|
Pour
faire entendre sa
voix dans le monde,
la France dispose de
deux atouts : son "
réseau " culturel et
les institutions de
la francophonie.
Implanté dans tous
les pays du monde,
le réseau de lycées,
d'écoles, de centres
culturels, de
bibliothèques, de
centres de
recherche,
d'instituts,
d'Alliances
françaises, etc. que
la France a
constitué au fil des
siècles, dépasse en
densité les réseaux
de pays concurrents,
tels l'Allemagne, la
Grande Bretagne et
les Etats-Unis. Il
forme la plus
importante "
multinationale
culturelle " du
monde. Cet outil est
complété par les
institutions de la
francophonie dans
lesquelles la France
exerce une influence
déterminante. Or, en
dépit de l'ampleur
du réseau et du
nombre élevé de pays
qui participent aux
institutions de la
francophonie,
l'usage de la langue
française recule
dans le monde et la
culture française y
est de moins en
moins influente. Le
recul est absolu et
relatif. Il est
absolu, parce que de
grands pans de la "
francophonie ", en
particulier les
bastions qui se sont
formés au XIXe
siècle au Proche
Orient, en Europe de
l'Est et du Sud, en
Amérique latine,
s'étiolent lentement
ou ont sombré
complètement. Il est
relatif, dans la
mesure où le
français stagne,
alors que les
grandes langues de
culture - l'anglais,
mais aussi
l'espagnol, le
portugais, l'arabe,
le chinois - gagnent
en influence.
Certes, le français
progresse en
Afrique. Mais cette
progression, qui est
plus une faiblesse
qu'une force, est
due à la démographie
galopante et aux
progrès de la
scolarisation dans
les pays qui ont
choisi le français
comme langue
officielle, mais
dont l'existence est
minée par des crises
à répétition ou qui,
comme les pays
arabes piliers de la
francophonie, se
révèlent incapables,
en dépit des
ressources
naturelles dont ils
disposent, de sortir
de leur léthargie
culturelle (cf. le
rapport 2002 du PNUD).
Le recul n'est pas
dû à un manque de
volonté politique ou
de fonds. En
réalité, le réseau
n'est plus porté,
innervé, nourri par
quelque pensée que
ce soit sur la
France, sa langue,
sa culture, son
histoire - sinon par
de vagues
professions de foi,
dont n'importe qui
peut convenir. Tout
se passe comme si le
postulat qui
légitime la présence
de la France dans le
monde, à savoir la
langue et la culture
françaises ont une
valeur universelle,
avait disparu du
réseau et comme si "
France ", " français
", " langue
française ", "
culture " avaient
perdu tout contenu.
Il suffit d'analyser
les fondements
intellectuels de la
diplomatie
culturelle que la
France mène dans le
monde depuis 1982
pour le montrer.
Ces fondements sont
au nombre de cinq.
a) Les fondements
linguistiques
Pragmatisme
américain qui peut
se justifier :
stimulus réponse.
L'essentiel est de
communiquer dans une
langue ; id est
d'adapter son
comportement
(réponse) à un
stimulus (énoncé
premier, question).
Ce qui est enseigné
à l'étranger en
matière de langue
française, c'est le
FLE ou " français
langue étrangère ".
La pensée qui en
sous-tend
l'enseignement est
tout entière
anglo-américaine, et
ce, depuis que le
Ministère des
Affaires étrangères
a décidé, au début
des années 1950, de
calquer les méthodes
d'enseignement dans
le programme du "
français fondamental
" sur celles que les
Américains ont
élaborées pour
enseigner le " basic
english ". D'un
point de vue
philosophique, c'est
de l'utilitarisme
immédiat ou du
pragmatisme étroit
qui a été transfusé
aux langues. La
langue est réduite
au niveau d'un outil
ou d'un instrument,
comme l'est un
tournevis. La
fonction d'un
tournevis est
d'enfoncer une pièce
de métal dans un
morceau de bois,
celle de l'outil
langue est de
transmettre des
informations à
autrui et avoir
prise sur lui, id
est communiquer.
C'est sur ce socle
qu'a été érigée la
politique nouvelle :
celle du FLE.
La langue était liée
à la pensée, aux
plus hautes
créations de
l'esprit humain ou à
l'histoire d'un
peuple, elle n'est
plus qu'un corpus de
dialogues sans
intérêt portant sur
le temps qu'il fait,
le métier exercé, le
voyage en avion, la
visite de Paris,
etc. Sur ce socle, à
la fois pauvre et
minimal, a été érigé
ce que l'on nomme "
FLE " ou " français
langue étrangère "
et qui était, dans
l'esprit des
inventeurs de cette
chose, le français
qui devait être
enseigné aux
étrangers, mais qui,
de plus en plus,
ressemble à une
langue de bois ou à
un charabia, tant il
est étranger au
français, tel qu'il
s'est constitué en
dix siècles. La "
didactique " du "
FLE " est la ligne
officielle du
Ministère des
Affaires étrangères
ou des officines,
CREDIF ou BELC, qui
en dépendent.
L'habileté de ses
promoteurs est
d'avoir fait passer
l'idéologie qui la
fonde (car elle
n'est qu'idéologie)
pour de l'expertise,
de la compétence ou
de la
professionnalisation.
Ne soyons pas dupes.
La didactique du FLE
répond aux mêmes
objectifs
idéologiques (et à
ces seuls objectifs)
que la formation des
maîtres qu'assurent
les IUFM de Jospin.
Le but qui y est
assigné est de vider
l'enseignement de la
langue de tout
contenu ou de toute
connaissance, de
réduire
l'enseignement à un
formalisme desséché
et stérile,
d'effacer de la
langue toute trace
de culture que des
millénaires
d'histoire y ont
déposée, de
fabriquer des
zombies. Entretenir
ces chimères, même
en les cachant sous
le masque de la
compétence
didactique, dans on
ne sait quel but
idéologique
(préparer la
révolution ?
rabaisser la France
? détourner
l'humanité de la
culture ? etc.),
c'est défaire ce que
des maîtres
dépourvus de diplôme
ont fait pendant des
siècles en
Allemagne, en
Russie, au Proche
Orient, en Amérique
du Sud, en France
aussi, c'est nier
que le français a
été pendant des
siècles, pour des
millions d'hommes,
la langue d'accès à
la culture, à la vie
de l'esprit, à la
connaissance, à la
liberté, c'est donc
saper l'œuvre de
civilisation que la
France a toujours
assumée.
b) L'agitation
événementielle
Pour qu'il soit
attirant, cet
utilitarisme
rébarbatif a été
plongé dans le
chaudron des "
événements ", de
préférence " festifs
", dont Lang a été
le propagandiste et
auxquels se ramènent
les activités des
maisons de la
culture. On fait
chanter un rocker ou
un rapeur dans la
salle d'honneur d'un
Institut français,
on organise une
semaine de la mer,
on invite un
sociologue de bas
étage (du type
Tacussel) à
prononcer des
conférences aussi
ineptes que les
pages " rebonds " de
Libération, on
montre des photos
sans intérêt sur tel
ou tel fait
historique,
réduisant l'histoire
à l'image que l'on
s'en fait.
L'événementiel est
une succession de "
coups ", dont le but
véritable est de
prouver qu'on n'est
pas mort, puisqu'on
bouge, on s'agite,
on remue. Ce sont
les formes modernes
de l'agitation
propagande
révolutionnaire (ou
agit prop) ou des
opérations de
dynamisation
culturelle, dites
aussi de
conscientisation,
que les Cubains et
autres gauchistes
organisaient en
Afrique ou dans les
pays sous-développés
dans les années
60-70. Pour diffuser
sa culture à
l'étranger, la
France suit le
modèle Jdanov ou
Castro. C'est là
l'indice que la
pensée a déserté les
palais officiels et
que les agitateurs
d'événements
méprisent les
étrangers, à
l'intention de qui
ils diffusent en
lieu et place de
culture de
l'idéologie de
troisième ordre.
c) L'assomption des
sciences sociales
Le ciment qui agrège
le pragmatisme
linguistique à
l'agitation stérile
est ce qui est nommé
" sciences sociales
". Ces termes, quand
on les examine et
qu'on les considère
pour ce qu'ils se
donnent, sont une
pure imposture. Il
n'y a pas de science
dans ces sciences et
la société, dont
elles font leur
objet d'étude, est
une pure fiction :
on n'a jamais vu la
société et personne
n'a signé le "
contrat ", dit "
social ", qui
donnerait une
existence à cette
société. Malgré
cela, la nouvelle
diplomatie
culturelle prodigue
d'importants crédits
à des centres de
recherche implantés
un peu partout dans
le monde, et surtout
dans les pays
arabes, au Maroc, au
Liban, au Yémen, en
Algérie, en Egypte,
en Tunisie, etc. et
qui se targuent d'en
étudier
scientifiquement les
sociétés. Ces
centres éclipsent
même les instituts
savants que la
France a créés dans
de nombreux pays,
pour répondre à sa
vocation
d'universalité. Soit
l'Institut français
d'Archéologie
Orientale (IFAO) du
Caire. Il forme des
spécialistes qui
depuis un siècle et
demi étudient
l'archéologie et
l'histoire de l'Egypte,
pour rendre à l'Egypte
et à l'humanité une
partie de leur
passé. La
civilisation
égyptienne est une
composante de
l'histoire de
l'humanité et elle
est une étape de la
marche de l'humanité
dans l'ordre de la
civilisation. A
l'opposé, le CEDEJ
du Caire accueille
depuis 1982 soixante
chercheurs en
sciences sociales
qui étudient la
société égyptienne
contemporaine, non
pas comme composante
de l'universel, mais
en tant qu'entité
spécifique. Le but
est d'acquérir une
meilleure
connaissance de ces
sociétés et d'aider
ainsi à la "
décision " politique
ou économique, etc.
Le modèle invoqué
est celui des
universités
américaines, dont
les travaux seraient
utilisés par le
Pentagone et le
Secrétariat d'Etat.
Si ces " travaux "
ont aidé les hommes
politiques
américains à
élaborer une
politique étrangère
et à prendre leurs
décisions, on
tremble, en
constatant le
désastre auquel ont
conduit ces
décisions, à l'idée
qu'il pourrait en
être de même en
France.
En Egypte, les
crédits affectés aux
sciences sociales
ont fait diminuer
dans une proportion
importante les
crédits consacrés à
la diffusion de la
langue et de la
culture françaises.
De fait, les
citoyens français
financent la
connaissance de la
société égyptienne
au détriment de
l'objet essentiel de
la diplomatie
culturelle, à savoir
la France, sa
langue, sa culture.
La connaissance de
la société
égyptienne n'en est
pas meilleure pour
autant. Les sciences
sociales n'ont pas
pour but d'éclairer,
mais d'abuser. Elles
ne disent pas la
vérité, elles
répandent le
mensonge. Le
phénomène social et
idéologique le plus
important de l'Egypte
au XXe s. est
l'islam politique.
Cet islam politique
est rené en 1928. Il
a fait cause commune
jusqu'en 1950 avec
le nationalisme pan
arabe pour éliminer
le nationalisme
égyptien et, depuis
1972-73, il contrôle
la société
égyptienne. On en
connaît les
conséquences. L'Egypte
et le Proche Orient
sont ou ont été
purifiés ; la paix
du monde est menacée
; les droits de
l'homme sont niés ;
et comme cet islam
politique se
mondialise, il sape
même les fondements
de la France. Or, en
vingt-cinq ans
d'existence et
malgré les milliards
qui leur ont été
prodigués, ces
centres de recherche
n'ont publié aucun
travail critique
digne de ce nom sur
cette idéologie. Pis
même, ils ont
toujours fait preuve
à son égard d'une
complaisance
extrême. Dans les
années 1930, mais à
un degré moindre, la
diplomatie
culturelle a connu
les mêmes errements,
dans la personne de
Aron et Sartre. L'un
et l'autre ont
occupé
successivement le
même poste de
lecteur à
l'Université de
Berlin et ce, dans
le cadre de ce que
l'on appelait le
Service des Oeuvres
françaises à
l'étranger. Aron a
vu les dangers du
socialisme national
et, en juillet 1940,
il a rejoint la
France Libre ;
Sartre a préféré se
complaire dans
l'aveuglement, ne
s'engageant qu'une
fois la guerre
terminée, et dans le
seul camp
soviétique. En 1930,
ce qui était en jeu,
c'était le choix
fait par deux
individus libres,
capables de répondre
de leurs actes. A
partir de 1982, tout
a changé. Ce n'est
plus la
responsabilité
d'individus isolés
qu'engagent les
travaux menés dans
ces centres de
recherches en
sciences sociales,
mais celle de la
France, qui les a
créés, les finance,
les soutient.
d) Le relativisme
généralisé
Outre une
connaissance
dérisoire, l'autre
objectif poursuivi
par la recherche en
sciences sociales
est ce qui est nommé
" dialogue des
cultures ". Là
encore, ces deux
termes sont une
imposture. Les
cultures ne
dialoguent pas,
seuls les hommes
dialoguent. Et, s'il
existe un peuple
dans le monde qui a
appris depuis des
siècles à dialoguer
avec tous les
hommes, tant qu'ils
sont, de quelque
race, religion,
origine, etc. qu'ils
soient, c'est le
peuple français.
Tout, dans l'art, la
langue française,
l'histoire, la
culture, l'atteste.
Dialoguer avec les
peuples du monde et
avec toute
l'humanité, c'est ce
qu'ont fait, font,
feront les Français.
Le " dialogue des
cultures ", qui est
le slogan favori de
la propagande
officielle de
l'UNESCO, masque en
réalité le véritable
objectif de ses
promoteurs, qui
n'est pas de faire
dialoguer des choses
qui ne parlent pas,
mais de rabaisser la
culture (française
et occidentale), de
la mortifier, de
l'outrager, de
l'obliger à se
repentir sans cesse,
de ramener au niveau
le plus bas possible
la langue française,
et dans le même
mouvement de faux
équilibre, de
rehausser les
langues et les
cultures du tiers
monde, de les
guinder sur un
piédestal, de les
glorifier. Ce qui
sous-tend le "
dialogue des
cultures ", c'est le
relativisme
généralisé, lequel
pose que tout se
vaut ou plutôt que
seul a une valeur le
dogme qui assène que
tout se vaut, et
cela afin de
valoriser les
cultures qui ne sont
ni françaises ni
occidentales.
e) La déconstruction
post-moderne
Dans les faits,
concrètement,
l'objectif de la
diplomatie
culturelle n'est pas
de diffuser la
langue et la culture
françaises, mais de
faire en sorte
qu'elles soient
sapées ou vidées de
toute signification.
Prenons les exemples
tirés de Histoires
de diplomatie
culturelle des
origines à 1995,
ouvrage édité à
l'occasion du
cinquantième
anniversaire de la
création de la
DGRCST. Les maîtres
à penser à qui il
est rendu hommage et
sur le mode de
l'éloge qui n'admet
ni réserve ni
critique sont
Dumézil,
Lévi-Strauss,
Barthes, Foucault,
quatre idéologues de
la modernité, qui
ont exercé dans le
réseau : Dumézil
dans les pays
scandinaves et en
Turquie,
Lévi-Strauss au
Brésil et aux
Etats-Unis, Barthes
en Roumanie, en
Egypte et au Maroc,
Foucault dans les
pays scandinaves et
en Pologne. Ces "
savants " étant
célèbres, la
diplomatie
culturelle espère,
en leur rendant un
hommage appuyé, que
leur notoriété, bien
qu'elle se soit
établie contre la
France, sa culture,
sa langue,
rejaillira sur
elle-même et la
légitimera.
Dumézil, spécialiste
de mythologie
comparée, a repéré
dans les épopées et
les oeuvres
littéraires
archaïques écrites
en sanscrit, en
langue ossète, en
latin, en vieil
irlandais, en
scandinave ancien,
etc. des invariants
qui formeraient
l'idéologie de tous
les peuples
indo-européens,
établis de la vallée
de l'Indus à la
Bretagne, du Caucase
à la Scandinavie,
laquelle retiendrait
trois fonctions (se
défendre, produire,
prier), assumées
respectivement par
trois ordres : les
guerriers, les
cultivateurs
éleveurs, les
prêtres. Or, ces
travaux qui portent
sur la littérature
ont été infirmés par
les archéologues :
cf. L'énigme
indo-européenne
(Champs Flammarion).
Les Indo-européens
sont des
cultivateurs
éleveurs qui, il y a
quatre-vingts
siècles, ont
domestiqué le mouton
et modifié des
graminées pour en
faire des céréales,
inventant de fait
l'élevage et
l'agriculture, et
dont les techniques,
nées dans les
confins de la
Turquie et de la
Syrie, se sont
étendues lentement
vers l'Ouest et le
Nord, tous les
groupes humains de
ces zones s'initiant
à ces techniques.
Lévi-Strauss s'est
initié à la
phonologie à New
York entre 1942 et
1945. Ce qu'il a
appris Roman
Jakobson, il l'a
transposé aux
relations de
parenté, aux
sociétés primitives,
aux mythes. Il n'a
rien inventé.
Pourtant, il a
acquis une position
dominante dans les
sciences humaines et
sociales. De ce
fait, il a contribué
à laisser dans
l'ombre le penseur
le plus neuf, le
plus français, le
plus brillant du XXe
s, René Girard, qui
a dû s'exiler aux
Etats-Unis, parce
qu'aucune université
de France ne voulait
de lui et qui
n'écrit plus qu'en
anglais. La
diplomatie
culturelle érige une
statue à Barthes,
bien qu'il ait pris
pour cibles la
langue française,
qu'il a accusée de
fascisme et a rendue
responsable, parce
qu'elle serait un "
idiome sacré ", de
la répression des
moeurs (surtout
celles des
homosexuels), du
désir, des pulsions,
et aussi la culture
française classique,
accusée, par son
académisme,
d'aliéner le peuple
français. Foucault
est du même acabit.
Les discours, selon
lui, génèrent
l'ordre sur lequel
la bourgeoisie a
érigé les prisons,
la folie,
l'enfermement, la
peur des pauvres.
Dans les années
1950-70, un pays
totalitaire
enfermait les fous,
les homos, les
dissidents : c'est
l'URSS. Or, c'est la
France et l'Occident
que Foucault accuse
de ces crimes.
Jadis, en français,
ressentiment
signifiait "
reconnaissance ". A
propos de ce nom,
Littré note : "
Autrefois, sentiment
de reconnaissance,
souvenir
reconnaissant ". Il
ajoute : " ce sens a
vieilli, mais, bien
placé, il pourrait
encore être employé
", comme il l'a été
par Voltaire : " Un
acte par lequel je
pusse témoigner à
tout le monde et la
grâce que vous
m'avez faite et le
ressentiment avec
lequel je l'ai reçue
". " Aujourd'hui,
continue Littré,
c'est le souvenir
d'une injure avec
désir de s'en venger
". Il a pris le sens
exactement contraire
à celui qu'il avait
au XVIIIe s. Ce fait
illustre ce qui a
été mis en œuvre
sous le nom de "
diplomatie
culturelle ".
Naguère, la
diplomatie
culturelle résonnait
de gratitude envers
la France qui a tant
apporté à
l'humanité.
Aujourd'hui, la
gratitude s'est muée
en ressentiment. A
la France, il est
fait obligation
d'expier son passé
supposé colonial,
son prétendu
impérialisme, sa
volonté d'assumer le
processus de
civilisation. Le
résultat est que les
étrangers se
détournent de la
langue et de la
culture françaises.
Hannah Arendt a
écrit des articles
sur " la tradition
oubliée ". En
s'émancipant au XIXe
s, les Juifs
allemands et les
Juifs d'Europe ont
rejeté la longue
tradition de pensée,
de culture, de
langue dans laquelle
ils ont vécu en
Europe pendant un
millénaire ou plus.
C'est ce qui arrive
en France et à la
France. Elle est la
" tradition oubliée
" de la diplomatie
culturelle et elle
s'étiole sous la
chape de
l'utilitarisme
borné, de l'agit
prop, des sciences
sociales, du
relativisme
généralisé, de
l'idéologie
post-moderne,
victime du
ressentiment qui
nourrit ses enfants.
Pour diffuser une
langue et une
culture dans le
monde, et sans
recourir à la force,
à la contrainte, à
la violence, à la
guerre, à
l'invasion, etc. il
faut être persuadé
que la langue que
l'on parle et que
l'on écrit et que la
culture qui
s'incarne ou
s'exprime dans cette
même langue ont une
valeur, du prix, de
l'intérêt et
qu'elles vont donc
apporter quelque
chose - une raison
ou un art de vivre,
de la civilité, une
foi, une pensée, un
mode d'organisation
politique, des
connaissances, des
croyances, des
principes, tels que
l'éminente dignité
de la personne
humaine ou les
droits naturels et
imprescriptibles de
l'homme, etc. - aux
hommes auxquels
elles sont
destinées. On ne
peut pas imposer une
langue à des hommes
qui ne veulent pas
l'apprendre ou une
culture dont ils
n'ont que faire. Au
cours des siècles,
la langue et la
culture françaises
n'ont pas été
diffusées par l'Etat.
Le premier service
qui en ait été
chargé, le fameux
Service des Œuvres,
qui a donné
naissance en 1945 à
la DGRCST du
Ministère des
Affaires étrangères,
a été fondé en 1909
seulement : et
encore n'a-t-il été
formé que de deux
bureaux exigus et
son budget n'a-t-il
été alimenté au
début par un
prélèvement sur les
paris hippiques. Ce
sont des personnes,
hommes et femmes,
Français et
étrangers, qui se
sont chargés
volontairement,
parce qu'ils
croyaient que cette
mission était
urgente et utile, de
diffuser la langue
et la culture
françaises dans le
monde, que la
maîtrise du français
ferait accéder ceux
qui l'apprendraient
aux grandes oeuvres
de la culture
humaine, qu'ils
adhéreraient aux
principes de la
civilisation et que,
à partir du début du
XIXe siècle, ils
donneraient à leur
pays la forme
d'organisation
politique - la
nation - que les
Français avaient
inventée. Tout cela,
hélas, est devenu
lettre morte dans
l'actuelle
diplomatie
culturelle.
n
|