Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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La France humiliée 

 

par Jean-Gérard Lapacherie

 

        

 

 

 

 

 

Neuf soldats français tués par l'aviation de l'armée légale de Côte d'ivoire, cette même aviation détruite en représailles par les troupes françaises du contingent la Licorne, des Français menacés de mort par des Ivoiriens en colère, leurs biens pillés, des écoles françaises incendiées, des civils ivoiriens tués par des soldats français ou des soldats français accusés d'avoir tiré sur des Ivoiriens " aux mains nues ", une haine inexpiable exprimée publiquement dans les villes de Côte d'ivoire à l'encontre de la France accusée de crimes sans nom, une " guerre de libération " en cours, des relations dégradées entre deux gouvernements naguère " amis de plus de trente ans ", voilà le désastre que nous constatons, effarés et accablés. Comment en est-on arrivé là ?
En signant des accords de coopération militaire avec la Côte d'ivoire, Etat souverain et pays ami, qui fut un des soutiens de la France Libre entre 1940 et 1944, la France s'est engagée à garantir la souveraineté de ce pays et à défendre ses frontières, s'il était menacé ou envahi. La Côte d'ivoire est un pays démocratique. La liberté de pensée et d'expression y est garantie. Sur son territoire, des millions d'étrangers sont accueillis généreusement : ils y mènent une vie digne que leur pays d'origine était incapable de leur offrir et ils y jouissent de droits élémentaires. Les Ivoiriens ont élu un président humaniste, à qui, certes, des griefs peuvent être faits, mais qui n'a jamais attenté au droit international, ni aux principes qui fondent la démocratie. Or, ce président et le gouvernement qu'il a mis en place ont été victimes en 2002 d'un coup d'état militaire, dont on soupçonne qu'il a été fomenté à l'étranger ou de l'étranger. De fait, ce pays souverain est attaqué par des rebelles, qui en contrôlent une partie et qui ont purifié de tout individu supposé exogène les territoires qu'ils contrôlent, alors que le sud du pays, où des exactions ont certes eu lieu, la purification ethnique ne s'est pas produite. Au regard des lois humaines et des principes du droit, les rebelles sont indéfendables. Il incombait à la France de rétablir la légalité dans tout le pays, du sud au nord. Or, plutôt que d'appliquer les accords qui les lient à la Côte d'ivoire, le gouvernement français et son président ont tergiversé, biaisé, hésité, préféré les palabres sans fin à l'action, protégé les rebelles. De fait, ils ont trahi un allié, chez qui ont été portées et la guerre et la mort.
Hélas, ce désastre n'est pas unique.
En moins de six ans, la politique étrangère du président Chirac n'a réalisé qu'un objectif, qui n'était sans doute pas voulu : sacrifier nos alliés les plus anciens et les plus fidèles sur l'autel fumeux, et fumant de sang, de l'humanitairerie bien pensante. Le premier pays à en avoir pâti est la Serbie, l'alliée fidèle qui, entre 1914 et 1918, a tenu seule le front sud-est de la guerre en Europe, sacrifiant, par rapport à sa population, deux fois plus de soldats que la France. Si elle avait cédé, la France aurait peut-être perdu la guerre, et nous aurions été germanisés. La Serbie n'a pas attaqué la France. Elle n'a jamais nui à ses intérêts. Elle n'a jamais agressé qui que ce soit. Pourtant, la France, sur l'ordre de Chirac et Jospin, et à la demande des Etats-Unis, a participé aux bombardements aériens de ce pays. Elle prétendait agir dans des buts humanitaires. En réalité, elle a offert aux Albanais le Kossovo et elle a laissé purifier cette province serbe de toute présence serbe, les massacres de Serbes commencés en 1942 continuant depuis quatre ans. Le vieux rêve raciste et fasciste de grande Albanie peu à peu se réalise. Ce à quoi Hitler et Mussolini ont échoué, la France a contribué avec l'OTAN à le réussir. Puisqu'elle avait participé à l'agression de la Serbie, elle aurait dû participer à la seconde guerre contre l'Irak. Elle ne l'a pas fait, bien que la condition des Irakiens fût pire que celle des Albanais du Kossovo, bien que le régime baasiste d'Irak ait commis mille fois plus de crimes épouvantables que les Serbes, bien que l'Irak fût une affreuse dictature et la Serbie une démocratie fragile. Au moins, les Américains ont été logiques avec eux-mêmes : ils ont bombardé la Serbie et l'Irak. La France n'a pas eu ce courage. Elle s'est retranché derrière le principe de " deux poids, deux mesures ". Seuls avaient le droit de dire " non " à la guerre contre l'Irak ceux qui avaient dit " non " à la guerre contre la Serbie.
Au moment même où la France humilie la Côte d'ivoire ou est humiliée en Côte d'ivoire, elle soigne en grande pompe Arafat, elle le maintient artificiellement en vie, elle se prête à toutes les manipulations possibles. On bombarde un pays démocratique et allié, on fait des risettes à un organisateur de meurtres de masse qui a été incapable d'accepter l'accord que le gouvernement israélien lui proposait en 2000, préférant le chaos, la poursuite des attentats, le pourrissement de la situation, l'alliance avec l'islam politique, à un compromis qui préservait le Proche Orient de la barbarie. De même, au Kossovo et dans l'ancienne Yougoslavie, la France a pris le parti, contre ses alliés serbes, des musulmans qui ont combattu aux côtés d'Hitler et islamisent l'Europe du Sud-est, comme elle a pris, contre les Israéliens, naguère amis de la France, le parti d'Arafat, ce petit-neveu de Husseini, le mufti de Jérusalem, qui fut l'allié d'Hitler et un partisan résolu de l'expulsion de tous les juifs du proche Orient, comme elle prend le parti des Turcs, qui occupent militairement un pays membre de l'Union européenne et qui nient, contre toute évidence, leur responsabilité dans le génocide arménien.
La France fut naguère la " lumière des nations ". Elle est tombée si bas qu'elle risque, à terme, si elle persiste dans ses choix politiques contre-nature, d'en devenir la honte.
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