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Aiment-ils
vraiment la France?
La pesée patriotique
des candidats
par
Raphaël Dargent
Comment faut-il choisir
son champion maintenant que le nôtre, Nicolas Dupont-Aignan, gaulliste
social, patriote républicain, n’est pas qualifié, victime d’un système
où décidément il ne fait pas bon rester droit dans ses bottes, fidèle à
ses convictions et ne pas aller à la soupe, c’est-à-dire, pour parler
net, refuser de négocier quelques menus parrainages contre un
désistement de second tour ? En vérité, la tâche n’est pas apparemment
si difficile : il suffit de prendre la mesure – la juste mesure –
patriotique de chacun des prétendants ; il suffit de mettre à la pesée,
de peser dans la grande balance patriotique le poids réel (et non pas le
poids fantasmé ou apparent) des principaux postulants à la magistrature
suprême. De cette pesée patriotique sortira, semble-t-il naturellement,
notre choix.
Arlette Laguiller et
Olivier Besancenot ont un grand mérite. Au moins avec eux, on sait à
quoi s’en tenir. Ils n’aiment pas la France et pour le coup le font
savoir. « Dans ce pays », c’est là l’expression favorite d’Arlette pour
qualifier la France. Visiblement, dire « La France » est au-dessus des
forces d’Arlette ; sans doute que la formule lui brûlerait les lèvres si
elle devait la prononcer. Olivier Besancenot fait de même, ce Besancenot
qui se présente à la présidence de la République avec comme programme de
supprimer la présidence, et vomit littéralement – c’est physique chez
lui – tout ce qui de près ou de loin évoque la nation, la patrie, tout
simplement la France. Bové et Voynet ne sont pas loin d’exprimer le même
dégoût, voire la même haine, démontrant en effet – la formule est connue
– que si ces derniers candidats sont verts à l’extérieur, ils sont
rouges à l’intérieur.
Etranges tout de même ces
internationalistes qui ne veulent pas comprendre que dans l’internation
il y a par définition la nation, sans quoi celle-ci n’est qu’une
chimère, ni plus ni moins qu’une idéologie sans fondement. Peut-être
devraient-ils méditer Péguy, lui qui dans le contexte de la colonisation
qu’il dénonçait, ne manquait pas de remarquer qu’« étant
internationalistes, nous sommes encore français, parce que dans l’Internation
nous sommes vraiment la nation française : les nationalistes le sont
mal. » Mais allez donc leur parler de Péguy !
Ségolène
Royal et Nicolas Sarkozy sont de ce point de vue – la mesure patriotique
– beaucoup plus hypocrites. Voici en effet que ces deux-là – les deux
favoris dit-on –, après avoir voté et voulu tout ce qui a affaibli la
France depuis plus de vingt ans, nous parlent de la nation avec des
trémolos dans la voix ! Voici que ces deux-là qui nous promettent tous
deux le retour de la funeste Constitution européenne, pourtant rejetée
par le peuple français, et avec elle tout un cortège de mesures
régionalistes, décentralisatrices, multiculturalistes, communautaristes
et atlantistes, bref tout un programme contre la France (qu’on se réfère
à mon ouvrage « Ils veulent défaire la France » paru à L’Age d’Homme),
voici donc Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, sans scrupule aucun, ni
aucune gêne, et encore avec aplomb, qui nous vantent les vertus de
l’identité nationale ou des symboles français. Allons, qui peut croire
ces sornettes ? Est-elle seulement crédible Ségolène Royal quand elle
entonne et fait entonner l’hymne national à la fin de chacun de ses
rassemblements, elle qui prend bien soin au passage de se justifier en
présentant la Marseillaise comme un hymne à la liberté universelle,
alors qu’il s’agit d’un chant de guerre, national et révolutionnaire,
qui n’a qu’un but : repousser l’ennemi étranger hors du sol national ?
Est-il crédible Nicolas Sarkozy quand il promet la création d’un
ministère de l’immigration et de l’identité nationale, lui qui pourtant
promeut l’immigration choisie, qui ne sera jamais qu’une immigration de
plus s’ajoutant à l’immigration irrégulière que ses services, faute de
contrôle aux frontières, n’ont pu et ne pourront demain juguler ? Est-ce
donc sérieux de se faire ainsi le héraut d’une fantasmatique identité
nationale (comment pourrait-il y avoir encore une France quand il y a si
peu de français, c’est-à-dire d’hommes et de femmes conscients et fiers
de l’être ?) quand en même temps, non content de mépriser la
souveraineté populaire – celle du référendum – on sacrifie, par euro-atlantisme, la souveraineté nationale ? En vérité, tout cela ne
pèse pas lourd dans notre balance patriotique. Quand on y pense, que
vaudrait un pays, le nôtre, dont ne subsisterait demain que le fromage
au lait cru, les bigoudens, ou la chasse, c’est-à-dire un vague
folklore, quelques traditions tolérées par l’Empire anti-culturel
anglo-saxon, alors même qu’il aurait perdu, et pire abandonné, les
simples moyens de mener sa propre politique, à savoir les attributs
essentiels de sa souveraineté, en un mot son indépendance ? Notre sort
serait alors celui hier des Indiens d’Amérique. En vrai, il n’est pas
d’identité nationale sans souveraineté nationale et prétendre
aujourd’hui défendre l’identité nationale n’est qu’un leurre, exactement
un attrape-nigaud, pour mieux lever les remparts – ce fichu caractère
français, notre côté gaulois – qui empêchent encore de passer par pertes
et profits la maudite souveraineté nationale.
Bref, l’homme politique
est décidément un fichu opportuniste qui, tel le caméléon, adopte la
couleur du moment pour mieux tromper son monde et se faire passer pour
ce qu’il n’est pas, à savoir un patriote quand il est un européiste et
un atlantiste. Qu’on ne s’y trompe pas : parmi nos Tartuffes politiques,
François Bayrou, n’est pas en reste même s’il est plus discret en la
matière, son européisme forcené suffit à le démontrer.
Que reste-il alors au
terme de cette pesée patriotique? Le Pen ou Villiers ? Même pas, je le
crains, car en dépit de leur juste réflexe, l’un comme l’autre s’en
tiennent encore à une conception étriquée et souvent passéiste de la
nation, confondant le plus souvent le patriotisme avec le nationalisme,
c’est-à-dire tirant de mauvaises conclusions politiques de justes
considérations morales, à savoir que leur programme respectif préconise
un repli sur le pré carré quand il s’agirait simplement, en aimant son
pays, de retrouver de nouvelles ambitions pour lui et de s’en donner les
moyens. Le nationaliste pense toujours « la France seule » – c’était
déjà la position de Maurras puis de Pétain – quand il faudrait
simplement, avec le patriote, avec Péguy, avec de Gaulle, penser « la
France ».
Triste conclusion de
cette pesée patriotique qui n’éclaire pas davantage notre choix, quand
le faux-patriotisme des uns ne pèse pas lourd et le nationalisme
outrancier des autres est écrasant. Triste campagne en vérité, lassante
au point de nous rendre impatient qu’elle finisse, et pour le coup sans
espoir aucun puisqu’il est acquis que la patrie ni le patriotisme n’en
sortiront grandis, que le vainqueur de ce grand raout médiatique et
populiste ne servira pas la France mais la desservira au profit de tout
ce qui n’est pas français.
De quoi prendre envie de
cultiver – « dans ce pays » dirait Arlette – notre jardin …à la
française. n
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