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Connaissez-vous
l'ETSI ? Il s'agit de l'"European
Telecommunications Standards Institute", un
élément de cette foule de plus en plus nombreuse
d'organismes ayant pignon sur rue qui excluent
l'usage du français en France même. Cependant,
il s'agit cette fois non d'un organisme privé
mais public, puisque il est l'une des
innombrables créations de la Commission
européenne. Pourtant, on est ni à Paris, ni à
Strasbourg, mais au milieu de la pinède de
Sophia-Antipolis, près d'Antibes. Si vous
essayez de savoir où, précisément, cet institut
se trouve, vous pourrez trouver toutes les
indications pour vous y rendre sur son site
Internet (www.etsi.org) mais l'information ne
sera disponible ni en français, ni en occitan,
mais uniquement en anglo-américain. Récemment,
un de mes étudiants informaticiens y a fait son
stage de fin d'études. Son suiveur et tous ses
collègues étaient français mais on a exigé de
lui qu'il travaille en anglais. A l'issue d'un
travail de six mois, on lui a demandé de
présenter ses réalisations en anglais et, bien
entendu, il en fut de même pour la documentation
qui accompagnait les logiciels qu'il avait mis
au point. Mon étudiant dut également remettre un
rapport de stage à l'université avec copie à
l'ETSI et faire valider une soutenance orale
devant un jury universitaire afin d'obtenir son
diplôme d'ingénieur. L'ETSI ne travaillant qu'en
anglais, mon étudiant s'est vu dans l'obligation
de rédiger son rapport dans cette langue et nous
a demandé qu'il en soit de même pour sa
soutenance à laquelle devait d'ailleurs assister
son suiveur. Mon refus catégorique d'évaluer une
soutenance et un rapport en anglais relatifs à
un stage effectué dans le département dont je
suis natif compliqua les choses. Encore
aujourd'hui, je crois qu'on n'a toujours pas
compris à l'ETSI, ni comme à l'université
d'ailleurs, qu'un professeur puisse exiger de
son étudiant un effort aussi inhumain pour
produire un rapport et une soutenance en
français, qui semble apparaître de plus en plus
comme un archaïsme à la Commission des titres de
l'ingénieur tout autant qu'au ministère de l'Education…
Interrogé à propos des incidents survenus au
stade de France le dimanche 12 mai 2002,
Jean-Pierre Chevènement déclarait la France
"malade" mais nos hauts fonctionnaires et nos
élus n'ont probablement qu'une idée assez vague
du degré de fièvre que le patient a atteint, et
cela va bien au delà de mon petit monde des
universités de technologie. De plus en plus, on
constate à quel point de nombreux salariés
intériorisent la honte que le discours
d'entreprise dominant leur inculque "de ne pas
connaître suffisamment l'anglais", cet attribut
qui, pour nos dirigeants et nos chefs
d'entreprise, semble intrinsèque de la modernité
et de l'intégration sociale et culturelle au
monde qui est censé gagner ! Ce terrorisme
intellectuel et moral, qui pousse parfois les
salariés à l'excès de zèle anglophone, est
cependant et malheureusement la situation la
plus fréquente dans le monde du travail
français.
Robert Phillipson explique cette inversion
totale des valeurs de nos prétendues élites dans
son livre intitulé "Linguistic Imperialism"
(Oxford University Press) comme étant la
conséquence naturelle de l'absorption des
valeurs anglo-saxonnes, à travers l'étude de la
langue anglaise, par les pays de la "périphérie"
non anglophones, principalement européens. On
peut constater, en effet, que les messages que
cette langue véhicule n'ont jamais été autant
chargés de valeurs, de préjugés, de stéréotypes
et de directives implicites sur la manière dont
les peuples doivent penser d'eux-mêmes et de la
place que les Anglo-saxons veulent bien leur
assigner dans le monde. Tout lecteur des grands
magazines américains ou anglais qui vit à
Bruxelles, à Berlin, à Paris ou à Madrid reçoit
le même message. Tout financier parisien qui lit
l'"Economist" finit par intérioriser un message
anti-français assez virulent qui ne pourra pas
ne pas influencer son jugement ultérieurement.
En envoyant de très nombreux étudiants faire des
études dans les pays anglo-saxons, les Français,
comme beaucoup d'autres, ne devraient pas trop
s'étonner du fait qu'ils reviennent souvent avec
des idées qui ne les prédisposent pas forcément
à considérer d'un bon œil tout ce qui aurait été
naturellement interprété, dans d'autres
circonstances, comme étant d'intérêt national.
La France, ex-puissance coloniale, répugne à
reconnaître qu'elle est colonisée à son tour, à
reconnaître que les habitudes de ses jeunes, que
les opinions de ses dirigeants et de ses
journalistes, que les modes du moment, que ses
orientations économiques, éducatives et
professionnelles dépendent dans une large mesure
du discours néocolonialiste anglo-saxon.
Pourtant, une stratégie de résurgence du
français ne peut se permettre d'ignorer les
conditions actuelles qui poussent de plus en
plus les Français eux-mêmes à contempler leur
langue comme un aimable patois !
C'est ainsi qu'en apprenant l'anglais les
enfants d'Europe continentale, petit à petit,
désapprendront leur culture par complexe
d'infériorité. Ils témoignent déjà de
l'induction d'un tel complexe par rapport à leur
propre culture, de l'acceptation de la culture
dominatrice et du rejet de leur propre culture
ou de sa contestation selon l'idéologie que les
médias et le système éducatif nous fournissent.
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