Défendre
le double héritage
de la laïcité et de la chrétienté
par
Raphaël Dargent
Strasbourg, 09 novembre 2002
Le
reportage que diffusa récemment la deuxième chaîne nationale de
télévision et qui nous présentait le portrait d'une jeune française -
Sandra autant que je m'en souvienne - qui venait avec quelques-unes de
ses camarades de se convertir à l'Islam, exhibant fièrement le fait
qu'elle portait désormais le foulard islamique et s'interdisant - du
moins en public - de montrer ses jambes, ce reportage donc, aussi
surprenant qu'il y paraisse, ne constitue pas un cas isolé.
J'apprends en effet par plusieurs de mes amis qu'ici ou là, dans
telle banlieue de Strasbourg, de Mulhouse, de Lyon, de Paris, de Lille,
de plus en plus de jeunes françaises et français, et pas
uniquement d'origine étrangère, se convertissent à la
religion de Mahomet.
Il est indispensable de regarder ce phénomène et d'en
saisir les causes.
A
les écouter, ces jeunes gens ne s'imprègnent du Coran essentiellement
que parce qu'ils y trouvent des principes, les repères que la société
française - mais c'est vrai pour toute la société
occidentale - ne peut plus leur enseigner, pour les avoir renier. Les
raisons qui expliquent ces conversions ne sont donc pas uniquement politiques
comme on le croit généralement ; il se pourrait même
que ces raisons soient d'abord d'ordre moral. Juste retour des choses
finalement : nos enfants vont chercher ailleurs ce qu'ils ne trouvent
plus ici, ce dont on les prive, à savoir la Foi, et tout le corps
de repères moraux qui y est associé. On a peut-être
eu tort de prendre tous nos enfants pour des nihilistes.
Les jeunes générations ne sont peut-être pas perdues,
comme on le croit, mais au contraire plus que jamais avides d'une mystique,
elles sont à la recherche d'un sens.. Ces conversions devraient
donc, pour cette raison, nous réjouir. Pourtant, ce qu'il faut
bien appeler une lente islamisation de la France pose un double problème,
culturel et laïc.
Car
ce que ne voient pas Sandra et toutes ses amies, c'est la réalité
d'une religion qui, quoiqu'on dise sur le multiculturalisme, n'est pas
la nôtre. Nul ne doit oublier que notre pays n'est pas seulement
la patrie des droits de l'homme ; il a été aussi "
la fille aînée de l'Eglise ". Cette caractéristique
n'est pas rien, elle fait partie de notre héritage. La France est
un pays chrétien, qu'on le veuille ou non. Ainsi serait-il préférable
que ce soit notre religion, celle de nos ancêtres, celle de notre
civilisation, qui fasse office, comme par le passé, d'idéologie
d'encadrement et de référent culturel.
Ce que ne voient pas non plus Sandra et ses amies, c'est que l'Islam,
appliqué dans toute sa rigueur, nous ramènera au moins plusieurs
décennies en arrière, aux temps de la femme au foyer, exactement
aux temps de l'intégrisme catholique. Dans cette affaire, ce sont
les femmes françaises qui ont beaucoup à perdre.
D'ailleurs,
après avoir mis des siècles à décrocher les
crucifix des salles de classe, voilà que nous acceptons aujourd'hui
que le foulard islamique couvre certaines de nos élèves.
Récemment, le journal Le Monde rapportait qu'une candidate au baccalauréat
dans les Yvelines s'est servie de son voile pour exiger d'être interrogée
en anglais par une femme et en présence de son mari, ce qu'accepta
le proviseur de son lycée ! La laïcité n'est pas un
principe anti-religieux ; chacun est libre de pratiquer en privé
la religion qu'il souhaite, mais l'espace public doit rester laïc.
Revenir sur ce principe, c'est revenir sur le principe même de la
République.
Qu'on
me comprenne bien : il ne s'agit pas de revenir à un ordre chrétien,
il ne s'agit pas d'une nouvelle croisade, il ne s'agit de rechristianiser,
il s'agit simplement de ne pas oublier qui nous sommes.
D'ailleurs,
ceux qui entreprennent actuellement de rédiger une Constitution
européenne admettent qu'il est nécessaire de faire une mention
claire au christianisme comme élément culturel fondateur
de l'Europe dans le préambule de ce texte fondamental. Car qui
pourrait nier que les fondements culturels de l'Europe sont autre chose
que le syncrétisme d'un double apport, grec et chrétien
?
Cette référence est d'autant plus nécessaire à
préciser que le nouveau gouvernement turc, dirigé par les
islamistes prétendument modérés du Parti de la justice
et du développement
(AKP) nouvellement élus, vient - et ce fut l'une de ses premières
mesures - de lever l'interdiction du port du voile pour les femmes, en
attendant sans doute de le rendre obligatoire.
Ce
qui est vrai pour l'Europe l'est a fortiori pour la France, hier "
fille aînée de l'Eglise " et mère des Républiques.
La France est, et doit rester, chrétienne et républicaine.
Il en va de son identité, et donc de sa pérennité.
Péguy ne disait pas autre chose lorsqu'il écrivait, il y
a plus d'un siècle déjà, que la dérépublicanisation
de la France et sa déchristianisation n'étaient qu'un seul
et même mouvement, " un seul mouvement profond de démystication
".
Il est temps pour nous d'accepter enfin ce que nous sommes, de culture
- à défaut de religion - chrétienne et de conviction
républicaine et de défendre ce double héritage.
Ainsi Sandra et ses amies retrouveront-elles peut-être la France,
et avec elle, leurs libertés de femmes.
N.B
: Pendant ce temps, l'ONU s'apprête à voter la résolution
américaine contre l'Irak, prélude, n'en doutons pas, à
de prochains bombardements. La France, ou plutôt le gouvernement
qui prétend s'exprimer en son nom, n'aura fait, avec son approche
en deux étapes, que jouer sur les apparences - celles d'une fausse
indépendance.
L'Irak, rappelons-le, est un Etat laïc.
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