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                  "L'âme d'une nation ne se conserve pas sans un collège officiellement chargé de la garder."

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Où est le monarque?

L'hypo-présidence de Nicolas Sarkozy

 par Raphaël Dargent

  A mes amis royalistes,

à mes amis bonapartistes,

à mes amis gaullistes.

 

 

Malheur aux souverains dont les intérêts ne sont pas liés à eux de la nation! quand la gloire de l'un ne fait pas la gloire de l'autre, quand la conservation de l'un est au détriment de l'autre, et lorsqu'ils ne peuvent se fier réciproquement ni à leurs promesses ni à leurs serments.  Louis-Napoléon Bonaparte, Rêveries politique, 1832

 

 Il n’est pas donné à tout le monde – cela est même donné à peu – d’habiter la fonction présidentielle créée sur mesure par Charles de Gaulle. Nul ne conteste que les habits du Général étaient trop grands pour Jacques Chirac. Avec Nicolas Sarkozy, l’écart est manifeste, outrancier, humiliant. On a l’habitude de dire que la fonction grandit l’homme ; cela s’est presque toujours vérifié. Las, avec Nicolas Sarkozy, c’est la fonction qui rapetisse avec lui. Où est donc passé le monarque républicain 

Des habits trop grands – Histoire d’un désamour

 Pendant plusieurs mois pourtant, le mot fit fureur dans les salles de rédaction et à la une de la presse écrite, radio et télévisée : « hyper-présidence ». Ainsi était décrit le style du nouveau Président, s’occupant de tout, ne déléguant pas, s’exprimant à la place de ministres dont on se demandait à quoi bon ils pouvaient servir ; le Président était partout, le matin ici, l’après-midi là-bas, et toujours avec le micro et la caméra à proximité. Il se démultipliait à l’infini ; il avait visiblement le don d’ubiquité. Quand on s’inquiétait d’une telle agitation, Nicolas Sarkozy expliquait que, n’est-ce pas, il était responsable, qu’il était élu pour être présent, pour réformer ce pays, faire ce qu’il avait promis, qu’il fallait d’ailleurs tout faire en même temps car il y avait urgence, partout, dans tous les domaines. Le peuple en eut vite le tournis ; pire, de cette hyper-activité, on conclut bientôt que le Président souffrait d’un déséquilibre – ses tics langagiers et physiques le montraient trop nerveux pour être rassurant. Pire encore, aucune priorité ne se dégageait de cette politique qui apparut bientôt brouillonne, au coup par coup, sans cohérence. Où allait donc le Président, et si vite ? Certains de ses amis politiques – mais a-t-on jamais des amis en politique ? – s’en inquiétèrent : tant d’exposition  médiatique ne portait-elle pas un grand risque, celui de lasser, celui peut-être de faire des erreurs. Cela ne manqua pas car les Français, élevés comme leur Président à l’ère du zapping, de l’instantanée, voulaient des résultats rapides ; or ceux-ci ne venaient pas. Au contraire, la situation économique virait au noir, avec une croissance en berne, et un pouvoir d’achat en baisse. La confusion entre la vie privée et la vie publique – car décidément le Président exposait tout au grand jour, y prenant même un malin plaisir – s’ajoutant à ces données politiques, la chute dans l’opinion ne tarda pas. Nicolas  Sarkozy, ce candidat qui avait tant promis, attendu par une large majorité de Français comme l’homme providentiel, n’était plus populaire, devenait même franchement impopulaire. Il avait déçu. En seulement dix mois.

 

Vous avez dit «  hyper-présidence » ?

 On dit donc « hyper-présidence », « hyper-présidence », comme pour déterminer les causes d’un tel désamour. On se trompa. Nicolas Sarkozy pendant ces dix mois avait certes été hyper-actif, mais sans être jamais Président. Quand donc l’était-il ? Le soir de son élection quand il courut au Fouquet’s ? Une semaine après, quand il bronza, ventre à l’air, sur le yacht de son ami Bolloré ? A Washington, où il jogga avec son ministre des Affaires étrangères ? A l’automne, quand il perdit ses nerfs face à un marin-pêcheur ? Au salon de l’agriculture, quand il insulta vertement celui qui refusait de lui serrer la main ? A EuroDisney, à Petra, à Charm-el-Cheikh quand il exposa sans pudeur son idylle avec Carla Bruni ? En Roumanie lorsqu’il vola un stylo-plume qui lui plaisait ? En Arabie Saoudite où il pianota à la sauvette sur son téléphone portable en pleine séance officielle de signatures ? Un peu partout dans le monde quand il embrasse, presse les mains, étreint, tape dans le dos de tous les dirigeants qu’il côtoie ?  Jamais, jamais, Nicolas Sarkozy ne fut dans le rôle, jamais il ne fut dans la fonction. Imagine-t-on de Gaulle entrer en short et baskets à l’Elysée ? Mitterrand exposer sa fille chez Mickey ? Pompidou, Giscard et même Chirac insulter si grossièrement un simple citoyen ? Un jour, de Gaulle fut hué, on cria sur son passage  « Morts aux cons ! » : pour toute réaction il eut cette formule : « Vaste programme ! » ; un autre jour, les étudiants de l’Ens refusèrent ostensiblement, les uns après les autres, de serrer la main qu’il leur tendait : il tourna les talons sans mot dire et ne revint jamais. Non, Nicolas Sarkozy fut hyper-actif mais jamais Président. Pire : il fut toujours en-dessous de la fonction, ne l’occupa qu’a minima ; en fait d’hyper-président, il fut pendant dix mois un sous-président, pour tout dire, un hypo-président, hypo comme le préfixe qui désigne l’insuffisance, L’hypo-présidence est l’insuffisance de Présidence dans le mandat de Nicolas Sarkozy comme l’hypoglycémie est l’insuffisance de sucre dans le sang.

D’ailleurs cette frénésie, ce vibrionisme présidentiel n’est nullement ce qu’on attend d’un chef de l’Etat. Si les Français attendent de leur Président de l’action – maître-mot sarkozyen –, ils ne la confondent pas avec l’agitation. Au contraire. Un Président doit rassurer, montrer qu’il maîtrise le temps, la durée, le rythme des réformes, et ne pas sauter, tel un cabri, d’un sujet à l’autre. Nicolas Sarkozy ferait bien de méditer cette opinion de Charles de Gaulle : « Le Président ne peut pas tout faire lui-même, s’occuper de tout, se porter garant pour tout. La Constitution n’est pas explicite à cet égard, et encore une fois, ça vaut mieux. Elle n’énumère pas les questions dont se mêle directement le Président et celles dont il ne se mêle pas. Mais il n’est pas possible qu’il soit en permanence responsable de tout. »[1]

Que Nicolas Sarkozy ait voulu en finir avec l’irresponsabilité présidentielle du second Mitterrand et de Jacques Chirac est une bonne chose ; pour de Gaulle aussi, le Président était le véritable chef du Gouvernement, le Premier ministre n’étant qu’un directeur de cabinet, la cheville ouvrière des plans présidentiels. Mais Nicolas Sarkozy a confondu responsabilité et publicité ; il a voulu sur tout se mettre en avant, montrer qu’il était véritablement l’homme providentiel qu’il avait promis d’être, au point d’évincer ses ministres. D’aucuns diraient qu’il s’est fait mousser. Nicolas Sarkozy n’a pas de culture historique, sauf celle – de qualité il est vrai – de ces souffleurs : Guaino et Gallo. Aussi n’est-il qu’en partie responsable de son fiasco : il aurait dû savoir que le Président, s’il est responsable, ne doit pas intervenir directement à tout bout de champ, que sa parole pour garder quelque solennité, doit être réservée aux grandes occasions, au 14 juillet, au vœu de Nouvel an, lors des grandes décisions à expliquer. La parole présidentielle doit être savamment distillée, sinon elle perd toute son importance ; c’est parce que le Président est un personnage hors du commun que ses mots doivent avoir un caractère exceptionnel. Ce contact direct avec le peuple tant recherché par Nicolas Sarkozy peut aussi s’exprimer via le référendum, mais du référendum l’actuel Président ne veut pas entendre parler. Il veut encore être populaire mais en se dispensant de consulter le peuple.

 Sarkozy 1er ?

        « Nicolas 1er », « Sarkozy 1er », c’est ainsi que le qualifient certains de ses adversaires, invoquant – horresco referens – le caractère prétendument monarchique de son pouvoir, l’hyper-président cumulant toutes les fonctions et ramenant tout à lui. Les exemples abondent. En juin 2007, l’hebdomadaire Marianne, titre sur « le IIIe Empire », qualifiant Nicolas Sarkozy de « leader très bonapartiste » et le comparant à Napoléon III ; l’écrivain Patrick Rambaud publie début 2008 Chronique du règne de Nicolas 1er, figurant l’actuel locataire de l’Elysée en  Napoléon 1er ; en février dernier, Le Monde diplomatique, par la plume d’Alain Garrigou, pose la question « Le sarkozysme est-il un bonapartisme ? » et établit une « analogie entre le nouveau président et Napoléon III » ; nombre de caricaturistes le comparent aussi à Louis XIV, souverain absolu. Ségolène Royal le 14 janvier dernier, choquée de la médiatisation de la vie privée du chef de l’Etat déclare sur Europe 1 : «Nicolas Sarkozy a choisi de faire des évènements de la vie privée des évènements publics, comme Louis XIV : vous avez le petit matin du roi, le déjeuner du roi, le coucher du roi, les maîtresses du roi.» C'est «un peu comme la monarchie où chaque événement privé du roi était un événement politique» poursuit-elle. Enfin, une liste de personnalités intellectuelles et politiques se fend le 14 février 2008, toujours dans Marianne, d’un Appel pour une vigilance républicaine, dénonçant les dérives d’une « monarchie élective ». « Monarchie élective », c’est aussi ce que dénonce l’un des derniers numéros de la revue Utopie critique.

Outre que la comparaison avec Bonaparte ou Louis XIV n’est guère originale – en leurs présidences le général de Gaulle ou François Mitterrand étaient caricaturés en Roi-Soleil et Jacques Chirac en Napoléon 1er –, outre que cette comparaison est absolument sans fondement pour aucun d’entre eux – et a fortiori pour Nicolas Sarkozy –, il faut être foncièrement ignorant de l’histoire institutionnelle de la France pour ne pas comprendre que cette caractéristique, disons « monarchique »,  de la Ve république, loin d’être sa tare, en est sa principale qualité. Si Charles de Gaulle l’a voulu ainsi, ce fut pour répondre aux errements des républiques précédentes, en particulier de la IVe.  Il est assez cocasse – et triste – de voir aujourd’hui des hommes comme Dominique de Villepin ou Nicolas Dupont-Aignan, qui aiment à se définir « gaulliste » et faire appel chaque fois que cela est utile aux mânes du Général, dénoncer de concert avec les ténors socialistes « la monarchie élective ». N’en déplaise à ces beaux esprits qui ne savent pas quoi inventer pour s’opposer – alors qu’il est tant de bonnes raisons de le faire – de Gaulle voulait véritablement une « monarchie républicaine ». C’est cette expression, créée par Michel Debré, que reconnaissait volontiers le Général lorsqu’il déclarait à Alain Peyrefitte : «  Ce que j’ai essayé de faire, c’est d’opérer la synthèse entre la monarchie et la république […] une monarchie républicaine. »[2]

Le drame du pouvoir aujourd’hui n’est pas qu’il soit « monarchique », c’est qu’il soit « personnel », ce qui n’est pas du tout la même chose. Nous oublions un peu vite que le Souverain est le premier serviteur de l’Etat  et non pas le premier servi ; il n’en est pas la vedette. Ne confondons pas  et n’accusons pas la monarchie, le pouvoir d’un seul, de tares qu’elle n’a pas. S’il est gênant que le pouvoir soit égocentrique, mégalomaniaque, démagogique, comme cela semble être le cas aujourd’hui, il est nécessaire qu’il soit centré.  Nicolas Sarkozy n’est nullement un « monarque » ; n’accusons pas le principe monarchique – la monarchie républicaine, la Ve République – des dérives institutionnelles dont est imputable le pouvoir sarkozyen.  Bref, le problème n’est nullement dans l’excès mais dans le défaut de « monarque ». Avec Nicolas Sarkozy, la France souffre de l’absence d’un chef d’Etat, digne et légitime ; il y a sans doute star-system mais nullement monarchie.

Un gouverneur de province, un syndic de faillite

 En son temps, Charles de Gaulle souhaitait que le Président soit « l’homme en charge de l’essentiel » ; Nicolas Sarkozy pour sa part propose qu’il « s’engage sur tout ce qui concerne la vie quotidienne des Français. » On mesure en comparant ces deux formules à quel degré d’abaissement le chef de l’Etat en est désormais réduit : il est non plus un guide, pas même un arbitre, mais un simple intendant….Nicolas Sarkozy lui-même, loin de se définir comme un monarque et de se comporter comme tel, aime à se voir comme un directeur des ressources humaines qui gère l’entreprise France. En vérité, il suffit de regarder sa politique pour constater un abaissement bien pire encore : sur le plan extérieur, l’actuel Président n’est plus qu’un gouverneur de province, vassal de l’Empire européiste et otanesque ; sur le plan intérieur qu’un syndic de faillite, qui réduit au plus vite le périmètre d’intervention de l’Etat, et avec lui brade des décennies de conquête sociale et de politique industrielle.

Si, depuis un mois, à force de baisser dans les sondages d’opinion, Nicolas Sarkozy a décidé de changer de style – fort grossièrement selon nous –, il n’en reste pas moins que l’illusion ne trompe personne. François Reynaert dans Le Nouvel Observateur affirme que Nicolas Sarkozy est passé « sans transition de la présidence bling-bling à la présidence plan-plan », eu égard à ce nouveau style – style pour le coup chiraquien ; mais le journaliste a tort  de voir dans ce changement de forme un changement de fond, car derrière ce retrait tactique du Président, il n’y a nul renoncement à un programme qu’il applique au contraire scrupuleusement, programme qui, nettoyé du verni des généreuses promesses de campagne – les salariés d’Arcelor-Mittal à Gandrange savent désormais à quoi s’en tenir avec les promesses présidentielles –, se révèle dans sa dureté : celui d’une entreprise de démolition des services publics, de réduction de l’Etat, de « normalisation » internationale.

Qu’on ne s’y trompe pas : si Jacques Chirac a défait à une vitesse de sénateur, Nicolas Sarkozy défait à très grande vitesse, la différence entre les deux n’étant en réalité que d’intensité. Chaque jour annonce son lot de « réformes » si l’on croit le mot des ministres et porte-paroles. Et à vrai dire le bilan sarkozyen est déjà impressionnant : réussir en si peu de temps à imposer au peuple français une normalisation européenne dont il a dit en 2005 son refus, réussir sans coup férir à réintégrer notre pays dans le commandement intégré de l’Otan, est dramatiquement prodigieux.C’est ainsi : pour rapetisser la France, pour la rendre naine à elle-même, il fallait non pas un Président digne de ce nom et de la fonction, mais un liquidateur, un syndic de faillite – « faillite », le mot est de François Fillon – un normalisateur, un gouverneur de province, bref une hypo-présidence pour une très petite France.

Avant l’élection présidentielle, l’auteur de ses lignes a commis un ouvrage qui révélait la vérité sur le non-dit des programmes des deux principaux candidats à la magistrature suprême. Aujourd’hui, force est de constater que ce livre, que peu ont lu, était point par point dans le vrai et qu’en effet, comme l’affirmait son titre: « Ils veulent défaire la France », que Nicolas Sarkozy et son gouvernement s’y emploient avec application et une certaine habileté, les Français ne réagissant pour un si dire pas à cette grande braderie qu’on appelle « réforme ».

Un monarque défend la France parce qu’il défend, avec les intérêts de la France, les siens propres. Faire l’effort de bien se tenir devant la reine d’Angleterre est donné au premier parvenu, à n’importe quel garçon bien élevé. Les réceptions en habits, les baise-mains et courbettes, ne font pas de vous un monarque ; il faut bien plus : le sens de la nation, le service de l’Etat, le souci de son peuple. Je ne suis pas sûr que Nicolas Sarkozy ait besoin de ses qualités. Son boulot est ailleurs. Ainsi n’est-il pas un Président, pas même un super-Premier ministre comme on l’a cru et dit pendant quelques mois, mais un gouverneur d’une province d’Empire dont la mission, fort simple en vérité, consiste à normaliser la France, c’est-à-dire à la faire rentrer dans le rang ;  mais un syndic de faillite dont le but est de réduire l’Etat pour mieux laisser demain la France aux mains des multinationales et le peuple à la merci des intérêts financiers d’une hyper-classe euro-mondialiste.

Berlusconi et non Napoléon III

 Mais Nicolas Sarkozy soigne les formes du renoncement et entretient l’illusion patriotique. Ainsi parvient-il à duper ceux qui veulent bien l’être. Ainsi se plaît-il à commémorer la patrie quand il la défait un peu plus chaque jour. Rendre hommage au dernier poilu, pérégriner dans la neige des Glières, s’incliner sur la tombe du Général ou sur celle de Clemenceau, c’est certes nécessaire mais nullement suffisant. C’est une jolie posture, cela fait de belles photos, cela émeut quelques anciens combattants, cela met la larme à l’œil à Max Gallo qui, nous le regrettons, se fourvoie dans cette aventure, cela fait plaisir à quelques patriotards – le patriotard est au patriote ce que laïcard est au laïque, une caricature – mais c’est oublier que la patrie se construit chaque jour, que c’est une affaire d’aujourd’hui et non pas seulement d’hier. Chez le démolisseur Chirac, l’exercice faisait encore illusion ; chez Sarkozy, il sonne faux, il fait toc, plan de com’, figure imposée, artificiel, bidon.

Il y a somme toute une certaine logique au déclin : plus il se poursuit, plus il s’accélère. Lâcher un petit pois du haut d’un pont : plus il tombe, et plus sa chute prend de vitesse. Jusqu’à l’écrasement final. M. Sarkozy est un accélérateur. De chute. Après la présidence de François Mitterrand, l’élection de Jacques Chirac était écrite dans cette logique du déclin ; après la présidence de Jacques Chirac, l’élection de Nicolas Sarkozy était inévitable, selon la même logique. Nous tombons toujours plus bas et toujours plus vite. Jusqu’où ? Je le dis et le répète à l’envi à mes amis depuis des années : mais jusqu’en bas, jusqu’à l’écrasement. L’issue ne fait aucun doute ; l’inconnu réside seulement dans la durée de cette chute. Combien de temps encore ? Faudra-t-il une seconde présidence de Nicolas Sarkozy ? Une autre élection et un autre président-fossoyeur seraient-ils nécessaires ? Difficile à dire. On croit toujours toucher le fond, et voilà que d’autres « réformes » de l’Etat, d’autres normalisations internationales nous abaissent plus bas encore.

Charles de Gaulle intitulait « La pente » le début de ses Mémoires de guerre. C’est sur cette pente que nous sommes engagés, et engagés à un tel degré, qu’il n’est plus possible de se récupérer, ni même de freiner la chute. C’est la loi de l’attraction universelle, la loi de la chute des corps. Il reste à regarder tomber la France, et aux plus courageux, s’il en reste encore, à attendre que nous touchions le fond de l’abîme, une catastrophe dont notre pays a le secret, pour – fol espoir – tout reconstruire.

D’ici là, encore faut-il en finir avec les contre-vérités et les évidences journalistiques, sans quoi il n’y aura pas de renouveau possible. Qu’on se le tienne pour dit : si la France s’effondre, ce n’est pas, comme l’affirment les adversaires de la Ve République et les gens de peu de culture, du fait d’une dérive monarchique du pouvoir mais au contraire du défaut de monarque. Quand, à la place de Louis XIV ou Napoléon III, la France est gouvernée par un admirateur de Silvio Berlusconi. n

 


[1] Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte dans C’était de Gaulle, Gallimard, coll. Quarto, p. 455.

[2]Charles de Gaulle, cité par Alain Peyrefitte in Le mal français, éditions de Poche, p. 57.