignifiante des agents impériaux et des fonctionnaires municipaux pour assurer l'obéissance à l'État, écrit Ramsay MacMullen dans « le déclin de Rome et la corruption du pouvoir », il est évident que des millionnaires, des magnats, et d'autres notables locaux de toutes sortes ont dû coopérer et, et de leur libre arbitre, pour assurer l’emprise de l’empire sur les structures des pays satellites. Que l'on qualifie une société politique de libre, démocratique, dictatoriale ou impériale, elle implique toujours une grande part de collusion et de coopération de la part de la population. Il en est de même aujourd’hui avec l’empire américain puisque, dans les pays qui sont soumis à la domination des États-Unis, il n’y a pas, à de très faibles exceptions près, d’ingérence étasunienne directe dans la politique des pays concernés. Tout se passe par le biais de relais et d’intermédiaires autochtones influents. Dans les pays placés sous la domination de Rome, ceux qui exerçaient véritablement le pouvoir n'avaient pas de fonctions officielles et, même dans le cas contraire, ils n'en avaient pas besoin pour se faire entendre. Chaque jour, dans tout l'empire se présentaient d'innombrables décisions plus conformes à leurs propres désirs qu'à la loi, dans la ligne de la volonté de l'empereur ou de ses représentants. De surcroît, ces décisions étaient celles qui comptaient, celles qui concernaient la propriété, les déplacements, le choix d'un métier, le bon fonctionnement de la ferme, le commerce ou les activités bancaires ; parfois même la sauvegarde physique d'une personne. En affaires comme en empires, le bon fonctionnement de vastes et complexes réseaux informels repose en grande partie sur des relations de confiance. Les gens se fient à l’idée que les autres feront plus ou moins ce qu'ils attendent d'eux. L'empereur n'avait pas plus de maîtrise sur ce qui se passait en Judée ou en Gaule que nous n'en avons sur ce qu'on met dans les hamburgers du McDo du coin. Pourtant nous avons confiance qu'il n'y a rien de trop dégoûtant là-dedans… Dans l'empire romain, les ordres se transmettaient suivant un vaste réseau composé de relations personnelles, de liens de famille, de fonctions officielles, de traditions, d'habitudes, d'idées reçues, et de procédures convenues, de telle sorte qu'il se passait plus ou moins ce à quoi tout le monde s'attendait. L'empereur comptait non seulement sur ses fonctionnaires pour faire ce qu'ils étaient censés faire, mais aussi sur les gros pontes locaux qui n'occupaient pas de fonctions officielles et n'étaient investis d'aucune autorité. L'esclave rendait compte à son surveillant, qui rendait compte à son maître, qui rendait compte à son propriétaire terrien, qui rendait compte à son protecteur, qui rendait compte à ... et ainsi de suite jusqu'au sommet de la chaîne de commandement, à l'empereur lui-même. Les prisons elles-mêmes fonctionnent grâce à la coopération et à la complicité des détenus. Dans le système des goulags soviétiques, par exemple, un groupe de gens - des conscrits, envoyés contre leur gré en Sibérie - surveillaient un groupe de prisonniers, qui lui-même surveillait un autre groupe de prisonniers moins chanceux. Un dictateur ne peut pas gouverner seul un pays. Il lui faut l'aide de partisans et de bourreaux, de soldats et d'administrateurs, de percepteurs et de gestionnaires. Selon la taille du pays, il peut y avoir jusqu'à plusieurs millions de personnes impliquées dans l'exercice de son pouvoir. Un pays peut avoir des élections sans être pour autant une véritable démocratie. Il peut avoir un roi sans être une véritable monarchie. Il peut même se proclamer empire, comme l'empire centrafricain, qui malmenait plusieurs ethnies en Afrique occidentale, mais cela ne signifie pas forcément qu'il en soit un. Quand on hisse les couleurs impériales, l'Étasunien moyen se lève et salue. Cela lui donne l'impression d'être un gros bonnet. Si les Étasuniens dirigeaient les peuples d'Asie et du Moyen-Orient, cela leur procurerait un sentiment d'importance. L'empire peut avoir des États soumis, des protectorats, des colonies, des satellites ou des États clients, sur lesquels il exerce une autorité considérable. Cette autorité n'est parfois même pas mentionnée, mais les clients savent qu'à la moindre incartade, ils auront à faire l'empire. Généralement, les citoyens de la puissance impériale se sentent supérieurs à ceux des États vassaux. Comme nous l'avons vu, ils s'inventent des raisons pour expliquer cette supériorité et les utilisent ensuite pour justifier la poursuite de l'expansion impériale. Aujourd'hui, le monde est découpé par l'armée américaine en quatre zones de commandement militaire, appelée chacune par ses initiales (PAC, EUR, CENT et SOUTH). Chacune de ces zones a son propre commandant en chef, qui est comme un proconsul de l'empire romain. On trouve des bases militaires américaines dans 120 pays différents, avec des forces de frappe prête à jaillir à tout moment vers n'importe quel point de la planète. Les États-Unis ont également une immense armée de fonctionnaires, d'intermédiaires, de consultants, de conseillers, de scientifiques, d'ingénieurs, d'entrepreneurs et de mouches du coche disséminés à travers le monde entier. Formés dans des universités américaines, rémunérés par le gouvernement américain ou par des entreprises étroitement liées aux États-Unis, ces gens constituent une classe d'administrateurs investie de la mission suivante : garantir la circulation de la monnaie et assurer les intérêts de l’empire. Les Étasuniens pensent rendre service au monde. Cette chimère, en soi, ne serait pas si grave, mais ils passent complètement à côté de l'essentiel : quasiment toutes les puissances impériales ont prétendu agir pour faire le bonheur des autres, mais elles trouvaient toutes un moyen de se faire payer. Quand l'argent ne rentrait plus, elles fermaient boutique. Une puissance impériale est censée exploiter ses États vassaux pour ses propres fins égoïstes, sans jamais le reconnaître bien sûr mais, dans le cas qui nous intéresse, ce sont les États vassaux qui prêtent de l’argent aux États-Unis et qui, à tout moment, peuvent fermer le robinet du crédit, ce qui entraînerait immédiatement une baisse du niveau de vie du centre. Rappelons le principe de toute finance impériale. La puissance centrale est censée s’enrichir aux dépens de ses vassaux. Toutefois, les États-Unis font exactement l’inverse depuis une trentaine d’années. Un colosse aux pieds d’argile Les économistes du bureau américain des statistiques du travail font aux chiffres ce que les gardes de Guantanamo font aux prisonniers. Ils les maltraitent tellement qu’ils sont prêts à dire n’importe quoi. En juin 2005, les États-Unis ont affirmé que leur productivité croissait à un taux de 2,9 %, le rythme le plus rapide en neuf mois. La productivité est censée mesurer le rendement par unité de temps, mais les critères avaient été tordus par les chemises brunes des statistiques du gouvernement, qui disaient que si un ordinateur peut traiter les informations dix fois plus rapidement cette année qu'un ordinateur produit l'année dernière, l'ouvrier qui l'a assemblé a augmenté son rendement de 1000 % ! Cette violation des statistiques permet aux Étatsuniens de se leurrer eux-mêmes sur leur propre économie. Elle est saine, disent-ils. Elle croît, elle est stable. En fait, l'histoire du commerce international vers 2007 est le conte le plus grotesque que les économistes aient jamais entendu. Une nation achète des choses dont elle n'a nullement besoin avec de l'argent qu'elle n'a pas. Une autre vend à crédit à des gens qui ne peuvent déjà pas payer, puis construit de nouvelles usines pour augmenter la production. Du noyau central à la garnison la plus éloignée, de l'échelon le plus bas jusqu'au plus haut, tout le monde, partout, de son plein gré, avec joie et fierté, participe à l'une des plus grandes tromperies de tous les temps. La populace jongle avec les prêts hypothécaires à taux variable. Les patriciens jouent avec les fonds d'investissement qui spéculent sur d'immenses étendues de dettes hypothécaires. Près du sommet, les économistes de la fête les encouragent à le faire ! Et au pinacle trône un grand patron, modelé sur Auguste ou Commode ? … qui réduit les impôts tout en augmentant les dépenses de pain, de jeux, et de guerres extérieures. À l'aube du XXIe siècle, les coûts de fonctionnement de son rôle d'unique superpuissance et d'unique puissance impériale dans le monde en arrivait à dépasser 5 % de son PIB, ou 558 milliards de dollars par an. Non seulement elle n'avait jamais trouvé le moyen de faire payer le monde pour l'ordre qu’elle entretenait, mais l'ordre travaille maintenant contre elle. Ce n'est pas seulement la fabrication qui se déplace vers les États extérieurs. L'avènement des moyens de communication plus rapides et moins chers, alliés à une puissance informatique moins coûteuse, a également permis aux Asiatiques d'entrer en compétition dans le secteur des services. Tout ce qui peut être numérisé peut être globalisé : architecture, droit, comptabilité, administration, traitement de données de toutes sortes, centres d'appels, archivage, édition, finance, etc. Quel dirigeant de banque centrale remplirait ses coffres de pesos argentins ou de dollars du Zimbabwe ? Quel trafiquant de drogue ou marchand d'armes voudrait être payé en zlotys polonais ? Quelle compagnie d'assurance achèterait des obligations boliviennes ou kirghizes pour couvrir ses investissements à long terme ? Le dollar n'est plus convertible en or depuis 36 ans et, pourtant, les gens le prennent toujours comme s'il avait autant de valeur que le métal jaune, et même plus. En fin de compte, prêter de l'argent à un gouvernement étranger revient à parier que ce gouvernement pressurera ses propres citoyens pour vous rembourser. Les États-Unis n'ont même pas à pressurer. Lorsqu'un emprunt étranger est dû, d'autres étrangers font pratiquement la queue pour le refinancer ; c'est comme de donner de l'alcool à un clochard, juste pour le regarder bêtement continuer à se saouler et voir quand il s'évanouira ivre mort… L'économie des États-Unis a été si forte pendant tant d'années que, partout dans le monde, les gens se sont accoutumés à accepter leur devise comme si c'était de l'argent réel ; ils le prennent sans rien demander en retour. En échange d'une cargaison d’écrans plats de télévision ou de caméras numériques, les Japonais prennent une liasse de billets de 100 $ et s'estiment payés. Et voici une autre chose remarquable : les billets ont tendance à rester outre-mer, où ils servent à acheter un autre type de papier américain, les bons du trésor ! La mondialisation n'est rien de plus que l'extension de la division du travail au-delà des frontières internationales. Il y a plus d'ingénieurs dans la ville de Bangalore, aux Indes, que dans l'État de Californie. Ils travaillent bien et pour pas cher, avec un salaire annuel moyen de 6 000 $, et ils paraissent aussi innovateurs que leurs équivalents américains. Le logiciel pour les DVD a été conçu à Bangalore, et non à la “Silicon Valley”, signale le journal « Libération ». Au cours de ces sept premières années d'existence à Bangalore, le centre de recherche de Philips a enregistré 1500 nouvelles inventions à lui seul. Les ouvriers d'usine passaient de mode… Tant pis ! Mais maintenant, ce sont les comptables, les architectes et les brasseurs de documents dont les emplois sont menacés. Même les avocats sont inquiets ; les sociétés juridiques délocalisent le travail para-légal aux Indes. Des économies gigantesques, principalement l'Inde et la Chine, sont en plein essor, que cela nous plaise ou non. D’ici au milieu du siècle, estime une étude de Goldman Sachs, le niveau de vie de la Russie sera de 40% plus élevé que celui des États-Unis aujourd'hui, la Chine aura atteint le même niveau que le Japon aujourd'hui, le niveau du Brésil sera à peu près celui de l'Angleterre maintenant. Les Indiens auront plus ou moins le même revenu que les Italiens en 2007. Si de nombreux empires se sont développés comme conséquence d’une conquête, celui qui nous intéresse, en Europe, dans notre situation spécifique, a commencé par du baratin. Ensuite, il s’est développé en illusions de masse, autocongratulations, hallucinations et farces et il risque maintenant d’évoluer vers un désastre. Jusqu'à l'arrivée du désastre, on ne sait jamais vraiment où l'on en est, parce qu’à chaque imbécillité qui se présente, il y a des dizaines d'ardents intellectuels prêts à la promouvoir, et la moitié au moins de la population disposée à la croire. De plus en plus de formulaires d'impôts des États-Unis, qui ne sont rien de plus que de l'information, sont traités aux Indes. Les entreprises américaines délocalisent de plus en plus les composants d'information des produits modernes. Elles ne vont plus à Formose (Taïwan) pour dire aux autochtones : « fabriquez ceci et cela ». Elles vont maintenant à Formose pour voir ce que fabriquent les autochtones et qui pourrait se vendre aux États-Unis. De plus en plus, les sociétés américaines ne participent même plus aux stades de conception et d'élaboration. Ce à quoi nous assistons, affirme Paul Craig Roberts (9), « c'est la transformation rapide de l'Amérique en une économie du tiers-monde ». De plus en plus, il ne reste aux firmes américaines que des marques à commercialiser, mais cela ne durera pas toujours et cessera le jour où les consommateurs se seront rendu compte que le vrai génie d'innovation, de conception et de fabrication se trouve outre-mer. De même que les concessionnaires automobiles ont fait venir de nouvelles marques lorsque la qualité s'est améliorée au Japon, les consommateurs adopteront de nouvelles marques dans d'autres industries et, bientôt, non seulement les Étasuniens voudront dépenser pour acquérir d’autres produits fabriqués à l'étranger, mais ils y seront bien obligés. Le cycle est typique d'un empire parvenu à maturité. Même s'il est en déclin, les gens continuent à se tourner vers lui pour déceler les signes de la mode. Musique, éducation, théâtre, vêtements, architectures et manières sont exportées du centre vers la périphérie longtemps après que le commerce de produits plus utiles a changé de direction. Encore aujourd'hui, Vienne reste un centre culturel important en Europe centrale, bien que l’empire autrichien se soit écroulé après la première guerre mondiale. Les parents des pays d’Afrique anglophone ou des anciennes colonies britanniques d’Asie rêvent encore d'envoyer leurs enfants à Cambridge ou Oxford… Depuis une trentaine d’années, les Étasuniens croient en des illusions : que l’on peut obtenir quelque chose pour rien, que le reste du monde acceptera toujours les reconnaissances de dette américaine sans poser de questions, que la main d'œuvre américaine a, de par sa nature, plus de valeur que la main d'œuvre étrangère, que le système capitaliste américain est plus libre, plus dynamique et plus productif que d'autres systèmes, que les vertus qui ont rendu l'Amérique riche et puissante ne sont plus requises pour la garder riche et puissante… Seul un empire peut se permettre un tel déficit commercial pendant tant d'années. Seul un empire peut maintenir autant de coûteux avant-postes à travers le monde. Seule la monnaie d'un empire sera acceptée par autant de gens dans autant d’endroits différents. L'empire américain, en l’an 2007, lance encore la tendance dans la mode, l'art, le style, et les manières mais néglige l'ingénierie, les sciences et les industries liées à la mère patrie. L’empire dépend des États extérieurs pour son épargne et ses biens de consommation. Il dépend de plus en plus sur des collaborateurs qui, croyez le bien, appartiennent à des institutions qui devraient être, en principe, au dessus de tout soupçon ! C'est la périphérie qui, actuellement, beaucoup plus que le centre, constitue la première ligne de défense contre ceux qui veulent combattre l'empire et l'occupation des cerveaux, qui assure son pouvoir. Les Irakiens ont à subir la présence physique des Étasuniens. En France, nous avons à subir une autre occupation, qui est celle des esprits, et le but de cette occupation est de piloter nos cerveaux pour continuer à servir les intérêts de l’empire, dont la force repose de plus en plus sur la faiblesse de nos esprits. Ne peuvent aller contre l'empire que des gens libres, c'est-à-dire libres dans leur tête ! Toutes les prétendues "nécessités" de faire ceci ou cela, que nous entendons et qui sont relayées par les gouvernements des États satellites sont édictées par les collaborateurs périphériques qui croient plus en l'empire que ceux qui se trouvent en son centre, car plus conscients de son état de décomposition avancée !n Notes :
(1) Professeur au MIT (Massachusetts Institute of technology).
(2) du 5 au 11 juin 1999 (3) Eté-Automne 2000
(4) Totalement confirmé par Bernard Lecherbonnier dans son dernier livre « Les lobbies à l’assaut de l’Europe ».
(5) Voir par exemple la récente décision du Conseil constitutionnel à propos du protocole de Londres sur les brevets qu’il juge paradoxalement “conforme à la constitution” à l’adresse suivante : http://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2006/2006541/2006541dc.htm (6) Un excellent exemple est constitué par le chassé-croisé en Italie qui s’est produit entre l’équipe de Berlusconi et celle de Romano Prodi, tous deux brillants défenseurs des intérêts étasuniens. (7) Rupert Murdoch, le patron d’un empire médiatique qui comprend des chaînes de télévision, des magazines et des journaux en Australie, en Grande Bretagne et aux États-Unis, est extrêmement clair sur ce point. Il ne s’est jamais gêné pour affirmer haut et clair que ce sont les médias et les médias seulement qui font la politique en déterminant les résultats électoraux. De fait, Murdoch bafoue la démocratie en niant la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et, en parfait opportuniste, Murdoch n’hésite pas, par le biais de son empire médiatique, à soutenir des partis dont les politiques sont antagonistes pourvu qu’ils soient décidés à servir ses intérêts. (8) Il faut garder en tête que, en dépit d’une opposition de principe à la guerre en Irak, la France, par le biais de Jacques Chirac, a néanmoins donné l’autorisation de survol de son territoire aux bombardiers américains, décollant de Grande Bretagne, pour aller bombarder l’Irak lors de l’invasion de 2003. (9) Economiste américain, journaliste à « Business Week » et au « Wall Street Journal », sous-secrétaire au Trésor durant l’administration Reagan.
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