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" Nous partîmes cinq cents ; mais
par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. "
Corneille, Le Cid, Acte IV, scène III.
Tandis que
Rome s'étage sur ses sept collines, Porto Alegre en compte bien
septante…Carnaval, fête de la Déesse de la mer, rendez-vous
branché : le second Forum Social Mondial aura certes été tout
cela, mais davantage et mieux encore, grâce à ceux qui y ont
travaillé, même si les médias, eux, se sont plutôt attachés à
tel ou tel homme politique : l'idée, l'espoir qu'un autre monde
est possible, et que tout dans la vie ne peut être fondé sur une
rentabilité financière à court terme qui se révèle bien souvent
illusoire…
L'idée d'y participer circulait parmi nous depuis quelque temps,
afin de rendre notre lutte plus médiatiquement audible et
visible. Mais il fallait, pour cela, dissiper quelques
ambiguïtés. Nous ne nous sentions pas mandatés pour trancher sur
tous les thèmes abordés, et craignions une " récupération ",
soit par d'autres Associations, soit par des gouvernements.
On doit à la vérité de dire que ce Forum aura été, dans
l'ensemble, remarquablement organisé, grâce, d'abord, au
gouvernement de l'Etat du Rio Grande do Sul, mais également aux
Amis du Monde Diplomatique, et au Ministère des Affaires
Etrangères français, lequel tentait de faire oublier d'autres
prises de positions de son gouvernement…et au Movimento em
Defesa da Lingua Portuguesa, grâce auquel nous avons pu obtenir
l'adjonction au Forum, pour la première fois, d'ateliers portant
sur la diversité linguistique et culturelle.
En-dehors même du fait que ces travaux se déroulaient dans le
contexte passionnant, et parfois chaleureux, du Brésil, nous
avons pu y rencontrer des participants de nombreux pays :
Amérique latine, Afrique, Québec, Japon, Chine, Russie,
Italie…maîtrisant d'ailleurs souvent parfaitement le français,
même lorsqu'ils n'étaient pas francophones d'origine. Les trois
langues employées, dans notre domaine, auront été le portugais,
le français et l'espagnol, chacun comprenant, en général, la
langue de l'autre.
Que ce soit à l'Université fédérale, au Centre culturel Mario
Quintana ou à l'Université pontificale, les débats furent
passionnants et suivis, comme en témoigne la résolution adoptée
en conclusion, et dont les termes auront été soigneusement
pesés. Alors que l' " exception culturelle " pouvait apparaître
comme fragile, et la " diversité culturelle " comme un simple
descriptif anthropologique, au point de ne plus gêner M.
Jean-Marie Messier lui-même, les participants se sont mis
d'accord sur la notion d' " exclusion culturelle " (nous
préférons encore " exclusion linguistique et culturelle ")
s'appliquant à des réalités qu'il s'agit de soustraire
définitivement à l'emprise d'institutions telles que
l'Organisation Mondiale du Commerce, au profit d'un " instrument
" (selon la terminologie québécoise) qu'il s'agit encore
d'affiner.
Ayant pour ma part axé mes interventions sur la langue anglaise
comme cheval de Troie d'une conception juridique des rapports
humains menant à imposer un modèle qui ne profite qu'aux plus
riches, j'ai eu le plaisir de rencontrer un écho chez nos
interlocuteurs brésiliens, citant Celso Furtado…Par ailleurs,
nous avons travaillé en commun avec hommes de théâtre et
réalisateurs de cinéma, et avons montré le lien entre les
problématiques linguistiques et culturelles.
A noter également que, pour surmonter l'émiettement face à
l'anglo-américain, le Forum a retenu l'idée de favoriser les
regroupements, tels la francophonie ou la lusophonie, permettant
de maintenir une pluralité des langues internationales et, en
dernière analyse, des possibilités d'interprétation du monde.
Au total, le bilan aura été largement positif. Outre que nous
avons pu faire porter la voix de la France dans des régions du
monde qui sont avides de l'entendre, ce Forum Social Mondial
aura été l'occasion de " déringardiser " la défense de notre
langue, indûment caricaturée dans la presse de notre pays. Il
reste à faire connaître, et à faire valoir ce bilan. C'est ce à
quoi s'emploiera le Forum Francophone International, et nous
invitons tous ceux qui sont motivés à le rejoindre. La tâche en
vaut la peine.
" Les grandes âmes ne sont pas celles qui
ont moins de passions et plus de vertu que les âmes
communes, mais celles seulement qui ont
de plus grands desseins ". (La Rochefoucauld).
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