Cercle Jeune France

  Des Lettres, de l'Histoire, de la Politique de la France

                "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

                                                                                                                                      Ernest Renan

 

 

 

 

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Puissance des mythes 

par Thierry Giaccardi

 

      

 

A Mgr le Comte de Paris et à la force

du mythe qu’il exprime par sa personne.

 

Du jour où fut réalisée la conjonction

d’un pouvoir fort et d’une armée solide,

la France se trouva debout.

Charles de Gaulle.

 

Nous avons un gouvernement républicain

et une administration monarchique : le

bien public exige que cet ordre paradoxal

soit renversé.

Charles Maurras.

 

Qu’avons-nous besoin d’invasions barbares ?

Nous sommes nos propres Huns.

Bertrand de Jouvenel.                                                       Saint-Louis guérissant des écrouelles

 

 

 

Qu’est-ce qu’un mythe ? On se rappellera au préalable ce qu’en disait très justement Caillois : “il est certain que le mythe, qui prend place à l’extrême pointe de la superstructure de la société et de l’activité de l’esprit, répond par nature aux plus diverses sollicitations”. Mais contrairement à Caillois, nous ne pensons pas qu’il  soit mort  dans nos sociétés, même s’il est certain qu’il  ne s’actualise plus vraiment par des rites, tant il est vrai que la société moderne semble bien dépourvue de rites. On parlera plutôt de jeux ou de spectacles plus ou moins de bon goût exprimant bien ce climat festif caractérisant les époques d’insouciance forcée[1]. Debord avait anticipé dans ses écrits cette société du spectacle dont il est difficile de penser quoi que ce soit de bon. Il n’empêche que la société moderne s’est bâtie sur de nombreux mythes, dont celui  de la rationalité semble le plus prégnant, et le plus envahissant, serions-nous tentés d’ajouter, (la fête de la déesse Raison de 1793 inaugurant cette période). Que la rationalité prétende épuiser toutes les ressources intellectuelles humaines montre bien en quoi elle fonctionne aussi, et peut-être d’abord,  comme un mythe.  Ce dernier paraît donc avoir deux sens principaux :  un sens ancien, tel que l’envisagent les mythologues comme Caillois, ne posant pas nécessairement une dichotomie entre le monde visible et le monde suprasensible mais contribuant à les démarquer. Si sa création relève aussi de “l’activité combinatoire” comme le discours conceptuel, on dira à la suite d’Eliade qu’il est réel, sacré,  exemplaire et contemporain. Mais le mythe a aussi un sens moderne dont Sorel a sans doute donné la meilleure définition possible : Louis Soubise rappelle que Sorel entend le mythe comme “pris comme un tout et fournissant une “connaissance totale” de type pratique”. Il est d’abord et avant tout un “ensemble d’idées, d’images” évoquant puissamment chez les hommes des sentiments qui les confortent dans leur certitude et leur capacité à agir. Cette définition n’est pas loin de celle d’un Bergson qui parlait d’ “image quasi hallucinatoire”.

Même s’ils sont inextricablement liés, le discours mythique, par conséquent, nous semble plus opératoire, plus “vibrant” pourrions-nous dire,  que la pensée symbolique, celle-ci étant sans doute plus fine, plus nuancée, mais plus fragile et plus friable. Ou même que la pensée analogique, plus riche mais sans doute plus absconce pour le plus grand nombre. Par ailleurs, il faut insister sur le fait que la première catégorie de mythes, que nous appelerons “mythes fertiles”, renvoie à un univers de correspondances, et donc contient plusieurs niveaux de significations, tandis que la deuxième catégorie  paraît bien être unidimensionnelle. C’est dans ce sens que nous les appelerons “mythes stériles”, sans préjuger, toutefois, de leur force respective.

Certes, le mythe de la rationalité, fondement de nos sociétés bureaucratiques, n’est pas le seul agissant sur la conscience moderne, c’est entendu.  Mais il est sans doute le plus puissant avec celui de l’égalité, que nous associons instinctivement à la fondation de la république, (ce qui est pour le moins discutable). Celle-ci, dans son sens originel de res publica, est elle-même devenue, curieusement, un mythe affadi, et non un système d’idées bien réel auquel l’homme politique se réfère spontanément : en parlant de “république” il pense automatiquement à “démocratie parlementaire” et médias. Ce qui traduit assez bien l’hégémonie anglo-américaine dans le monde occidental, et de manière plus générale, l’emprise de la marchandise sur l’esprit. On débat de la vérité en fonction de la faction à laquelle on appartient et du groupe de pression qui en finance les activités, et non du  principe républicain renvoyant à une attitude et des institutions dont l’origine est romaine. Il n’y a rien de vraiment étonnant à cet état de choses : les vainqueurs, qu’ils soient chefs de guerre ou chefs d’entreprise, imposent toujours leurs vues. Qui les blâmerait ? L’origine romaine de la république s’efface ainsi des mémoires, laissant place à un sentimentalisme généralisé, alors que le marché international s’affranchit des frontières et brise les Etats récalcitrants.

Le Serment du jeu de paume par Jacques-Louis David

Mais qu’entendons-nous par république ? A l’heure de la nomination des treize sages qui vont siéger  dans un comité de modernisation de la Ve République présidé par le grand commis de l’Etat qu’est Edouard Balladur, la question n’est pas anodine. Contrairement à certains, elle ne peut en soi suggérer “le contrôle de l’’Etat par l’ensemble d’une population donnée”, ce qui serait bien difficile à réaliser. La définition selon laquelle la république est “un système politique dans lequel l’Etat doit servir le “bien commun” et non des intérêts privés” ne convient pas non plus car elle s’applique à d’autres formes de gouvernement comme la monarchie par exemple, (la figure exemplaire d’un monarque obsédé par le “bien commun” étant Saint Louis). La définition classique selon laquelle la république est un  “Etat dans lequel la souverenaité appartient au peuple par l’intermédiaire de représentants élus” pose la grave question souvent omise de savoir à quoi un   mot, simple en apparence, comme “intermédiaire” renvoie. Le mode d’élection, enfin, ne laisse pas de retenir notre attention et suscite pour tout dire bien souvent un dégoût assez violent. Certains citent la belle définition de Rousseau dans le Contrat social, “tout Etat régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être ; car alors seulement l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain”. Mais peut-on dire qu’elle s’applique nécessairement à la république ? Certes non. La démocratie des publicistes dont parlait Barrès avec tant d’aigreur aurait-elle corrompu la république ? Car, ce que nous percevons bien aujourd’hui, sur une grande échelle, c’est le fonctionnement (ou plutôt le dysfonctionnement) de la démocratie parlementaire aliénant le pays et produisant de nombreux maux. Alain de Benoist rappelle à juste titre qu’il serait plus exact de l’appeler “polyoligarchie”. Sert-elle le pays au mieux ? Certains, une minorité, en doutent, en pointant du doigt ses innombrables scandales et abus. De manière assez ironique, nous pourrions reprendre ce qu’un Gérard Sautel affirmait des abus de l’Ancien Régime dans son Histoire des institutions publiques : “les abus résultent essentiellement (...) d’une inadaptation de toute une série de structures institutionnelles à la réalité sociale et aux besoins du moment”[2].

Le Général de Gaulle, lui-même, le dernier grand républicain, à la romaine serions-nous tentés d’ajouter, se méfiait notoirement d’un régime de partis politiques. Il créa, comme on le sait, la Ve République, en espérant abolir un régime néfaste où les combinaisons politiques semblent proliférer comme la mauvaise herbe. Dans les années de l’immédiate après-guerre, il observait avec une certaine lassitude “que se nouait et se dénouait sans relâche dans l’enceinte du Palais-Bourbon et dans celle du Luxembourg l'écheveau des combinaisons, intrigues et défections parlementaires, alimentées par les motions des congrès et des comités, sous les sommations des journaux, des colloques, des groupes de pression”[3]. Cette critique acerbe, toujours actuelle,  n’était pourtant pas nouvelle. Elle prit sa forme plus ou moins définitive avec le boulangisme, mouvement aujourd’hui assez méconnu, et dont on retient surtout les aspects ratés. Or qu’était le boulangisme si ce n’est d’abord “une déception profonde de ce qui était, et une aspiration confuse vers quelque chose d’autre”, comme le dit fort bien Dansette. Le fil rouge qui mène du boulangisme au gaullisme, si nous mettons de côté le génie politique de celui-ci et son absence chez celui-là, c’est la critique des combinaisons politiques et l’apologie de l’homme-drapeau : l’homme providentiel au-dessus des factions  comme le parti politique, ses côteries et ses trésoreries aux origines parfois douteuses. Cette critique est une critique morale, essentiellement. Elle s’appuie aussi sur une réflexion sur les institutions publiques. Or, il est important de dissocier cette dernière de  celles sur la liberté ou la justice, tenant à cœur à tout homme de bonne volonté, car aucun régime en soi ne garantit ni l’une ni l’autre, contrairement à ce qu’affirme la vulgate moderne. Cette dernière a trouvé son allié  le plus sûr et son assise la plus ferme dans l’industrie de l’image. Aucune réflexion de type politique ou théologique ne peut faire l’économie d’une étude approfondie de l’image et de ses réseaux de diffusion, sans se condamner à n’être qu’une voix dans le désert.

L’habilité des grands groupes de médias, c’est d’imposer une vision du monde, uniforme, appauvrie, souvent abjecte (violence gratuite, sexualité débridée, sentimentalisme écœurant), sans recourir à une rhétorique politique ou sociale : la doctrine n’apparaît ni sur le grand ni sur le petit écran. Elle en est d’autant plus efficace, contagieuse pourrait-on dire. Les médias montrent mais ne démontrent pas, pour des raisons liées à la nature intrinsèque du médium, (c’est la différence entre le théâtre et le cinéma, par exemple), mais aussi pour des raisons d’efficacité persuasive. Démontrer c’est, d’une certaine manière, accepter par principe que la thèse ne va pas de soi. Or, le politiquement correct ou la pensée unique reposent sur le principe que la thèse va de soi, qu’il ne peut y en avoir plusieurs. Comme le disait Alain de Benoist dans une des rares émissions télévisées à laquelle il fut invité[4], c’est le “devoir être”. On doit être ainsi, et pas autrement, sous peine d’être mal jugé, mis au ban de la soi-disant société civile. Mais ce “devoir être” ne repose sur rien de concret, et certainement pas sur une vision sacrée de la vie. Or, cette injonction moderne, véritable carcan enfantilisant la pensée, tout le monde ou presque s’en accommode secrètement. Ceux qui la discutent, voire la contestent et la repoussent fermement, sont condamnés à vivre dans les marges de l’agora moderne que représentent les médias : les souverainistes et les chrétiens en France sont bien placés pour le savoir. Mais les médias ne sont qu’un miroir parmi d’autres, et non la chose réelle, (Maurras aurait dit le pays réel).

        C’est donc à partir de ces marges qu’il importe de formuler une réflexion, politique ou autre,  sur l’être au monde, tout en rejetant l’idée, pourtant assez répandue parmi les courants contestaires du politiquement correct, que cette réflexion se devrait d’être ou devrait s’appréhender comme une réflexion “marginale” par essence. Car, la vraie politique est une science de l’être, avant d’être un art du possible, du devenir ensemble, (ce qu’elle est aussi assurément). C’est une ontologie, une science de “l’être en tant qu’être”, pour reprendre l’expression d’Aristote. C’est-à-dire qu’elle est par nature une théologie politique. Même si on doit faire la distinction entre les politiques qui s’arrêtent aux apparences et celles qui visent les substances. Rien n’y fait : ni le mythe de la rationalité ni celui de la Révolution française prise comme un bloc. La politique est trouée de toutes parts par la métaphysique, le sens final que l’on donne à la vie humaine, car elle légifère. Elle est inextricablement liée aux lois qui disent la manière d’habiter la Terre. Les théocraties ne sont donc pas des aberrations en soi, bien au contraire, même si elles ne témoignent pas toujours d’un grand sens politique. La politique est aussi tridimensionnelle : passé, présent, avenir. Aucune politique ne se fait sur une table rase. Que l’on veuille ou non, le Président de la Republique est l’héritier des Rois de France. On parle volontiers de fonctions régaliennes, la grâce présidentielle en étant sans doute l’expression la plus spectaculaire. Mais l’article 5 de la constitution l’exprime aussi, en des termes plus choisis :  “le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat”. La continuité de l’Etat assurée par une personne, tout est dit.

Il est vrai qu’être et devenir ne s’opposent pas nécessairement, sous certains plans. Ce sont deux manières d’appréhender l’ici-bas, manifestation plurielle du Principe : par les essences ou par les formes. C’est ainsi qu’il faut comprendre Augustin lorsqu’il écrit : “il existe en effet certaines formes orginaires ou certains principes de choses, invariables et immuables, qui n’ont pas été formés, et sont, pour cette raison éternels et identiques et qui sont enfermés dans l’intelligence divine.  Et étant donné que ces principes ne naissent ni ne meurent c’est pourtant à partir d’eux que se forme, disons-nous, tout ce qui peut naître et mourir”.

Or, le postmoderne a cherché à imposer l’idée absurde, vraiment, que les essences sont au mieux douteuses, au pire de dangereuses chimères menant aux politiques les plus détestables. Il a opéré ainsi une dissociation anormale entre la forme et l’essence. Il s’est cru révolutionnaire alors qu’il ne favorisait que le marchand et ses appétits insatiables. Il a rejeté le passé en arguant de l’avenir. Or, l’avenir ne se conçoit pas sans le passé, comme le jour ne se conçoit pas sans la nuit. Il a imposé une seule dimension temporelle, écrasante, celle du présent, de la manière la plus inintelligible qui soit. Le mythe de l’éternel jeunesse ne se comprend pas autrement. D’où la profusion d’images d’une femme idéale, lisse, amaigrie, qui exercent une violence inouïe dans notre imaginaire. Ce sont celles d’une femme rejetant la nourriture, (c’est-à-dire non seulement les fonctions digestives du corps mais aussi les produits du terroir), s’adonnant à des plaisirs immédiats  sans intensité ni  profondeur, (c’est-à-dire ne requiérant aucune éducation du goût), étant rebutée par la maternité, car celle-ci la ferait entrer dans le cycle de la reproduction et d’une conception traditionnelle du temps. Ces images de nature publicitaire  suscitent à juste titre la plus grande hostilité parmi les peuples non occidentaux qui refusent d’assimiler la femme à un objet, sexuel ou non[5]. Les images de l’homme  ne sont guère plus rassurantes : ce sont celles d’un joueur courant après un ballon rond ou celle d’un spectateur aux traits révulsés par une passion stérile ; celles encore d’un jouisseur cherchant à  posséder la femme-objet. Pascal pourrait redevenir le grand critique de notre société marchande, dépassant de la tête et des épaules un Marx ou un Sartre : “rien n’est si important à l’homme que son état ; rien ne lui est si redoutable que l’éternité. Et ainsi, qu’il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d’une éternité de misères, cela n’est point naturel”.

Le cinéma, l’art majeur de notre temps, ne cesse d’illustrer ces relations futiles, souvent d’une violence insupportable. Le cinéma hollywoodien, malgré de nombreuses réussites artistiques, a imposé de telles images. Elles sont scandaleuses. Or, elles ne sont pas toujours l’expression d’une vision grossière. Une tendance du cinéma, plus raffinée, plus réfléchie, vise aussi un public d’amateurs éclairés. Quentin Tarentino peut être considéré comme  le metteur en scène et le producteur exemplaire de ce  cinéma des basses pulsions de l’homme, jouant sur les clichés et les peurs primitives avec une habileté surprenante. Il exprime une tendance du cinéma illustrant un soi soucieux que de soi-même et  non d’autrui ni de grandes entreprises. Il est vrai que le souci de soi n’est qu’une forme de l’insouciance. Il est l’expression du mythe de l’homme libre, sans entraves. L’ironie est sa manière d’être avec autrui mais elle cache mal ses arrière-pensées :  l’homme sans entraves est un être immoral dont la lâcheté ne cesse de surprendre. Platon parlait déjà de “l’homme frelon” chez qui il observait certaines maximes néfastes à l’œuvre :  “traitant la pudeur d’imbécilité, elles la repoussent et l’exilent honteusement ; nommant la tempérance lâcheté, elles la bafouent et l’expulsent ; et faisant passer la modération et la mesure dans les dépenses pour rusticité et bassesse, elles les boutent dehors, secondées en toute cela par une foule d’inutiles désirs”. Henri VII, Comte de Paris, Duc de France,  a décrit ce phénomène, d’une manière plus contemporaine mais tout aussi pertinente, dans une lettre rendue publique :

 D'un côté un ordre sclérosant, tatillon, frisant le terrorisme du politiquement correct ou du religieusement correct, ancré sur le pouvoir et l'argent, où seule la loi manipulée par une élite a vocation d'être prise en compte. Dans cet ensemble, l'être humain a laissé place au citoyen et ce dernier a été poussé vers une case communautaire, un ghetto qui deviendra l'étiquette dont on l'affublera désormais.[6]

 A cette dissolution de la vie sociale, qu’illustrent bien des films comme Pulp fiction, (Q.Tarantino, 1994), ou encore La Haine (M. Kassowitz, 1995), on doit opposer des principes, moraux, politiques et religieux. Et pourquoi pas au mythe de la Révolution française opposer celui des quarante Rois qui firent la France ?  Comme l’écrivait d’une main ferme Charles Maurras, “l’unité française, œuvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, résulte et résulte exclusivement de desseins continués pendant 1 000 ans par la Maison de France”. Ce n’est pas rien. Le mythe des quarante Rois peut donc encore exercer un attrait et l’histoire est moins ingrate que l’individu moderne. Or, la force du mythe peut changer radicalement la donne politique, dans un sens comme dans un autre : on a assisté récemment à une révolution maoïste dans le royaume du Népal, ce qui ne peut manquer de laisser songeur. On répondra que la majorité des Français n’échappent pas à la force du mythe de la Révolution, ce qui est incontestable. Ce n’est pas le lieu, ici, d’en expliquer les raisons, lesquelles sont assez connues de toute façon. Ce que les Français distinguent moins, ou mal, c’est que ce mythe leur a amputé le sens de l’histoire, comme un mauvais chirurgien aurait amputé un organe encore sain. Le Français rechigne à revendiquer l’histoire de France avant 1789 : la politique moderne, partisane par essence,  a colonisé l’imaginaire de l’homme avant de laisser la place à l’économie ultralibérale. L’homme n’embrasse plus son pays spontanément mais doit en passer par un parti, un groupe,  ou une direction illusoire qui déroute, littéralement : la gauche ou la droite.  C’est ainsi qu’il faut comprendre la phrase profonde de Maurras comparant les deux régimes politiques, république parlementaire ou monarchie parlementaire : “d’où vient cette faculté de bien-faire qui forme un si vif contraste avec la nécessité de mal-faire inhérente à l’autre régime ? Personne n’y méconnaîtra les vertus supérieures de l’Unité”.

Or, il y a une grande liberté, et déjà de ton, dans le fait de parcourir notre histoire à notre guise, et dans celui de refuser de s’en laisser conter par les mythes les plus récents, (par exemple celui de la Révolution prise comme un bloc, point de vue d’un Clémenceau). Le réactionnaire est devenu ainsi, un peu à son insu, l’un des rebelles les plus conséquents dans un monde sans arrière-plans, sans goût ni relief, “plat” comme l’affirmait récemment avec une certaine ironie un journaliste britannique, mais non sans dangers. L’homme de bonne volonté, révolté par la platitude du monde moderne, peut reprendre à son compte ce qu’Henri VII ajoutait dans cette lettre :

 D'un autre côté existe, heureusement, une prise de conscience pour replacer l'Homme au centre de nos préocupations, un Homme apte à vivre debout, à devenir responsable, forgé par le respect que l'on doit à sa dignité et à sa diversité. Dans cette société "idéale" mais vers laquelle tout doit tendre, nous nous appuyons sur le droit, sur la justice immanente, sur l'Amour et sur la part sacré existant au fond de chaque âme.[7]

 Il est certain que le mythe de l’égalité a été, de tous les mythes modernes, le plus aberrant, égarant l’homme vers des voies stériles  mais sans doute rassurantes pour le plus grand nombre. Il est davantage l’expression d’une pensée aride, universaliste, que l’expression d’un souci de justice et de vérité. Même s’il a permis une plus juste distribution des richesses nationales, ce qui est sans doute sa contribution majeure,  il a puissamment contribué à uniformiser notre façon de sentir, d’imaginer, d’entrer en sympathie avec les êtres et les choses : c’est le rêve grandiose et effrayant d’une humanité de clônes, l’égalité parfaite étant l’égalité génétique, (certains rêvent déjà d’abolir la différence sexuelle).  C’est ce que Maurras avait bien vu lorsqu’il écrivait que “le socialisme communisme pourrait à la rigueur appliquer sa loi de l’égalité théorique à un genre humain qui naîtrait et mourrait tout entier dans le même jour : les besoins d’ordre et de justice seraient concentrés sur un même rang de coureurs, dans un espace immobile”.

Ce mythe a surtout marqué une césure insoutenable dans notre histoire, nous détournant d’un passé prestigieux, en faisant apparaître progressivement celui-ci comme une histoire révolue, un passé trop lointain, étranger pour tout dire, pour susciter chez nous des sentiments d’approbation : c’est la nation au sens robespierrien contre l’histoire nationale, (que célèbre, du reste, la fête nationale du 14 juillet ; celle-ci n’est autre que la célébration d’une victoire d’une France sur une autre). Cas unique dans l’histoire des civilisations, même si on se doit de noter que les religions du Livre avaient déjà commencé ce travail d’exclusion qui est sans aucun doute une erreur en soi : pourquoi exclure lorqu’on peut embrasser toutes les manifestations plus ou moins satisfaisantes de l’Esprit en procédant à des hiérarchie fines ? Les voies qui préparent à l’excellence et à la droiture ne doivent pas être négligées.  Jean Borella l’exprime autrement lorsqu’il relève ce paradoxe : “voici le passé inintelligible. En effet, s’il y a progrès évident, c’est que notre présent constitue un miracle de supériorité par rapport au passé. Mais alors, si les siècles passés étaient plongés dans de pareilles ténèbres, comment ont-ils pu donner naissance à l’homme d’aujourd’hui” ? Les Gaulois comptent tout de même parmi nos ancêtres, c’est ainsi que leurs traditions sont, sous un certain plan, les nôtres. En quoi la féodalité n’aurait rien à nous apprendre et serait un âge des ténèbres ? Du “moins” ne peut procéder le “plus”. Jésus le dit admirablement : “Il n’y pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit”. Ce qui fut générant ce qui est, il est difficile de nier une relation organique ou les profits qu’on peut tirer de mille exemples historiques. C’est pourquoi la pensée moderne est, à bien des égards, une pensée monstrueuse dans la mesure où elle nie les origines de la vie sociale, ou les ridiculise, en imposant l’idée d’un progrès général. D’où encore, l’arrogance de juger les  périodes historiques antérieures et de les assimiler à un âge de superstition ou d’ignorance. Mais l’inverse est aussi vrai : regarder son siècle avec dégoût n’est pas acceptable et révèle davantage d’inclinations personnelles. La vie, dans toute sa profusion, dans toute son exubérance, s’oppose à l’égalité conçue comme un dogme, et au mythe du progrès, exprimant comme le disait si bien Cournot “le principe d’une sorte de foi religieuse pour ceux qui n’en ont plus d’autre”, et qui est le fondement de la philosophie de l’histoire de l’homme moderne. Cependant, la vie supérieure rejette aussi la force brute. Elle exige la solidarité entre les membres d’une même espèce, a fortiori entre personnes humaines, et le respect de la diversité, biologique, mais aussi culturelle.                                                                                  Joseph de Maistre par Karl Vogel von Volgelstein

On préfèrera donc à cette vision troublante de l’histoire, la pensée généalogique qui est au fondement de l’Essai sur sur le principe générateur des constutions politiques de Joseph de Maistre : pensée qui refuse la césure historique et  qui discourt sur les Romains comme on le ferait sur des contemporains. Si on met de côté les sciences sacrées, l’art peut sans doute, dans un premier temps du moins, nous permettre de remédier à un tel mal de la discontinuité historique, (l’archéologie, grande science réactionnaire par excellence dont nous parlerons dans un autre texte, en est une autre). L’architecture, religieuse ou non, nous permet, souvent à notre insu, de nous approprier à nouveau notre histoire, (en dépit de l’hagiographie postmoderne dont on rappellera que ses courants d’expression artistiques contemporains n’en sont pas nécessairement ses manifestations les plus grotesques, c’est dire). L’architecture est l’art par excellence de la mémoire collective et du lien entre l’homme et le cosmos. Ce concept de “cosmos” est fondamental, et, comme le rappelle Eliade, nous fait comprendre pourquoi “la Création du Monde devient l’archétype de tout geste créateur humain” dans la société traditionnelle. Lorsque l’architecture est religieuse, elle vise à créer les conditions maximales de la vie harmonieuse sur terre.  Aucune architecture n’a encore égalé celle des anciens Egyptiens, ce qui en dit long sur leur esprit religieux. Cet art  reflète par ailleurs l’excellence ou la médiocrité d’un âge : l’opéra Bastille, l’arche de la Défense ou la bibliothèque F. Mitterand sont des manifestations flagrantes d’une pompe sans le sens du sacré (leur gigantisme étant un symptôme, la précipitation avec laquelle il faut inaugurer l’ouvrage en étant un autre). Plus on revient en arrière, historiquement parlant, plus on redécouvre le génie architectural des Anciens, fusion parfaite entre la forme et l’essence dont l’art roman est sans doute une des plus belles illustrations en Europe. Ce n’est donc pas un hasard si on cherche à détruire les œuvres architecturales, lieux de mémoire,  lorsqu’on veut détruire  la relation organique avec le passé, la récente guerre des Balkans en est un exemple affligeant parmi d’autres. Une autre manière, certes moins radicale, est celle de changer le nom  d’une place ou  d’une rue, ou la fonction de l’ouvrage. Personne ne semble trouver à redire à cette pratique vraiment étonnante, témoignant d’un rapport stérile avec la terre (et avec son interprétation politique, le territoire). Cette manière insinueuse n’en est pas moins persuasive : elle impose de  fausses évidences.  Qui sait qu’à la chapelle royale du château de Versailles, devenu musée, ont toujours lieu des services religieux ? En revanche, on sait sans doute que le Congrès s’y réunit, mais pourquoi[8] ? Les exemples, à  Paris ou dans les villes de province, de ce qu’il faut bien appeler une usurpation ou une mauvaise compréhension de l’élan créateur d’un peuple, sont trop nombreux pour être relevés. La basilique Saint-Denis en est, de tous, l’exemple le plus frappant. Elle attire sans doute moins de personnes que le centre commercial qu’une bureaucratie veule a osé construire dans sa proximité. Les abords n’en furent jamais protégés car le moderne n’a aucun sens de l’espace sacré. Le moderne ne vit plus à l’unisson avec la nature, ni avec l’esprit de ses ancêtres, dont il se moque bien. Ce sont pourtant eux qui tombèrent sur le champ d’honneur pendant la Première Guerre mondiale, dans des conditions d’héroïsme qui surpassent de loin tout ce que l’Antiquité a  connu. Le moderne est devenu un être oublieux :  c’est bien la condition première, avec les manipulations génétiques, qui facilitera l’implatation du meilleur des mondes. L’homme moderne foule une terre qui  ne renvoie plus à rien :  c’est un espace sec, une grande surface, si on veut bien nous permettre ce jeu de mots. L’engorgement de la région parisienne est le symptôme de cette transformation chaotique qui vida dans le même temps de leur énergie les provinces françaises et appauvrit considérablement notre sens de l’espace et du temps.  Nous prendrons un autre exemple, dans une belle ville de province : à Montauban, la place nationale s’appelait autrefois place royale. Elle exprime parfaitement le principe monarchique, ce qui n’est nullement faire injure au principe de la souveraineté nationale, car telle n’était pas son intention originale.  Ce qui pourrait apparaître comme une évolution cocasse trouve malheureusement un épilogue affligeant  : elle n’est ni mise en valeur, le marché ou le spectacle s’y trouvant à l’étroit[9], ni entretenue comme il se doit  par la nation, (terme sans doute plus abstrait que le principe monarchique ou le principe républicain, mais qui n’en exprime pas moins une réalité), même s’il est vrai que ses façades furent récemment ravalées. Cette place survit comme elle peut, au centre d’une ville ! Toutefois, elle témoigne encore d’un passé faste. En cela, elle est bien l’expression d’un mythe pour celui qui veut y voir ce qu’elle est dans son essence, et que sa forme exprime au mieux.

Il est vrai que le principe monarchique s’est imposé dans toute l’Europe jusqu’à la Révolution française et a semblé s’épuiser par la suite comme une source peu à peu tarie.  Ce que les Français distinguent moins nettement que d’autres pour des raisons évidentes, c’est qu’il continue à s’imposer à un grand nombre de pays européens, (sans doute avec moins de force). C’est ce principe, justement,  qui distingue avant tout l’Ancien monde, l’Europe, du Nouveau, en premier lieu les Etats-Unis[10]. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, la Norvège, la Suède, le Danemark, sont des monarchies parlementaires, sans compter le grand-duché du Luxembourg, les principautés de Monaco et du Lichentenstein. Ce qui reprèsente presque la moitié des monarchies dans le monde entier ! Singulière Europe. Or, ce principe monarchique s’oppose par essence à toutes les formes de tyrannies, politiques ou économiques, contrairement à ce que la vulgate moderne nous enseigne. Dans un passé assez proche, les familles royales aux Pays-Bas  et au Royaume-Uni eurent une attitude exemplaire durant l’occupation nazie et le blitz. Henri VI, Comte de Paris, s’engagea dans la légion étrangère afin de servir son pays au début de la Seconde Guerre mondiale et aurait pu jouer un rôle important à Alger si un concours de circonstances malheureuses ne s’y était opposé. Plus récemment, le Roi Juan Carlos sauva la vie parlementaire en Espagne contre un coup d’Etat fomenté par le colonel Tejero en 1981. Le Roi Baudoin a toujours témoigné durant son règne d’une intégrité morale que seuls de rares chefs d’Etat ont pu égaler. C’est ainsi qu’il mit en jeu sa couronne en 1990 lorsque la Chambre et le Sénat belges approuvèrent un projet de loi sur l’avortement, sa conscience morale lui interdisant de sanctionner une loi visant à libéraliser cette pratique inhumaine. C’est une des raisons pour lesquelles des courants monarchistes, plus ou moins puissants, existent toujours dans des pays républicains comme l’Italie, la Grèce, la  France, le Portugal, (voire l’Allemagne).

Saint Thomas par Georges de La Tour

A une personne qui nous demanderait de justifier le principe monarchique, nous lui répondrions sans sourciller en citant saint Thomas : “comme ce qui est intelligible est au-dessus de ce qui est sensible, tout comme l’intelligence est au-dessus des sens, ceux qui sont inférieurs parmi les êtres imitent autant que possible les êtres supérieurs, tels les corps engendrés et corruptibles qui en quelque sorte imitent le mouvement des corps célestes”[11]. Il s’agit certes d’un mythe, plutôt d’une parabole  religieuse transposée dans le domaine du corps social. Mais l’exercice de la pensée  n’y échappe jamais tout à fait, comme nous l’avons dit puisque une chose renvoie à l’autre.  Cet exercice va sans doute à l’encontre de la doxa, elle choque par son language direct, à  une époque curieusement où l’écart entre les plus riches et les plus pauvres n’a jamais été aussi grand. Il est vrai que l’idéologie égalitaire et libertaire permet au capitalisme financier le plus abject de s’épanouir en toute tranquillité tout en détruisant le tissu social national. On a vu récemment qu’il pouvait justifier des guerres particulièrement atroces, comme la guerre en Irak, au nom d’un modèle unique d’institutions. Ce dernier reflète, du reste, un  modèle unique d’économie qui opprime l’homme en libérant les échanges.

L’homme occidental a pourtant redécouvert   la puissance des mythes fertiles en étant confronté à de nouvelles menaces  et à des civilisations  manifestant une vigueur que l’on croyait éteinte depuis longtemps. La guerre froide avait sans doute condamné trop tôt la manière de penser à partir du mythe au profit d’une idéologie froide de la rationalité. Nos sociétés en ont ainsi perdu l’intelligence après la Seconde Guerre mondiale, ce qui n’est pas la même chose que de dire qu’elles l’ont réduit à néant. Pour une raison inébranlable : l’homme est une créature mythique. L’Orient, dont se méfiait tant un Massis par exemple[12], en est parfaitement conscient. Dans nos sociétés, le discours mythique vrai s’est réfugié avec éclat dans l’art et la religion. Mais il n’a plus la force d’un discours s’adressant à un peuple qui en devine les intentions et bénéficie de ses leçons. Il est davantage du côté du divertissement, de la distraction d’une vie quotidienne souvent peu exaltant. C’est, du reste,  une facon d’échapper à l’anéantissement total qui est fort répandue et depuis longtemps  dans certains groupes humains : ainsi Daniélou rappelle que certains groupes d’initiés d’Inde feignirent la folie pour échapper aux persécutions des envahisseurs du nord. Toutefois,  le discours mythique s’épanouit encore dans certains courants politiques, dont le courant monarchiste et le courant républicain de type gaulliste. Il existe enfin, toujours intact, dans les Eglises, qui ne l’utilisent pas toujours de la meilleure des façons.

C’est donc par des chemins de traverse que nous pourrons remettre à sa place dans la société le discours mythique vrai ou alors nous verrons notre imaginaire et notre intelligence du monde s’appauvrir dangereusement. Une société sans arrière-plans est une société qui se rigidifie, d’où la force avec laquelle la pensée unique a pu s’imposer si facilement. Les premiers chantiers visant les jeunes pourraient en être les chantiers de fouilles archéologiques car ils représentent une forme d’aventure et nous mettent concrètement en contact avec des sociétés sacrées où l’homme vivait dans un quotidien merveilleux, ses actes et pensées terrestres l’engageant dans l’au-delà. Ils nourrissent l’imaginaire des artistes, qui, en retour, offrent au public des œuvres dont il raffole. Excalibur, (J. Boorman, 1981), Le Seigneur des anneaux, (P. Jackson, 2001-2003),  n’en sont que des exemples célèbres parmi des centaines d’autres. A l’instar d’un Henri Marchal, le grand conservateur français d’Angkor, figure trop peu connue en France, et sans doute complémentaire de celle d’un Malraux, les hommes pourraient se lancer à la redécouverte des sites où l’homme a édifié des cités  de manière à vivre selon des principes garantissant la pérennité de sa civilisation et une vie harmonieuse dans un monde orienté vers les mystères.

Il est possible, après tout, que la postmodernité s’essouflant, la pensée unique desserre son étau sur l’imaginaire et permette ainsi aux hommes de renouer avec leurs traditions et leurs légendes. Il y eut durant les décennies 60 et 70 un retour à la nature, le plateau du Larzac ayant valeur de symbole. Ce mouvement qu’on a moqué sur le moment a été précurseur, et a anticipé sur l’économie durable dont on parle tant à juste titre aujourd’hui. Il est possible, en tout cas souhaitable, que les décennies qui viennent voient un retour au sacré européen remontant jusqu’aux grottes de Lascaux. C’est la seule condition qui permettrait  de rejeter cette culture mortifère au profit de tout ce qui est grand chez l’homme. Ce sont des manières fondamentales d’affirmer la continuité au détriment de la rupture. Le Général de Gaulle en était particulièrement conscient sur le plan politique, Malraux, son ami génial, sur le plan culturel. Mais c’est sans doute Maurras qui l’a formulé d’une manière magistrale et définitive : “le nom d’une patrie enveloppe le  sentiment de la continuité des familles qui se succèdent sur la terre des pères, quand les foyers construits, détruits et reconstruits, protègent l’identité de l’esprit et du sang”. 

Il faut imaginer heureux celui qui prend ces chemins de traverse, comme Camus imaginait Sisyphe heureux. Il se pourrait que là se trouve les véritables “chemins de la liberté” dont parlait Sartre qui eut mille fois tort mais qui reste pourtant un modèle occidental d’homme épris de liberté. Car le principe monarchique ne s’oppose pas à Voltaire, tout comme le principe républicain formulé par le Général de Gaulle ne s’oppose pas à Sartre. Le principe monarchique, enfin, vise  l’excellence et s’accomode  fort bien des esprits les plus talentueux, même réfractaires, qui s’épanouisse  sous sa coupe. Il  vise  surtout à formuler une science de l’être. C’est donc une autre manière d’envisager le fait de vivre ensemble : être et non paraître. Une vie pour l’éternité, forcément spirituelle, protégeant un centre métaphysique, et non une vie matérialiste, obsédée par le profit à court terme. Dans cet âge obscur, rares sont toutefois les lueurs d’espoir. C’est ainsi que Mgr le Comte de Paris, Chef de la Maison Royale de France, s’exprimant entre les deux tours de l’élection  présidentielle de 2007, appelait de ses vœux une “politique de clarté” :

 Le rétablissement d'une éthique et l'anéantissement d'une corruption à grande échelle, du goût de l'effort et celui du travail, de la justice et de la fraternité ainsi que de l'éducation dans la préservation de notre identité géographique, linguistique, écologique et nationale doivent devenir les axes majeurs de cette politique de clarté. n

 

 

[1] De manière assez significative, le bicentenaire de la Révolution fut organisé en grande partie par un publicitaire, certes de grand talent, sur le thème des tribus planétaires ...

[2] Gérard Sautel, Histoire des institutions publiques, Dalloz, 1970,  p. 10.

[3] Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir,  tome 1, Le renouveau, 1958-1962, Plon,  p. 12.

[4] Emission diffusée sur Télé Madrid.

[5] Le problème du statut juridique de la femme par rapport à celui de l’homme dans les sociétés traditionnelles est un autre problème. Seul l’esprit de confusion générale actuel ne le comprend pas, ou feint d’assimiler ces deux problèmes distincts.

[6] Henri VII, Comte de Paris, Duc de France, “lettre mensuelle du Chef de la Maison de France”, mars 2006.

[7] Ibid.

[8] La majesté des lieux n’aura échappé à personne. Ce qui devrait étonner, au premier abord, c’est que l’art de la république n’ait pas réussi à égaler l’art royal. A moins que le musée Beaubourg, par exemple,  séduise et bouleverse également la nation, on imagine mal le Congrès se réunir dans un tel lieu. 

[9] La ville de Montauban a construit pour ses spectacles une horreur architecturale qui en dit long sur le sens de l’espace du moderne : l’eurythmie. Impardonnable sécrétion.

[10] Rappelons tout de même que la Reine d’Angleterre est toujours le Chef d’Etat du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, sans oublier la Jamaïque.

[11] Saint Thomas d’Aquin, Bref résumé de la foi chrétienne, NEL, p. 101-102.

[12] Voir notre texte “Défense de l’Occident et le monde postmoderne”,  paru initialement dans le bulletin du Cercle Jeune France ; à paraître dans la revue Maurrassiana, dans sa version légèrement abrégée et corrigée.