Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

             "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

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La diversité culturelle

comme moteur de développement

de la connaissance

 

 

par Charles-Xavier Durand

Institut de la Francophonie pour l'informatique

 

                                                                                                                         Wilhelm von Humboldt

Préambule

La rédaction de cet article fut originellement sollicitée par Didier Oillo, du rectorat de l’Agence universitaire de la Francophonie, à l’automne 2005, pour le numéro 45 de la revue « Hermès », dirigée par Dominique Wolton, directeur de recherche en communication au CNRS. Ce numéro avait pour but de traiter de la « Société de la communication et accès aux savoirs » et devait être distribué lors de la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement francophone, qui s’est achevé à Bucarest le 29 septembre 2006. Il avait été prévu que l’article serait inclus dans la section portant sur « La connaissance universelle et le respect des diversités ». Cependant, en dépit du fait que le comité de lecture jugea l’article excellent, en y attribuant une note globale de 4/4, on demanda à l’auteur de le condenser juste avant sa publication. Estimant que sa compression en altèrerait le sens et la portée, Charles Durand refusa de le réécrire et l’article fut retiré de la revue sous prétexte qu’il était trop long de trois pages !

 En novembre 2004, un autre numéro spécial, le n°40 d’Hermès, portant sur le thème « Francophonie et mondialisation » avait ainsi été distribué pour la première fois aux personnalités invitées au sommet francophone de Beyrouth. L’intention était louable. Quoi de mieux, pour des intellectuels, que de toucher directement cette minuscule frange des gens de pouvoir qui peuvent mettre tout leur poids dans la balance pour réellement et rapidement changer le cours des choses ? Malheureusement, il est de notoriété publique que les chefs de gouvernement, ceux des pays occidentaux, tout au moins, s’intéressent davantage à lire les résultats des sondages mesurant leur cote de popularité qu’aux principes de gouvernement et aux intérêts nationaux. Bombardés de toutes parts, saturés informationnellement parlant, sollicités tous azimuts, voyageant quelquefois plus de 200 jours dans l’année, comment auraient-ils encore le temps de lire « Hermès » alors qu’ils n’ont même plus le temps d’être à leur bureau ?

 Il est donc loisible de penser que l’impact d’une page Internet est nécessairement plus élevé sur un site tel que celui de « Jeune France » malgré le prestige de savoir qu’une de nos œuvres aurait pu être dans le même bâtiment que celui occupé par le cénacle des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’organisation internationale de la Francophonie !

******** 

Lors des Assises du plurilinguisme qui se tinrent à Paris les 24 et 25 novembre 2005, Jacques Darras, professeur à l’université de Picardie, fit une étonnante communication. Parti de l’étude comparative de la poésie contemporaine dans une dizaine de pays de l’Union européenne, il constata qu’elle cherche de moins en moins un accès aux sources d’un imaginaire européen commun et que son caractère est de plus en plus identitaire. Le domaine de la poésie étant entièrement libre des contraintes d’expression, les tendances qui l’affectent lui apparaissent donc significatives d’un point de vue social. Si le voyageur et l’observateur superficiels tendraient à conclure que les divers pays de l’Union européenne convergent de plus en plus dans la logique d’une intégration économique et politique progressive planifiée, parallèlement, Jacques Darras découvre une divergence radicale des sources nationales de l’imaginaire. Dans le cadre de la construction européenne, Darras s’inquiète de cette tendance car, selon lui, on ne peut pas effectuer de rapprochement durable entre ses nations sur la seule économie si, dans le même temps, les diverses sociétés impliquées par ce rapprochement ne travaillent pas activement sur leurs propres schémas fondateurs, en cherchant davantage ce qui leur est commun plutôt que ce qui les distingue. Tandis que la volonté affichée des élites européïstes est clairement de nature centripète, la différentiation que Darras observe ne peut que, à terme, induire des effets centrifuges qui, d’après lui, se communiqueront nécessairement à tous les autres domaines qui impliquent la créativité intellectuelle en Europe. L’étude de la poésie lui permet ainsi de prendre le pouls d’une Europe très différente de celle que nous affichent les médias optimistes et qui risque même, à terme, de mettre en danger les acquis de la construction des technocrates de Bruxelles dans les domaines où elle ne semble nullement menacer les identités des peuples qui la composent.

 Qu’est-ce que l’identité d’un peuple ?

 Peu d’auteurs ont su expliquer en termes réellement scientifiques ce en quoi consiste l’identité d’un peuple. Edmond Demolins[1] y a consacré deux ouvrages publiés respectivement en 1901 et 1903. Dans son essai de géographie sociale intitulé : « Comment la route crée le type social[2] », il analyse l’impact des routes suivies par les peuples sur la formation de leur caractère collectif. A partir de leurs attributs d’origine et à travers les conditions forts diverses qu’ils ont rencontrées lors des migrations qui les ont amenés à occuper le territoire où ils se trouvent actuellement, les peuples ont forgé leur identité, c’est-à-dire leur caractère, qui leur a conféré un comportement caractéristique face à une situation donnée. C’est cet ensemble de caractéristiques d’origine, façonnées par les conditions de vie et l’Histoire, qui fixe à un instant donné le modèle auquel obéissent les comportements collectifs des peuples et, aussi, bien sûr, dans une moindre mesure, les réactions individuelles. Si Edmond Demolins n’a bien sûr pas été le seul à étudier ces relations, son mérite a été d’en extraire leur logique qu’il a démontrée en s’appuyant sur une foule d’exemples concrets et variés. Sa capacité d’observation et d’analyse en fait probablement le seul sociologue de son époque à avoir prévu 16 ans avant la révolution d’octobre 1917 l’instauration d’un régime communiste en Russie qui, selon l’auteur de « Das Kapital », était pourtant le dernier pays capable de se lancer dans une telle expérience socio-politique !

 Cette approche dans la définition de l’identité s’applique à l’ensemble du monde vivant et aussi aux choses inanimées. La configuration d’un terrain est le produit de sa nature, du climat qui y règne et de son histoire. Bien entendu, tout comme pour un peuple, le paysage qu’il engendre, les possibilités d’exploitation qu’il permet, telles qu’agriculture, élevage, mines, pétrole, hydroélectricité, géothermie, potentiel pour l’habitat humain, etc. dépendent directement de son identité façonnée par l’Histoire. L’identité de l’espèce humaine, son anatomie, la structure de ses individus sont les produits de son histoire évolutive et interactive avec son environnement et qui fixe en même temps ses prédispositions, ses capacités et son champ d’action. Le biologiste Henri Laborit avait parfaitement intégré cette approche dans les descriptions du système nerveux central et du cerveau humains. Ce dernier porte en lui la trace de l’évolution de l’homme depuis ses origines puisqu’il est à la fois composé d’un cerveau reptilien, plus celui propre à tous les mammifères et aussi du néocortex ou cortex associatif, que seul l’homme semble posséder dans le règne animal. La fiche signalétique de l’homme est ainsi fixée par sa structure biologique. Quant au caractère des peuples, leurs caractéristiques et leurs compétences vont se différencier davantage en fonction de leur histoire propre et de leur environnement d’une manière analogue et tout aussi naturelle.

 Alors que nous ne nous étonnons nullement de visiter des contrées soumises à des climats différents lorsque nous voyageons, il semble que des habitudes, des pratiques, des cultures et des langues différentes dans les populations que nous rencontrons aillent à l’encontre d’une volonté d’uniformisation très perceptible actuellement, et dont les buts sont essentiellement mercantiles. En effet, un produit donné est conçu en fonction d’un modèle de client et la diversité constitue un obstacle à sa pénétration. Dans l’histoire récente, la volonté d’homogénéisation qui s’est manifestée lors du règne soviétique sur la base du modèle russe s’est pourtant soldée par un échec cuisant puisque, sitôt leur liberté d’action retrouvée, les diverses républiques soviétiques périphériques et pays satellites n’ont cessé de vouloir réaffirmer leurs différences et leurs langues à travers un nationalisme presque exacerbé. En dépit de ces exemples que nous offre le monde contemporain, la politique néolibérale cherche malgré tout à homogénéiser les cultures à travers la diffusion et la consommation de produits standardisés mais aussi et surtout par l’altération des langues nationales dans une volonté forcenée pour les faire converger vers une variété appauvrie de l’anglo-américain.

 Selon Wilhelm von Humboldt[3], l’identité linguistique des peuples est particulièrement importante. Toute action exercée par la parole est toujours un produit commun de l’esprit et de la langue. Dans son ouvrage intitulé : « De l’origine des formes grammaticales et de leur influence sur le développement des idées[4] », il explique que la différentiation des langages amène chaque peuple à une identité particulière dont les points de repère sont la culture mais qui engendre des formes de pensées spécifiques et, par conséquent, des réalisations également spécifiques. En cela, Humboldt, à travers un raisonnement étayé par des faits inattaquables, arrive à des conclusions similaires à celles des biologistes lorsqu’ils décrivent le phénomène de spéciation. Ce terme désigne le phénomène d’apparition d’une nouvelle espèce vivante à partir d’une population mère, phénomène qui peut survenir lorsqu’une partie de la population se trouve géographiquement isolée, et qui donne ainsi naissance à une nouvelle branche dans l’arbre de classification des êtres vivants. Le même phénomène peut s’observer (mais pas nécessairement) dans le domaine de la pensée lorsque, pour des raisons politiques ou géographiques, un peuple vit en isolation relative par rapport au reste du monde.

 L’Histoire fourmille d’exemples…

 En début du mois de juin 43, le site de Peenemünde, en Prusse orientale, fut photographié par hasard par un avion de reconnaissance anglais. Ainsi apparut pour la première fois, aux yeux des alliés, un gigantesque centre d’essais où l’on mettait au point des fusées balistiques. Effarés par ce qui s’y préparait, les Anglais décidèrent de le détruire. Le 29 juin, de nuit, 571 bombardiers de la R.A.F anéantirent les installations de Peenemünde. Les Nazis durent réorganiser la production de leurs armes spéciales dans les usines souterraines de Dora, proches du camp de concentration de Nordhausen. Les V.1 et les V.2 n’en ravagèrent pas moins les villes de Londres, Manchester, Coventry et Anvers mais le retard considérable causé aux programmes de Werner von Braun et de ses équipes par cette intervention sauva le monde libre. Si, comme prévu, les V.1 et V.2 eussent été opérationnels en nombre suffisant quelques mois plus tôt, le débarquement de Normandie n’aurait pas pu avoir lieu et les premiers missiles intercontinentaux n’eussent pas tardé à ravager les grandes villes de la côte est américaine. On apprit en effet, beaucoup plus tard, que l’équipe de von Braun travaillait aussi sur la V.3, une fusée balistique qui eût été capable d’atteindre New York... De même, un commando, suivi d’un bombardement massif, réussit à anéantir en Norvège l’usine qui fabriquait l’eau lourde indispensable aux Allemands pour la mise au point de la bombe atomique. Si cette opération hautement hasardeuse avait échoué, Hitler eût disposé du feu nucléaire dans les premiers mois de 1945. A la débâcle de l’Allemagne, von Braun fut récupéré par les Américains avec Max Nowak, Heinrich Paetz, Albert Schuler, Konrad Dannenberg et Ernst Stuhlinger. Helmut Gottrup, l’adjoint direct de von Braun, fut récupéré par les Soviétiques. Ces savants dotèrent en quelques années l’Union soviétique et les États-Unis de toute une gamme de fusées directement inspirées du V.2.

 L’Allemagne nazie avait inventé le radioguidage, des radars perfectionnés et elle avait aussi réalisé des détecteurs à rayons infrarouges tout aussi efficaces. Elle avait également inventé la chimie des anneaux à huit atomes de carbone. Moins connu fut le travail de Konrad Zuse qui, à Berlin, entre 1934 et 1944, et bien avant les anglo-américains, avait inventé les premiers modèles d’ordinateurs totalement programmables. Le 8 mai 1945, des missions d’investigation commencèrent à parcourir l’Allemagne vaincue. Les rapports de ces missions ont été publiés. Le catalogue seul comporte 300 pages...

 En 1933, l’Allemagne s’était retirée du reste du monde. Les Allemands ne pouvaient plus voyager librement à l’extérieur de leur pays. Ces minuscules onze ou douze ans de semi-autarcie avaient abouti à des développements techniques majeurs, insoupçonnés des alliés. Les Allemands avaient pris, en science et en technique, une avance fantastique sur le reste du monde. Que s’était-il donc passé ? L’exemple de l’Allemagne d’avant-guerre est celui qui illustre peut-être le mieux le phénomène de “spéciation intellectuelle” que l’isolement culturel relatif engendre et qui est assez comparable à la spéciation biologique naturelle des espèces vivantes en milieu isolé. Plus on est isolé, plus on a de chances d’être libre de conduire sa pensée vers des rivages inexplorés, rivages qui sont comme des niches écologiques inoccupées. Plus on a des “isolats” de pensée et plus les chances sont grandes de trouver des réponses originales à des problèmes qui n’eussent pas été solvables sans ces isolats. C’est pourquoi la plupart des véritables créateurs sont des gens relativement isolés dans leur monde endoréel. La spéciation de la pensée, phénomène crucial pour la progression de l’humanité, se trouve, à l’heure actuelle, extrêmement réduite en raison même de la mondialisation de la pensée, ce qui empêche cette pensée, comme pourrait dire un Prigogine[5], de bifurquer vers des voies d’auto-organisation de plus en plus complexes, en s’éloignant de l’équilibre ambiant. Sans spéciation intellectuelle, il y a peu de chances d’avoir des idées originales et vraiment nouvelles.

 La spéciation intellectuelle qui survint en Allemagne entre 1933 et 1945 eut un écho similaire en France durant l’occupation en dépit du fait qu’il ne fut bien évidemment pas suivi d’applications militaires. Les revues scientifiques allemandes, si importantes en physique et en chimie à l’époque, n’arrivaient plus qu’au compte-gouttes. Les revues de langue anglaise avaient disparu. La communication interne entre scientifiques et chercheurs français, dans un pays coupé en deux, était devenue difficile. Pourtant, durant cette période, Jacques Monod soutint une thèse qui sera couronnée du Nobel en 1965. Celle de Laurent Schwartz, qui parut à la même époque, allait, sept ans plus tard, valoir la médaille Fields à son auteur. Le biologiste Bernard Halpern, synthétisa le premier anti-histaminique, l’Antergan. Louis Néel, qui obtint le prix Nobel en 1970, et son groupe de recherche, obtint 40 brevets essentiels et publia plusieurs articles incontournables en physique fondamentale. Antoine Lacassagne, de l’Institut du radium, publia 31 articles décrivant des thérapies anti-cancéreuses tandis que ses collègues en produisirent une centaine tout aussi essentiels, durant la même période. Terriblement handicapée dans ses moyens, incapable de communiquer avec quiconque, la recherche scientifique française de cette période sombre de l’histoire nationale n’en obtint pas moins de brillants résultats.

 Opérant dans des environnements assez hermétiquement cloisonnés, les recherches actuelles dans le domaine militaire donnent une assez bonne idée de ce à quoi permet d’aboutir le phénomène de spéciation intellectuelle. Par exemple, les formes et même les fonctions des avions à usage militaire diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre. Dans leur isolement, les ingénieurs russes travaillant pour le secteur militaire ont inventé l’ékranoplane, un avion surprenant à ailes rognées volant au ras des flots (grâce à l’exploitation d’un effet de surface) qui allie ainsi la capacité d’un navire à la vitesse d’un avion, tout en réduisant la consommation de carburant des deux tiers. Les Anglais, eux, inventaient l'avion libellule, comme le Harrier et les Français inventaient le Coléoptère et l'étonnant Trident, avion à statoréacteur, statoréacteur qui semble faire un retour en force dans les projets d’aéronefs futurs ! Aujourd’hui, le Japon, ouvert en principe mais farouchement particulariste, offre au monde des produits finis qui se comparent difficilement à ce que l’on peut trouver ailleurs. Même à l’ère de la mondialisation, il suffit d’examiner avec soin toute caméra, tout appareil photo numérique assemblé au Japon pour reconnaître la marque de fabrique spécifique du peuple japonais sur de tels appareils. L’abondance des détails, la précision et la finesse d’assemblage, la qualité des matériaux utilisés et la fiabilité des mécanismes trouvent de nombreuses correspondances avec d’autres réalisations japonaises traditionnelles telles que les kimonos de soie, la peinture classique ou l’art culinaire de ce pays combiné à celui de la présentation des plats. En gestion des approvisionnements, les Japonais ont inventé la méthode Kanban, plus connue en Europe sous l’appellation du “juste à temps” ou du “flux tendu” et qui encore aujourd’hui ne peut être vraiment appliquée avec succès qu’au Japon[6]. Ces exemples très probants illustrent ce que l'isolation relative entraîne : la radiation évolutive. La science, la technique et la culture forment un tout indissociable. Il y a des sciences et des techniques allemande, française, japonaise, britannique, russe, etc. et elles ne sont pas les mêmes car chacune est modelée par une longue histoire, malgré l'universalisme de la science.

 En s’appuyant sur l’idée que le chercheur ne doit pas « réinventer la roue » et qu’il doit adosser son travail aux sciences et aux techniques existantes, le monde scientifique contemporain a institué la croyance que toute recherche scientifique doit faire l’objet d’une communication constante. Les recherches solitaires sont bannies ou discréditées. Désormais, les scientifiques et ceux qui les financent pensent que l’échange constant et rapide d’informations concernant la recherche est naturellement bénéfique au développement des connaissances. Or, cela est faux. Plus particulièrement en recherche fondamentale, celle qui mène à la découverte des principes physiques universels, l’importance des découvertes n’a jamais été liée à la communication instantanée entre des scientifiques de divers pays, ni à la taille de ces pays ou à leur importance géopolitique, pas plus qu’à la taille des équipes de recherche, ni aux budgets. L’Athènes de Périclès, avec ses 40.000 citoyens, a contribué davantage au progrès scientifiques que d’immenses pays. Aux 16e, 17e et 18e siècles, une poignée de Toscans, de Français, d’Allemands et d’Anglais, ont fait des découvertes d’une portée considérable. Au 19e et au début du 20e siècles, les connaissances scientifiques ont progressé avec des budgets ridiculement bas et des communications souvent difficiles.

 Laurent Lafforgue, un mathématicien français qui reçut la médaille Fields en 2002, a essayé de cerner les facteurs qui rendent possible ou qui favorise la créativité scientifique. A ce titre, il place l’enracinement dans la culture en tout premier plan[7] :

« Le plan culturel et spirituel est le plus difficile à saisir, le plus hasardeux. Pourtant, il est peut-être le plus important de tous, celui où il y a le plus à perdre mais aussi à gagner. La créativité scientifique est enracinée dans la culture, dans toutes ses dimensions, linguistique et littéraire, philosophique, religieuse même. Werner Heisenberg, fils d'un professeur de grec (ancien) et l'un des fondateurs de la mécanique quantique, en a témoigné dans ses écrits autobiographiques, où il insiste constamment sur  l'importance de la culture générale, du rôle qu'ont joué dans sa vie de physicien ses lectures philosophiques, en particulier Platon, qu'il lisait en grec. Alors, gardons la diversité linguistique et culturelle dont se nourrit la science…

 … Nous devons donc faire résolument le choix de la singularité, de l'approfondissement de notre culture dont le cœur est notre langue. Ainsi seulement garderons-nous une chance de rester ou redevenir originaux, de contribuer à la connaissance, et de se maintenir au service de l'universalité. »

 Au cours de l’histoire, il n’y a jamais eu de création véritable qui ne soit profondément enracinée dans une culture, une langue, un territoire et une identité… Si le nouvel Airbus A-380 est le résultat du travail collaboratif de plusieurs nations, il n’est certainement pas une invention et encore moins une découverte. Il est simplement le résultat d’une excellente coordination d’activités et d’un ordonnancement optimal d’une série d’opérations techniques de fabrication et d’assemblage. Le programme spatial européen est de même nature ainsi que le CERN de Genève et le réacteur ITER pour la fusion thermonucléaire expérimentale qui sera construit à Cadarache dans un avenir proche.

 Entropie culturelle et mondialisation cul-de-sac

 Pour le neuropsychiatre Claude Rifat[8], qui a effectué l’essentiel de sa recherche au Japon, il ne faut surtout pas vivre dans un milieu homogène qui empêche tout écart loin de l’équilibre. Chaque culture est ainsi un isolat de pensée et donc l’homogénéisation actuelle, issue de la mondialisation, un phénomène qui ne relève en rien du hasard, est un fléau, une sorte d’Alzheimer intellectuel. La pensée unique actuelle issue du néolibéralisme et des impératifs économiques des grandes sociétés commerciales bloque irrémédiablement la diversification des divers types de pensée, ce qui est une tragédie intellectuelle de première grandeur, une monstruosité philosophique. Elle débouche sur un fantastique appauvrissement. La mondialisation est, en fait, un phénomène involutif, régressif, ramenant l’essor de la pensée vers un bouillon homogène indifférencié, une sorte de protopensée archaïque. De la dissension, de la variété sociale naissent la créativité, l’imagination et l’invention. Elles ne découlent pas d’un consensus imposé et de propos artificiels qui prétendent à l’universalité. Selon Rifat, nous sommes donc dans un cul-de-sac évolutif dont nous ne pourrons sortir qu'en recréant des isolats de pensées car chaque système nerveux est un peu un “univers-île”, comme le sont les galaxies, le résultat d’une évolution particulière. Il est donc impératif de bloquer toute tentative d’homogénéisation culturelle. La mondialisation, “l'ouverture” des sociétés est, en fait, paradoxalement, FERMETURE ! Car plus on ouvre, plus on nivelle, comme lorsqu’on mélange de l’encre et de l’eau. La spéciation intellectuelle agit, elle, un peu comme les fluides non miscibles. Elle permet à chacun d’avoir des univers-îles mentaux coexistants sans se dissoudre dans un état de plus grande entropie, donc de moindre information. Cette spéciation, c’est la négentropie en marche, l’auto-organisation spontanée de la conscience vers des états de plus grande complexité structurale, informationnelle.

 Il est effarant de constater que le système actuel ne favorise absolument pas l’émergence de nouveaux auteurs, de nouvelles idées, de l’originalité, de l’esprit critique, des nouveautés en général mais, au contraire, le maintien du mandarinat et de l’expertocratie dont les idées éculées sont sans cesse remises en exergue. Jean-Marc Lévy-Leblond, qui dirige les collections scientifiques des Éditions du Seuil, se préoccupe de ce problème. Dans son ouvrage intitulé « La pierre de touche. La science à l’épreuve », il explique que les avancées scientifiques contemporaines reposent pour la plupart sur des ruptures conceptuelles et des découvertes expérimentales vieilles de plusieurs décennies ! Par exemple, la biologie moderne plonge ses racines dans la découverte de l’ADN en 1954. L’informatique est plus que cinquantenaire, les prototypes ayant été construits avant la seconde guerre mondiale. La microphysique quantique, comme la cosmologie, est plus que sexagénaire. Les théories mathématiques modernes “à la mode” (théorie du chaos, etc.) remontent essentiellement à Henri Poincaré que l’on a redécouvertes après une longue occultation. Lévy-Leblond précise que le rapport qualité/coût de la recherche ne cesse de se dégrader. Les aberrations se multiplient (polymérisation de l’eau, fusion froide, mémoire de l’eau, dépassement de la vitesse de la lumière[9], par exemple) comme les cas de fraude ou de conflits d’intérêts[10]. Bien des acquis récents de la science ne sont que des redécouvertes de travaux oubliés. Les chercheurs se préoccupent beaucoup moins de questions morales et beaucoup plus d’argent. La fraude scientifique, doublée d’annonces spectaculaires, remplace maintenant les méticuleuses publications spécialisées. Les chercheurs n’exigent même pas que la vérité sur leurs travaux ou leurs idées soient respectées et arrivent même pour des effets d’annonce à se compromettre eux-mêmes…

 La Grèce antique, qui a défini pour la première fois la méthode scientifique et à qui le monde doit d’innombrables découvertes, était le pays le plus fragmenté que l’on connaisse. Chaque ville veillait de très près à son indépendance. Chaque république constituée généralement d’une seule cité avait sa propre constitution, sa propre organisation sociale avec ses particularités et c’est cela qui donna à la Grèce sa prodigieuse richesse culturelle. C’est cette décentralisation, ces séparations internes qui fractionnèrent la Grèce en centaines de communautés, qui ne toléraient pas la moindre uniformisation, qui permirent le prodigieux essor intellectuel de la Grèce antique. Une structure politico-sociale plus importante tend naturellement à instaurer une certaine rigidité dans la vie culturelle et détruit la rivalité enrichissante qui existait ainsi entre les diverses communautés qui caractérisent si bien la Grèce antique. Lorsque l’Italie et l’Allemagne étaient fractionnées en petits États, ou lorsque l’Angleterre, durant l’ère élisabéthaine ne représentaient rien d’un point de vue politique, ces pays ont produit des trésors architecturaux, des merveilles en peinture, en philosophie, des compositeurs et des écrivains de génie... Une culture vraiment universaliste devrait autoriser la spéciation intellectuelle de chacun de nos “univers-îles” mentaux pour le plus grand bien collectif, la diversité assurant alors un certain équilibre dans la métastabilité. La spéciation intellectuelle ne peut qu’engendrer des isolats de pensée complexe, c’est à dire une augmentation du niveau de conscience individuel. De la même façon que les espèces nouvelles naissent par la compartimentalisation physique, les consciences nouvelles naissent dans un isolement relatif, loin de l'équilibre qui, lui, homogénéise. Cette entropie croissante de la sommation de toutes les mémoires constitue un appauvrissement de l’évolution humaine puisque le champ des possibles se réduit à travers le nivellement. Le résultat de cela, pour l’humanité, c’est la destruction d’une quantité d’objets informationnels qui, par recombinaison avec d’autres objets informationnels, devraient ouvrir l’avenir de l’humanité vers toutes les solutions évolutives potentielles. Détruisant ces champs des possibles, nous détruisons les voies d’évolution possibles de l’humanité dans son ensemble en l’enfermant dans des culs-de-sac évolutifs, représentés par des imaginations stérilisées, des stéréotypies de pensées, et des comportements mimétiques dues à la faiblesse du nombre d’objets informationnels conservés dans les mémoires individuelles des participants de l'humanité. La mondialisation aboutit a une destruction et a une dé‑différentiation de la pensée générale de l’humanité. Pour Jean-Marc Lévy-Leblond, la technoscience est en passe d’étouffer la science, c’est-à-dire que la focalisation sur le développement et la diffusion des techniques est en train de remplacer tranquillement les efforts faits jusqu’à récemment pour améliorer notre connaissance du monde et sur laquelle toutes les techniques actuelles sont pourtant basées et dont elles dépendent étroitement.

 “Spéciation” et “spécialisation”

 Si la spéciation intellectuelle et culturelle est souvent niée sous le rouleau compresseur d’une mondialisation prétendument bénéfique, elle l’est au nom d’un modèle socio-mental spÉcialisÉ qui cherche à réappliquer les mêmes solutions quels que soient les problèmes rencontrés. Cette spécialisation, en réduisant le champ des possibles de l’adaptation, rend les espèces spécialisées dangereusement instables par rapport à leurs possibilités de survie et, en général, ces espèces trop spécialisées finissent par s’éteindre, car elles sont incapables d’évoluer. D’ailleurs, si l’homme a réussi évolutivement jusqu’ici, c’est qu’il était un champion de la non‑spécialisation grâce à sa néoténie[11]. Trois bons exemples de spécialisation du mode de comportement sont constitués par le panda, le koala et le tamanoir fourmilier. Le panda s’est engagé dans un cul-de-sac évolutif en se spécialisant, de plus en plus intensément, vers un mode de comportement alimentaire : son goût unique du bambou. Le résultat de cette spécialisation est que le panda a lié son sort à celui des bambous, le seul avantage lui étant procuré étant l’absence de concurrents. Ce n’est pas un gros avantage et, si le bambou venait à disparaître, les pandas mourraient car ils se sont bloqués toutes les portes ouvertes de l’alimentation. Il n’y a pas longtemps, d’ailleurs, ce cas a été observé.

 Le koala, lui, s'est spécialisé dans un domaine similaire : celui de la consommation exclusive de feuilles d’eucalyptus et pas n’importe lesquelles car le koala fait des distinctions de feuilles ! L’avantage, là encore, c’est l’absence de concurrence, le désavantage est que, si les eucalyptus disparaissaient, le koala, lui aussi, disparaîtrait.

 Dernier exemple, celui du tamanoir, dont la spécialisation extrême a engendré un animal morphologiquement bizarre et au régime alimentaire très spécialisé. Toutes ces espèces ont conquis des écosystèmes particuliers en détruisant leurs capacités évolutives par la spécialisation extrême du mode de leur comportement. Il est intéressant de constater que cette loi de biologie générale explique aussi l’évolution et la disparition des cultures humaines ! La radiation évolutive se fait toujours, à partir d’une espèce peu spécialisée qui, ensuite, se divise en différentes branches à spécialisation croissante. On retrouve le même schéma dans l’évolution des cultures, évolution commençant par une culture peu spécialisée ayant trouvé une stéréotypie comportementale lui permettant d’acquérir un avantage sur les autres cultures environnantes, de façon à les éliminer et à s’y substituer car les processus biologiques tendent toujours vers la plus grande extension possible (le Coca-Cola n’échappe certainement pas a cette loi animalière !). La spécialisation du mode de comportement culturel se fait par la spécialisation du mode de pensée, c’est a dire par l’établissement d’un ensemble de stéréotypies mentales assurant à cette culture un avantage décisif sur les autres cultures environnantes. Le problème, inévitable, est alors qu’une culture spécialisée s’enfonce toujours dans un cul-de-sac évolutif, comme dans le cas des koalas ou des pandas, en réagissant aux variations du milieu par une spécialisation encore plus grande de sa pensée. Cette culture creuse, inéluctablement, sa propre tombe car elle n’a pas d’autre choix, pour réagir aux variations du milieu, que d’appliquer encore et toujours les mêmes techniques qui lui ont permis d’établir sa domination sur les autres. On peut prendre pour exemple la spécialisation du mode de pensée de l’oligarchie étasunienne qui semble actuellement servir de modèle à toutes les élites politiques, économiques et scientifiques du monde occidental. Ayant conquis un avantage biologique expansionniste, grâce à un ensemble de stéréotypies de pensées, il est normal que ces oligarques réappliquent ces stéréotypies à chaque fois qu’ils rencontrent une barrière de résistance qu’ils veulent franchir. C’est là que se trouve le piège évolutif ! La spécialisation de plus en plus intense a pour conséquence une réduction croissante de l’adaptabilité mentale face au Réel. Qui dit hyper‑spécialisation dit toujours fermeture évolutive. Quand une culture, dont le mode de pensée est devenu trop spécialisé, rencontre des événements extérieurs dangereux pour elle, vis-à-vis desquels elle manque de choix pour y répondre de façon gagnante, elle finit par s’écrouler, subitement, pour laisser la niche culturelle, dégagée, à une culture moins spécialisée.

 Ainsi naissent et meurent les civilisations.

 La culture néolibérale d’inspiration étasunienne s’est spécialisée dans le mercantilisme à outrance. Actuellement, toute situation, tout problème sont analysés presque exclusivement de manière économique et monétaire. Ce mode de pensée a pour conséquence qu’il aplanit et détruit la diversité culturelle et la diversité naturelle. En agissant ainsi, il engendre de l’instabilité éco‑culturelle, de plus en plus intense, et viendra un temps où son expansionnisme sera mis en échec car, trop spécialisé, il sera incapable de se soutenir et finira par s’écrouler, comme toutes les grandes cultures impériales avant lui, le flambeau étant repris par des cultures mentalement moins spécialisées. Les néolibéraux sont si spécialisés dans leur mode de pensée qu’ils sont incapables de raisonner en termes autres que mercantiles puisque, en effet, le mercantilisme leur a toujours réussi et c’est là que se trouve le piège qui réduit, au bout d’un certain laps de temps, toute culture en cendres ! A chaque problème, ils répondent par une spécialisation mercantile accrue, la dernière en date ayant pour cible le monde entier ! Un excellent exemple est constitué par la croyance qu’ils ont réussi à diffuser, en cette fin de siècle, dans tous les pays dits “développés” : il s’agit de la croyance que “l’argent mène le monde”, admettant ainsi que la motivation ultime des individus est le profit dans son sens étroitement monétaire. A y regarder de plus près toutefois, il s’agit bien d’une croyance qui ne résiste pas à l’analyse critique. Les motivations individuelles sont souvent très éloignées du profit. En fait, tout représentant de l’espèce humaine aurait disparu depuis longtemps si les femmes, plus particulièrement, adhéraient à ce principe. L’argent ne mène pas le monde mais plutôt la croyance que tel est le cas. C’est ainsi que les solutions de développement conçues par les sociétés mercantiles, ou par des organismes tels que la banque mondiale ou le FMI, et qui sont fréquemment inadaptées, ont pourtant toutes les chances d’être appliquées. Toute inversion de cette croyance que l’argent mène le monde anéantirait instantanément la puissance de certains organismes financiers qui font ainsi la pluie et le beau temps à l’échelle internationale, en cette fin de siècle, même s’ils sont décriés par ceux qui se disent “de gauche” et par les journalistes d’avant-garde qui déclarent qu’ « un autre monde est possible ». Il s’agit bel et bien d’une croyance sur laquelle repose l’essentiel de la puissance  de ce système. Comme les pandas et les koalas, le jour où l’environnement ne réagira plus à des solutions mercantiles, la civilisation néolibérale s’écroulera comme tous les grands empires avant elle.

 Il faut bien entendu faire la distinction entre spécialisation technique et fonctionnelle et spécialisation mentale ou spécialisation de comportement. La spécialisation technique et fonctionnelle est nécessaire dans toute société, tandis que la spécialisation de comportement est particulièrement perceptible chez les néolibéraux. Les motivations, les ressorts individuels et sociaux, la manière d’aborder les problèmes sont, à quelques variations mineures près, à peu près les mêmes à travers tout le tissu néolibéral. Partout, on retrouve une très forte stéréotypie des pensées et des comportements.

 De la même manière, à la suite des crises financières qui ont secoué l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique, on a pu voir, en 1998 et 1999, que les remèdes préconisés pas des organismes internationaux, tels que le FMI ou la banque mondiale, sont totalement inadéquats dans un nombre croissant de cas. Pour ces deux organisations, la panacée est plus de libéralisme dans les échanges, plus d’exportations, plus de prise en main de l’économie par le capital privé, alors que de plus en plus d’études économiques montrent clairement que le redressement ne passe pas forcément par ces voies là. Cette impossibilité de s’adapter à des problèmes dont les cadres géographiques et culturels varient dans de larges proportions, cette fixation sur un seul type de solution sont des indications claires de sérieux blocages mentaux et d’une fossilisation de la pensée.

 Pour assurer la continuité de leur système commercial, les néolibéraux se voient actuellement dans l’obligation absolue d’exporter leur modèle de société, de le propager au maximum. Il est correct d’affirmer que, pour l’élite néolibérale, toute évolution sociale se réduit à une optimisation des facteurs économiques. Actuellement, aucune autre avenue n’est explorée, ni même envisagée. Nous avons à la fois une extrême spécialisation et une simplification des comportements au même titre que celui du panda qui chercherait naturellement à étendre sa forêt de bambous s’il en avait la possibilité !

 Dé-différentiation cancéreuse et créativité

 Pour Henri Laborit, la biosphère est un ensemble structuré et différencié au même titre que le sont les constituants de l’individu, à une échelle plus réduite, pour pouvoir vivre. Toute tentative d’imposer une uniformité à des fins commerciales correspond, pour lui, à un phénomène de dé-différentiation cellulaire, qui se traduit par un cancer qui, au stade ultime, tue simplement son hôte.

 L’insatisfaction dans l’action paraît donc être la motivation essentielle du créateur. Son isolement nécessaire du monde extérieur favorise son activité associative, sa fonction imaginaire. Le créateur doit trouver une motivation en dehors des hiérarchies de la société où il vit car la création affirme une structure nouvelle, non conforme, anxiogène pour tous, sauf pour le créateur lui-même. La création est contraire aux hiérarchies qui établissent les dominances sur un acquis accepté et la pertinence de la réflexion d’une personne se mesure à son aptitude à contourner son inertie psychologique.

 La pluralité culturelle et la diversité ne constituent pas des obstacles à la circulation des hommes, des idées, des biens et des services comme le suggèrent les alliés et les colporteurs conscients ou inconscients de la culture et de la langue dominantes. En fait, la standardisation et l’hégémonie sont des obstacles à l’épanouissement des individus et des sociétés... Dans une société qui met en exergue l’innovation scientifique et technique, le maintien de la diversité sous toutes ses formes est le seul moyen d’amener les hommes au maximum de leur capacité créative en maintenant la diversité des perceptions et des approches visant au progrès. n


[1] Sociologue français (1852-1907). Il fut une figure de proue du courant leplaysien et se démarqua notablement de l’école durkheimienne en intégrant les routes suivies par les peuples, saisies dans leur diversité, au centre d’une vision de l’évolution humaine.

[2] Cet ouvrage existe en deux tomes publiés en 1901 et 1903 respectivement. Le premier concerne les routes de l’antiquité et le deuxième les routes du monde moderne. On peut télécharger facilement et gratuitement les éditions originales de la Bibliothèque nationale de France (voir http://gallica.bnf.fr)

[3] Wilhelm von Humboldt (1767-1835). Homme politique, diplomate, linguiste, philosophe, ministre de l’éducation de Prusse. Se consacra exclusivement à l’étude du langage entre son départ du gouvernement prussien en 1819 jusqu’à sa mort. Cet ouvrage est disponible dans son intégralité sur http://gallica.bnf.fr. Il a également publié un autre livre intitulé : « De la diversité dans la constitution des langues et de son influence sur le développement intellectuel de l’humanité ».

[4] Traduit de l’allemand par Alfred Tonnellé et publié en 1859, après la mort de Humboldt.

[5] Ilya Prigogine (1917-2003). Il reçu le prix Nobel de chimie en 1977 et il est connu pour ses études sur l’auto-organisation des systèmes.

[6] La méthode de gestion des approvisionnements en flux tendus ne peut être appliquée avec succès que lorsque tous les éléments de l’appareil de production sont totalement fiables, à l’intérieur de l’entreprise mais aussi à l’extérieur (fournisseurs et sous-traitants). En Europe ou en Amérique du nord, son application n’est jamais que partielle et elle rend l’entreprise particulièrement vulnérable en cas de grève ou de problème d’approvisionnement. L’élément humain, moins soucieux de ses responsabilités qu’au Japon, constitue l’obstacle qui interdit la généralisation de la méthode Kanban à l’extérieur de ce pays.

[7] "Pour la Science" de mars 2005.

[8] Voir “La nouvelle guerre contre l’intelligence”, tome III, “Un nouveau programme pour la conscience”, Charles Durand avec la collaboration de Claude Rifat, Éditions François-Xavier de Guibert, janvier 2003.

[9] Voir à ce propos le numéro d’octobre 2000 de la revue “Science et vie”.

[10] Un exemple typique encore récent est celui fourni par les tests de dépistage du virus du SIDA. On apprenait, par exemple, en février 99, que la compagnie pharmaceutique américaine Abbott avait présenté en janvier 85 des résultats parfaits issus de tests truqués (Source : “Les dessous de l’affaire du sang contaminé”, par Catherine Smadja et Philippe Froguel, Le Monde diplomatique, fév 99) mais l’intérêt pécuniaire est loin d’être l’unique motivation.

[11] Coexistence chez un animal des caractères larvaires et de l’aptitude à se reproduire. La néoténie est une caractéristique qui combine à la fois des traits propres à l’enfance et à la maturité.