Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

RETOUR ACCUEIL

 

 

ARCHIVES

 

Langue française 1

Langue française 2

Langue française 3

Langue française 4

Langue française 5

Langue française 6

Langue française 7

Langue française 8

Langue française 9

Langue française 10

Langue française 11

Langue française 12

Langue française 13

Langue française 14

Langue française 15

Langue française 16

Langue française 17

Langue française 18

Langue française 19

Langue française 20

Langue française 21

Langue française 22

Langue française 23

Langue française 24

Langue française 25

Langue française 26

Langue française 27

Langue française 28

Langue française 29

Langue française 30

Langue française 31

Langue française 32

Langue française 33

Langue française 34

  

 

Si vous souhaitez vous inscrire à notre liste de diffusion, merci de nous le signaler par courriel.

  

 

 

 Accueil / Présentation / Notre équipe / Archives édito / Nous écrire / Liens

L'imposture des apôtres

de la nouvelle langue universelle

 

 

par Charles-Xavier Durand

 

 

Selon Jacques Maillot, président fondateur de “Nouvelles Frontières”[1], il faudrait construire un musée pour les gens qui déclarent ne pas croire à la mondialisation de façon à rendre compte, dans une vingtaine d’années, du décalage mental qu’ils affichent aujourd’hui par rapport à leur époque. Il prend comme exemple le SRAS[2] qui, selon lui, il y a cent ans, serait non seulement resté confiné à la région de Canton mais aurait aussi rapidement disparu sans que le monde n’en entende jamais parler.

 Hélas, Jacques Maillot fait preuve de son ignorance en oubliant que la grippe espagnole, elle aussi, sut franchir les frontières à une époque où le mot “mondialisation” ne faisait pas partie de notre vocabulaire ; en oubliant que la syphillis fut importée en Europe par les Croisés au début du deuxième millénaire et que la variole et la grippe, importée par les Européens dans les Amériques, décimèrent les populations indiennes locales dans des proportions bien plus épouvantables que le SRAS et, cela, sans attendre les vols intercontinentaux ni Internet ! Tout comme le chocolat ou le café, des légumes comme la tomate ou le maïs ou des céréales telles que le manioc n’ont point attendu notre époque pour franchir les continents.

 A cette erreur près, les apôtres de la “mondialisation” et ses témoins autoproclamés tels que Jacques Maillot nous affirment qu’elle est avant tout le partage des informations, des concepts et des idées dans un contexte de communication électronique instantané. Cependant, les techniques de communication modernes font une distinction très nette entre les données proprement dites et l’information que l’on peut en extraire. Une information, c’est une donnée ou un ensemble de données interprétées et qui a une signification précise dans un contexte particulier. Une donnée, c’est simplement une image, un mot ou un texte, dont la version analogique ou numérique peut être véhiculée sur un réseau hertzien ou télématique par les machines prévues à cet effet.

 L’amalgame illicite entre “données” et “informations” a abouti à une distorsion fantastique de notre perception de la réalité. S’il est vrai qu’il est possible d’échanger des données et des images instantanément sur une échelle planétaire, nous sommes extrêmement loin d’une mondialisation des concepts et des idées qui serait la conséquence du partage universel de la même information de base. C’est ainsi que nous assistons à des clivages d’opinion d’une importance tragique et qui soulignent, plus que jamais, la réalité irréfutable des frontières nationales. Au lendemain du 11 septembre 2001, les Etasuniens effarés se posaient la question de savoir pourquoi et comment, en dépit de leur intrinsèque bonté, ils pouvaient être haïs du monde musulman au point que certains Arabes parmi les plus éduqués étaient prêts à sacrifier leur vie pour le leur prouver. D’autre part, en dépit des communication instantanées et du coût négligeable d’accès aux banques de données, nos responsables politiques, dans la plupart des pays occidentaux, semblent incapables de reconnaître le fait que les Etats-Unis ne sont plus, depuis longtemps, une république éclairée et un modèle de démocratie. Il y a déjà une quinzaine d’années, Noam Chomsky avait pourtant déjà décortiqué les mécanismes de la “démocratie totalitaire” étasunienne, de la dictature des esprits sous des apparences libérales, dans des livres tels que “The Manufacturing of Consent”. D’autres auteurs, étasuniens également, ont dénoncé depuis longtemps l’isolation progressive des Etats-Unis par rapport aux grands courants de pensée mondiaux en dépit d’Internet et des autres moyens de communication instantanée, c’est-à-dire le déphasage croissant de la pensée d’une large majorité de ses citoyens par rapport au reste du monde.

 -         La pensée est indissociable des langues et des mots

 Par ses propos, Jacques Maillot démontre la confusion qu’il partage avec bon nombre de ses concitoyens entre communications

 -         Si l’interactivité et les communications par le biais d’nternet sont si efficaces, pourquoi les spécialistes de l’informatique vont-ils encore dans les conventions de l’info ?

-         Si les vidéoconférences sont si efficaces, pourquoi a-t-on encore des vendeurs qui voyagent et des chefs d’Etat qui n’arrêtent pas de voyager pour rencontrer leurs homologues ?

 C’est ceux qui se déplacent qui ont besoin généralement d’avoir accès aux techniques qui permettent de réduire les déplacements…

 Nous avons oublié que, en leur temps, le téléphone, la radio et la télévision n’ont pas été considérés moins révolutionnaires qu’Internet aujourd’hui. En 1860, certains prédisaient que les câbles transatlantiques annuleraient le risque de guerre, que les communications instantanées élimineraient l’incompréhension et les malentendus entre les peuples. En fait, depuis plus d’un siècle, nous percevons les mêmes images d’un monde qui se rétrécit.

-         Même aujourd’hui où, dans les pays développés on va tous au Mac Donald, le pays sur lequel on a le plus d’information n’est pas vraiment mieux connu.

-         Dans les années 50, on disait que la télé ferait faire un fantastique bond en avant.

Dans le pays qui a lancé la révolution informationnelle, ce qui se rétrécit est vraiment la vision américaine du monde, incapables de parler les langues étrangères, ignorant les nouvelles distillés par le reste du monde, pouvant recevoir les images du reste du monde mais incapables de les interpréter correctement.

-         Quand est né l’ère de l’information ? Marshall McLuhan utlisa le terme en 1964 pour la première fois. Etait-ce l’ère de l’info en octobre 1929 quand la nouvelle du désastre boursier à NY se répandit à la surface de la planète par la radio ? Ou cela commença-t-il avec le premier ordinateur individuel en 1980 ? Ou bien avec le premier message en Morse en 1848 ?

-         L’information n’est pas synonyme de pouvoir. Les bibliothécaires ? Les politiciens sont dans leur tour d’ivoire et sont particulièrement mal informés.

L’information n’est pas synonyme d’argent. J’ai vu peu de clochards faisant la mendicité pour obtenir de l’info et peu de chefs d’entreprises se plaindre quand le chiffre d’affaires baisse que la compagnie ne produit pas assez d’infos. De toute évidence, subventionner des abonnements aux journaux pour les pauvres ne servirait pas à grand chose.

 -         Les moteurs de recherche ignorent entre 60 et 90% des sites réticulaires.

-         Les moteurs de recherche ne travaillent pas avec des concepts, des idées ou des suggestions mais seulement des mots.

 -         La domination socioculturelle a pour effet d’accepter et d’être satisfait avec ce qui nous est offert, de ne pas demander autre chose.

 -         Il n’existe pas de d’auditeur ou de téléspectateur mondial. L’échec du journal « The European » en 1998 le prouve, malgré la volonté du groupe qui l’avait lancé de le faire réussir (370 millions d’Européens). Même chose pour les chaînes de télé

Pendant deux siècles, la bataille pour la liberté de l’information a été inséparable d’une bataille juridique et politique pour en définir les règles de protection. Au contraire, actuellement, le grand bazar s’installe. Tout le monde peut fournir en informations et personne ne contrôle. Les fournisseurs sont vertueux et honnêtes. Jamais un système technique n’a créé autant sa propre légitimité supprimant d’un seul coup l’ensemble des réalités de pouvoir, d’inégalités, de mensonges et de rapports de force qui, depuis toujours, entoure l’information n


 

[1] Le Figaro Entreprises, Lundi 5 mai 2003

[2] Syndrome respiratoire aigü sévère