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La
France, sans foi ni loi
Une politique de
dé-civilisation
par
Raphaël Dargent
A
Komnen Becirovic
et Jean-Gérard
Lapacherie
Sainte qui rameniez tous les soirs, au bercail
Le troupeau tout entier, diligente bergère,
Quand le monde et Paris viendront à fin de bail
Puissiez-vous, d’un pas ferme et d’une main légère
Dans la dernière cour, par le dernier portail
Ramener par la voûte et le dernier vantail
Le troupeau tout entier à la droite du père.
Charles Péguy, Sainte Geneviève, patronne de Paris
Le 20 décembre
dernier, alors qu’il était fait chanoine d’honneur de Saint-Jean de
Latran, Nicolas Sarkozy prononçait à Rome un discours confus sur la
religion, mêlant quelques rares vérités bienvenues parmi cent fadaises
politiquement correct, discours qui fit grand bruit et continue d’en
faire eu égard aux atteintes évidentes à la laïcité qu’il contient.
Mais autant le dire, dans ce fourre-tout, personne n’a vu ou n’a voulu
voir exactement l’incongruité d’une part et le danger des propos
présidentiels d’autre part, ce que porte en germe ce discours et annonce
à demi-mot, à savoir, derrière l’apparent attachement aux racines
chrétiennes de la France, la poursuite programmée de la
déchristianisation du pays, et sous la formule étrange, déjà énoncée
chez lui, de « laïcité positive », en réalité la liquidation de cette
valeur essentielle de notre pacte républicain. Ce discours, prolongé le
14 janvier suivant par celui de Riyad en Arabie Saoudite, consacre en
réalité, au nom d’ «une politique de civilisation », l’extinction
définitive de celle de la France.
Le chanoine et le
matérialisme
Bien sûr et comme
toujours chez Nicolas Sarkozy, le discours a les apparences pour lui.
Il fait sonner quelques demi-vérités qu’on avait perdu l’habitude
d’entendre et qui plaisent à notre oreille comme : « la France est
devenue Fille aînée de l’Eglise » ou « les racines de la France sont
essentiellement chrétiennes. » Ainsi, le Président semble-t-il conscient
des périls que court une nation en voie de déspiritualisation, pour ne
pas dire presque complètement déspiritualisée. Mais, et comme toujours
chez Nicolas Sarkozy, le discours est vite démenti par des actes ou un
comportement contraires, démontrant par là qu’il n’est qu’un rideau de
fumée, une illusion offerte en cadeau à ceux qui voudront bien la
croire, avant que demain ou après-demain, une autre illusion, parfois
l’illusion contraire, soit offerte aux gogos du jour, comme un pansement
Urgo sur une jambe de bois, dérisoire médication pour un peuple désabusé
au dernier degré. Sur ce plan, Nicolas Sarkozy excelle. Son pouvoir
d’illusionniste et de bonimenteur tient du miracle permanent, atteignant
une maîtrise inédite du discours démagogique, interprétant le plus
souvent avec brio et force conviction un texte auquel il croit peu, ne
comprend pas tout, ou dont il se moque éperdument ; et pour cause : il ne l’a
pas écrit. C’est à cela aussi qu’on mesure la dégradation vertigineuse
de notre classe politique : elle ne sait plus écrire, confie cette tâche
à d’autres, dont c’est le métier et qui suivent l’air du temps et des
enquêtes d’opinion, se contentant elle d’être l’actrice, la marionnette,
le guignol idoine d’une politique qui la dépasse et lui est dictée
ailleurs. Chirac avait ses prompteurs, Bush a son oreillette et Sarkozy,
au premier rang son souffleur qu’on appelle Guaino. Imagine-t-on de
Gaulle lire les discours d’un autre ? En fait, Nicolas Sarkozy fait du
Sarkozy comme Depardieu fait du Depardieu, et avant lui Gabin jouait à
Gabin, l’acteur devenant peu à peu sa propre caricature. Las, le peuple
français demande un peu plus que de l’esbrouffe, des morceaux de
bravoure et de beaux discours sous les caméras : il demande des
résultats car Nicolas Sarkozy n’est pas Gérard Depardieu mais rien moins
que président de la République française.
Bref, Nicolas
Sarkozy a beau déclarer que « la foi chrétienne a pénétré en profondeur
la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son
architecture, sa littérature » – ce qui est vrai – et sembler, bon
réflexe, regretter « la désaffection progressive des paroisses rurales,
le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la
pénurie de prêtres », on a du mal à le trouver convaincant. On a
d’autant plus de mal à le trouver convaincant quand, après avoir
condamné, la voix grave, « ce monde paradoxal, obsédé par le confort
matériel », il s’en va, via le jet privé de son ami Bolloré, convoler
une semaine sur les bords du Nil
avec l’ex-top model Carla Bruni, fille d’une richissime famille
italienne, dans un palace
de légende géré par le groupe Accor.
Matérialisme, quand tu nous tiens ! Mauvais acteur en somme que ce
chanoine fraîchement consacré et juste divorcé, qui déclare sa proximité
avec les hommes de Foi mais prend aussitôt avec sa compagne la direction
de Charm el-Cheikh, la grande cité balnéaire au bord de la mer Rouge,
pour passer quelques jours dans une luxueuse villa dotée d’un accès
direct à la mer, villa dont on imagine qu’elle n’est guère propice au
recueillement et à la méditation. Tout cela avant que quelques jours
plus tard, le chanoine et sa belle découvre la Jordanie et les
merveilles de Petra, où paraît-il Carla offre à Nicolas une montre d’une
valeur de 45 000 euros, tandis que Nicolas offre à Carla une bague de
20 000 euros. Ah, « monde paradoxal, obsédé par le confort matériel » !
Où sont donc passés les moines de Tibhérine, les fils et filles de la
charité, les franciscains missionnaires, les Pères blancs et Sœurs
blanches loués dans le discours de Latran ?
Incongruité
donc dudit discours quand les actes de l’homme qui le prononce le
démentent éhontément.
Laïcité
« positive » et « civilisation » saoudienne
Pourtant là
n’est pas l’essentiel. Le discours de Nicolas Sarkozy n’est pas
seulement faux et peu crédible : il est dangereux sans en avoir l’air,
en cela qu’il ouvre la voie à d’étranges concepts qui, d’apparence
généreux, pourraient remettre gravement en question l’identité nationale
et républicaine.
C’est
le cas quand Nicolas Sarkozy déclare souhaiter
« l’avènement d’une laïcité positive
[qui] ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un
atout » et « rechercher un dialogue avec les grandes religions de France
et avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands
courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer. »
Ce concept
de « laïcité positive » a déjà été évoqué par Nicolas Sarkozy en 2004
dans son ouvrage La République, les religions, l’espérance,
ouvrage dans lequel il évoquait en effet la nécessité selon lui d’une
« laïcité active », d’une « laïcité ouverte » (Jean-Pierre Raffarin au
même moment évoquait lui une « laïcité plurielle et évolutive »). Outre
le fait que la laïcité n’a pas à être « ouverte » ou « fermée »,
« positive » ou « négative », « active » ou « passive », car en réalité
elle est ou n’est pas, on voit bien vers quoi ouvrent de
telles formulations. En 2004, Nicolas Sarkozy annonçait déjà, et déjà à
demi-mots, son souhait d’aménager la loi de 1905, prévoyant notamment le
financement national des grandes religions. Sur ce plan, le discours de
Latran, même s’il est vague dans la formulation, est tout à fait clair.
Qu’entend-il exactement par « faciliter la vie quotidienne des grands
courants spirituels » sinon cela même : que l’Etat finance désormais les
religions,
et d’abord l’islam.
Entendons-nous bien sur ce point : il est tout à fait clair que si
Nicolas Sarkozy veut modifier la loi de 1905, c’est pour permettre le
financement de l’islam, conformément à la politique qu’il a engagée au
Ministère de l’Intérieur avec la création du CFCM ( Conseil français du
culte musulman). C’est bien dans ce sens qu’il faut comprendre son
insistance sur la nécessité du « dialogue
inter-religieux » ; c’est bien aussi dans ce sens qu’il faut saisir la
portée réelle de son projet d’Union de la Méditerranée qu’il rappelle à
Rome ;
c’est enfin en ce sens qu’il faut comprendre son discours de Riyad
prononcé le 14 janvier, et sur lequel il est bon de s’attarder tant
celui-ci est éclairant sur les intentions à peine voilées du Président.
Qu’a dit Nicolas Sarkozy
à Riyad, comme pour faire écho à son discours de Rome ? Saluant « la
nation arabe et toute la communauté des croyants », évoquant « le
Prophète », et louant avec la naissance de l’islam « le grand élan de
piété, de ferveur, de foi, qui allait tout emporter sur son passage,
convertir tant de peuples » ( sic ! dieu merci, il y eut Charles
Martel), il souhaite que « les civilisations se rencontrent, dialoguent,
échangent, se fécondent les unes les autres »( souligné par nous)
car « il n’y a pas de civilisation qui ne soit le produit d’un
métissage. L’Occident a recueilli l’héritage grec grâce à la
civilisation musulmane ». « Il ne s’agit [donc] pas de chercher à
imposer un modèle unique de civilisation ». Qu’est-ce donc alors dans
son esprit qu’une « politique de civilisation » ? « C’est, dit le
Président , une politique qui fait du respect de la diversité des
opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe
universel ». La diversité, poursuit-il, « c’est une valeur que j’ai
voulu respecter en France en créant le Conseil du Culte Musulman. C’est
la valeur qui m’inspire quand je veux faciliter la construction de
mosquées en France. » Et de réclamer la justice pour le peuple
palestinien, de justifier l’accès au nucléaire civil pour tous les
peuples – entendre ici les peuples arabes – de plaider pour l’Union de
la Méditerranée. Au passage, Nicolas Sarkozy prêche bien sûr pour un
« islam ouvert » mais sans trop insister, et précise aussitôt que « la
politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui
s’efforcent de concilier le progrès et la tradition » et « c’est ce
que fait l’Arabie Saoudite » ! Il faut plusieurs fois se frotter les
yeux pour être sûr de bien lire les mots employés par le Président
français : « La France ne veut pas être seulement un partenaire
économique stratégique pour l’Arabie Saoudite, (…) la France veut être
aussi pour l’Arabie Saoudite un partenaire politique, parce que
l’Arabie Saoudite et la France partagent les mêmes objectifs d’une
politique de civilisation. (…) Elles ont un idéal commun.
Elles doivent s’unir. » Et « vive l’amitié franco-saoudienne ! Vive
l’amitié franco-arabe ! »
Voilà donc ce qu’il
fallait entendre derrière le projet fumeux de « politique de
civilisation » : le rapprochement sur le plan religieux avec l’Arabie
Saoudite ! Vaste programme, aurait dit de Gaulle. Franchement : la
France et l’Arabie Saoudite, un idéal commun ! L’artiste ayant fait son
numéro, il laissa Bernard Kouchner, son fringuant ministre des Affaires
étrangères, signer avec son homologue saoudien les accords de
coopération prévus, pendant que lui, se croyant libéré de ses
obligations, pianotait fébrilement et discrètement, comme un garnement
en train de faire un mauvais coup, sur son téléphone portable, la
solennité de son attitude démontrant s’il le fallait encore combien il
se fait une haute idée de la civilisation en question et,
accessoirement, de son rôle de représentant ( on n’ose pas écrire
« incarnation ») de la France à l’étranger.
On sait quels furent les
excès du laïcisme de feue la IIIe République, on sait quelles
furent les outrances du petit Père Combes, et sur ce plan le dogmatisme
des Hussards noirs de la République ne fut guère plus malin que celui de
l’Ecole de Monsieur Falloux. Ceci dit, la laïcité est un des fondements
de notre République. La laïcité n’est pas hostilité aux religions, elle
est neutralité. La laïcité est tout entière contenue dans la formule
expéditive de Victor Hugo : « Je veux l’Eglise chez elle, et l’Etat chez
lui. » Jean-Paul II lui-même reconnaissait que « le principe de laïcité
est en soi légitime, s’il est compris comme la distinction entre la
communauté politique et les religions ».
Nicolas Sarkozy ne maîtrise visiblement pas le principe laïque qui, sans
être synonyme d’intolérance, est nécessairement absolu comme tout
principe. N’ayant pas lui-même d’idées personnelles, adoptant celles
qu’on lui souffle et les adaptant en fonction de son auditoire, il
participe d’un confusionnisme propre à notre temps, et porte ainsi, sans
le savoir ou en s’en fichant, atteinte à la civilisation française, dont
la laïcité autant que la chrétienté est un des fondements.
C’est ainsi que le
Président français entend modifier la loi de 1905, et notamment son
article 2, article qui précise que « la République ne reconnaît ni ne
subventionne aucun culte » pour satisfaire au culte de la diversité, du
métissage, et faire ainsi sa place, et toute sa place en France, à
l’islam, en finançant la construction de mosquées. Belle politique de
civilisation en vérité qui vise en quelque sorte à re-spiritualiser un
pays déchristianisé en l’islamisant davantage, comme si une civilisation
valait l’autre, la saoudienne valait la française, comme si elles
étaient interchangeables et, à l’heure de l’Union de la Méditerranée,
l’identité nationale et républicaine n’était qu’un détail.
Colombey-les-Deux-Mosquées
La construction de
mosquées n’attend d’ailleurs pas que la loi soit modifiée. Elle est
largement en cours et encouragée par le rapport de Jean-Pierre Machelon
remis en 2006 à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur chargé
des Cultes, lequel rapport propose que les communes subventionnent
directement et sans plafonnement la construction de lieux de culte, ce
qui est jusqu’ici interdit, sauf cas particuliers. Il s’agit de laisser
les communes comme seules juges des besoins des habitants et donc de
modifier la loi de 1905, qui n’est plus adaptée au paysage religieux
français de 2006. En effet, les faits sont là, incontournables :
aujourd’hui seuls 65% des Français se déclarent catholiques contre 80%
dans les années 70, ces chiffres dépassant et de beaucoup le nombre de
plus en plus réduit de pratiquants. Et si les musulmans représentent
officiellement 6 % de la population française, ils sont 14% chez les
18-24 ans.
Le rapport Machelon
préconise donc une modification du Code général des collectivités
territoriales pour que celles-ci aient la possibilité « d’accorder des
aides à la construction des lieux de cultes » sans « instauration d’un
plafond légal » et conteste même les pouvoirs des maires en matière
d’urbanisme, en recommandant au préfet de saisir le juge administratif
« en cas de difficultés rencontrées par certains cultes pour s’imposer
sur le territoire de certaines communes ». Nul doute que la future
modification de la loi de 1905 s’inspirera de ce rapport.
Fort de cette réalité
démographique et de cet encouragement politique au plus haut niveau, les
mosquées se dressent peu à peu sur le sol français. En 2004, on comptait
déjà 1685 lieux de cultes musulmans en France contre seulement 100 en
1970. De nombreux projets sont en cours à Roubaix, Trappes, Annecy,
Vénissieux, Mulhouse, Saint-Etienne… Et dans certaines villes s’élèvent
de véritables mosquées-cathédrales, mosquées aux dimensions
impressionnantes. C’est le cas à Clermont-Ferrand où le projet prévoit
un édifice de 2700 m2 doté d’une coupole et d’un minaret de
16 mètres de haut, l’édifice pouvant accueillir un millier de fidèles,
des centaines d’étudiants pour l’initiation à l’arabe et à la culture
arabo-musulmane et dont le coût s’élève à 2,9 millions d’euros. C’est
le cas à Villeneuve-d’Ascq où un« Complexe spirituel » islamique de 2000
m2, surmonté d’un minaret de 18 mètres, comprenant des salles
de cours, une bibliothèque, un musée de la Culture musulmane en France,
pourra accueillir également 1000 fidèles. C’est le cas à Cergy où l’on
construit une mosquée de 2350 m2 pouvant accueillir 800
personnes et un institut culturel musulman de 1000 m2, le
tout pour un montant de 4,8 millions d’euros. C’est le cas à Epinal où
s’édifie une mosquée à quatre minarets d’une superficie de 700 m2,
pouvant accueillir 1000 fidèles, d’un coût de 1,5 millions d’euros.
C’est le cas à Marseille où le conseil municipal a voté une délibération
en faveur de la construction d’un lieu de culte musulman sur les anciens
abattoirs de Saint-Louis dans le 15ème arrondissement, à
savoir une mosquée de 2500 m2 d’une capacité de 5000 places
et d’un coût de 8 millions d’euros. Dans ce cas précis, le Maroc et
l’Algérie sont volontaires pour mettre la main à la poche, l’Arabie
Saoudite réfléchit. C’est le cas enfin à Strasbourg, ville concordataire
comme la région alsacienne qu’elle domine, et qui à ce titre, fait
figure de ville-modèle pour les partisans de la modification de la loi
de 1905. L’exemple mérite donc qu’on s’y attarde.
La Grande mosquée de
Strasbourg est actuellement en construction, le chantier ayant débuté le
1er septembre 2007, rue de la Plaine des Bouchers, rebaptisée
depuis rue Averroès. Les travaux devraient être achevés fin juillet
2008. L’édifice aura une superficie totale de 2000 m2, dont
une salle de prière de 1000 m2, une mezzanine de 250 m2
destinée aux femmes, sous une coupole de 20 mètres de haut soutenue par
huit piliers. La particularité de cette mosquée est d’être en partie
financée par des subventions publiques (à hauteur de 26% du montant
total de 6,3 millions d’euros), notamment de la Région, du Conseil
général du Bas-Rhin, de la ville de Strasbourg. Le contribuable
strasbourgeois et alsacien finance donc cette construction sans vraiment
le savoir. Un ami à qui je racontais la chose récemment en était tout
étonné. Au moins sait-il désormais à quoi servent les récentes
augmentations d’impôts locaux dont il est victime : lui qui comme moi
pénètre rarement dans la cathédrale de Strasbourg et ne va presque
jamais à l’église, paiera donc pour la construction de la Grande
Mosquée. C’est la règle funeste que Nicolas Sarkozy, pour qui mon
malheureux ami a voté l’an passé, veut généraliser au pays, faisant du
citoyen français déchristianisé le bailleur de fonds de l’islamisation
de la France !
On est bien loin des
avertissements du général de Gaulle lorsqu’il évoquait avec Alain
Peyrefitte l’intégration de l’Algérie. « Il ne faut pas se payer de
mots! disait le Général. C’est très bien qu’il y ait des Français
jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la
France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation
universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon,
la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un
peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de
religion chrétienne. (…) Les Arabes sont des Arabes, les Français sont
des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix
millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain
quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et
Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les
empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de
vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus
Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »
Pourquoi, me dira-t-on,
empêcher les musulmans présents en France et dont beaucoup sont de
nationalité française d’exercer au grand jour et dignement leur culte ?
Pour plusieurs raisons : d’abord parce que je trouve stupéfiant et
suicidaire qu’un pays, la France, qui hier, par la loi de 1905 et en
vertu d’un principe laïque absolu et juste, a coupé les vivres à sa
propre religion, religion chrétienne historiquement et culturellement
identitaire, revienne aujourd’hui sur le principe de cette loi pour
financer une autre religion, une religion étrangère, l’islam tellement
éloigné quoi qu’en dise Nicolas Sarkozy de notre civilisation ; ensuite
parce que je suis pas sûr que même financés par des fonds publics ces
lieux de culte ne soient pas plus ou moins contrôlés et manipulés par
quelques fondamentalistes ; enfin parce que je ne crois pas que la
réislamisation de la jeunesse française d’origine étrangère règle les
problèmes d’intégration au corps national – je crois même le contraire.
Ce n’est d’ailleurs pas la préface au projet de présentation de la
Grande Mosquée de Strasbourg qui peut me rassurer. Car derrière
l’apparent consensus, le verbiage politiquement correct, fait
d’œcuménisme, de tolérance, d’ouverture, se dissimule quand on sait
lire, non pas entre les lignes mais les lignes elles-mêmes, et qu’on
veut bien ouvrir les yeux sur cette réalité, une rhétorique inquiétante.
Que lit-on dans cette préface ? Ceci : « L’islam s’inscrit dans la
réalité comme la deuxième religion de France. Il apparaît donc
nécessaire, dans l’intérêt de tous (souligné par nous), d’intégrer
et de reconnaître cette dimension
aussi d’un bien d’un point vue
politique que culturel et social » ; ceci : « Sur le plan de
l’éducation, la jeunesse musulmane née en France n’a pas eu accès à
sa religion et à sa culture, elle en est pratiquement coupée ; (…)
Il y a au sein de la jeunesse musulmane un vide terrible à combler, ou
plutôt un espace identitaire à étoffer et à garnir » ; ceci :
« La communauté musulmane, surtout à travers sa jeunesse, a choisi de
vivre sur cette terre, qu’elle considère comme son pays. Si tel est le
cas, et c’est le cas, nous devons parler de cette communauté en terme
de citoyens musulmans » et « le citoyen musulman doit s’impliquer
dans la politique globale de la ville et de la région ».
Mosquée de Strasbourg
Le texte prévient donc
que la jeunesse française d’origine étrangère est particulièrement
visée, que sa culture est musulmane et aucunement française, qu’elle en
a été coupée et qu’il faut, en quelque sorte, retisser le lien,
« étoffer l’espace identitaire » dit-il. Il annonce aussi que la mosquée
est un lieu politique dans la mesure où elle permettra de porter des
revendications communautaires auprès des autorités municipales ou
régionales, ce qui est parfaitement dans l’esprit de l’islam qui ne
distingue nullement le religieux du politique. Enfin, le texte développe
clairement une conception communautariste en évoquant « un citoyen
musulman », foulant au pied un principe républicain essentiel qui veut
qu’en France la citoyenneté n’est nullement liée à l’appartenance
religieuse mais à la nationalité et que si l’on peut parler à la rigueur
de « citoyens français de confession musulmane », on ne peut parler de
« citoyens musulmans ». Dans la République, il ne peut y avoir de
« citoyens musulmans », de « citoyens chrétiens » ou de « citoyens
juifs » ; il n’y a que des « citoyens français ».
Autre délice du texte :
la formule qu’il place en exergue et qui annonce la couleur. « Les
meilleurs fruits sont ceux qui sont greffés », formule qui va je crois
un peu plus loin que le verbiage actuel sur la diversité et le
métissage, « tous égaux, tous différents », mais dit en somme que la
différence est une supériorité. Je ne peux m’empêcher ici de penser à
certaines réflexions de Renaud Camus sur les pauvres souchiens, français
de souche, parfois honteux d’être ce qu’ils sont, et qu’on finit par
considérer comme moins français que ceux d’adoption, d’origine
étrangère. D’ailleurs, le texte n’est pas si prudent et prévient : « Que
le terrain qui accueille cette Mosquée ne soit à jamais utilisé pour
accueillir une construction autre qu’une Mosquée, conformément à la
notion de Wakf ou Houbous en Islam. » Comprenez : que le sol sur
lequel s’érige cette mosquée n’est plus de fait un sol français concédé
ou vendu mais une terre d’islam.
Que les autorités
municipales de Strasbourg n’aient pas trouvé à redire à cette préface,
n’aient pas été interpellées pas son contenu, laisse songeur. Ou elles
n’y ont rien trouvé de choquant, c’est-à-dire qu’elles ne l’ont pas
compris, ce qui est grave ; ou elles ne l’ont pas lu, ce qui l’est
tout autant et augure bien mal du degré de vigilance qu’elles
manifesteront demain à l’égard des activités de la dite mosquée.
La Fille insouciante
de l’Eglise
L’insouciance, le
conformisme et la lâcheté règnent partout ou presque chez les autorités
civiles et religieuses.
On construit la mosquée
de Clermont-Ferrand ? L’évêque de la capitale auvergnate, Mgr Simon,
salue aussitôt en l’islam « une contribution à la vie culturelle et
religieuse de notre pays », exprimant là l’œcuménisme majoritaire de l’Eglise
catholique d’aujourd’hui, une Eglise qui finit elle aussi par confondre
le dogme religieux avec la bienpensance contemporaine. En mars 2005, six
cocktails Molotov sont lancés sur l’église Jean XIII dans le quartier
musulman de Sartrouville ? De son propre chef, le curé décide de ne pas
prévoir de cloches sur le clocher de l’église reconstruite car, dit-il,
« les chrétiens ne sont pas les seuls habitants du quartier » et il ne
faut pas provoquer la communauté musulmane majoritaire avec nos
cloches ! Le curé en question sait-il qu’agissant ainsi il se conforme
ni plus ni moins qu’à la loi islamique qui prévoit explicitement que les
chrétiens ne sonnent pas leurs cloches en terre d’islam ? Il faut
construire la mosquée de Marseille ? Pour Michel Sapin, préfet
socialiste de la région PACA, « il n’y a rien de honteux à ce que la
collectivité s’engage à aider la communauté. » Quant au gouvernement, le
moins que l’on puisse dire est que depuis l’automne dernier, il y va
fort sur les prévenances à l’égard des musulmans de France. Il fallut
pas moins de trois visites des plus hautes autorités de l’Etat pour
célébrer officiellement l’Iftar, le dîner de rupture du jeûne du
ramadan, à la Mosquée de Paris. Le 18 septembre, le Premier ministre,
défendant à son tour les vertus d’une « laïcité ouverte, stimulante,
respectueuse des convictions de chacun » et heureux d’« offrir et
recevoir les dattes de la confiance », profitait de l’occasion pour
annoncer la création de la Fondation des œuvres de l’Islam doté d’un
million d’euros de dons qui « facilitera avec la Caisse des dépôts et
des consignations la construction et la rénovation des lieux de culte »,
pour annoncer également son intention de donner aux préfets des
consignes pour que la fête de l’Aïd-el-Kebir « se déroule dans les
meilleures conditions », pour annoncer enfin la création de « carrés
musulmans dans les cimetières de France. » Le 1er octobre,
Nicolas Sarkozy se déplaçait à son tour à la mosquée de Paris et
déclarait qu’il avait l’intention d’« améliorer la réalité quotidienne
des musulmans croyants de France » car, disait-il, « n’en déplaise à
quelques-uns que je combats, l’islam c’est aussi une partie de la
France ».
Le 10 octobre enfin, Michèle Alliot-Marie, au même endroit,
souhaitait l’élaboration d’un schéma directeur des implantations des
lieux de culte, estimant nécessaire qu’un lieu de culte musulman ouvre
chaque semaine. Entre-temps, Bertrand Delanoë et la mairie de Paris
avait invité 15 000 personnes à venir fêter le Ramadan le 29 septembre
au palais Omnisport de Paris-Bercy, réjouissance d’un coût de 280 000
euros couvert à 60% par la Mairie, c’est-à-dire par le contribuable
parisien. Comme si cela ne suffisait pas, la Ministre de l’Intérieur
retournait à la mosquée de Paris le 19 décembre pour déclarer
« l’importance de l’Aïd-el-Kébir, fête du sacrifice, au sein du culte
musulman pour tous les fidèles. L’Aïd, à l’instar des fêtes religieuses
des différents cultes, participe activement au dialogue entre les
Français et à la consolidation du lien social dans notre pays »,
concluant sa visite par ces propos : « Si l’année 2007 a été riche pour
l’Islam de France, l’année 2008 ne le sera pas moins », ce que l’on veut
bien croire.
Et que penser d’autres
évènements de l’automne qu’on ne peut pas ne pas relier à ce contexte
général ? Pourquoi le Président français, après avoir été insulté par le
pouvoir algérien eu égard à ses origines juives est-il pourtant allé
faire courbette devant M. Bouteflika, condamnant « l’islamophobie » et
la rapprochant, dans le confusionnisme qui le caractérise, de
l’antisémitisme ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu une seule réaction
officielle après que l’hymne national fut une nouvelle fois copieusement
sifflé au Stade de France lors d’un match amical France-Maroc, les
joueurs français tout étonnés, disant après coup avoir eu l’impression
de jouer à l’étranger ? Pourquoi la France a-t-elle reçu avec tant
d’égards le terroriste Khadafi, lequel se permettait le luxe de nous
faire la leçon sur les droits de l’homme, le même qui déclarait en 2006
sur Al-Jazira : « Mahomet est le prophète de tous. Il a remplacé toutes
les religions antérieures. Si Jésus avait vécu à l’époque où Mahomet
avait été envoyé, il l’aurait suivi. Tout le monde doit être musulman
[…] Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes
qu’Allah accordera la victoire à l’islam en Europe sans épée, sans
fusil, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe l’auront
transformée en continent musulman d’ici quelques décennies. Allah
mobilise la nation musulmane de Turquie et l’ajoute à l’Union
européenne. Ça fait encore 50 millions de musulmans en plus. Il y aura
100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union
européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Europe, c’est
un pays musulman ; 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans
une fâcheuse posture… » ?
Enfin, pourquoi et comment, alors que le Premier ministre déclare la
France « en faillite », que le Président prétend que les caisses sont
vides pour le pouvoir d’achat des Français, trouve-t-on 300 millions de
dollars pour venir en aide à l’Etat palestinien ? Le moins que l’on
puisse dire quand on essaye de répondre à ces questions, c’est qu’un
étrange état d’esprit règne dans les hautes sphères qui président aux
destinées de la France, un état d’esprit de renoncement aux fondements
religieux de la civilisation française.
Dans son discours de
Rome, Nicolas Sarkozy rappelait avec justesse que la France fut
longtemps « la fille aînée de l’Eglise » ; avec la politique de
dé-civilisation qu’il entend mener, cette fille insouciante
qui s’est donnée à un Président insouciant qu’est la France en sera
bientôt la fille indigne et conquise.
La nouvelle Grande
Pitié des églises de France
Mais il est un
autre scandale à mettre en parallèle de ces constructions de mosquées :
pendant ce temps, pendant le temps, le même temps, où l’on construit et
s’apprête à financer la construction de mosquées, nombres de nos
édifices religieux nationaux, églises, chapelles, calvaires vont mal et
tombent en décrépitude, faute de moyens pour les entretenir ou les
rénover, poussant parfois les municipalités à se résoudre à leur
démolition. C’est non seulement un patrimoine architectural qui
disparaît avec eux, un patrimoine pour le coup proprement européen, un
patrimoine que nous avons reçu en héritage et dont nous ne sommes que
les dépositaires, mais c’est aussi, et d’abord, un patrimoine religieux
qui dit notre appartenance à un continent chrétien, à une nation
chrétienne, et qui constitue une part essentielle de l’âme de la France,
ces origines judéo-chrétiennes étant tout aussi importantes et
constitutives de notre être national que nos racines gréco-latines.
Sacrifier un tel patrimoine, le laisser tomber en quenouille, c’est se
trahir soi-même, renoncer à soi, ni plus ni moins qu’un suicide
collectif.
En 1914 déjà, alors que la
loi de 1905 avait privé les églises de France des moyens d’être
entretenues, Maurice Barrès menait avec courage au Parlement et dans la
presse ce combat pour sauver notre patrimoine religieux.
Il suffit de
relire La Grande
Pitié des églises de France pour
comprendre la justesse et l’importance de ce combat. Près d’un siècle
plus tard, alors que les dégâts ont repris, alors qu’il manque toujours
de l’argent pour sauver ce qui doit l’être de nos églises, de nos
chapelles, de nos calvaires, voilà donc qu’on s’apprête à modifier la
même loi pour construire des mosquées. Pauvre Maurice Barrès qui doit se
retourner dans sa tombe, lui qui croyait que la France touchait au
dernier stade de sa décadence quand elle n’en était encore qu’à ses
commencements. Depuis, nous n’avons cessé de descendre, à de rares
parenthèses près, et la chute s’accélère. Aujourd’hui, nous ne voulons
pas sauver notre âme, nous préférons la vendre à d’autres.
Eglise de
Saint-Georges-des-Gardes en démolition
La France compte 60 000
églises paroissiales à la charge de nos 36 679 communes ; 11 300 sont
protégées mais 2800 autres sont jugées dans un « état préoccupant ». Ce
n’est pas rien. Quatre-vingt pourcents d’entre elles sont à la campagne
et nombre de communes rurales sont endettées. Aussi le Maire doit-il
parer au plus urgent et préfère-t-il presque toujours entretenir
l’école, réparer les routes…d’autant que les églises se vident avec
l’exode rural et la déchristianisation qui se poursuit. Le sénateur
alsacien Philippe Richert, auteur d’un rapport sur les monuments
classés, n’y va pas par quatre chemins : « Dans les quinze prochaines
années, prévient-il, la question des églises de campagne se posera avec
acuité. Sans doute faudra-t-il accepter que certaines en très mauvais
état, qui ne sont pas des témoignages majeurs de l’architecture
religieuse, soient détruites. » Faut-il s’y résigner ?
Nombre d’associations
s’organisent et réagissent, refusant la fatalité. C’est le cas de
l’association Sauvegarde de l’art français qui attribue
subventions aux travaux de gros œuvre sur les églises et chapelles
antérieures à 1800, non protégées ou inscrites à l’inventaire. C’est le
cas aussi d’initiatives moins institutionnelles et tout aussi
importantes : celle des habitants de Sury-ès-Bois dans le Cher qui en
collectant des fonds fournissent au maire le complément nécessaire à la
restauration de leur église du XIe siècle ; celle de ce
groupe qui prend sur son temps et son argent pour remettre en état tel
calvaire ou telle chapelle, comme fait mon ami Jean-Gérard Lapacherie
dans le Queyras qui sait que cette œuvre-là, aussi isolée, aussi
dérisoire qu’elle paraisse eu égard à l’immensité des problèmes de notre
pays, est sans doute le principal service que nous pouvons lui rendre.
Là-dessus, sur ces pierres, tout pourra peut-être se reconstruire.
Récemment, le magazine
Pélerins consacrait un dossier à cette grave question et nous
apprenait que 53% des Français se déclarent « choqués » du délabrement
de nos édifices religieux et que 67% pensent qu’il faut « chercher à
préserver le plus grand nombre d’églises » considérées comme un
« élément important du patrimoine ». Les chiffres pourraient donc
laisser croire que tout n’est pas perdu. Pourtant, dans le même sondage,
58% des Français souhaitent que les églises
soient utilisées pour autres
choses que des cérémonies religieuses, à 77% pour des activités
culturelles, des concerts, etc. Evidemment, on dira qu’il s’agit ni
plus ni moins que de revenir aux traditions du Moyen-Âge et de l’Orient
chrétien d’avant la contre-réforme du XVIe siècle ; à la
différence majeure près que ce n’est pas le même peuple français qui
chanterait et danserait dans son église, l’un était profondément
christianisé, l’autre presque complètement déchristianisé. Agissant
ainsi, nous sauverions certes les monuments, mais point ce qu’ils
incarnent, le patrimoine architectural mais point le religieux. Je ne
suis pas sûr que cela soit suffisant. Car est-ce bien sage de danser à
l’église quand les musulmans prient à la mosquée ?
Eglise Saint-Pierre-aux-Liens à Gesté
(Maine-et-Loire) promise à démolition
« Le front des
cathédrales » a cédé
En plein cœur de
la Seconde Guerre mondiale, alors que la France était occupée et
proprement vassalisée, Georges Bernanos écrivait ceci : « La rupture de
la ligne Maginot n’a en rien ébranlé les fondations de la cathédrale de
Chartres ou de Notre-Dame de Paris. Si l’on veut bien me permettre une
image un peu audacieuse en apparence, mais profondément exacte, le front
des cathédrales a tenu. » Et ceci : « J’ai bien le droit d’appeler ce
peuple le peuple des cathédrales parce que d’abord ce sont ses ancêtres
qui les ont bâties. Et ils les ont bâties dans le même esprit que leurs
descendants les bâtiraient encore aujourd’hui, si la hideuse sollicitude
des méthodes de taylorisation ne s’était efforcée, d’ailleurs en vain,
de les transformer en automates inconscients. »
Quand Georges Bernanos écrivait ces fortes paroles, il croyait, ou
voulait croire, que la guerre matérialiste n’aura pas le dessus, que
l’après-guerre matérialiste non plus n’aurait pas le dessus, que c’était
l’essence même de la France, « le front des cathédrales », l’esprit
profondément chrétien, essentiellement chrétien du peuple français, qui
aurait le dessus.
Cela me désole de le
dire : Bernanos, qui détestait l’optimisme, ce caractère des imbéciles
heureux, a pêché par optimisme. Il s’est trompé. Bernanos a eu tort de
croire que la France pouvait encore se relever, elle qui était au sortir
de la guerre en passe d’être déspiritualisée comme un organisme vivant,
après une longue épreuve, est dévitaminé. Bernanos, en homme libre, en
Français, Français en cela, à lutter par la plume pour réveiller ses
compatriotes. En vain. Cette haute conscience française, cette
conscience de la France, faisant écho à celle de Péguy,
n’a point été entendue. Sa parole, sa haute parole, est restée lettre
morte, mots en l’air. Dans cette guerre ultime des robots contre la
France,
ce sont les robots qui ont gagné, le matérialisme l’emportant partout,
et réduisant tout le reste, l’idéal, les valeurs, les principes, les
sentiments, c’est-à-dire l’essentiel à presque rien, en fait : à rien.
Car c’est l’esprit
chrétien qui s’est enfui, le peuple des cathédrales est mort ; c’est
aujourd’hui un peuple d’hypermarchés, de grands stades, et demain de
mosquées ; un peuple matérialiste comme tous les peuples occidentaux ou
occidentalisés ; un peuple matérialiste parce que déchristianisé,
déchristianisé parce que matérialiste, et pour cela, par cela,
matérialiste
et déchristianisé, offert comme une proie facile aux
ambitions d’une religion étrangère conquérante.
Jules César en 58 avant
Jésus-christ, à son arrivée dans les Gaules constatait que « les Gaulois
sont les plus religieux des hommes. » Mais elle est bien finie cette
France de Saint-Irénée, de Saint Hilaire de Poitiers, de Saint-Martin de
Tours, soldat évangélisateur, grand pourfendeur du paganisme qui, le
bâton à la main, marche inlassablement et ferme les temples pour les
transformer en chapelles, cette France de Saint Benoît et de ses
monastères, de Saint Bernard et du « blanc manteau d’églises », cette
France de Sainte Geneviève qui sauve Paris des hordes d’Attila, du
baptême de Clovis, cette France de Jeanne qui dit « Dieu premier
servi ! ». Je ne suis pas bigot : je connais mon histoire de France.
Notre identité d’avant 1905 n’est pas moindre que celle d’après 1905 ;
en vérité, les deux font un tout. Il faut dire avec Péguy que c’est d’un
seul et même mouvement que la France s’est dérépublicanisée et
déchristianisée. Un siècle plus tard, la construction de mosquées est
l’aboutissement de ce double processus.
Saint Bernard prêchant
la 2ème croisade à Vézelay en 1146
Dans son discours de
Latran, Nicolas Sarkozy, ne reculant devant rien, cite Georges Bernanos
parmi nombre d’auteurs qu’il n’a évidemment pas lus. Perfidie d’un
matérialiste outrancier qui condamne le confort matériel en étalant le
sien sans aucune pudeur ; perfidie d’un matérialiste qui rend hommage à
la fille aînée de l’Eglise tout en facilitant son islamisation ;
perfidie d’un matérialiste qui parle de civilisation quand non seulement
il ne lutte point contre sa déchristianisation mais encore veut
délaïciser la France, engageant ainsi une véritable politique de
dé-civilisation. Sarkozy cite donc Bernanos : « L’avenir est quelque
chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait […]
L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus
haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». La citation
est belle : c’est du Bernanos. Mais je préfère la suivante que le
Président français pourrait méditer : « Une civilisation ne s’écroule
pas comme un édifice ; on dirait beaucoup plus exactement qu’elle se
vide peu à peu de sa substance, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que
l’écorce. On pourrait dire plus exactement encore qu’une civilisation
disparaît avec l’espèce d’homme, le type d’humanité, sorti d’elle. »
Bernanos le dit très exactement : il s’agit de substance, il s’agit
d’un long processus de désubstanciation ; la France déchristianisée et
délaïcisée, la France matérialiste et islamisée, n’est plus qu’un corps
sans âme. De Gaulle disait : « La République est laïque, la France est
chrétienne » ; Sarkozy prétend en somme que la République est
relativement laïque – c’est-à-dire ne l’est plus – et la France
diverse – c’est-à-dire déchristianisée.
Pour conclure, je ne peux
m’empêcher de songer au triste destin du Kosovo et au combat que mène
mon ami Komnen Becirovic pour faire entendre une parole de vérité au
milieu de la propagande la plus éhontée sur ce cœur chrétien de la
Serbie, province désormais à majorité musulmane dont la communauté
internationale s’apprête à proclamer l’indépendance. Nous devrions
regarder avec plus d’intérêt ce qui se passe aujourd’hui au Kosovo car
nul ne peut complètement évacuer la possibilité qu’un jour, dans
quelques décennies, la France et l’Europe toute entière ne connaissent
le même sort, confirmant ainsi la sombre prédiction de Khadafi, le
nouvel ami du Président français. Car quel peut être le destin d’une
nation déspiritualisée, désubstancialisée, dé-civilisée, sinon
l’effacement et au-delà l’asservissement ? En réalité, voilà la
véritable portée et le scandale des discours de Rome et de Riyad de
Nicolas Sarkozy: la France s’apprête à être comme l’acteur insouciant et
matérialiste qui lui fait office de Président, à savoir une nation sans
foi ni loi, sans foi chrétienne ni loi laïque ; en somme une proie
rêvée. n
« L’Europe a trop longtemps tourné le dos à la Méditerranée
alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les
pays riverains de cette mer sont au croisement d’un grand nombre
d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne
l’initiative d’une Union de la Méditerranée »
Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici, tirée de La
Grande Pitié des églises de France, la lettre qu’écrivit
Maurice Barrès depuis Charmes le 4 janvier 1910 à Aristide
Briand, alors président du Conseil:
«
Monsieur le Président du Conseil,
Monsieur le maire de
Grisy-Suisnes vient de mettre en adjudication les dépouilles de
son église communale. C’est le commencement. D’année en année,
nous allons voir les édifices religieux s’écrouler, d’un bout à
l’autre de la France. Allez-vous assister, les bras croisés, à
cette transformation de la face de notre pays ?
Je vous entends, vous me
répondez que c’est la faute du Pape. Je ne veux pas entrer dans
ce débat. Vous êtes au pouvoir pour sauvegarder toutes les
richesses et tous les intérêts français. Nos églises sont au
premier rang de nos richesses de civilisation. Nous les avons
reçues de nos aïeux, nous devons les transmettre à nos fils,
nous n’avons pas à nous laisser étourdir par ceux qui les
déclarent inutiles. Tous les hommes de culture en France et à
l’étranger refusent d’admettre qu’il se trouve un gouvernement
assez barbare pour détruire ces sources de vie spirituelle.
N’allez pas me dire que vous sauvegardez les églises les plus
précieuses. Qui donc peut juger de leur prix, et la plus modeste
n’est-elle pas infiniment précieuse sur place ? Que m’importe
que vous conserviez une église plue belle à Toulouse, si vous
jetez bas l’église de mon village ?
Je ne veux pas croire que vous
acceptiez avec indifférence ces débuts d’une ère de vandalisme.
Il n’est pas possible que de si grandes choses, qui intéressent
l’histoire et l’âme de la France, soient sacrifiées ignoblement
au cours d’une querelle politique.
Veuillez recevoir, Monsieur le
président du Conseil, l’expression de mes sentiments très
distingués.
Maurice Barrès. »
Charles Péguy qui écrivait en 1909 dans Clio I un article
intitulé « L’inchristianisation et la déchristianisation » :
« Comment de ce peuple qui était si profondément chrétien, qui
avait le christianisme dans le sang (par une infusion, par une
opération pour ainsi dire métaphysique et ensemble physiologique
unique), de ce peuple qui était si profondément, si
intérieurement chrétien, chrétien du treizième et du quinzième
siècle, chrétien dans la moelle et dans le cœur on a pu faire,
(…) comment on a bien pu s’y prendre, ce qu’il a fallu
travailler, ‘et quel travail), par quelle merveille on a (bien)
pu réussir à (en) faire ce que nous voyons, ce peuple que nous
connaissons, si profondément (devenu) inchrétien, si
profondément, si intérieurement, déchristianisé. »
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