L'imposture des apôtres
de la nouvelle langue
universelle
par Charles-Xavier
Durand
Selon
Jacques Maillot, président fondateur de “Nouvelles Frontières”,
il faudrait construire un musée pour les gens qui déclarent ne pas
croire à la mondialisation de façon à rendre compte, dans une vingtaine
d’années, du décalage mental qu’ils affichent aujourd’hui par rapport à
leur époque. Il prend comme exemple le SRAS
qui, selon lui, il y a cent ans, serait non seulement resté confiné à la
région de Canton mais aurait aussi rapidement disparu sans que le monde
n’en entende jamais parler.
Hélas, Jacques Maillot fait preuve de son ignorance en oubliant que la
grippe espagnole, elle aussi, sut franchir les frontières à une époque
où le mot “mondialisation” ne faisait pas partie de notre vocabulaire ;
en oubliant que la syphillis fut importée en Europe par les Croisés au
début du deuxième millénaire et que la variole et la grippe, importée
par les Européens dans les Amériques, décimèrent les populations
indiennes locales dans des proportions bien plus épouvantables que le
SRAS et, cela, sans attendre les vols intercontinentaux ni Internet !
Tout comme le chocolat ou le café, des légumes comme la tomate ou le
maïs ou des céréales telles que le manioc n’ont point attendu notre
époque pour franchir les continents.
A
cette erreur près, les apôtres de la “mondialisation” et ses témoins
autoproclamés tels que Jacques Maillot nous affirment qu’elle est avant
tout le partage des informations, des concepts et des idées dans un
contexte de communication électronique instantané. Cependant, les
techniques de communication modernes font une distinction très nette
entre les données proprement dites et l’information que l’on peut en
extraire. Une information, c’est une donnée ou un ensemble de données
interprétées et qui a une signification précise dans un contexte
particulier. Une donnée, c’est simplement une image, un mot ou un texte,
dont la version analogique ou numérique peut être véhiculée sur un
réseau hertzien ou télématique par les machines prévues à cet effet.
L’amalgame illicite entre “données” et “informations” a abouti à une
distorsion fantastique de notre perception de la réalité. S’il est vrai
qu’il est possible d’échanger des données et des images instantanément
sur une échelle planétaire, nous sommes extrêmement loin d’une
mondialisation des concepts et des idées qui serait la conséquence du
partage universel de la même information de base. C’est ainsi que nous
assistons à des clivages d’opinion d’une importance tragique et qui
soulignent, plus que jamais, la réalité irréfutable des frontières
nationales. Au lendemain du 11 septembre 2001, les Etasuniens effarés se
posaient la question de savoir pourquoi et comment, en dépit de leur
intrinsèque bonté, ils pouvaient être haïs du monde musulman au point
que certains Arabes parmi les plus éduqués étaient prêts à sacrifier
leur vie pour le leur prouver. D’autre part, en dépit des communication
instantanées et du coût négligeable d’accès aux banques de données, nos
responsables politiques, dans la plupart des pays occidentaux, semblent
incapables de reconnaître le fait que les Etats-Unis ne sont plus,
depuis longtemps, une république éclairée et un modèle de démocratie. Il
y a déjà une quinzaine d’années, Noam Chomsky avait pourtant déjà
décortiqué les mécanismes de la “démocratie totalitaire” étasunienne, de
la dictature des esprits sous des apparences libérales, dans des livres
tels que “The Manufacturing of Consent”. D’autres auteurs, étasuniens
également, ont dénoncé depuis longtemps l’isolation progressive des
Etats-Unis par rapport aux grands courants de pensée mondiaux en dépit
d’Internet et des autres moyens de communication instantanée,
c’est-à-dire le déphasage croissant de la pensée d’une large majorité de
ses citoyens par rapport au reste du monde.
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La pensée est
indissociable des langues et des mots
Par
ses propos, Jacques Maillot démontre la confusion qu’il partage avec bon
nombre de ses concitoyens entre communications
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Si
l’interactivité et les communications par le biais d’nternet sont si
efficaces, pourquoi les spécialistes de l’informatique vont-ils encore
dans les conventions de l’info ?
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Si les
vidéoconférences sont si efficaces, pourquoi a-t-on encore des vendeurs
qui voyagent et des chefs d’Etat qui n’arrêtent pas de voyager pour
rencontrer leurs homologues ?
C’est ceux qui se déplacent qui ont
besoin généralement d’avoir accès aux techniques qui permettent de
réduire les déplacements…
Nous
avons oublié que, en leur temps, le téléphone, la radio et la télévision
n’ont pas été considérés moins révolutionnaires qu’Internet aujourd’hui.
En 1860, certains prédisaient que les câbles transatlantiques
annuleraient le risque de guerre, que les communications instantanées
élimineraient l’incompréhension et les malentendus entre les peuples. En
fait, depuis plus d’un siècle, nous percevons les mêmes images d’un
monde qui se rétrécit.
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Même
aujourd’hui où, dans les pays développés on va tous au Mac Donald, le
pays sur lequel on a le plus d’information n’est pas vraiment mieux
connu.
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Dans les
années 50, on disait que la télé ferait faire un fantastique bond en
avant.
Dans le pays qui a lancé la révolution
informationnelle, ce qui se rétrécit est vraiment la vision américaine
du monde, incapables de parler les langues étrangères, ignorant les
nouvelles distillés par le reste du monde, pouvant recevoir les images
du reste du monde mais incapables de les interpréter correctement.
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Quand est né
l’ère de l’information ? Marshall McLuhan utlisa le terme en 1964 pour
la première fois. Etait-ce l’ère de l’info en octobre 1929 quand la
nouvelle du désastre boursier à NY se répandit à la surface de la
planète par la radio ? Ou cela commença-t-il avec le premier ordinateur
individuel en 1980 ? Ou bien avec le premier message en Morse en 1848 ?
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L’information
n’est pas synonyme de pouvoir. Les bibliothécaires ? Les politiciens
sont dans leur tour d’ivoire et sont particulièrement mal informés.
L’information n’est pas synonyme d’argent.
J’ai vu peu de clochards faisant la mendicité pour obtenir de l’info et
peu de chefs d’entreprises se plaindre quand le chiffre d’affaires
baisse que la compagnie ne produit pas assez d’infos. De toute évidence,
subventionner des abonnements aux journaux pour les pauvres ne servirait
pas à grand chose.
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Les moteurs
de recherche ignorent entre 60 et 90% des sites réticulaires.
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Les moteurs
de recherche ne travaillent pas avec des concepts, des idées ou des
suggestions mais seulement des mots.
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La domination
socioculturelle a pour effet d’accepter et d’être satisfait avec ce qui
nous est offert, de ne pas demander autre chose.
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Il n’existe
pas de d’auditeur ou de téléspectateur mondial. L’échec du journal « The
European » en 1998 le prouve, malgré la volonté du groupe qui l’avait
lancé de le faire réussir (370 millions d’Européens). Même chose pour
les chaînes de télé
Pendant deux siècles, la bataille pour la
liberté de l’information a été inséparable d’une bataille juridique et
politique pour en définir les règles de protection. Au contraire,
actuellement, le grand bazar s’installe. Tout le monde peut fournir en
informations et personne ne contrôle. Les fournisseurs sont vertueux et
honnêtes. Jamais un système technique n’a créé autant sa propre
légitimité supprimant d’un seul coup l’ensemble des réalités de pouvoir,
d’inégalités, de mensonges et de rapports de force qui, depuis toujours,
entoure l’information
n
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