Éloge
de la
sociologie insolente
par Jean-Gérard Lapacherie
Pendant un siècle, les
sociologues se sont donné pour but de porter à la lumière ce qui, dans
les pays d’Europe, était pieusement caché, à savoir ce sur quoi
reposaient ces pays : en général, un pur rapport de forces ou une
injustice ou la relégation de quelques-uns
de leurs membres dans les zones grises de non-droit ; en bref, ils ont
montré ce que l’idéologie et la morale bien pensante dissimulaient. Dans
De la démocratie en Amérique, Tocqueville, le premier de nos
sociologues, révèle que, contrairement à ce qui était généralement
admis, la façon dont les hommes vivent dans tel ou tel pays, en Amérique
ou en Europe, les mœurs qu’ils ont adoptées, les comportements qu’ils
ont faits leurs, les règles qu’ils suivent, ne tiennent pas au climat,
encore moins à une nature humaine qui n’a d’existence nulle part, sauf
dans l’idéologie, mais à l’état social, à l’égalité ou à l’inégalité des
conditions ou des hommes devant la loi, et que les mœurs sont douces et
honnêtes quand l’égalité est la règle. Hélas, l’insolence de Tocqueville
n’est plus de saison. « Insolent » a signifié « inhabituel » avant de
prendre pour sens « offensant » ou « insultant ». Longtemps, les
sociologues ont été insolents, au sens où, après avoir soumis les
habitudes et les croyances à un examen critique, libre et sans préjugé,
ils ont montré que les réalités du monde n’étaient pas conformes à ce
que les hommes croyaient qu’elles étaient ou aux représentations qu’ils
s’en faisaient.
Il y a un demi siècle, en
URSS et dans ses satellites, en Chine, au Vietnam, à Cuba, en Corée, où
le léninisme servait de cache-sexe à des régimes tyranniques et
inhumains, plus personne de sensé ne croyait que ce même léninisme, qui
mettait les hommes aux fers, pût expliquer quoi que ce soit ou apporter
quoi que ce soit à qui que ce soit et où que ce soit, si bien que les
intellectuels de ces pays, désabusés ou enfin éclairés, avaient jeté aux
orties leur défroque idéologique. Ce fut une révolution, car, de tous
les hommes, les intellectuels sont ceux qui, par nature ou par tropisme,
se complaisent dans l’aveuglement volontaire et se plient aux oukases de
l’obscurantisme le plus archaïque qui soit. C’est alors, à contretemps
et malgré l’expérience de l’Est, qu’en France, naguère « pays des
lumières » et « patrie des droits de l’homme », la sociologie s’est
marxisée. Auparavant, elle ne s’alignait sur rien, bien qu’elle fût
vaguement libérale, comme l’étaient les philosophes des Lumières ;
alors, elle s’est mise au garde-à-vous et elle a aliéné son insolence
originelle à la fureur du couple diabolique Lénine Trotski, les doigts
sur la couture du pantalon. Elle a prétendu, blague énorme, libérer le
monde entier de l’oppression bourgeoise, au moment où les opprimés du
marxisme léninisme brisaient leurs chaînes et ont cessé de croire au
moindre article du dogme qui les jugulait.
Claude Lévi-Strauss, dans
Anthropologie structurale (Plon, 1958, p 114), écrit, à propos
des représentations sociologiques, au sens de « collectives », des
indigènes d’Afrique ou d’Amérique, qu’elles « ne sont pas seulement une
partie ou un reflet de leur organisation sociale, mais qu’elles peuvent,
comme dans les sociétés plus avancées, la contredire complètement ou en
ignorer certains éléments ». Il en va ainsi des représentations
diffusées par les sociologues et que l’on est en droit de qualifier de
sociologiques. Elles sont en contradiction avec l’organisation sociale,
ou plus exactement, c’est l’image de la société, mais déformée ou
renversée. Ce n’est plus de la science, mais de la pure idéologie. En
revêtant l’uniforme de l’idéologie, les sciences sociales alignées ont
perdu, en même temps que l’insolence, toute validité. De fait, leur
raison d’être n’est plus que d’illustrer une idéologie momifiée. Elles
maintiennent en vie un cadavre putréfié. L’acharnement thérapeutique est
condamné partout, parce qu’il porte atteinte à la dignité de la personne
humaine. En France, dans l’ordre de l’épistémologie, il est de règle à
l’Université et au CNRS. Le visage que nous offrent les sciences
sociales est si hideusement sinistre qu’on se prend à souhaiter qu’il
leur soit prescrit une bonne euthanasie.
Tout n’est pas désespéré.
La sociologie peut éviter la putréfaction, si elle renoue avec son
insolence passée, quand elle révélait ce que l’idéologie dominante
cachait. Cela peut se faire à condition
1° qu’elle rompe tout
rapport, lien, relation, cousinage, copinage, etc. avec le marxisme et
ses succédanés maoïstes, trotskistes, léninistes,
2° qu’elle opère une
nouvelle coupure épistémologie, analogue à celle qui l’a fondée au XIXe
siècle,
3° qu’elle jette aux
orties son froc de « savoir » ancillaire de l’idéologie dominante,
4° qu’elle renverse toutes
les hypothèses éculées, les thèses surannées, les idées sclérosées dont
elle se fait le héraut mal embouché depuis un demi siècle.
Ces conditions ne sont
pas près d’être remplies. En attendant, il est possible de tracer les
chemins de la liberté à propos de « faits de société » ayant trait aux
populations étrangères ou d’origine étrangère vivant en France. Dans
leur catéchisme, les sociologues en font les messies d’un ordre nouveau,
juste et parfait, de sorte que, si ces immigrés n’assument pas le rôle
éminent qui leur est assigné arbitrairement, c’est qu’ils en sont
empêchés par des méchants, des salauds, des sous-hommes infects. Pour
que le catéchisme ne soit pas invalidé par les faits, il faut donc que
ces immigrés ou leurs descendants soient des victimes, qu’il soit prouvé
qu’ils subissent d’immondes discriminations et qu’ils vivent sous le
même joug que les esclaves de La Case de l’Oncle Tom, autrement
dit que l’exploitation de l’homme par l’homme se soit muée en
exploitation éhontée de l’immigré (variantes : de l’étranger ou du
musulman) par le Français (variantes : par l’Européen, l’Occidental, le
Chrétien, le Laïque, etc.) et que cette exploitation justifie l’urgente
nécessité, non plus de la lutte des classes, mais d’une lutte des races,
celle de tous contre tous, qui donnera enfin aux immigrés (variantes :
aux musulmans, aux Africains, aux étrangers) la place éminente qui leur
revient en France ou dont la sociologie nous assure qu’elle leur échoit
« naturellement ».
En fait, tout cela n’est
qu’idéologie. La sociologie a beau se dire « science » (sociale), à
l’instar du marxisme qui était baptisé « science des sciences » ou
« science totale », elle ne démontre rien. Elle ne conclut qu’à ce
qu’elle présuppose. Et si les conclusions auxquelles elle parvient sont
conformes au iota près aux hypothèses de départ, c’est qu’elle n’a pas
d’autre but que d’illustrer l’idéologie. La méthode consiste, entre
autres, à comparer les revenus et, en conséquence, le niveau de vie
moyen des immigrés aux revenus et au niveau de vie moyen des Français.
Bien entendu, comme les familles françaises disposent d’un petit
patrimoine, accumulé pendant des siècles, que ce patrimoine cache
l’appauvrissement croissant de la France et de ses habitants, comme, en
plus, les sociologues n’intègrent pas dans leurs calculs les revenus
occultes que ces immigrés tirent du trafic de drogues et excitants
illicites, du vol, du recel, etc., et qu’il n’est jamais tenu compte du
patrimoine immobilier, souvent considérable, accumulé dans les pays
d’origine et dont ils tirent des revenus importants, il est aisé, après
avoir ainsi tordu la réalité, de conclure superbement que le revenu
moyen des Français et, en conséquence leur niveau de vie, est supérieur
à celui des immigrés. La science sociologique est faite de la même
farine mensongère que les enquêtes que publiaient les sociologues d’URSS
pour prouver que les Soviétiques et les colonisés des pays frères
jouissaient d’un niveau de vie supérieur à celui de tous les
Occidentaux, qu’ils soient américains ou français. En URSS, seuls les
fous ou les dérangés mentaux accordaient du crédit à ces conclusions.
C’est de la même farine que les enquêtes et travaux savants par lesquels
les maoïstes français s’évertuaient à prouver que l’immonde joug chinois
rendait plus heureux les hommes que la démocratie de l’Occident.
Pourtant, des faits que
cachent nos pieux sociologues, tout confits de dévotion, démentent que
les immigrés soient plus mal traités en France que les Français et
qu’ils subiraient des discriminations, sources d’un racisme débridé.
Mais le racisme de qui ? Celui des étrangers ? Cela n’est jamais
précisé. Le racisme est imputé aux seuls autochtones, et sans preuve.
Ainsi, la revue de
l’Institut National des Etudes Démographiques a publié, il y a quelques
années, une étude sur l’espérance moyenne de vie des Marocains résidant
en France. Bien entendu, cette espérance est largement supérieure à
celle qui prévaut au Maroc, et elle est supérieure à celle de Français
de souche appartenant aux mêmes catégories sociales, ouvriers, ouvriers
agricoles, petits employés, que ces Marocains. A l’intérieur de ce
groupe que forment les Marocains de France, la règle est l’inégalité,
dont les Français, de toute évidence, sont totalement innocents. En
effet, dans ce groupe, les hommes, contrairement à ce que l’on observe
partout ailleurs, vivent plus longtemps que leurs épouses ou leurs
filles - ce qui signifie que celles-ci ne bénéficient pas des soins et
des facilités de vie que les mâles se réservent, sans doute au nom de la
supériorité islamique du mâle sur ses femelles. A quels gogos la
sociologie espère-t-elle faire accroire que ces mâles sont victimes et
de qui ? A elle-même ? Aux étudiants dont elle détruit tout esprit
critique ? Aux journalistes qui diffusent les blagues des faussaires ?
Bien entendu, personne ne s’illusionne sur la déontologie de la
sociologie. Elle est marxiste léniniste avant d’être autre chose,
c’est-à-dire qu’elle n’est rien. Un jour, une enquête au pied levé
prouvera que si, dans ces Marocains de France, les hommes vivent plus
longtemps que les femmes, la faute en incombe aux seuls Français.
La sociologie se contente
de prouver les erreurs dont elle se nourrit. Partant de a) elle aboutit
à a) et elle démontre savamment que a) est bien conforme à a). Ce n’est
même pas de la tautologie, c’est du psittacisme. Couper des arbres pour
fabriquer le papier sur lequel sont imprimées ces balivernes est un
double crime : contre la nature et contre l’esprit.
En revanche, sur ce
sujet, elle peut renouer avec l’insolence dont elle s’est défroquée en
aliénant son insolence au marxisme léninisme. Elle pourrait révéler ce
qui est caché, si elle comparait les revenus, le niveau de vie, le taux
de chômage des populations immigrées ou d’origine étrangère aux revenus,
au niveau de vie, au taux de chômage de ces mêmes populations, quand
elles vivent dans leur pays. Un Marocain, chômeur en France, a un niveau
de vie et des revenus supérieurs à un Marocain, même fonctionnaire, qui
n’a pas émigré. Un Marocain qui perçoit le seul RMI jouit d’un niveau de
vie supérieur à celui de ses congénères qui travaillent dur au pays pour
un salaire inférieur de moitié à un RMI. De fait, en France, ces
populations jouissent d’une situation enviable et qui, à bien des
égards, peut être considérée comme privilégiée. Si les sociologues
abusent les Français qui, par masochisme ou imbécillité, acceptent de se
laisser berner, ils ne trompent pas les Marocains qui cherchent chez les
infidèles, pas « en terre d’islam », le paradis sur terre auquel ils
aspirent. Tous savent qu’il vaut mieux percevoir des allocations en
France sans travailler plutôt que de suer sang et eau au Maroc sous la
schlague de coreligionnaires sans pitié. Ce qui est vrai du Maroc et des
Marocains l’est aussi de l’Algérie et des Algériens, du Mali et des
Maliens, de la Guinée et des Guinéens, des Comores et des Comoriens, de
l’Iran et des Iraniens, etc. Le scandale le plus effrayant est celui de
l’Algérie. Au Maroc, il est toujours possible, pour expliquer la
condition des opprimés, d’invoquer la pauvreté du pays, lequel, bien
entendu, est moins pauvre que ne le disent les sociologues de France,
surtout s’ils sont d’origine étrangère. Pour ce qui est de l’Algérie, il
serait obscène d’exciper de la pauvreté : l’Algérie est l’un des pays
les plus riches au monde par les ressources de son sous-sol (gaz,
pétrole, minerais divers) et par la fertilité de ses terres. Que, dans
ces conditions, le chômage frappe 40% (ou plus, ou moins : qui sait ?)
de la population est inconcevable, du moins pour un esprit ouvert et
dénué de préventions ! Bien entendu, jamais les sociologues ne
s’interrogent sur cette réalité. Ils ne la remarquent même pas. C’est
que, s’ils la constataient, ils devraient mettre en cause le pouvoir
mafieux du FLN chéri qui détourne à son seul profit et à celui des clans
et familles alliés les richesses nationales, imposant aux indigènes une
vie de discriminations. Or, quand on est marxiste léniniste et que l’on
fait de la « science sociale », on ne s’en prend qu’à ses ennemis de
classe, pas aux potes, encore moins aux camarades. Le pouvoir du FLN est
tabou, sacré, haram. On n’y touche pas.
Le Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD) a publié en 2002 un rapport « sur le
développement humain dans le monde arabe » qu’ont rédigé, non pas des
sociologues français (on frémit aux sornettes qu’ils auraient pu
écrire), mais des experts arabes. De toute évidence, ces experts n’ont
été formés ni à Paris VIII ni à Nanterre. Ils sont trop insolents pour
avoir suivi un cursus en France. Dans les pays arabes (280 millions
d’habitants répartis dans 22 pays, et dans vingt ans, 500 millions
d’habitants), plus de 50% des femmes sont analphabètes. La proportion
est moindre chez les hommes, mais elle est supérieure à ce que l’on
observe dans les autres pays du monde. La production de biens et de
services y est quasiment nulle. 330 livres seulement y ont été traduits
en un an, soit trois fois qu’en Grèce. En mille ans, les Arabes auraient
traduit moins de livres que les Espagnols en une seule année. Or, ces
analphabètes fiers de leur ignorance volontaire, qui s’enferment de leur
plein gré dans un mutisme culturel total, sûrs d’eux et pleins de
morgue, exigent, à peine débarqués à Paris ou à Londres, qu’on leur
prodigue des responsabilités, des emplois, des revenus supérieurs à ceux
d’hommes et de femmes qui ont fait l’effort de lire autre chose que Le
Coran, de connaître le monde, de s’ouvrir aux autres, d’apprendre des
rudiments de savoir, qui savent faire quelque chose de leurs dix doigts
et pas seulement se prosterner devant une idole cinq fois par jour !
Puisque le robinet a été
ouvert, que l’insolence coule à flots.
Bien entendu, le parallèle
ne saurait s’arrêter à ces broutilles. Ce que montre la sociologie, en
répétant ce que tous les imbéciles disent, c’est que les Français sont
racistes et que la France se blinde derrière des décisions, mesures,
lois, etc. afin d’empêcher les immigrés ou les populations d’origine
étrangère d’accomplir leur mission prophétique de sauveurs et de
régénérateurs de la France.
Examinons cette
accusation. Toute imputation raciste, quelle qu’elle soit, n’est
recevable que prouvée. Les hommes éclairés, les honnêtes gens, les
philosophes, les vrais intellectuels se fondent sur les faits, les
textes, les lois, les réalités pour établir le racisme. Ils n’ont pas
d’autre horizon que ce qui est attesté, vérifiable et mesurable. Les
faits, les textes, les lois, les réalités, les chiffres existent. Il
suffit de les chercher où ils sont consignés, de lire les textes,
d’additionner les chiffres, de consulter les lois et les règlements, de
saisir les réalités, de prendre connaissance des statistiques, des
journaux officiels, des constitutions, de les sortir de l’ombre, de les
porter à la lumière, de les communiquer à autrui. Ces faits n’ont même
pas besoin d’être interprétés, ils parlent d’eux-mêmes. C’est
l’éloquence pure, qu’aucun parasite ne brouille. L’arithmétique n’est ni
hâbleuse ni verbeuse. Elle élude les ruses, les détours, les ornements
de la rhétorique.
Appelons « indicateurs »
ces faits. Il y en a plusieurs. Il n’est pas utile de les énumérer tous.
Laissons l’obsession de la nomenclature aux maîtres bourdivins. Les
citoyens sont en mesure, avec un peu de patience et à condition qu’ils
soient honnêtes, de compléter la brève liste que voici. Il est aisé
d’isoler deux indicateurs. C’est à la portée du premier venu. Il est
inutile d’avoir suivi des formations diplômantes. Etre Bac + 8 en
sociologie de l’EHESS n’est pas nécessaire, le niveau CM 2 suffit. Si on
sait compter, on pose les chiffres à la craie sur une ardoise d’écolier,
on additionne, on n’oublie pas les retenues, on divise. Si on a vraiment
le niveau CM2, on fait la règle de 3 et on confirme ses calculs en
recourant à la preuve par 9. L’arithmétique d’école primaire est à
l’opposé des aristocratiques Bac + 8 en sociologie. Elle est égalitaire,
ouverte à tous, populaire. Elle est la démocratie en acte. Si l’on
dispose d’une calculette, on n’a pas besoin de poser les chiffres. On
est sûr de ne pas se tromper. Ce sont a) le nombre d'étrangers vivant
dans un pays donné et b) le pourcentage de ces étrangers dans la
population du pays. Autrement dit, ce sont des chiffres, absolus ou
relatifs.
Une fois ces indicateurs
établis, la loi que l’on en tire est un théorème. C’est le (a+b)² =
a²+2ab+b² des potaches. La voici : plus le nombre d’étrangers vivant
dans un pays donné est élevé, plus leur proportion dans la population
est forte, moins le pays est raciste. Inversement, moins il y a
d’étrangers dans un pays, plus leur proportion dans la population est
faible, plus le pays est raciste. Un pays peut être peuplé d’individus
que l’on accuse d’être racistes et ne pas être raciste : l’accusation,
dans ce cas, est sans fondement. C’est une insulte, raciste évidemment.
Inversement, il peut être habité par des individus qui se disent
« purs » et croient appartenir à une race ou à une religion supérieure à
toutes les autres et être raciste. Dans l’ordre raciste du monde, il est
normal qu’une race supérieure n’accepte pas que vivent à ses côtés des
inférieurs.
Eclairée par ces
indicateurs, surgit une mappemonde qui redessine le monde. Les pays se
répartissent, non pas en cinq ou six continents, mais en deux : les
racistes et les autres. C’est binaire certes, mais le tableau a le
mérite d’être clair. Les pays racistes sont ceux où il n’y a pas
d’étrangers, parfois pas un seul. Les autres, pays normaux, sont ceux où
les étrangers sont autorisés à vivre. Le Luxembourg, qui compte 30%
d’étrangers dans sa population, n’est pas raciste. L’Algérie, où les
étrangers sont menacés de mort et d’où ils ont été quasiment tous
chassés, est raciste : c’est même un des centres du continent raciste.
La France n’est pas raciste. Les chiffres l’attestent. Le Maroc, qui
s’est purifié en trois décennies des trois-quarts des étrangers qui
vivaient sur son territoire au début de la décennie 1960, est raciste.
La Suisse ne l’est pas, l’Egypte l’est. L’Allemagne n’est plus raciste,
la Turquie l’est. La Grande-Bretagne ne l’est pas, l’Afghanistan, le
Pakistan, l’Iran le sont, etc. L’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la
Turquie, l’Iran sont cinq pays, où l’islam a force de loi. Qu’ils soient
au cœur du continent raciste n’étonne pas les citoyens qui savent
comment va le monde.
Les autres indicateurs
relèvent de la même arithmétique. Les immigrés sont des étrangers qui
s’installent dans un pays, qui y cherchent du travail ou qui en ont
trouvé, qui exercent une activité libérale, qui acquièrent ou ont acquis
des biens, qu’ils peuvent vendre sans contrainte. Parfois, les immigrés
cessent d’être des étrangers, quand, à leur demande, ils demandent la
nationalité du pays où ils travaillent : de même, les réfugiés ont aussi
la possibilité de devenir des naturels. Là encore, pour établir le
racisme, il est inutile d’avoir obtenu un doctorat ès sciences sociales
sous la direction d’un crétin sublime. Il suffit de s’être assis quelque
temps sur les bancs de l’école primaire. On compte, on additionne, on
divise ou, si on est fatigué de poser les chiffres, on se contente
d’appuyer sur les touches de sa calculette. Plus il y a d’immigrés et
plus leur proportion dans la population est forte, moins il est raciste.
Inversement, le pays raciste par excellence est celui qui ferme ses
frontières, qui interdit l’immigration ou fait tout pour dissuader les
immigrés de s’installer sur son territoire, qui refuse d’accueillir des
réfugiés. Qui est assez fou pour demander l’asile à l’Algérie, au Maroc,
à l’Egypte, à l’Iran ? Ces pays ne comptent pas d’immigrés dans leur
population, soit qu’ils les aient chassés comme l’Egypte, le Maroc,
l’Iran, l’Algérie, soit qu’ils aient interdit l’accès de leur territoire
aux immigrés. Ces pays qui sont dotés de lois racistes et où pullulent
les racistes sont les mêmes que ceux où les étrangers sont indésirables,
à savoir l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Turquie, l’Afghanistan, la
Birmanie, l’Iran, etc.
Aux chiffres, s’ajoutent
les lois, les pratiques, les règlements, qui sont aussi éloquents que
les chiffres. En voici quelques-uns. Les immigrés et les réfugiés
ont-ils la possibilité, s’ils le désirent, d’obtenir la nationalité du
pays où ils vivent, à certaines conditions fixées par la loi et
admises par l’ensemble des nations ? Si oui, le pays n’est pas raciste.
Il ne se rêve pas comme pur. Il accepte l’Autre ou autrui, il est
ouvert, il respecte les différences, etc. Des pays, comme l’Algérie, le
Maroc, l’Arabie, réservent la nationalité à ceux qui sont de sang
algérien, marocain, saoudien, et qui, bien entendu, professent l’islam.
Ils interdisent à leurs ressortissantes d’épouser des infidèles, qui
pourraient leur injecter dans le sang - pur, comme il se doit - le sida
de l’incroyance. Au regard de ces indicateurs, la France n’est pas
raciste. L’Algérie, le Maroc, l’Arabie le sont.
Des droits sont-ils
accordés aux étrangers, immigrés ou réfugiés ? Lesquels ? Combien ?
Jouissent-ils des mêmes droits que les autochtones ? Leur attribue-t-on
des logements sociaux ? Peuvent-ils acheter des terres ? Peuvent-ils
posséder des biens, mobiliers ou immobiliers ? Ont-ils le droit
d’inscrire leurs enfants dans des écoles publiques ? Dans les pays
islamiques, la discrimination est la règle. Elle touche les infidèles ou
dhimmis, considérés comme inférieurs et dont les droits sont
limités à celui de respirer sans avoir à en demander l’autorisation. En
Egypte et au Maroc, les logements sociaux sont réservés aux nationaux.
Ici ou là, dans les pays islamiques, les écoles publiques sont
interdites aux étrangers ou aux infidèles.
Y a-t-il des juifs et des
tziganes ? Combien ? Sinon, y en a-t-il eu ? Quand sont-ils partis ?
Sont-ils partis librement ou en ont-ils été chassés ? Quel est leur
statut ? Il n’y a pas de juifs dans les pays racistes. En Turquie, en
Algérie, en Egypte, au Maroc, en Iran, en Arabie, ou bien ils ont
disparu, chassés, pourchassés, persécutés, expulsés, ou bien ils sont
interdits de séjour. En l’espace de quelques années, le Maroc a divisé
par 10 le nombre de ses juifs. Tous partis, comme les autres immigrés.
L’islam, prétend encore la
sociologie, pâtit de l’échange inégal. Examinons cela. L’islam dispose
de ressources naturelles, dont la France est dépourvue, en particulier
le pétrole et le gaz naturel. Le coût d’exploitation du pétrole est de 3
à 5 $ US le baril, si l’on prend en compte les amortissements, les
investissements nécessaires, les taxes, etc. Or, il est vendu de 20 à 50
$ US, à un prix qui est le décuple du coût réel. La France ne vend pas
aux pays d’islam le blé, les voitures, la viande de mouton, etc. à un
prix dix fois supérieur au prix de revient, même augmenté d’un bénéfice
de 30% pour rémunérer les actionnaires. Elle accueille des millions de
musulmans, leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et
libertés. En retour, l’islam n’offre rien. Les musulmans acceptent sur
leur sol mille fois moins d’étrangers ou d’infidèles que
la France n’accueille de musulmans. Ceux qui résident en terre d’islam
n’ont accès à aucun des avantages (loyers HLM, soins gratuits, etc.)
prodigués aux musulmans. De ce point de vue, c’est la France qui est
victime d’un échange inégal – mais personne ne s’interroge pas sur cette
inégalité ni sur ce qu’elle signifie.
De
cet examen, on peut conclure que la sociologie est bien pensante,
dévote, soumise, qu’elle fait ses ablutions rituelles, qu’elle ne pense
pas le réel, mais qu’elle le cache, et qu’enfin, elle se fait
inquisiteur, délateur ou commissaire politique, dès qu’elle parle de
racisme. L’accusation raciste dont elle a fait sa spécialité a une
réalité, mais elle n’a pas de fondement. Elle est vraie, au sens où elle
est énoncée, non pas au sens où elle est juste. Ce que ce mot désigne, à
savoir la certitude que nourrissent des hommes d’être d’une race,
religion, classe, pays, nation, civilisation supérieurs aux autres,
existe aussi à n’en pas douter, mais pas en France. Il n’a pas de
réalité chez les Français. Socrate aurait dit que le nom s’est éloigné
de la règle de justesse qui régit le langage. Ce qui est faux dans cette
affaire, c’est l’objet sur lequel porte l’accusation, c’est-à-dire ce
sur quoi elle porte, entité - la France - ou êtres humains - les
Français. Pour que les sociologues retrouvent leur insolence passée
(mais en ont-ils le désir ?), il leur faut abandonner les mensonges dont
ils se gavent. Cette libération, si elle se produit un jour, n’est pas
pour demain. n