Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

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La "tradition oubliée"

 

par Jean-Gérard Lapacherie

 

 

 

 


Pour faire entendre sa voix dans le monde, la France dispose de deux atouts : son " réseau " culturel et les institutions de la francophonie. Implanté dans tous les pays du monde, le réseau de lycées, d'écoles, de centres culturels, de bibliothèques, de centres de recherche, d'instituts, d'Alliances françaises, etc. que la France a constitué au fil des siècles, dépasse en densité les réseaux de pays concurrents, tels l'Allemagne, la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Il forme la plus importante " multinationale culturelle " du monde. Cet outil est complété par les institutions de la francophonie dans lesquelles la France exerce une influence déterminante. Or, en dépit de l'ampleur du réseau et du nombre élevé de pays qui participent aux institutions de la francophonie, l'usage de la langue française recule dans le monde et la culture française y est de moins en moins influente. Le recul est absolu et relatif. Il est absolu, parce que de grands pans de la " francophonie ", en particulier les bastions qui se sont formés au XIXe siècle au Proche Orient, en Europe de l'Est et du Sud, en Amérique latine, s'étiolent lentement ou ont sombré complètement. Il est relatif, dans la mesure où le français stagne, alors que les grandes langues de culture - l'anglais, mais aussi l'espagnol, le portugais, l'arabe, le chinois - gagnent en influence. Certes, le français progresse en Afrique. Mais cette progression, qui est plus une faiblesse qu'une force, est due à la démographie galopante et aux progrès de la scolarisation dans les pays qui ont choisi le français comme langue officielle, mais dont l'existence est minée par des crises à répétition ou qui, comme les pays arabes piliers de la francophonie, se révèlent incapables, en dépit des ressources naturelles dont ils disposent, de sortir de leur léthargie culturelle (cf. le rapport 2002 du PNUD).
Le recul n'est pas dû à un manque de volonté politique ou de fonds. En réalité, le réseau n'est plus porté, innervé, nourri par quelque pensée que ce soit sur la France, sa langue, sa culture, son histoire - sinon par de vagues professions de foi, dont n'importe qui peut convenir. Tout se passe comme si le postulat qui légitime la présence de la France dans le monde, à savoir la langue et la culture françaises ont une valeur universelle, avait disparu du réseau et comme si " France ", " français ", " langue française ", " culture " avaient perdu tout contenu. Il suffit d'analyser les fondements intellectuels de la diplomatie culturelle que la France mène dans le monde depuis 1982 pour le montrer.
Ces fondements sont au nombre de cinq.

a) Les fondements linguistiques
Pragmatisme américain qui peut se justifier : stimulus réponse.
L'essentiel est de communiquer dans une langue ; id est d'adapter son comportement (réponse) à un stimulus (énoncé premier, question).
Ce qui est enseigné à l'étranger en matière de langue française, c'est le FLE ou " français langue étrangère ". La pensée qui en sous-tend l'enseignement est tout entière anglo-américaine, et ce, depuis que le Ministère des Affaires étrangères a décidé, au début des années 1950, de calquer les méthodes d'enseignement dans le programme du " français fondamental " sur celles que les Américains ont élaborées pour enseigner le " basic english ". D'un point de vue philosophique, c'est de l'utilitarisme immédiat ou du pragmatisme étroit qui a été transfusé aux langues. La langue est réduite au niveau d'un outil ou d'un instrument, comme l'est un tournevis. La fonction d'un tournevis est d'enfoncer une pièce de métal dans un morceau de bois, celle de l'outil langue est de transmettre des informations à autrui et avoir prise sur lui, id est communiquer.
C'est sur ce socle qu'a été érigée la politique nouvelle : celle du FLE.
La langue était liée à la pensée, aux plus hautes créations de l'esprit humain ou à l'histoire d'un peuple, elle n'est plus qu'un corpus de dialogues sans intérêt portant sur le temps qu'il fait, le métier exercé, le voyage en avion, la visite de Paris, etc. Sur ce socle, à la fois pauvre et minimal, a été érigé ce que l'on nomme " FLE " ou " français langue étrangère " et qui était, dans l'esprit des inventeurs de cette chose, le français qui devait être enseigné aux étrangers, mais qui, de plus en plus, ressemble à une langue de bois ou à un charabia, tant il est étranger au français, tel qu'il s'est constitué en dix siècles. La " didactique " du " FLE " est la ligne officielle du Ministère des Affaires étrangères ou des officines, CREDIF ou BELC, qui en dépendent. L'habileté de ses promoteurs est d'avoir fait passer l'idéologie qui la fonde (car elle n'est qu'idéologie) pour de l'expertise, de la compétence ou de la professionnalisation. Ne soyons pas dupes. La didactique du FLE répond aux mêmes objectifs idéologiques (et à ces seuls objectifs) que la formation des maîtres qu'assurent les IUFM de Jospin. Le but qui y est assigné est de vider l'enseignement de la langue de tout contenu ou de toute connaissance, de réduire l'enseignement à un formalisme desséché et stérile, d'effacer de la langue toute trace de culture que des millénaires d'histoire y ont déposée, de fabriquer des zombies. Entretenir ces chimères, même en les cachant sous le masque de la compétence didactique, dans on ne sait quel but idéologique (préparer la révolution ? rabaisser la France ? détourner l'humanité de la culture ? etc.), c'est défaire ce que des maîtres dépourvus de diplôme ont fait pendant des siècles en Allemagne, en Russie, au Proche Orient, en Amérique du Sud, en France aussi, c'est nier que le français a été pendant des siècles, pour des millions d'hommes, la langue d'accès à la culture, à la vie de l'esprit, à la connaissance, à la liberté, c'est donc saper l'œuvre de civilisation que la France a toujours assumée.

b) L'agitation événementielle
Pour qu'il soit attirant, cet utilitarisme rébarbatif a été plongé dans le chaudron des " événements ", de préférence " festifs ", dont Lang a été le propagandiste et auxquels se ramènent les activités des maisons de la culture. On fait chanter un rocker ou un rapeur dans la salle d'honneur d'un Institut français, on organise une semaine de la mer, on invite un sociologue de bas étage (du type Tacussel) à prononcer des conférences aussi ineptes que les pages " rebonds " de Libération, on montre des photos sans intérêt sur tel ou tel fait historique, réduisant l'histoire à l'image que l'on s'en fait. L'événementiel est une succession de " coups ", dont le but véritable est de prouver qu'on n'est pas mort, puisqu'on bouge, on s'agite, on remue. Ce sont les formes modernes de l'agitation propagande révolutionnaire (ou agit prop) ou des opérations de dynamisation culturelle, dites aussi de conscientisation, que les Cubains et autres gauchistes organisaient en Afrique ou dans les pays sous-développés dans les années 60-70. Pour diffuser sa culture à l'étranger, la France suit le modèle Jdanov ou Castro. C'est là l'indice que la pensée a déserté les palais officiels et que les agitateurs d'événements méprisent les étrangers, à l'intention de qui ils diffusent en lieu et place de culture de l'idéologie de troisième ordre.

c) L'assomption des sciences sociales
Le ciment qui agrège le pragmatisme linguistique à l'agitation stérile est ce qui est nommé " sciences sociales ". Ces termes, quand on les examine et qu'on les considère pour ce qu'ils se donnent, sont une pure imposture. Il n'y a pas de science dans ces sciences et la société, dont elles font leur objet d'étude, est une pure fiction : on n'a jamais vu la société et personne n'a signé le " contrat ", dit " social ", qui donnerait une existence à cette société. Malgré cela, la nouvelle diplomatie culturelle prodigue d'importants crédits à des centres de recherche implantés un peu partout dans le monde, et surtout dans les pays arabes, au Maroc, au Liban, au Yémen, en Algérie, en Egypte, en Tunisie, etc. et qui se targuent d'en étudier scientifiquement les sociétés. Ces centres éclipsent même les instituts savants que la France a créés dans de nombreux pays, pour répondre à sa vocation d'universalité. Soit l'Institut français d'Archéologie Orientale (IFAO) du Caire. Il forme des spécialistes qui depuis un siècle et demi étudient l'archéologie et l'histoire de l'Egypte, pour rendre à l'Egypte et à l'humanité une partie de leur passé. La civilisation égyptienne est une composante de l'histoire de l'humanité et elle est une étape de la marche de l'humanité dans l'ordre de la civilisation. A l'opposé, le CEDEJ du Caire accueille depuis 1982 soixante chercheurs en sciences sociales qui étudient la société égyptienne contemporaine, non pas comme composante de l'universel, mais en tant qu'entité spécifique. Le but est d'acquérir une meilleure connaissance de ces sociétés et d'aider ainsi à la " décision " politique ou économique, etc. Le modèle invoqué est celui des universités américaines, dont les travaux seraient utilisés par le Pentagone et le Secrétariat d'Etat. Si ces " travaux " ont aidé les hommes politiques américains à élaborer une politique étrangère et à prendre leurs décisions, on tremble, en constatant le désastre auquel ont conduit ces décisions, à l'idée qu'il pourrait en être de même en France.
En Egypte, les crédits affectés aux sciences sociales ont fait diminuer dans une proportion importante les crédits consacrés à la diffusion de la langue et de la culture françaises. De fait, les citoyens français financent la connaissance de la société égyptienne au détriment de l'objet essentiel de la diplomatie culturelle, à savoir la France, sa langue, sa culture. La connaissance de la société égyptienne n'en est pas meilleure pour autant. Les sciences sociales n'ont pas pour but d'éclairer, mais d'abuser. Elles ne disent pas la vérité, elles répandent le mensonge. Le phénomène social et idéologique le plus important de l'Egypte au XXe s. est l'islam politique. Cet islam politique est rené en 1928. Il a fait cause commune jusqu'en 1950 avec le nationalisme pan arabe pour éliminer le nationalisme égyptien et, depuis 1972-73, il contrôle la société égyptienne. On en connaît les conséquences. L'Egypte et le Proche Orient sont ou ont été purifiés ; la paix du monde est menacée ; les droits de l'homme sont niés ; et comme cet islam politique se mondialise, il sape même les fondements de la France. Or, en vingt-cinq ans d'existence et malgré les milliards qui leur ont été prodigués, ces centres de recherche n'ont publié aucun travail critique digne de ce nom sur cette idéologie. Pis même, ils ont toujours fait preuve à son égard d'une complaisance extrême. Dans les années 1930, mais à un degré moindre, la diplomatie culturelle a connu les mêmes errements, dans la personne de Aron et Sartre. L'un et l'autre ont occupé successivement le même poste de lecteur à l'Université de Berlin et ce, dans le cadre de ce que l'on appelait le Service des Oeuvres françaises à l'étranger. Aron a vu les dangers du socialisme national et, en juillet 1940, il a rejoint la France Libre ; Sartre a préféré se complaire dans l'aveuglement, ne s'engageant qu'une fois la guerre terminée, et dans le seul camp soviétique. En 1930, ce qui était en jeu, c'était le choix fait par deux individus libres, capables de répondre de leurs actes. A partir de 1982, tout a changé. Ce n'est plus la responsabilité d'individus isolés qu'engagent les travaux menés dans ces centres de recherches en sciences sociales, mais celle de la France, qui les a créés, les finance, les soutient.

d) Le relativisme généralisé
Outre une connaissance dérisoire, l'autre objectif poursuivi par la recherche en sciences sociales est ce qui est nommé " dialogue des cultures ". Là encore, ces deux termes sont une imposture. Les cultures ne dialoguent pas, seuls les hommes dialoguent. Et, s'il existe un peuple dans le monde qui a appris depuis des siècles à dialoguer avec tous les hommes, tant qu'ils sont, de quelque race, religion, origine, etc. qu'ils soient, c'est le peuple français. Tout, dans l'art, la langue française, l'histoire, la culture, l'atteste. Dialoguer avec les peuples du monde et avec toute l'humanité, c'est ce qu'ont fait, font, feront les Français. Le " dialogue des cultures ", qui est le slogan favori de la propagande officielle de l'UNESCO, masque en réalité le véritable objectif de ses promoteurs, qui n'est pas de faire dialoguer des choses qui ne parlent pas, mais de rabaisser la culture (française et occidentale), de la mortifier, de l'outrager, de l'obliger à se repentir sans cesse, de ramener au niveau le plus bas possible la langue française, et dans le même mouvement de faux équilibre, de rehausser les langues et les cultures du tiers monde, de les guinder sur un piédestal, de les glorifier. Ce qui sous-tend le " dialogue des cultures ", c'est le relativisme généralisé, lequel pose que tout se vaut ou plutôt que seul a une valeur le dogme qui assène que tout se vaut, et cela afin de valoriser les cultures qui ne sont ni françaises ni occidentales.

e) La déconstruction post-moderne
Dans les faits, concrètement, l'objectif de la diplomatie culturelle n'est pas de diffuser la langue et la culture françaises, mais de faire en sorte qu'elles soient sapées ou vidées de toute signification.
Prenons les exemples tirés de Histoires de diplomatie culturelle des origines à 1995, ouvrage édité à l'occasion du cinquantième anniversaire de la création de la DGRCST. Les maîtres à penser à qui il est rendu hommage et sur le mode de l'éloge qui n'admet ni réserve ni critique sont Dumézil, Lévi-Strauss, Barthes, Foucault, quatre idéologues de la modernité, qui ont exercé dans le réseau : Dumézil dans les pays scandinaves et en Turquie, Lévi-Strauss au Brésil et aux Etats-Unis, Barthes en Roumanie, en Egypte et au Maroc, Foucault dans les pays scandinaves et en Pologne. Ces " savants " étant célèbres, la diplomatie culturelle espère, en leur rendant un hommage appuyé, que leur notoriété, bien qu'elle se soit établie contre la France, sa culture, sa langue, rejaillira sur elle-même et la légitimera.
Dumézil, spécialiste de mythologie comparée, a repéré dans les épopées et les oeuvres littéraires archaïques écrites en sanscrit, en langue ossète, en latin, en vieil irlandais, en scandinave ancien, etc. des invariants qui formeraient l'idéologie de tous les peuples indo-européens, établis de la vallée de l'Indus à la Bretagne, du Caucase à la Scandinavie, laquelle retiendrait trois fonctions (se défendre, produire, prier), assumées respectivement par trois ordres : les guerriers, les cultivateurs éleveurs, les prêtres. Or, ces travaux qui portent sur la littérature ont été infirmés par les archéologues : cf. L'énigme indo-européenne (Champs Flammarion). Les Indo-européens sont des cultivateurs éleveurs qui, il y a quatre-vingts siècles, ont domestiqué le mouton et modifié des graminées pour en faire des céréales, inventant de fait l'élevage et l'agriculture, et dont les techniques, nées dans les confins de la Turquie et de la Syrie, se sont étendues lentement vers l'Ouest et le Nord, tous les groupes humains de ces zones s'initiant à ces techniques. Lévi-Strauss s'est initié à la phonologie à New York entre 1942 et 1945. Ce qu'il a appris Roman Jakobson, il l'a transposé aux relations de parenté, aux sociétés primitives, aux mythes. Il n'a rien inventé. Pourtant, il a acquis une position dominante dans les sciences humaines et sociales. De ce fait, il a contribué à laisser dans l'ombre le penseur le plus neuf, le plus français, le plus brillant du XXe s, René Girard, qui a dû s'exiler aux Etats-Unis, parce qu'aucune université de France ne voulait de lui et qui n'écrit plus qu'en anglais. La diplomatie culturelle érige une statue à Barthes, bien qu'il ait pris pour cibles la langue française, qu'il a accusée de fascisme et a rendue responsable, parce qu'elle serait un " idiome sacré ", de la répression des moeurs (surtout celles des homosexuels), du désir, des pulsions, et aussi la culture française classique, accusée, par son académisme, d'aliéner le peuple français. Foucault est du même acabit. Les discours, selon lui, génèrent l'ordre sur lequel la bourgeoisie a érigé les prisons, la folie, l'enfermement, la peur des pauvres. Dans les années 1950-70, un pays totalitaire enfermait les fous, les homos, les dissidents : c'est l'URSS. Or, c'est la France et l'Occident que Foucault accuse de ces crimes.

Jadis, en français, ressentiment signifiait " reconnaissance ". A propos de ce nom, Littré note : " Autrefois, sentiment de reconnaissance, souvenir reconnaissant ". Il ajoute : " ce sens a vieilli, mais, bien placé, il pourrait encore être employé ", comme il l'a été par Voltaire : " Un acte par lequel je pusse témoigner à tout le monde et la grâce que vous m'avez faite et le ressentiment avec lequel je l'ai reçue ". " Aujourd'hui, continue Littré, c'est le souvenir d'une injure avec désir de s'en venger ". Il a pris le sens exactement contraire à celui qu'il avait au XVIIIe s. Ce fait illustre ce qui a été mis en œuvre sous le nom de " diplomatie culturelle ". Naguère, la diplomatie culturelle résonnait de gratitude envers la France qui a tant apporté à l'humanité. Aujourd'hui, la gratitude s'est muée en ressentiment. A la France, il est fait obligation d'expier son passé supposé colonial, son prétendu impérialisme, sa volonté d'assumer le processus de civilisation. Le résultat est que les étrangers se détournent de la langue et de la culture françaises. Hannah Arendt a écrit des articles sur " la tradition oubliée ". En s'émancipant au XIXe s, les Juifs allemands et les Juifs d'Europe ont rejeté la longue tradition de pensée, de culture, de langue dans laquelle ils ont vécu en Europe pendant un millénaire ou plus. C'est ce qui arrive en France et à la France. Elle est la " tradition oubliée " de la diplomatie culturelle et elle s'étiole sous la chape de l'utilitarisme borné, de l'agit prop, des sciences sociales, du relativisme généralisé, de l'idéologie post-moderne, victime du ressentiment qui nourrit ses enfants.


Pour diffuser une langue et une culture dans le monde, et sans recourir à la force, à la contrainte, à la violence, à la guerre, à l'invasion, etc. il faut être persuadé que la langue que l'on parle et que l'on écrit et que la culture qui s'incarne ou s'exprime dans cette même langue ont une valeur, du prix, de l'intérêt et qu'elles vont donc apporter quelque chose - une raison ou un art de vivre, de la civilité, une foi, une pensée, un mode d'organisation politique, des connaissances, des croyances, des principes, tels que l'éminente dignité de la personne humaine ou les droits naturels et imprescriptibles de l'homme, etc. - aux hommes auxquels elles sont destinées. On ne peut pas imposer une langue à des hommes qui ne veulent pas l'apprendre ou une culture dont ils n'ont que faire. Au cours des siècles, la langue et la culture françaises n'ont pas été diffusées par l'Etat. Le premier service qui en ait été chargé, le fameux Service des Œuvres, qui a donné naissance en 1945 à la DGRCST du Ministère des Affaires étrangères, a été fondé en 1909 seulement : et encore n'a-t-il été formé que de deux bureaux exigus et son budget n'a-t-il été alimenté au début par un prélèvement sur les paris hippiques. Ce sont des personnes, hommes et femmes, Français et étrangers, qui se sont chargés volontairement, parce qu'ils croyaient que cette mission était urgente et utile, de diffuser la langue et la culture françaises dans le monde, que la maîtrise du français ferait accéder ceux qui l'apprendraient aux grandes oeuvres de la culture humaine, qu'ils adhéreraient aux principes de la civilisation et que, à partir du début du XIXe siècle, ils donneraient à leur pays la forme d'organisation politique - la nation - que les Français avaient inventée. Tout cela, hélas, est devenu lettre morte dans l'actuelle diplomatie culturelle.
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