
Centres et instituts culturels français
à
l'étranger
on ferme?
par
Albert Salon
président du
FFI-France
et d'Avenir de la
langue française
Fermeture
des cours de français à l’Institut de Vienne, alors que l’Autriche a
adhéré récemment à la Communauté francophone. Fermetures de Centres en
Allemagne, qui avaient fait quelque bruit récemment.
Protestations des
intéressés lésés, laissés. Campagnes de presse. Accusations de
forfaiture, d’abandon par le Gouvernement français. Les hostiles ont-ils
raison ?
Disons-le tout de suite :
oui, ils ont bien raison, mais pas de la manière qui est
présentée généralement par de petits groupes de pression et par des
journalistes un peu hâtifs et légers, comme c’est le cas de plus en plus
souvent.
Mettons les choses au
point, pour condamner justement et précisément ce qui doit l’être.
Les centres et
instituts (environ 200.000 élèves de leurs cours de français, dans plus
de 160 établissements, dont 80 en Europe) sont un des moyens importants
de la politique culturelle française dans le monde, à côté des écoles et
lycées à programmes français et franco-étrangers (encore le plus beau
réseau du monde (410 établissements reconnus, avec 225 000 élèves, dont
75 000 Français), des filières universitaires francophones, des
instituts de recherche et de soins (réseau des Instituts Pasteur par
exemple...), des grands établissements d'archéologie, ou de l'Académie
de France à Rome, de la Casa Velazquez à Madrid, etc. Si une véritable
volonté politique venait animer ces impressionnants patrimoine et
instruments de rayonnement et d’influence !…
Instituts et Centres
jouent
un rôle vital dans des capitales des tiers-et quart-mondes,
où ils sont très souvent les seuls lieux de libre vie culturelle
étrangère et même nationale, et les seuls endroits, en dehors des
systèmes scolaires, où l'on peut apprendre le français correctement, et
trouver livres, films, journaux, revues, en cette langue. Pensons
notamment à toutes ces capitales africaines, métropoles asiatiques,
birmane, où le système fonctionne remarquablement ad majorem gloriam
Franciae
et
à la grande satisfaction des populations locales qui y affluent sans
complexes...Il n’y est pas encore – heureusement ! – question de
fermeture, mais plutôt de redéploiement à leur profit : par
exemple : retours dans certaines villes d’Algérie, à la demande de ce
pays.
Mais il faut reconnaître que,
dans les grandes
villes des pays bien développés,
notamment européens, leur importance
est bien moins grande, et leur maintien - très coûteux - moins
nécessaire.
Pourquoi ?
- parce que,
depuis trente ans, les gouvernements français successifs se sont moins
souciés de leur donner une vraie impulsion dans le cadre d'une politique
adaptée, n'ont pas eu de bonnes pratiques dans les affectations de leurs
directeurs : pour "rayonner" dans des pays culturellement égaux au
nôtre, il faut se présenter à haut niveau, être à la hauteur, y rester,
ne pas s’incruster ni s’encroûter dans des « fromages »…;
- parce que la
carence de haute créativité contraignait à se rabattre sur des cours de
français pour débutants et moyens, pour contribuer à payer l'entretien
lourd de maisons parfois mal conçues et aménagées, dans lesquelles des
directeurs qui craignaient le vent du dehors croyaient devoir organiser
- forcément au petit pied - la quasi-totalité de leurs manifestations
culturelles, au lieu de "placer", à frais partagés, leurs manifestations
en milieu local, dans des établissements beaucoup plus vastes, équipés
et prestigieux que leurs instituts ;
-
enfin, parce qu'une absurde opposition "Instituts-Alliances" fait que le
Ministère des AE considère que là où il y a eu un Institut, on ne peut
imaginer qu'il y ait une Alliance Française, alors que l’Alliance
française a 1200 « comités » dans le monde avec quelque 300 000 élèves,
et que ses grandes filiales, bien gérées dans l'ensemble, sont souvent
mieux animées que des centres culturels, et
mobilisent du
bénévolat et du mécénat local
parce qu'elles sont des associations de droit local. Elles
seraient, à relativement peu de frais pour nous, bien placées pour
assurer l'essentiel de la présence française, notamment pour
l'enseignement élémentaire et moyen de notre langue, et pour bien des
manifestations culturelles courantes. Il suffit de voir ce que
font les Alliances Françaises en Amérique latine (oeuvre énorme!...) et
même dans des pays comme l'Australie et la Nouvelle Zélande, où il n'y a
pas d'instituts ou de centres culturels. Dans
l'exemple de l'Allemagne des années 60, à l'époque heureuse où nous
avions encore une politique culturelle inspirée (le Général de Gaulle,
le ministre Couve de Murville, et le "DG" Jean Basdevant) et
d'importants moyens,
notre Ambassade
demandait la suppression
de petits centres (ceux qui ont fini par être fermés récemment),
à condition qu'ils fussent
transformés en Alliances
françaises. Mais voilà! L'Allemagne, pour des raisons bizarres, n'était
pas un "pays d'Alliance" dans la conception d’alors du Quai
d’Orsay!...Superbe, ubuesque, ruineuse absurdité!
Alors, il convient
d'être circonspect devant les campagnes de presse lancées légèrement. Ce
n’est donc pas forcément la fermeture de tels instituts ou centres ou de
leurs seuls cours de français dans tels pays développés qu’il convient
de déplorer.
Ce qu'il faut
dénoncer avec force, c'est l'absence d'âme et d'impulsion,
l'absence de politique, l'incurie de maints responsables, la mauvaise
politique du personnel, le manque de cohérence et de planification des
moyens en fonction des principaux besoins.
Il
faut marteler qu'il n'est pas acceptable de fermer un institut ou centre
culturel sans avoir pris les dispositions intelligentes nécessaires
en concertation avec les autorités locales
et
les grands francophiles riches du lieu,
pour compenser,
à bien moindre coût,
par une offre équivalente,
voire supérieure. Ainsi : transfert aux Alliances françaises d'une part,
et, à plus haut niveau, affectation d'agents culturels d'envergure dans
telle université de la même grande ville, ou dans l'organisme chargé de
monter des festivals ou de grandes expositions...Ces agents seraient
naturellement encadrés, pour leur action, par le Conseiller culturel
français dans le pays (il y en a dans toutes les capitales du monde), et
par le Consulat le plus proche pour telles mondanités nécessaires.
Bref : exiger une
renaissance d'une foi française en l'action culturelle extérieure : de
la volonté au Sommet.
Car, sur le
terrain, la France est riche d'agents de grande qualité qui, dûment
motivés et encadrés, peuvent toujours produire des merveilles.
Décloisonner tous
nos services à l'étranger. Favoriser partout où c’est pertinent la
complémentarité de nos actions avec celles des autres pays
francophones d’abord, et des pays européens les plus proches
(Italie, Espagne, Allemagne)…Organiser la concertation avec les
nationaux utiles, ainsi qu’avec nos grandes entreprises installées
localement. Inciter fiscalement ces dernières, comme « Avenir de la
langue française » en a soumis un dossier très structuré aux ministères
concernés, à développer des formations en français à leurs cadres
supérieurs, à parrainer des manifestations culturelles françaises et
franco-étrangères d’envergure et de prestige.
On peut encore
faire de très grandes choses avec nos moyens diminués, à condition de
les démultiplier, voire surmultiplier, par la volonté,
l’imagination, l’ouverture et la concertation.
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